II. — PLAIES DU PANCRÉAS
Produites, comme celles de tous les organes, par des instruments piquants, tranchants ou contondants, les plaies du pancréas ont été peu étudiées, à cause sans doute de leur rareté, mais aussi parce que la blessure simultanée des viscères du voisinage attire souvent toute l’attention.
Etiologie. — Nous connaissons le fait curieux, observé par Lambron2, de la blessure du pancréas par une arête de poisson; ajoutons que cette glande peut être lésée dans les opérations pratiquées sur l’abdomen, et surtout dans la gastrectomie, quand elle présente des adhérences avec l'estomac; aussi voit-on des chirurgiens hésiter à opérer dans ces conditions.
Trois cas de plaie du pancréas par armes à feu avec séjour d’une balle dans la glande, se trouvent relatés dans le rapport médico-chirurgical de la guerre de Sécession d’Amérique ; la mort qui en a été la conséquence n’était pas due à la blessure du parenchyme glandulaire, car il était à peine enflammé, mais à l’ulcération de l’artère splénique, à une péritonite généralisée ou encore
1. Nimier, De l’intervention opératoire dans les affections du pancréas ( Archiv . gén. de médecine, Paris, 1887, t. II, p. 309).
2. Citation de Fauconneau-Dufresne (Précis des maladies du foie et du pancréas. Paris, 1856, p. 444).
aux ravages opérés dans d’autres organes par l’agent vulnérant.
Symptomatologie . — Dans ces cas, le tronc, ou de préférence l’abdomen, est le siège d’une plaie se dirigeant vers la région du pancréas. Les accidents immédiats, provenant de l’altération de cette glande, diffèrent peu de ceux qui accompagnent les contusions et les ruptures, et varient en raison de l’étendue de la plaie, de l’abondance de l’hémorrhagie et surtout des organes simultanément atteints : estomac, nerfs et vaisseaux. Ils se manifestent par une douleur intense, quelquefois suivie de vomissements, par la pâleur du visage, l’accélération du pouls, et, dans quelques cas, par l’écoulement d’un liquide qu’il importe de recueillir afin de s’assurer s’il a la composition chimique et les propriétés physiologiques du suc pancréatique.
La marche de ces accidents, purement accidentelle, est très variable, et s’ils se terminent quelquefois par une mort rapide, d’autres fois, ils peuvent être suivis d’une péritonite aiguë et, comme les ruptures pancréatiques, d’une tumeur kystique ou d’une fistule.
Sémiologie. — Le diagnostic de ces lésions est difficile à moins de l’écoulement d’un suc ayant la composition et les propriétés du suc pancréatique. Le siège de la plaie abdominale peut mettre sur la voie du diagnostic, mais il est bon de savoir qu’une ouverture éloignée de la région du pancréas ne doit pas absolument faire rejeter l’idée d’une plaie de cette glande. Le pronostic est ici presque toujours sérieux.
Thérapeutique . — Le traitement des plaies du pancréas diffère peu de celui des contusions et des ruptures; toutefois, s’il existait une hémorrhagie abondante, il n’y aurait pas à hésiter à pratiquer une laparotomie immédiate, et s’il y avait lieu une très faible extravasation sanguine, des injections de gélatine trouveraient encore ici leur indication. Un repos absolu sera imposé au malade aussi bien qu’une alimentation légère, peu abondante et de préférence le régime du lait. Les états fonctionnels du cœur et des reins devront attirer l'attention, car ils sont toujours pour le médecin des sources d’indications précieuses, comme celles de stimuler la peau par des frictions ou des ablutions froides, de réveiller les contractions du cœur par des injections d’éther ou de caféine, et de favoriser l’excrétion urinaire par l’emploi des diurétiques.
Odevaine (F.). Case of penelrating wound of the abdomen with protrusion of a large portion of the pancréas: its removal by ligature; recovery. ( Indian M. Gaz. Calcutta, 1866, t. I, p. 183, 329.) — Kleberg (B. G.). Penelrirende Bauchwunde ; Vorfall des Pancréas; Abtragung desselben; Heilung. ( Arch . f. klin. Chir. Berl.,