NÉVROPATHIE SENSITIVE OU IIÉPATALGIE
si grande analogie qu’il esl souvent difficile de l’en distinguer. 11 y a lieu de croire, en effet, qu’un certain nombre d’observations de névralgie hépatique ne sont que des cas de lithiase biliaire, et cette supposition s’applique particulièrement à celles dans lesquelles la douleur a été suivie d’ictère. Néanmoins, on ne peut induire de là, ainsi que tendent à le faire certains auteurs, que la névralgie du foie n’existe pas, quand surtout on accepte les névralgies des plexus nerveux de l’estomac et de l’intestin. Il n’y a pas au reste de raison sérieuse pour contester la névralgie du plexus hépatique lorsqu’elle se manifeste à des intervalles à peu près réguliers, chez des personnes d’une grande sensibilité, qu’elle se trouve associée à d’autres symptômes nerveux et n’est pas suivie d’ictère.
Un cas de ce genre, observé par nous il y a une quinzaine d’années, est des plus démonstratifs à cet égard. Une femme nerveuse âgée de 35 ans, ordinairement bien portante, arrivait de la campagne, lorsqu’elle fut prise, dans le liane droit, de douleurs extrêmement vives qui irradiaient vers l’estomac, l’épaule gauche, et cessaient, après une série d’accès, pour reparaître le jour suivant, vers la même heure. Frappé de ce fait, j’eus l’idée de lui administrer du sulfate de quinine, et la douleur, d’abord modifiée dans son rythme, cessa entièrement à la suite de la quatrième dose de ce médicament. — S’agissait-il ici d’une viscéralgie paludique? la chose, à la rigueur possible, me parut difficile à affirmer, en l'absence d’une intoxication antérieure et de fièvres paludéennes dans la localité habitée par ma cliente. Toutefois, l’existence d’une névralgie hépatique ne peut être mise en doute dans ce cas, ce qui n’empêche pas de reconnaître que cette affection est rare, à moins de la confondre, à l’exemple de Beau 1 pour qui la colique hépatique n’était presque jamais l’effet de l’enchatonnement de concrétions biliaires, avec des crises douloureuses d’un autre genre.
Les causes de l’hépatalgie ne diffèrent pas de celles des névralgies des autres organes, et par conséquent, sont diverses. Certaines personnes dont le système nerveux est prédominant, comme les hystériques et les herpétiques, y sont particulièrement prédisposées; mais, en général, la névralgie du foie est la manifestation d’une maladie toxique, miasmatique ou constitutionnelle, sinon l’effet d’une lésion locale portant sur les nerfs ou la moelle épinière. Elle se rencontre dans le saturnisme, car certaines coliques de
U Beau, Études analytiques de physiologie et de pathologie sur l’appareil splénohépatique [Arcliio. gén. de médecine, avril 1851).
plomb avec vomissements verdâtres semblent bien atteindre les nerfs du foie, dans le paludisme où nous l’avons observée; dans l’hystérie, l’herpétisme, et enfin dans le tabes médullaire où les crises, dites gastralgiques, intéressent au moins autant le foie que l’estomac. Trousseau 1 pense qu’elle peut résulter de la présence d’un calcul dans les voies biliaires, car, après avoir montré comment l’irritation périphérique d’une fausse dent peut provoquer une névralgie faciale, il ajoute : « la même chose a lieu lors d’une colique hépatique : des souffrances horribles éclatent tout à coup au creux de l’estomac et dans la région occupée par la vésicule du fiel et par le canal cholédoque. Jusque-là, il n’y a que douleur locale sans névralgie, et la pression des apophyses épineuses des vertèbres dorsales n’est nullement pénible; mais souvent, après deux ou trois jours de souffrances aiguës, il se déclare une vive douleur dans les sixième, huitième et neuvième espaces intercostaux, dans l’épaule, dans le cou et dans le bras du même côté; dès lors, la névralgie est constituée et les vertèbres deviennent très douloureuses. »
Beau prétend que la névralgie hépatique a sa source dans les ingesta acres, tels que les spiritueux, les fortes épices, le poivre, la moutarde, qui, par l’intermédiaire du sang de la veineporte, passent de l’estomac dans le foie. Mais, les observations invoquées à l'appui de cette opinion, et dans lesquelles les douleurs névralgiques accompagnées d’une teinte ictérique apparaissent tantôt quelques minutes après l’ingestion de ces substances, tantôt un ou deux jours plus tard, sont en réalité des crises de lithiase biliaire survenant, comme c’est la règle, à la suite des repas. Il n’est pas impossible, pourtant, que certaines irritations mécaniques ou autres des nerfs du foie ne soient susceptibles d’amener des névralgies de cet organe.
Symptomatologie . — Ces névralgies se traduisent par des accès de douleurs vives, térébrantes, ayant leur siège dans les régions de l’hypocondre droit et de l’épigastre, particulièrement au niveau de la scissure transverse et du pylore. Ces douleurs irradient dans la direction de l’épaule droite, se répètent à de courts intervalles et au moindre attouchement; elles s’accompagnent de sensations d’étranglement, de spasmes, d’éructations, de vomissements d’abord alimentaires, puis liquides, verdâtres, bilieux et abondants. Quelques mouvements convulsifs se manifestent, dans certains cas, aux mains et aux pieds; la face rougit, la conjonctive devient jaune et l’urine prend une teinte foncée. Toute la partie supérieure
1. Trousseau, Leçons de clinique médicale, Paris 186 , t. II, p. 379.