I. Irritation du rectum
Lorsque le canal alimentaire, ou les organes qui sont en rapport avec lui sont dérangés dans leurs fonctions, la nature des matières fécales s’en ressent et elles deviennent malsaines et irritantes pour la membrane muqueuse. Au moment où elles passent dans le rectum, elles y pro-
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diüsent du malaise et un besoin irrésistible d’expulsion. Les malades éprouvent aussi, des besoins fréquents et pénibles, quand l’intestin est ulcéré ou malade de quelque autre manière .
Dans les irritations du rectum, on remarque chez les malades un tendance plus ou moins marquée à vider souvent l’intestin, et généralement aux moments les plus inopportuns, et cependant les fèces sont naturels, la membrane muqueuse est saine et il n’y a que peu ou point de matière à expulser. Tel était le cas de l’observation suivante :
Observation I. — Le révéj’encl X..., âgé de 64 ans, pasteur de village, ayant des goûts littéraires, me consulta, le 2 octobre 1857, pour une affection très gênante du rectum. C’était un homme grand, pâle, d':ipparence chétive, mais, me disait-il, d’une bonne santé. 11 était constipé d’habitude, et faisait de violents efforts pour aller à la garderobe. 11 se plaignait, surtout, d’un besoin impérieux de vider le rectum, aux moments les plus inopportuns : à l’église, et, presque toujours, au moment de commencer l’office ou pendant qu’il l’accomplissait et cela, bien qu’il eût été préalablement au cabinet par précaution, sans aucun résultat. Le besoin lui venait souvent, au moment de la prière et l’abandonnait, quand il montait en chaire. Il y était aussi sujet, quand il faisait partie de réunions publiques ou qu’il voyageait en chemin de fer.
Pour se retenir d’aller â la garde-robe, il devait faire appel à toute sa volonté, mais ce besoin se passait sans avoir rendu aucune matière. 11 était sujet à cette affection depuis une année,, pendant laquelle il n’avait eu que deux ou trois semaines de répit. Il est à remarquer que ces menstruations se produisaient surtout quand il était en proie à quelque inquiétude.
Quelques mois auparavant, il avait consulté un médecin qui lui avait conseillé de vider le rectum, le samedi soir, avec un lavement, et de prendre, le dimanche, avant l’office, une pilule calmante. Ce traitement avait procuré quelque soulagement.
Je fis, à l’aide du doigt, un examen sérieux du rectum et je ne trouvai dans sa structure aucune altération qui pût légitimer les symptômes racontés par le malade. Je diagnostiquai alors une irritation du rectum, accompagnée d’une grande anxiété d’esprit, et je prescrivis une pilule
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purgative à prendre le vendredi soir. Elle devait être suivie, dans la soirée du samedi, d’un lavement d’huile de ricin si les intestins n’ avaient pas été bien vidés. Le dimanche matin, le malade mettait un suppositoire d’opium et de savon, il en mettait aussi quand il pouvait craindre d’être dérangé. La dose d’opium était calculée dans le suppositoire de manière à ne pas produire d’assoupissement.
Je l’engageai beaucoup à résister autant que possible au besoin d’aller à la selle.
Le 6 du mois de novembre suivant, mon malade m’écrivit (ju’il avait repris ses fonctions ecclésiastiques et qu’il était beaucoup moins incommodé depuis qu’il suivait mon traitement.
Bien des médecins ont écrit sur les maladies du rectum occasionnées par les voyages en chemin de fer ; quelques observations importantes, sur le même sujet, ont paru dans la Lancette. Si un chirurgien devait faire des recherches sur ce sujet, il ne devrait certainement pas oublier ces deux maladies : Firritation de la vessie -et l’irritation du rectum qui sont assurément devenues plus fréquentes, depuis l’emploi de ce moyen rapide de locomotion. La fréquence de Firritation de la vessie peut être attribuée, en partie, au prix élevé que l’on affiche pour entrer dans les water-closets des chemins de fer. Quiconque a vu l’affluence des voyageurs aux cabinets d’une station par les temps froids, au moment d’un court arrêt d’un train express, ne sera pas surpris de voir les personnes nerveuses et impressionnables atteintes de cette irritation, de même celles qui sont en proie à un rétrécissement ou à une hypertrophie de la prostate. Ces mêmes sujets sont exposés à Firritation du rectum.
Observation II. — Un monsieur, âgé de 45 ans, jouissant a’une bonne santé et habitant la campagne, vint me consulter. 11 se plaignait de n avoir presque jamais une selle bonne et complète et de n’avoir que raiement après un sentiment de soulagement. Il racontait que ses fèces venaient en petites masses et qu’il avait, en allant à la selle, la sensation d un obstacle au passage. Il allait, certains jours, vingt fois au cabinet.
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en ne faisant, chaque fois, que des matières effilées et étroites. Il ressentait bien plus vi-vement la g §ne qu’il éprouvait de ce besoin impérieux d’aller à la selle, alors qu’il lui était impossible de le satisfaire, lorsque, par exemple, il voyageait en chemin de fer. Il était sujet à cette maladie depuis plusieurs années et il la voyait s’augmenter chaque jour. Les purgatifs aggravaient encore le mal.
A l’examen, je ne trouvai ni changement de structure, ni ramollissement du rectum, ni irritabilité du sphincter. Je prescrivis un mélange de craie, de sulfate de magnésie et de poudre de cubèbe, à prendre trois fois par jour et je lui conseillai de s’administrer quotidiennement un lavement simple. Il retourna à la campagne et depuis je n’en ai plus entendu parler.
Observation III. — Un monsieur, de 60 ans, d’un tempérament inquiet et d’habitudes très régulières, avait ses occupations dans la Cité et demeurait à 20 milles de Londres et à 1 mille de la station. Tous les jours, il allait, le matin, à la garde-robe, avant de partir de chez lui, et, au moment de quitter sa maison ou en arrivant à la station pour prendre le train, il était obsédé par une sensation de plénitude du rectum, comme si celui-ci était insuffisamment vidé. Si le temps lui permettait d’aller encore une fois au cabinet, il rendait deux ou trois bols fécals et alors la sensation désagréable disparaissait, mais si cette évacuation ne se faisait pas, la souffrance persistait tout le temps du voyage jusqu’à la ville'. Arrivé à sa maison de commerce et à ses occupations, le besoin disparaissait d’ordinaire, sans qu’il eût été satisfait.
Le malade éprouvait du soulagement quand il vidait son intestin avant^de partir à l’aide d’un lavement tiède.
Dans les premiers temps de sa maladie, il n’y avait pas de cabinet à la station, mais, quand on en eut construit, il fut bien moins su’et à ces accidents.
Les dernières circonstances que nous venons de mentionner montrent combien cette affection est sous la dépendance d’un certain état d’anxiété et d’inquiétude d’esprit, contre lequel la volonté des malades peut lutter avec avantage.