CHAPITRE VU
POLYPE DU RECTUM
En examinant les divers changements que subissent es parties environnantes, à la suite des hémorrhoïdes, J ai décrit les replis hypertrophiés qui se développent, en parei cas, sous la forme d’une excroissance allongée qui peut sortir hors de l’anus. Il est rare que ces tumeurs
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soient pécliciilées 5 elles iiciissent de In partie inférieure du rectum, au niveau du sphincter externe et présentent, ordinairement, une hase assez large {a).
D’autres tumeurs naissent plus haut, au-dessus du canal du sphincter, et sur la muqueuse même à laquelle elles s’attachent alors par un pédicule étroit et allongé. Ce sont ces dernières que l’on a plus spécialement appelées polypes du rectum.
Ces polypes du rectum iDrésentent deux formes : les polypes mous ou muqueux, les polypes durs ou fibreux.
Les polypes mous se rencontrent su rtout, dans l’enfance. Ils sont formés par une agglomération considérable de follicules allongés, renfermant à l’intérieur, d’après Lebert, un épithélium cylindrique fort distinct de celui de l’intestin qui, en cet endroit, est pavimenteux . On rencontre, à la surface, un réseau de petits vaisseaux et de belles papilles. Le pédicule varie de longueur. Le polype est ordinairement unique, mais il n’est pas rare d’en rencontrer plusieurs. Lebert en a trouvé, une fois, plus de vingt, chez une jeune fille de dix-sept ans, qui était à Beaujon, dans le service de M. Robert.
Chez les enfants, le polype muqueux se montre ordinairement, après une selle, sous l’apparence d’une petite
(a) Les petites tumeurs dont parle ici M. Curling ne sont pas considérées en France comme des polypes, précisément parce qu’elles n’ont pas le pédicule caractéristique des maladies auxquelles on donne le nom de polypes, et aussi parce qu'elles se développent aux dépens de la peau, et que nous décrivons les polypes comme des néoplasies pédiculées développées aux dépens des membranes muqueuses. Les productions cutanées auxquelles M. Curling fait allusion, sont pour nous des hypertrophies papillaires résultant tantôt de la transformation des hémorrhoïdes externes, api'ès disparition de leur élément veineux, tantôt d’une irritation prolongée au voisinage d’une fistule ou de toute autre excoriation ; les plus volumineuses sont celtes qui apparaissent au-dessous des chancres de l'anus et que nous désignons sous le nom de condylomes ,
{Note du traducteur.)
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fraise, d’une texture molle, granuleuse à sa surface et d’une couleur rouge. Le pédicule étroit présente, cà peu près, la forme d’une tige déplumé de corbeau de deux ou trois pouces de long, qui relie le polype à l’intérieur du rectum, ordinairement à la partie postérieure.
Il n’est presque pas douloureux, mais il produit un léger écoulement de sang qui, apparaissant après chaque selle, provoque de l’inquiétude. Il arrive quelquefois que l’hémorrhagie est assez abondante pour affaiblir les enfants (1).
La description qu’en font ordinairement les mères et les nourrices peut induire le médecin en ert'eur et lui faire croire à l’existence d’une affection beaucoup plus commune, la chute du rectum. On déterminera généralement la nature exacte du mal en introduisant le doigt dans le rectum. Mais il arrive quelquefois, que la mobilité du polype est telle, qu’il remonte dans le rectum et qu’il devient inaccessible. Quand le pédicule est assez long, l’excroissance sort, au moment des selles et on peut en diagnostiquer la nature sans difficulté. Le polype muqueux se montre rarement chez l’adulte.
Le traitement du polype chez les enfants est très sim-' pie et toujours suivi de succès. On lie la tumeur au moyen d une ligature dont on entoure le pédicule et on rentre le tout dans l’intestin. Le malade n’éprouve aucune souffrance, ni pendant, ni après l’opération et le polype se sépare, deux ou trois jours après, et sort avec les fécès. Si le pédicule est long, on peut couper la tumeur audessus de la ligature.
(1) Le Df V ooclman qui paraît avoir vu un grand nombre de ces cas à hôpital des enfants de North-Earstern, indique que les jeunes malades sont affectés dune sensation pénible de pesanteur, qu'ils crient en allant a la selle et qu’lis sont (ournientés par une diarrhée rebelle (Medical Press and Circulai’, nov. 24, 1875),
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Observation XII. — Un enfant, âgé de 4 ans, était affecté d’un polype muqueux du rectum de la grosseur d’une noix. Il avait un long ])6dicule qui le laissait pendre au dehors, après chaque selle. Je plaçai une ligature serrée autour de la racine du pédicule et j’excisai la tumeur, L’enfant put aller et venir et l’anus ne fut pas plus affecté que s'il lie s’était rien passé d’extraordinaire.
Il ne faut pas exciser un polype, sans avoir préalablement lié le pédicule, car une liémorrhagie dangereuse pourrait survenir par la surface de section. Cela arriva à Sir Astley Cooper, après une opération et l’accident fut assez fort pour causer de sérieuses inquiétudes (1). Il ne faut pas non plus que la ligature soit assez serrée pour diviser le pédicule, car l’iiémorrhagie pourrait survenir par cette cause-là même. M. Mayo rapporte, qu’en liant un polype du rectum, chez une petite fille de II ans, il serra le fil assez fort, pour couper le pédicule qui n’était pas résistant. Il n’y eut pas d’hémorrhagie immédiate, mais, la nuit suivante, l’enfant perdit une grande quantité de sang et fut amenée à l’hôpital pâle, faible et tout à fait défaite à la suite de cette hémorrhagie.
Observation XIII. — On m’amena un petit garçon de 5 ans, qui avait un polype muqueux du rectum. La tumeur était située si liaut dan.s l’intestin, que je vis, qu’il me serait impossible de passer le fil autour de la tumeur. L’enfant était chloroformé, mais, sur un si jeune sujet, je ne pouvais introduire qu’un doigt dans le rectum et je ne parvins pas à amener le polype au dehors. Il n’arriva que brisé et détruit par les efforts que j’avais faits pour le lier. Il n’y eut cependant pas d’hémorrhagie, ni primitive, ni consécutive et la tumeur ne se reproduisit pas.
Le cas suivant servira à éclaircir les principaux points de pratique qui se présentent dans des cas semblables :
(1) Essai de pathologie d’Human, p. 3ô4.
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Observation XIV. — Une petite fille, J’appii’once délic.ite, me fut amenée poiu’ une tumeur qui sortait de l'anus après les selles. La bonne m’indiqua que cette grosseur ressemblait à une cerise, qu’elle se prosentait apres chaque évacuation, et que souvent, il fallait la repousser dans l’intestin. L’enfant n’en souffrait pas, mais il y avait un léger suintement sanguin. Je no pouvais engager la petite malade à faire des efforts pour pousser et faire ainsi sortir la tumeur; en introduisant mon doigt dans le rectum, je ne sentis aucune espèce de tumeur. Les parents demeuraient à trois lieues de la ville, il était donc difficile de trouver le moyen d’examiner la partie, après une évacuation alvine.
Craignant d’avoir affaire à un prolapsus, je prescrivis une médicati »n ferrugineuse et je conseillai de faire rentrer la tumeur, en la pressant avec un morceau do Tint très doux, trempé dans une solution de sulfate de zinc. J’ordonnai ensuite de donner, chaque jour, un lavement de perchlorure de fer. Après être venue deux ou trois f >is, l’enfant s’en alla au bord do la mer pour se fortifier et on me la conduisit au retour. Comme la tumeur sortait toujours et que le suintement n’avait pas diminué, je fis un second examen à l’aide du doigt, m.ais je ne trouvai encore aucune tumeur. J’ordonnai de faire prendre à l’enfant un peu d'huile de ricin de bonne heure le matin, et de me la conduire ensuite. Après que l'enfant fut restée chez mol une heure ou deux, l’intestin 80 vida et je pus alors apercevoir une tumeur vasculaire, d’un rouge noir, grosse comme une petite cerise, qui sortait de l’anus et présentait un pédicule long et étroit. Je passai sans difficulté, xJne ligature autour de la tumeur que je rentrai dans le rectum. Il n’y eut aucune douleur et trois jours après, la tumeur sortit avec les fécès et l’enfant fut guérie.
Le polype dur ou fibreux se rencontre cliez l’adulte. Il est probablement dû, à une hypertrophie dn tissu aréolaire sous-muqueux du rectum. La surface est tantôt unie, tantôt il régulière. J examinai une tumeur que j'a'vais enle'vée chez un homme par l’opération. Elle était d’une forme ovale et offrait le volume d’un marron. Son pédicule était dur et à peu près du diamètre d’une plume d oie. Sa surface, irrégulière et granulée, représentait une excioissance en forme de chou-fleur. Ce polype élait principalement constitué par du tissu fibreux.
Le polype fibreux a la forme d’une poire avec un pédi-
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cule d’une longueur et d’un diamètre variables. Sa consistance varie, il saigne rarement, mais il produit un léger suintement muqueux. Lorsque le pédicule est long, la -tumeur sort de l’anus après les selles et il faut la remettre en place. Quand elle est rentrée dans l’intestin, elle cause une sensation de gêne, comme si un corps étranger ou des fécès volumineuses produisaient le besoin d’aller à la garde-robe.
Lorsque le polype se congestionne et qu’il sort de l’anus en cet état, son pédicule peut être étranglé par le sphincter et produire de grandes douleurs. J’ai soigné, avec M. Langmore, une femme extrêmement nerveuse qui avait une tumeur de cette espèce, fixée à un pouce et demi (4 centimètres) au-dessus du sphincter. Cette tumeur était sujette à se congestionner et elle augmentait de volume ; si la malade la faisait alors rentrer, il en résultait une douleur excessive, pendant deux ou trois heures après. La malade guérit par une opération.
Observation XV. — Il y a quelques années, on vint me chercher pour voir, à la campagne, un de nos confrères les plus estimés qui souffrait beaucoup. Il était affecté d'un polype fibreux, depuis plusieurs années. La tumeur s’était ulcérée à la surface, à la suite des frottements auxquels elle était soumise quand elle sortait de l’anus. Il on résultait un spasme douloureux du sphincter qui étranglait le pédicule et amenait la congestion de la tumeur. Les douleurs étaient horribles. Je trouvai un polype volumineux, compacte, de la forme d’une poire, maintenu par un pédicule solide et épais fixé à une petite distance de l’anus. La surface muc[ueuse, rouge foncé, était le siège d’un large ulcère. Je traversai le pédicule avec une aiguille armée d’un fil double que je serrai fortement de chacjue côté. La tumeur se détacha bientôt, le malade fut promptement et complètement soulagé de ses douleurs et il guérit radicalement de celte maladie si pénible.
Quand le pédicule d’un polype fibreux est peu volumineux, on peut l’entourer d’une ligature serrée et l’abandonner à lui-même, jusqu’eà ce qu’il tombe, à moins que le
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pédicule ne soit assez long’, pour qu’on puisse exciser la tumeur au-dessus de la ligature. Quand le pédicule est très gros et très résistant, on emploie de préférence l’écraseur métallique.
Observation XVI. — Un médecin m’amena une dame âgée qui avait dans le rectum une excroissance polypoïde considérable. Ce ne fut qu’avec beaucoup de peine que cette tumeur put être tirée, en dehors de l’anus. Comme je n’avais pas d’écraseur sous la main, j’appliquai autour du pédicule, qui était très large et très résistant, une forte ligature aussi serrée que possible. Il n’y eut aucune douleur et, quinze jours après, je m’aperçus que le fil s’était pourri, que la tumeur avait diminué d’un tiers environ et qu’il y avait des eschares à sa surface. J’appliquai alors le serre-nœud métallique et j’enlevai la tumeur avec un plein succès. La malade allait bien quand, quatre jours après cette seconde opération, elle fut prise de frissons intenses, puis de symptômes d’infection purulente et mourut dix jours plus tard. C’est le seul cas de pyohémie, après une opération sur le rectum, que j’aie rencontré dans ma pratique, après une longue carrière.
Quand le polype fibreux est fixé très haut dans le rectum ou quand son pédicule est trop court, il est très difficile, et parfois même impossible, d’attirer la tumeur en bas, de manière à pouvoir poser une ligature ou placer la chaîne de l’écraseur, autour de son pédicule. Dans ce cas,
on applique sur le pédicule dans le rectum une pince en forme de clamp qui, à l’aide d’une vis, placée entre les branches de l’instrument, comprime les parties et étrangle la tumeur. En attendant la chute de la pince, on calme par les opiacés 1 irritation produite sur le rectum.
Une hémorrhoïde allongée, dont l’extrémité s’est convertie en tissu fibreux, forme quelquefois, à la partie inférieure du rectum, un polype très résistant.
Il est probable que le polype fibreux qui s’attache à la paitie inférieure (Ju rectum a quelquefois pour origine, une hémorrhoïde qui s’est allongée et dont la partie libre a subi une transformation fibreuse. Cette tumeur fibreuse
TUMEU'R VILLEUSE DU RECTUxM.
irrite, par sa présence, la membrane muqueuse et produit une ulcération de l’anneau du sphincter. La soluüon de continuité prend alors le caractère de l’ulcère irritable et la douleur est extrême, car le polype la touche et l’irrite constamment. Il faut alors enlever le polype et faire une légère incision, sur le trajet de l’ulcère, pour faciliter la guérison.