VI. ANGIOMES OU TUMEURS ÉRECTILES DU FOIE
Les causes des angiomes hépatiques sont peu connues, mais, comme toutes les tumeurs dérivées du feuillet moyen du blastoderme, ces néoplasies se lient au développement du tissu conjonctif et des vaisseaux, et peuvent être considérées comme des anomalies de ce développement.
L’âge où elles apparaissent est difficile à fixer, car, de ce que nous l’observons habituellement à un âge avancé de la vie, on ne peut conclure qu’elles n’existaient déjà dans le jeune âge, puisqu’elles n’apportent aucun trouble à la santé générale. Le foie est, de tous les organes, le plus exposé à l’angiome; toutes ses parties y sont accessibles, ses parties périphériques de préférence, et en particulier la convexité du lobe droit, dans le voisinage
du ligament suspenseur. La fréquence qu’on cherche à accorder à cette lésion, dans les différentes contrées, manquant de données solides, ne mérite aucune attention ; ce qu’il nous est possible de dire, c’est que nous l’avons observée plus de vingt-cinq fois dans le cours de notre carrière médicale.
Uniques ou multiples, les angiomes du foie se présentent à la surface de cette glande sous la forme de simples plaques d’une étendue de plusieurs millimètres, violacées ou bleuâtres, de saillies de même coloration, du volume d’un pois, d’une noisette ou d’une noix, rarement plus étendues (fig. 70). Cependant, quelques auteurs, Schuh, Maier, Steffen, Chervinski ont décrit des angiomes qui
s’étendaient à une grande partie du foie, mais il est vraisemblable qu’il s’agissait de fibromes embryonnaires angiomateux.
Une section perpendiculaire permet de constater que tantôt ces angiomes s’enfoncent dans le parenchyme hépatique, à la façon d’un coin dont la base répondrait à la capsule de Glisson, et que, tantôt, ils font saillie à la surface de l’organe ou s’y trouvent rattachés par une sorte de pédicule. En tout cas, ils s’affaissent par l’écoulement d’une certaine quantité de sang, et présentent, à l’œil nu, les caractères d’un tissu caverneux. Ces néoplasies sont constitués par des trabécules ou bandes fibreuses limitant des cavités de grandeur variable, remplies de sang fluide ou récemment coagulé, de caillots anciens et adhérents et plus ou moins modifiés. Les connexions de ces cavités avec les vaisseaux du foie sont différemment interprétées par les auteurs qui les font communiquer : les uns avec les veines seulement (Rokitansky, Freuichs), les autres avec les veines et les artères (Virchow, Maier); mais cette double disposition peut bien exister. Vu au microscope, l’angiome du foie est formé de lacunes vasculaires, plus ou moins irrégulières, variant de quelques millièmes de millimètres à un millimètre, séparées par des cloisons fibreuses diversement disposées, et constituées par des éléments conjonctifs très fins (fig. 71).
Fig. 70. — Habitus d’un foie surmonté de plusieurs angiomes dont un est pédicule.
NÉOPLASIES CONJONCTIVES. 529
Ces cloisons sont tapissées de cellules endothéliales et renferment en outre des fibres élastiques, des fibres musculaires lisses, des capillaires, et même, selon Frerichs, des débris de cellules hépatiques, comme si le tissu pathologique s’était substitué au tissu normal. Le parenchyme hépatique du voisinage n’offre, d’ailleurs, ni refoulement, ni compression; les cellules hépatiques, à part un léger degré d’infiltration pigmentaire ou graisseuse, ne diffèrent pas de celles du foie tout entier. Quant aux vaisseaux, ils sont injectés et dilatés, circonstance qui a conduit Hanot et Gilbert à y voir le premier stade de la production angiomateuse, dont le second serait l’abouchement des vaisseaux entre eux. Cette théorie assez semblable à celle de Journiac et de Chervinsky, diffère notablement de celle qui fait débuter l’angiome hépatique par la formation d’un tissu conjonctif embryonnaire, au sein duquel apparaîtraient ensuite les vaisseaux (Virchow). Nous ne cacherons pas que cette dernière a notre préférence.
Une fois formés, les angiomes hépatiques s’accroissent assez peu, Fig- '*• — Coupe microscopique dun