VII. APPAREIL LOCOMOTEUR
Selon plusieurs auteurs, un certain nombre de lésions matérielles de l’appareil locomoteur seraient dues au diabète, car on lui a attribué non seulement des arthrites, mais encore la rétraction de l’aponévrose palmaire, et plusieurs autres désordres trophiques. Or, tous ces désordres, de même que ceux qui viennent de nous occuper, font exception dans le diabète pancréatique, et se rencontrent à peu près exclusivement dans le diabète gras; conséquemment, ils ne peuvent être le fait de la glycémie. D’ailleurs, ils se voient dans la goutte ou l’herpétisme, chez des individus non glycosuriques, et, pour ce motif, ils doivent être envisagés comme des affections concomitantes du diabète.
En somme, le diabète, en modifiant la constitution du sang, prépare un terrain propre à la pullulation des micro-organismes et favorise ainsi le développement des furoncles, des anthrax, des suppurations, des gangrènes de la peau et des viscères. Cette même condition, jointe à la dénutrition générale de l’organisme, prédispose les malheureux diabétiques à une tuberculose pour ainsi dire fatale; mais, ces désordres mis de côté, il faut reconnaître que tous les autres ne sont, par rapport au diabète, autre chose que des affections concomitantes ou accidentelles.
Art. II. — Névropathies vaso-motrices du pancréas : anémies, hypérémie, hémorrhagies.
Peu ou pas étudiées jusqu’ici, ces névropathies, d’une existence indiscutable, se manifestent sous des formes diverses qui ne sont que l’exagération de l’état physiologique ; généralement pâle dans l’état de jeune, le pancréas se congestionne à la suite des repas, comme nous l’ont appris les expériences pratiquées sur les animaux par plusieurs physiologistes et notamment par Cl. Bernard1. A l’état pathologique, cette glande est tantôt affectée d’une anémie plus ou moins intense, tantôt d’hypérémie ou même d’hémorrhagie.
L’anémie, non décrite jusqu’à ce jour, tant à cause de la négligence apportée à l’examen du pancréas que de la difficulté de la diagnostiquer, mériterait d’être mieux connue; presque toujours liée à un acte réflexe d’origine ^stomacale ou intestinale, elle est générale ou partielle, selon l’étendue des désordres nerveux qui l’ont engendrée. Elle a pour caractères la décoloration du parenchyme pancréatique et un très léger retrait de la glande, sans altération appréciable de ses éléments.
L’hypérémie névropathique du pancréas, si on en juge par ce qu’apprend la physiologie, est l’effet ordinaire de désordres intéressant l’estomac, l’intestin ou les nerfs qui s’y distribuent. Dans les hypérémiesdu foie survenant à la suite d’anciennes pleurésies et attribuées par nous 2 à l’altération des nerfs splanchniques, l’état du pancréas, a échappé; mais, si nous partons du fait que cet organe est souvent tuméfié et congestionné, sans autre désordre appréciable, il y a lieu de croire qu’il peut bien, dans certaines circonstances, reconnaître la même influence pathologique. En l’absence de faits certains sur la matière, nous devons au moins indiquer les recherches qui sont à faire. En effet, si on généralise à toutes les glandes, et il y a des raisons pour agir dé la sorte, ce que Cl. Bernard et Ludwig nous ont appris de la glande sous-maxillaire, il faut admettre que le pancréas possède, lui aussi, des nerfs vaso-constricteurs, des nerfs vaso-dilatateurs et enfin des nerfs sécréteurs. Ces derniers commencent à être connus; malheureusement, nous n’avons que des données insuffisantes
1. Claude Bernard. — Mém. sur le pancréas, Paris, 1856, et Supplém. au x Comptes rendus de V Académie des sciences, t. I, p. 379.
2. Voyez notre Atlas d’anatomie pathologique, Paris, 1871, teste, p. 93.
NÉVROPATHIES VASO-MOTRICES DU PANCRÉAS. 959
sur les premiers; mais, il est facile de comprendre qu’une lésion destructive, de môme qu’une excitation, peut déterminer, suivant la fonction spéciale des nerfs affectés, de l’anémie ou de l’hypérémie du pancréas. Les conséquences de ces désordres n’ont pas, la plupart du temps, il est vrai, une grande importance, en ce sens que l’anémie vaso-motrice ne va pas jusqu’à engendrer la nécrose et la perte fonctionnelle de la glande, et que l’hypérémie névropathique, dont le trouble est le plus souvent momentané, ne produit guère d’autre lésion anatomique qu’une légère hypertrophie de ses éléments.
Des hémorrhagies s’ajoutent quelquefois aux hypérémies, et se montrent sous la forme de petites taches sanguines, purpuriques pour ainsi dire, disséminées à la surface plutôt que aans la profondeur du parenchyme pancréatique. Ces taches, en vertu des transformations subies par les globules rouges extravasés, changent de coloration et finissent par amener une pigmentation plus ou moins étendue de l’organe. Pas plus que les hypérémies, ces accidents, à l’encontre de ce qui se passe dans les hémorrhagies angiopathiques, donnent rarement naissance à des phénomènes appréciables, aussi sont-ils difficiles à diagnostiquer.
La marche de ces différentes manifestations est sujette à des poussées plus ou moins intenses; leur terminaison est en général heureuse, attendu que l’on ne connaît aucun cas qui se soit terminé par la mort. Avouons, cependant, qu’une étude plus approfondie est nécessaire pour les bien connaître, et que l’ébauche qui vient detre esquissée a uniquement pour but d’appeler l’attention des observateurs sur ces désordres dont le traitement doit viser avant tout le système nerveux.