E. DE LA DETERMINATION DES DIMENSIONS EN PROFONDEUR DU FOND DE L'ŒIL
„Une des plus belles applications que permet de faire la détermination de la réfraction au moyen de l'examen ophthalmoscopique à l'image droite, c'est la mensuration de l'écartement d'objets placés à différentes distances dans la profondeur de l'œil. On peut, de cette manière, mesurer la profondeur d'une excavation de la papille, ainsi que son élévation au dessus du niveau de la rétine. Il en est de même pour l'épaisseur d'exsudats choroïdiens et l'existence d'opacités profondes du corps vitré, qu'on peut ainsi exprimer en chiffres. Si les milieux sont parfaitement transparents, on peut, avec le miroir, déterminer la réfraction aux bords et dans la profondeur de l'excavation, et calculer alors à quelle longueur d'axe correspond la valeur de réfraction trouvée dans l'un et l'autre examen. La différence entre ces longueurs exprime le chiffre de la profondeur de l'excavation. On peut de la même manière calculer, d'après la réfraction, la hauteur d'une papille gonflée dont la base se perd au niveau de la rétine, et celle de certains exsudats choroïdiens. On procède de même pour connaître l'emplacement d'opacités profondes du corps vitré, en calculant la réfraction de l'œil et celle qu'il présenterait si la rétine occupait la place de l'opacité. La comparaison nous donne alors l'écartement de l'opacité à la rétine.
Quelques exemples feront mieux comprendre ces faits :
Dans un cas de glaucome, la réfraction au bord de la papille est Hl/ti; au fond de l'exavation M'/l3. Avec //'/l4 l'axe optique mesure 0,74 mm. de moins que celui de l'œil emmétrope et schématique; avec M'/Vi 0,97 mm. de plus que ce même axe. Si nous additionnons ces deux valeurs, nous trouvons l'expression qui donne la profondeur de l'excavation. Celle-ci mesure donc 0,74 -(- 0,97 = 1,7 mm.
Chez un individu hypermétrope, avec une excavation glaucomateuse des plus prononcées, le miroir montre la réfraction au bord de la papille H</k, au fond de celle-ci égale à l'emmétropie.
La longueur de l'œil schématique (emmétrope) mesure 22,231 mm., si nous rapetissons cet axe de 2,3 mm., il sera égal à celui d'un œil avec H'/^ Comme c'était là la réfraction pour le bord de la papille, nous sommes autorisés à estimer la profondeur de l'excavation glaucomateuse égale à 2,3, profondeur en réalité considérable. De pareilles excavations sont des plus rares.
Dans un cas de névrite, la hauteur de la papille donne une réfraction //'/„, la base = Jl'/if Si l'on rapetisse l'axe de l'œil emmétrope de 1,6 mm. il présentera H'/e, tandis qu'il ne faut raccourcir ce même axe que de 0,74 pour avoir un œil avec H '/,4. La hauteur de la papille était donc ici = à 1,6 — 0,74 mm. = 0,86 mm.; elle mesurait donc à peu près 0,9 mm.
Si des opacités du corps vitré apparaissent tout à-fait nettement et distinctement à un myope avec M1/-,, lorsque la distance entre le point nodal de l'œil examiné et celui de l'observateur mesure 2"; mais non lorsque le myope s'éloigne davantage, l'œil observé présenterait H'/3 (voy. p. 4.), en admettant que la rétine occupe la place des opacités. Si ce même myope ne voit alors distinctement le fond de l'œil en question qu'après avoir corrigé sa M, cela démontre que l'œil est emmétrope. Si nous rapetissons un œil emmétrope de 2,9 mm., il prendra la longueur d'un œil avec H'/s. Par conséquent, dans le cas présent, les opacités signalées se trouvent à 2,9 mm. au devant de la rétine.
L'erreur qui pourrait résulter, dans ce procédé de calcul, des différences qui pourraient exister entre les constantes optiques de l'œil examiné (car dans ce double calcul, on a affaire à un seul et même œil, et, par conséquent, aux mêmes constantes optiques), l'erreur, dis-je, serait bien moins importante que si nous voulions, d'après cette méthode, calculer, pendant la vie, la longueur des axes d'}reux différents et comparer les valeurs entre elles: ici, les constantes n'ont évidemment pas besoin de concorder. En terminant, nous devons encore faire observer que le grossissement sous lequel nous voyons, par exemple, le bord et le fond d'une excavation de la papille est très-différent. En effet, il dépend et de la réfraction de l'œil, et du mode de correction employé. Les mêmes règles qui ont été données pour le calcul du grossissement dans les divers états de réfraction peuvent servir aussi pour juger du grossissement des diverses parties situées à différentes profondeurs du fond d'un même œil. L'examen à l'image renversée nous apprend aussi qu'il existe au fond de l'œil des différences de niveau ; mais ce mode d'exploration ne permet pas de tirer sur leur valeur numérique des conclusions assez exactes. Si (tig. 1) a représente un point du fond d'une excavation glaucomateuse, b un point du bord de celle-ci, et si l'on tient la lentille convexe L devant l'œil de telle façon que le point a soit situé sur son axe principal, l'image de a apparaîtra sur un point, de l'axe principal en «, . L'image du point b est située sur un axe secondaire de la lentille L que nous trouvons en traçant une ligne de b à travers le centre de la lentille. L'image b, est, sur cette ligne, placée plus loin du centre de la lentille que l'image a, parce que le point lumineux b en était plus rapproché que le point a. Les deux points a, et b, de l'image renversée ont un écartement c\ \l>t latéral déterminé 6, c.
Si nous déplaçons maintenant latéralement la lentille convexe, nous changeons aussi l'écartement latéral des objets du tond de l'œil qui ne se trouvent pas dans un seul et même plan. L représente (fig. 2) la lentille dans sa nouvelle position. Fig. 2. L'image de a et b est maintenant projetée
sur des axes secondaires. Si nous considérons alors l'écartement latéral 6, c des points «, 6, de l'image, nous voyons qu'il a augmenté, et il est évident que cette augmentation sera d'autant plus sensible que nous déplacerons plus latéralement la lentille. En le comparant avec la position initiale (fig. 1), nous voyons que le point bs a exécuté une excursion plus grande que le point «,. C'est maintenant que nous pouvons nous rendre compte du phénomène que présente une papille excavée, si nous exécutons pendant l'examen à l'image renversée des mouvements de latéralité avec le verre convexe. Sur le fond, en apparence stable ou très-peu '6' mobile de la papille, le bord de celle-ci exécute un mouvement de va-et-vient. C'est par ce déplacement réciproque dans les images d'objets situés au fond de l'œil, déplacement appelé parallactique, que se révèlent des différences de niveau dans l'examen à l'image renversée. Si la papille est bombée, s'il s'agit d'exsudats choroïdiens proéminents, recouverts par des vaisseaux rétiniens, cette particularité se révèle parla méthode indiquée. Tandis que dans le cas d'excavation, les parties centrales restent relativement en repos, et que la périphérie se meut au devant d'elles; au contraire, dans les cas d'élevure, la partie centrale exécutera nécessairement des excursions plus sensibles que la partie périphérique. Les vaisseaux qui rampent sur le sommet d'une papille gonflée, ou sur le point culminant d'un exsudât choroïdien, se déplaceront latéralement au devant de leurs prolongements qui s'étalent dans le plan de la rétine. De Graefe *) pense qu'il ne faut qu'une proéminence de '/g mm. pour rendre sensible ce déplacement parallactique. Le phénomène singulier du déplacement parallactique peut aussi se produire d'une autre manière dans l'astigmatisme irrégulier. Il est intéressant d'observer des cas , où il se rencontre à la fois une excavation glati comateuse par exemple, et un astigmatisme irrégulier. Outre le déplacement du bord de l'excavation relativement au fond de celle-ci, on peut encore observer la manière dont les vaisseaux euxmêmes de ce fond se déplacent les uns relativement aux autres; la même chose a lieu aussi pour les vaisseaux qui rampent sur le bord de l'excavation."