‹ Traité des maladies du testicule et de ses annexesChapitre 122 sur 126 · CASTRATION. — INDICATIONS · texte numérisé non relu

CASTRATION. — INDICATIONS

méfaction douloureuse de Tépididyme, celle-ci ne serait que passagère et sans conséquence fâcheuse.

Nous sommes donc portés à penser qu'il n'y a pas, en pareil cas, indication à castration immédiate. Que si, contrairement à ce que l'on est en droit d'attendre, des accidents de rétention se montrent et persistent, il serait toujours temps d'intervenir ultérieurement.

On a également discuté la conduite à tenir vis-à-vis du testicule, pendant l'opération d'une hernie vagino-péritonéale. Ici la glande est nécessairement mise à découvert, et les éléments du cordon sont à tel point unis au sac que leur blessure a paru impossible à éviter. Aussi quelques auteurs ont-ils donné le conseil de faire la castration d'emblée.

Nous ne pouvons souscrire à cette manière de voir ; ou mieux, il nous parait qu'il convient ici de considérer deux cas différents.

Si le testicule est en ectopie, il ne faudra pas hésiter à le sacrifier. L'organe est inutile ; il est souvent sensible spontanément ou à la moindre pression ; plus que le testicule dans les bourses, il est exposé à devenir le siège de dégénérescences diverses ; enfin et surtout, il s'oppose par sa présence au traitement rationnel et complet du sac vaginal. Pour toutes ces raisons il est bien préférable de le supprimer (voy. Ectopie). C'est le parti auquel l'un de nous s'est arrêté, dans un cas de ce genre. L'examen microscopique de la glande enlevée a montré qu'elle n'était plus en état de fonctionner (1).

La question est tout autre si le testicule a franchi l'anneau inguinal, s'il est à la racine des bourses; à plus forte raison s'il est descendu au fond du scrotum. En ce cas il faudra s'efforcer de le conserver, en lui taillant dans le sac vagino-péritonéal une enveloppe indépendante. Cette pratique est celle que l'un de nous a défendue récemment devant la Société de chirurgie, à propos de quatre cas personnels (2).

On pourrait enfin se demander si, dans certaines circonstances, la castration ne pourrait être pratiquée pour délivrer un malade d'un tourment moral considérable, capable, comme on a pu le voir, de le pousser au suicide.

M. Jules Bœckel (3) posait la question en ces termes devant la Société médicale de Strasbourg, à propos d'un cas d'amputation totale du pénis pour épithélioma. L'ablation des testicules aurait eu pour

(1) Monod et Arthaud, Contribut. à l'étude des altérations du testicule ectopigue, etc. [Arch. gén. de médec., Paris; 1887, 7"= série, t. XX, p. G4l).

(2) Terrillon (,0.), Bullet. et Mém. de la Société de chirurgie. Paris, 1887, u. s., t. XIII, p. 653.

(3) Bœckel (J.), Soc. méd. de Strasbourg, 5 mai 1882.

seul objet de supprimer des besoins sexuels impossibles à satisfaire. M. Bœckel citait à l'appui de son opinion l'histoire d'un militaire qui, après la perte du pénis en totalité, tourmenté par des désirs vénériens, se suicida après une courte période de folie.

Curling de son côté rapporte que certains individus atteints de pertes séminales qu'aucun traitement n'avait pu supprimer réclament parfois la castration: que quelques-uns même se sont, en pareil cas, châtrés eux-mêmes. 11 raconte avoir été poursuivi par les sollicitations d'un homme qui voulait absolument subir cette opération, et s'être, d'ailleurs, absolument refusé à le satisfaire. 11 dit, avec raison, que cette mutilation pourrait être plus tard vivement regrettée par le patient, revenu à d'autres sentiments, et amèrement reprochée à celui qui l'aurait pratiquée. Dans un cas à lui connu, le malade, qui l'avait subie, finit par se suicider, et l'opérateur fut cité en justice pour avoir cédé au désir de ce malheureux.

Nous croyons que la manière de voir de Curling, que nous partageons absolument, peut s'appliquer au cas supposé par J. Bœckel.

En d'autres termes, la castration ne saurait, selon nous, être indiquée que si la glande est le siège de lésions matérielles, ou peut-être encore de troubles fonctionnels (névralgie», compromettant gravement la vie ou la santé. La pratiquer dans le seul but de supprimer les facultés viriles d'un individu, quels que soient les tourments réels ou imaginaires de celui qui la sollicite, ne nous parait devoir jamais, à moins de circonstances tout à fait exceptionnelles, être une opération qui s'impose.

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