D. — ORCHITE DE LA SCARLATINE
L'orchite de la scarlatine est rare. Nous avons déjà eu l'occasion de dire que l'on n'en connaît que deux observations.
L'une a été communiquée par Hénoch (1) à la Société de médecine de Berlin. Chez un garçon de huit ans, au dix-neuvième jour d'une scarlatine grave, un épanchement rapide se forme dans les deux tuniques vaginales, véritable hydrocèle aiguë, considérable, transformant le scrotum en une tumeur plus volumineuse que le poing. Après des incidents divers l'enfant mourut; le procès-verbal de l'autopsie ne fait pas mention de l'état des vaginales.
Le second fait a été observé par Horteloup (2|. 11 constata chez an enfant de six ans, au deuxième jour d'une scarlatine très confluente, que le scrotum présentait le volume d'un œuf de pigeon. Ici encore il y avait une collection dans la vaginale. Mais de plus, en déprimant le liquide avec le doigt, on arrivait facilement sur un épididyme dur. gonflé, présentant trois fois les dimensions d'un organe sain. Le malade guérit. Le gonflement de l'épididyme disparut avec le début de la desquamation cutanée, mais l'épanchement vaginal ne fut complètement résorbé que vers le quinzième jour.
E. — ORCHITE RHUMATISMALE
Étudiée d'abord par Bouisson (3), cette variété d'inflammation fut tour à tour admise par quelques auteurs et niée par d'autres.
Elle fut souvent confondue avec d'autres formes dont la cause passait inaperçue ou était difficile à découvrir. Cependant, elle semble exister réellement, et nous en trouvons des exemples dans les thèses pe Vache (4) et de Dhomont (5).
Les cas les plus nets sont ceux dans lesquels l'inflammation du tes-
(1) Hénoch (Ed.), Berlin, med. Gesellsch., séance du 14 février 1815 [Berlin. Jclin. Wochenschr., 1865, u" 12). L'observât, est rapportée in extenso par Clugnet, Thiise citée, p. 27.
(2) 06s. rapportée par V. Augagneur et D. Mollière, Dict. encyclop. des se. médic.,. 3« série, t. XVI, p. 578, art. Testicule (pathologie).
(3) De l'orchite rhumatismale aiguë et chronique (Montpellier médical, 1860, t. IV, p. 336).
(4) Du rhumatisme uro-génital. Paris, 1868. ■^h\ Thèse, Paris, 1880.
ORCHITE GOUTTEUSE.
licule a coïncidé avec un rhumatisme poly-articulaire, alors qu'on ne pouvait confondre cette manfestation avec l'inflammation de la glande séminale coïncidant avec une arthrite blennorrhagique.
D'après les faits les mieux étudiés et les plus probants, ce serait la vaginale qui serait surtout atteinte, à l'exclusion du testicule et de l'épididyme. Un épanchement plus ou moins abondant dans la vaginale serait le symptôme principal, qui durerait seulement de sept à huit jours pour disparaître rapidement sans laisser de traces appréciables.
F. — OECHITE GOUTTEUSE
Longtemps méconnue, ou admise avec difficulté parla plupart des auteurs, cette variété semble prouvée par ^fles observations bien nettes, publiées dans ces dernières années.
Cependant nous voyons encore M. Jaccoud et Labadie-Lagrave, en 1872 (1), considérer, malgré les affirmations de Rusch et de Gintrac, Forchite goutteuse comme n'étant pas réellement établie. Ils pensent avec Garrod qu'il s'agit là d'affections anciennes de l'organe, plus ou moins méconnues et qui ne se seraient réveillées que sous l'influence d'une attaque de goutte.
M. Rendu, dans son article du Dictionnaire encyclopédique, ne signale pas cette complication de la goutte. Cependant, dans une discussion récente qui eut lieu en 1885 à la Société médicale des hôpitaux de Paris, M. Guyot présenta une observation tout à fait concluante. Il s'agit d'un homme qui, ayant eu comme antécédents des accidents rhumatismaux variés, fut pris sans cause appréciable 'd'une inflammation du testicule caractérisée par un gonflement douloureux de toute la glande. Quelques jours après survinrent des accidents caractéristiques de la goutte au niveau du gros orteil.
Le D'' Debout d'Estrées signala des faits analogues. A ce propos, M. Millard raconte qu'il a été atteint lui-même d'une orchite ayant la même origine et la même marche. Latil en cite un cas assez probant (2).
Enfin dans un travail récent sur M. le D"' Legalcher-Baron : les manifestations de la goutte sur les organes génitaux, nous trouvons le résumé des cas connus.
Le traitement général de la goutte agit en même temps sur la manifestation de cette maladie au niveau des articulations et sur l'orchite, «ans laisser de trace.
(11 Art. GouTTB, Dicl. de Jaccoud, p. 618.
(2) Soc. méd. des hôp., 25 févr. 1885.; Union méd., 1885. XXXIX.
G. — ORCHITE typhoïde
VeJpeau le premier montra le rapport de certaines formes d'orchite avec la fièvre typhoïde. D'abord peu connue, cette complication fut souvent observée depuis et devint le sujet de plusieurs travaux importants, de Chedevergne (1), Sadrain (2), Auguste Ollivier (3), Harrisson (4) et Larquier (5).
Elle survient le plus souvent chez les individus affaiblis et présentant les symptômes typhiques très prononcés. Cependant des fièvres légères peuvent présenter aussi cette complication. Ordinairement tardive, elle ne se montre qu'au moment de la convalescence. Un seul cas aurait été signalé au septième jour par Guyon (6). Un autre après, guérison complète (Laveran).
Cette orchite débute brusquement par un gonflement douloureux qui atteint l'épididyme. Une fièvre intense se manifeste avec état général grave, faisant craindre une rechute de la maladie ou une complication plus grave.
L'anatomie pathologique faite par Hanot montre que les tubes sont remplis d'éléments embryonnaires sans aucun vestige d'épithélium, mais la paroi elle-même est intacte et parfaitement reconnaissable-. Entre les tubes on remarque un épaississement produit par une prolifération cellulaire très active.
La terminaison ordinaire est la résolution lente, progressive et ne laissant aucune trace. Mais il arrive ici et plus souvent que dans toute autre variété d'orchite, qu'il se forme un abcès dans le testicule. Quelques faits publiés ne laissent aucun doute sur cette terminaison si fâcheuse.
L'abcès est aigu et rapide, tendant rapidement à envahir le scrotum,, ou bien il est chronique à marche lente et insidieuse.
A la suite de l'ouverture de ces abcès, qui laisse une perforation del'albuginée, le testicule s'élimine par lambeaux, et l'organe est complètement perdu.
Dans le cas de Hanot (7) l'abcès parut débuter par l'épididyme. Celui qu'il emprunte à Bouilly a aussi donné lieu à un abcès.
(1) Orchite dothiéuentérique. Thèse de Paris, 1884.
(2) Thèse de Paris, 1882.
(3) Revue de méd., 1883, III, p. 829.
(4) The Lancet, 1883, p. 997.
(6) Thèse, 188 >.
(6) Thèse de Sadrain, p. 13.
(7) Hanot, Soc. an., 1873 {Orchite suppurée avec élimination spontanée du testiculependant la convalescence d'une fièvre typhoïde).