CHAPITRE PREMIER
ANOMALIES DE DÉVELOPPEMENT ET DE SITUATION — AGÉNÉSIE; H Y PERGÉN ÉSI E ; ECTOPIE ET MOBILITÉ DU FOIE
§ I. — AGÉNÉSIE
L’absence du foie est de règle chez les monstres acéphales, sauf quelques rares exceptions, dans lesquelles cet organe est toujours très petit. En dehors de cette grave anomalie, le foie ne fait jamais totalement défaut, mais un de ses lobes peut manquer. Heller rapporte un cas d’absence presque complète du lobe droit du foie qu’il considère comme étant congénitale; c’est le plus souvent, le lobe gauche ou le lobe de Spiegelqui est atrophié, s’il n’est absent. L’origine de cette malformation n’a pas été déterminée jusqu’ici; il est indiqué de la chercher dans l’oblitération d’une branche vasculaire ou l’obstruction d’un conduit hépatique, car, c’est à l’une de ces lésions que se rattache l’atrophie partielle du foie qui n’est, en somme, qu’un désordre le plus souvent consécutif.
L’absence congénitale d’un lobe du foie, il faut bien l’avouer, est une anomalie difficile à reconnaître, du moins chez l’adulte, à cause des lésions diverses que peut subir cette glande. L’hépatite gommeuse est, parmi ces lésions, celle qui amène le plus souvent la destruction d’un lobe hépatique, mais les cicatrices nombreuses, qu’il est généralement possible de constater à son niveau, suffisent à éviter une erreur, qui nous paraît avoir été commise dans plusieurs circonstances, où on avait oublié que l’agénésie congénitale se distingue par l’absence de toute dépression ou cicatrice.
AFFECTIONS DU FOIE : AGÉNÉSIE ET H YPERGÉNÉSIE. 125
L’absence de la vésicule biliaire a été quelquefois observée, sans le moindre désordre dans la santé générale, elle coexiste souvent avec la dilatation des canaux hépatiques, peut-être parce que ceux-ci sont rétrécis ou oblitérés sur un point de leur trajet.
Arn. Heller. Mangelshafte Entwicklung des rechten Lcberlappens. (Archiv f. puth. Anat. und Physiolog., 1870, t. LI, p. 355.)
§ II. — II YPERGÉNÉSIE
Le foie n’est double que chez les monstres duplicitaires, et même, chez ces derniers, les deux foies sont quelquefois réunis, Cependant, de même qu’il y a des rates, dites surnuméraires, qui se rencontrent dans le ligament suspenseur de cet organe ou ailleurs, de même il existe, mais plus rarement, des foies surnuméraires, c’est-à-dire des parcelles de tissu hépatique vivant, séparées du reste de la glande, ne se rattachant à cette dernière que par un pédicule fibreux. Une anomalie de ce genre a été observée par Wagner qui a trouvé, dans le ligament suspenseur du foie, plusieurs petites nodosités, brunâtres, ayant la texture du tissu hépatique. A côté de ces faits, il s’en trouve un certain nombre où le foie est en quelque sorte divisé en deux parties dont l’une principale, l’autre accessoire, ne tenant à la première que par un pédicule fibreux. Le lobe gauche, siège ordinaire de cette anomalie, était divisé, dans un cas rapporté par Yvon, en deux lobes secondaires, et se trouvait rattaché à la face inférieure du lobe droit, ainsi que le lobe de la vésicule biliaire et le lobe carré, par une connexion ligamenteuse lâche, formée surtout par la séreuse hépatique épaissie et sur laquelle on remarquait des vaisseaux injectés.
Ces lobes secondaires libres, et presque toujours mobiles, sontils l’effet d’un désordre congénital ou d’une altération survenue dans le cours de l’existence? C’est làune question à laquelle il est souvent difficile de répondre, aussi la plupart des auteurs ont-ils éprouvé à la résoudre un embarras réel. Il faut savoir que plusieurs maladies, la syphilis principalement, lorsqu’elles se localisent sur le foie, sont susceptibles d’altérer cette glande de façon à en isoler certaines parties. La présence de cicatrices sur ces parties et sur l’organe lui-même est un caractère d’une grande valeur au point de vue du diagnostic de la syphilis. Mais si ce diagnostic offre des difficultés, sur le cadavre, bien plus grandes sont celles
que l’on rencontre pendant la vie, lorsqu’il s’agit de reconnaître et de distinguer des nodosités hépatiques ordinairement mobiles, pédiculées, et suspendues à la glande elle-même. Les erreurs qui peuvent se produire, en pareil cas, varient nécessairement avec le siège de la tumeur pédiculée. Si celle-ci fait partie du lobe gauche, elle sera prise pour un cancer de l’estomac ou de l’épiploon, et peut-être aussi pour une rate mobile ; si elle siège à droite et se trouve suspendue au gros lobe du foie, elle pourra être confondue avec la vésicule biliaire distendue, une tumeur hépatique, un rein luxé, etc. Dans tous les cas de ce genre, la mobilité de la tumeur, dont le déplacement n’arrive jamais à dépasser un certain rayon, sa consistance spéciale, son état stationnaire fournissent des signes diagnostiques des plus importants. A ces signes s’ajoute, enfin, l’état général du malade qui se conserve bon, et l’on comprendra que, malgré des difficultés réelles, il est cependant possible d’arriver à diagnostiquer les désordres en question.
Ces anomalies n’offrent généralement pas de gravité, c’est là chose heureuse, car il est difficile, sinon impossible, de les modifier, même à l’aide d’un traitement approprié.
Morgagni. De sedib. et causis morborum, Epist., XLVIII, art. 5b. — Rokitansky (C.). Hand. d. pathol. Anatom. Wien, 1855, p. 246. — Wagner (E.). Archiv d. Heilkunde, 1861, p. 471. — Perroud. Sur une déformation particulière du foie, pouvant simuler une tumeur de l’ovaire. ( Gaz.méd . de Lyon, 1864, n° 15.) — Dickinson. Malformation of the liver ( foie divisé). ( Trans . of the pathol. Soc., 1866, t. XVII, p. 160.) — Riegel. Zur Casuistik der Missbildungen der Leber. ( Deutsches Archiv fur klin. Medizin, 1872, t. XI, p. 113.) — Klob. Wien. med. Wochenschrift, 1865, n° 75-77. — Boetcher (A.). Seltene angeborene Formanomalie der Leber. ( Archiv f. path. Anat. und. Physiol., 1865, t. XXXIV, p. 103 (fig.). — Kennedy (H.). Malform. and diseuse of the liver. (Dublin, quat. J. med. Sc., 1867, XLIV, 233.) — Gruber (W.). Ibid., 1875, t. LXV,p. 397 et 1880, t. LXXXII, p. 476. — Layet (E.). Anomalie du foie, lobule surnuméraire . (Bull, de la Soc. anat., 1874, t. XLIX, p.42.) — Longuet. Ibid., 186. — Ivon. Déformation du foie. (Ibid., 1878, t. LIII, p. 497.)