CANCER. — LÉSIONS MACROSCOPIQUES. — FORME MOLLE
pas, comme l'admettait autrefois Robin, la queue de l'épididyme. L'erreur dans laquelle on peut tomber, à cet égard, tiendrait, d'après Kocher, à ce que souvent, au début, la partie antérieure du testicule peut rester intacte ; la partie postérieure de la glande malade coiffe l'antérieure à la façon de l'épididyme et peut être prise pour lui ; en réalité celui-ci, lorsqu'on y prend garde, est retrouvé plus en arrière encore et parfaitement sain (fig. 62).
Fig. 61 . — Cancer du testicule au début. Fig. 62. — Cancer du testicule, sept mois
après le début.
Les remarques qui précèdent s'appliqueraient, d'après certains auteurs, au carcinome plutôt qu'au sarcome du testicule. Il est certain en effet que, sous cette dernière forme, le cancer de la glande séminale peut être limité, pour un temps du moins, à l'épididyme. 11 en était ainsi dans un fait observé par Péan (1). Nous reproduisons ci-contre deux figures empruntées à cet auteur, et qui se rapportent à ce cas intéressant (fig. 63 et 64).
La vaginale peut être saine, ou présenter toutes les lésions qui sont le propre de la vaginalite, depuis le simple épaississement jusqu'aux fausses membranes, plus ou moins abondantes, à tous les degrés d'organisation.
La cavité qu'elle circonscrit est souvent effacée par suite des adhérences qui se sont établies entre les deux feuillets de la séreuse; ou
(I) Péau (J.), Ouv. cité, t. 11, p. 460.
bien elle persiste et renferme alors un peu de sérosité claire ou sangui-
Fi!j. 63.
Sarcome de l'épididyme (le testicule est aplati et logé dans les enveloppes de la tumeur).
nolente. L'oblitération peut être partielle et la cavité divisée en loges contenant ou non du liquide. Dans les cas rares où l'albuginée est
détruite, le tissu néoplasique s'étale à l'intérieur de la vaginale.
M. Boursier (1) a bien montré que cetLe hydrocèle symptomatique était le résultat d'un véritable processus inflammatoire provoqué dans la vaginale par la tumeur sous-jacente. Elle serait, pour cette raison, d'autant plus fréquente, que l'épididyme est lui-même plus promptement atteint.
Le cordon peut avoir conservé ses dimensions et son aspect normaux. Souvent il est déjà tuméfié et manifestement dégénéré. Cet envahissement paraît se faire plus vite dans le sarcome que dans le carcinome.
La forme dm- e du cancer du testi-
Fig. 64. — Coupe de la tumeur précédente. Le tissu de la tumeur est hémorrhagique et contient par places des kystes et des noyau.K cartilagineux.
b. Forme dure ou squirrlie. —
(I) Boursier (P. -A.), Étude sur les hydroceles symptoinatiqiies des tumeurs du tesfi cule. Thèse de Paris, 1880, n" 8.
CAiNCER. — LÉSIONS MACROSCOPIQUES. — SQUIRRHE. 375
cule peut correspondre de tous points à la description qui précède, à ceci près que la tumeur, à la coupe, présente un tissu ferme, grisâtre, assez uniforme d'aspect. Il s'agit, en pareil cas, d'une lésion semblable, mais à une phase probablement moins avancée; la tumeur n'a pas encore, du moins, été le siège de ces ramollissements, de ces transformations kystiques, de ces épanchements sanguins qui en modifient si profondément l'apparence extérieure.
Tout autre est le carcinome fibreux ou squirrhe vrai, qui doit être considéré comme constituant une variété spéciale de néoplasie testiculaire, ayant à l'œil nu un aspect caractéristique et, comme nous le verrons, une structure propre.
Le squirrhe du testicule avait été longtemps admis sans preuves suffisantes et seulement par analogie avec ce qui s'observe ailleurs. Un examen plus approfondi des pièces montra qu'on s'en était laissé imposeï' par les apparences, et qu'en réalité le carcinome fibreux du testicule n'existait pas. Telle était la conclusion à laquelle était arrivé Rindfleisch, par exemple, dans son Traité classique.
Depuis lors, Nepveu (1), reprenant ces recherches, montra que dans les observations anciennes de A. Cooper, Curling, Dolbeau, il s'était bien agi de véritables squirrhes de la glande séminale. A ces faits il en joignit trois personnels recueillis dans le service de M. Verneuil, et quelques autres empruntés à divers auteurs. Il parvenait ainsi à réunir neuf cas de squirrhe vrai du testicule, d'après lesquels il a donné une bonne description de l'afTection. Nous ne ferons guère que la reproduire dans ses traits essentiels, car notre expérience sur ce point est à peu près nulle (2).
Le volume du testicule atteint de squirrhe est habituellement peu considérable. Il est comparable à celui d'un œuf de poule, quelquefois d'un œuf de pigeon. Si l'on rapproche de ce fait le développement parfois colossal des cancers mous du même organe, le contraste est frappant.
Le tissu de la tumeur est très dense, dur, compact; il crie sous le scalpel. Sur une coupe, il paraît généralement blanchâtre, rosé en quel-
(1) Nepveu (G.), Squirrhe du testicule (Mém. lu au Congrès de l'Associât, franç. pour l'arancment des sciences, Paris, 1878, et Arch. génér. de ?nerft'Ci?2e, Paris, 1879, 7^^ sér., t. III, p. 129).
(2) Nous n'avons trouvé, parmi les faits publiés depuis le travail de Nepveu, que celui de Clark (*), observé chez un homme de 62 ans, dans lequel le diagnostic anatomique de squirrhe du testicule paraît avoir été vérifié par le microscope.
(*) Clark (H. E.), Scirrhus of Ihe testkle and spormatic cord (Glasgow mcd. journ., 1883, t. XIX, p. 67 et 236).
ques points. On y remarque surtout les tractus, rendus plus évidents par un courant d'eau, qui le traversent, irradiant en éventail du rete (estis et du corps d'IIighmore jusqu'à l'albuginée. Nous verrons que cette production abondante de tissu fibreux est, à l'examen microscopique, la lésion caractéristique du squirrhe testiculaire.
L'épididyme n'est généralement plus reconnaissable. Les deux feuillets de la vaginale sont le plus souvent soudés entre eux par des adhérences, sur une plus ou moins grande étendue. Deux fois on a noté l'infiltration du cordon spermatique et du canal déférent, jamais l'extension jusqu'à la prostate ou aux vésicules séminales.
B. — Caractères microscopiques. Évolution.
Nous avons déjà eu occasion de dire combien l'étude de la structure et de l'évolution des tumeui's du testicule offre de sérieuses difficultés. Cela est particulièrement vrai pour les productions diverses réunies sous le nom de sarcocèle cancéreux. Tendance à la dilfusion que présentent les formes les plus typiques en apparence, dégénérescences fréquentes et variées frappant tout ou partie de la masse morbide, complexité des tissus ou des éléments qui peuvent entrer dans la constitution du néoplasme, tout semble réuni pour obscurcir le sujet.
Aussi l'anatomo-pathologiste le plus exercé doit-il bien souvent renoncer à formuler un diagnostic anatomique précis et se trouve-t-il contraint de suspendre son jugement.
Une description, conduite de façon à laisser de côté ces cas difficiles, serait de pure convention et ne mériterait pas créance.
D'autre part, un ouvrage comme celui-ci ne comporte évidemment pas une étude des cas particuliers très divers qui peuvent se rencontrer dans la pratique; ce serait se noyer dans le détail, ou, pour employer une expression bien applicable ici, se perdre dans l'infiniment petit.
Nous chercherons un moyen terme entre ces deux façons de faire également fâcheuses, une généralisation hâtive et fausse, et un exposé trop minutieux à force de vouloir être exact.
Pour cela, nous attachant aux cas simples dont on peut trouver quelques exemples, nous les prendrons pour point de départ de notre étude. Nous signalerons ensuite, et chemin faisant, les combinaisons et les complications qui peuvent altérer la physionomie primitive du néoplasme, au point de le rendre parfois méconnaissable.
Nous terminerons enfin par l'étude des tumeurs dites mixtes, dont la détermination anatomique est souvent plus difficile encore.