I. PHLÉBITE PROLIFÉRATIVE OU ADHÉSIVE
La phlébite membraneuse des veines sus-hépatiques, qu’il importerait de rechercher avec plus de soin qu’on ne le fait généralement, ne paraît pas différer, quant à son origine, de la pyléphlébite. Elle repose sur plusieurs faits bien authentiques dont l’un, rapporté par Frerichs1, concerne un ouvrier de 45 ans, grand buveur d’eau-de-vie, qui fut pris successivement d’ictère et d’ascite, avec distension légère des veines de l'épigastre et de l’hypochondre droit; d’accès d’oppression, avec cyanose du visage et
1. Th. Frerichs, Traité pratique des maladies du foie, Paris, 1866, p. 742.
ANGIOPATHIES HEPATIQUES.
des mains et diminution notable des urines ; enfin, d’un délire et d’un coma suivis de mort. L’examen des veines hépatiques, à partir du bord postérieur du foie, permit de constater que leurs orifices étaient rétrécis et que l’une d’entre elles se trouvait complètement fermée par une concrétion arrondie, tandis qu’une autre offrait à sa surface interne des plaques d’épaississement, et qu’une troisième laissait voir des caillots de formation récente; certaines branches de la veine porte contenaient, en outre, des caillots étendus et d’un rouge noirâtre.
Un autre fait, observé par S. Gee1, a trait à un enfant dont le corps tout entier était enflé depuis l’àge de quatorze mois, et chez lequel une première ponction abdominale fut pratiquée à seize mois, et dix-neuf jours plus tard, une seconde qui fut suivie de mort, sans ictère ni albuminurie préalables. Cet enfant n’offrait aucune trace de péritonite, mais son foie, peu volumineux, était induré, parsemé de petits nodules, et sa capsule épaissie, principalement au niveau du lobe gauche, du ligament suspenseur et de la scissure interlobaire; cet organe, congestionné et gras, était en outre sclérosé. La vésicule du fiel renfermait une bile pâle et épaisse. Les veines hépatiques avaient, à leur embouchure dans la veine cave, leurs parois épaissies, et un grand nombre d’entre elles se trouvaient obstruées par des caillots décolorés et adhérents; quelques-unes seulement renfermaient un sang fluide, et s’anastomosaient avec les vaisseaux élargis du ligament suspenseur. Les veines mammaires internes, celles de droite surtout, étaient, ainsi que les veines épigastriques, dilatées et tortueuses.
Ces deux faits nous montrent qu’il existe une phlébite adhésive des veines hépatiques, et que cette affection, qui offre des manifestations symptomatiques peu différentes de celles de la pyléphlébite membraneuse, est caractérisée par l’épaississement des parois veineuses et par des concrétions sanguines plus ou moins adhérentes. En même temps, il existe un certain degré d’hypérémie du parenchyme du foie, provenant de l’obstacle apporté au cours du sang, et même, un état cirrhotique de ce même organe. La quasi-identité des lésions de ces deux vaisseaux conduit à croire à une identité de causes, et d’ailleurs, si l’on tient compte des caractères observés chez le foie du malade de S. Gee, il y a lieu de penser que la syphilis a joué un certain rôle, à moins d’admettre
1. S. Gee, Complet oblitération of the moutks of tke kepatic veins (St. Bartholomew's hospital Reports, London, 1871, vol. VII, p. 144).
avec son auteur qu'il s’agissait d’un vice de conformation, ce qui n’éloignerait pas absolument l’idée d’une influence spécifique.
Le pronostic de cette affection est toujours sérieux. Le traitement doit être en rapport avec la nature du mal, et, de même que celui de la pyléphlébite adhésive, il s’adresse autant à l’affection concomitante du foie qu’à l’état du système veineux.