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II. Sensibilité morbide du rectum

J’ai eu à soigner plusieurs cas, dans lesquels le malade ressentait un certain malaise en un point fixe du rectum,

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surtout pendant ou après la défécation. La fixité et parfois l’acuité du mal, son augmentation à la pression, m’avaient naturellement conduit à soupçonner l’existence de quelque lésion de la membrane muqueuse, comme une ulcération, par exemple; mais l’examen le plus attentif ne me fit découvrir aucune altération, excepté en quelques points où je rencontrai de petites élévations, une rougeur plus vive et une vascularisation plus prononcée de la partie malade.

Le mal consiste surtout dans une exagération de sensibilité des nerfs, mais les quelques altérations qui viennent d’être indiquées montrent qu’il y a, en outre, des changements légers dans la structure des parties superficielles.

J’ai constaté, dans quelques cas, que cette sensibilité morbide se rencontrait, ciprès la guérison, par une opération de certaines affections morbides. Dans ces cas, ce sont surtout les remèdes locaux qui réussissent. Des sédatifs, tels que l’opium ou la belladone, introduits dans le rectum, procurent souvent du soulagement. Pour obtenir une guérison permanente, il vaut mieux employer des topiques qui modifient la surface malade, tels que le sulfate de cuivre, la solution de nitrate d’argent, les onguents mercuriels appliqués à travers la fente d’un spéculum.

SERVATiON IV. Au priatemps de 1857, je vis, eu consultation

TT A f^-ançais, employé de commeree ; c’était un homme

oi t. âgé de 26 ans, et paraissant d’une excellente santé. Il nous consul-

ait pour une affection douloureuse du rectum à laquelle il était sujet depuis deux ans.

chaleur, d’un sentiment de cuisson qu’il ressenmenL Pt 1 ‘défécation, mais il l'éprouvait aussi à d’autres mo-

mentait 1p instants de repos. L’ingestion du vin aug-

entait le mal. Cette affection était survenue, après une attaque de go-

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norrhée pendant laquelle il avait pris comme traitement beaucoup de fer et de capsules de copahu.

Il avait, à Paris, consulté plusieurs chirurgiens éminents, mais n’avait éprouvé aucun soulagement. Le mal siégeait à un pouce de l’anus. Un examen attentif ne me fit découvrir sur la muqueuse d’autres lésions que deux petites éminences papillaires. Je les touchai avec un crayon de sulfate de cuivre, je fis appliquer tous les jours une pommade mitigée au nitrate de mercure et je fis prendre un purgatif doux de séné et de sulfate de soude.

Le D*" Randal m’informait qu’il continuait, depuis deux jours le traitement avec le succès désiré, lorsque le malade fut brusquement appelé a Bordeaux et, depuis, je n’en ai plus entendu parler.

Observation V. — En 1857, un monsieur de 75 ans, ordinairement d une bonne santé, ayant une vie très active, me consulta pour une douleur qu’il ressentait depuis dix ans dans le rectum. Il m’apprit que quelques années auparavant il avait souffert de tumeurs hémorrhoïdales et qu’il avait subi deux opérations pour les faire enlever; depuis lors, il n’avait plus eu à se plaindre de ses hémorrhoïdes. Les selles étaient régulières et ne contenaient pas de sang. Il décrivait son mal comme étant le fait d’une pesanteur, d’une sensation pénible, bien plus agaçante que véritablement douloureuse. La sensation se montrait surtout après la défécation et durait une heure ou deux; mais elle apparaissait aussi à d’autres moments et variait d’intensité et de durée, suivant les jours.

Il avait été examiné, plusieurs fois, afin de découvrir la cause du mal, et une année environ auparavant, un chirurgien, supposant que la maladie était due à une fissure interne ou à un ulcère, avait pratiqué l’incision de la membrane muqueuse, mais sans procurer de soulagement.

La maladie semblait être localisée en un point fixe, à une petite distance de l'anus, sur le côté gauche, et lorsque, pendant l’examen, on pressait cet endroit avec le doigt, on déterminait la douleur ordinaire, après laquelle persistait un malaise et une sensation de pesanteur. En introduisant un spéculum de verre, j’observai une petite surface rouge, sur la membrane muqueuse, correspondant au siège de la douleur. Cette portion rouge ne ressemblait pas à un ulcère. Il n’y avait pas de solution de continuité de la muqueuse, et, quand on touchait, ou même on frottait ce point, il n’y avait pas de suitnement sanguin.

Cette partie malade était un peu ifius élevée et un peu plus rouge que la membrane muqueuse avoisinante. Je la touchai avec un ci'ayon de sulfate de cuivre et, trois jours après, avec une solution concentrée de

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nitrate d’argent (deux scrupules pour une once, ou trois grammes pour

trente). , . ,

Ce traitement ayant amené du soulagement, l’emploi du dernier

moyeu fut renouvelé quatre fois, à des intervalles de trois ou quatre jours. Mon malade quitta Londres alors pour ses vacances de l’automne, et à son retour, au bout de deux mois, il m’apprit qu il avait éprouvé un grand soulagement et que son mal ne 1 avait plus tourmenté , il ressentait seulement encore un point plus sensible dans le rectum.

Deux ans après il m’informa qu’il lui revenait encore, de temps en temps, de petites réminiscences de son mal, mais que ce n était plus qu’une gêne réellement peu sensible.

Je pourrais ajouter, à ces cas de sensibilité morbide du rectum, quelques notes brèves que j’ai conservées sur d’autres cas à peu près semblables 5 mais les deux faits précédents sont suffisants pour montrer quels caractères présentent les symptômes et quel est le traitement institué pour les guérir.

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