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CHAPITRE XII

TUMEURS DE LA VAGINALE

Nous ne décrirons, sous ce nom, que les productions contenues dans la cavité vaginale, ou en connexion étroite avec ses parois. Nous laisserons de côté, pour les étudier plus loin (v. Tumeurs du cordon), les cas, relativement plus nombreux, de tumeurs ayant pu s'étendre jusqu'à la surface externe de la séreuse, ou pénétrant secondairement dans son épaisseur, mais dont le point de départ est manifestement dans les éléments du cordou.

Les tumeurs que nous aurons à passer en revue sont : les lipomes^ les fibromes , les sarcomes et myxo-sarcomes (cancer) de la tunique vaginale.

§ 1. — Lipome.

La plupart des cas, fort rares d'ailleurs, décrits sous le nom de lipomes de la vaginale, ne sont autres que des lipomes du cordon s'étendant jusqu'au testicule, ou bien encore des lipomes du scrotum assez volumineux pour englober la glande et ses enveloppes immédiates.

Le seul cas où le lipome parait bien s'être développé dans la cavité vaginale appartient au D"" Park (de BufTalo) (1).

Il a été observé chez un homme, de bonne santé apparente, âgé de quarante ans, qui, depuis dix-huit mois, remarquait que le testicule droit augmentait peu à peu de volume. La tumeur avait les dimensions d'une noix de coco; elle ne causait aucune douleur, mais seulement un peu de gène par son poids.

Au palper, la masse qui remplissait le scrotum était molle, elle ne

(1) Park (R.), Lipoma testis, or a large accumulation of fat in the tunica vaginalis. Comm. à YAineric. surg. Association {Annals of Surgery. Saiut-Louis, 1886, t. III, p. 36.S).

paraissait ni absolument solide ni franchement liquide. Une ponction exploratrice donna un résultat négatif. Le testicule fut reconnu à la partie supérieure de la tuméfaction par la sensation spéciale perçue à ce niveau.

L'opération décidée, une incision faite jusqu'à la tunique vaginale mit à découvert une masse graisseuse, dense, lâchement adhérente à la séreuse; elle fut facilement amenée au dehors. Le testicule n'était pas simplement perdu dans la graisse, mais assez intimement uni à elle par de fines trabécules et des vaisseaux. L'anneau inguinal externe fut exploré avec soin, il n'y avait pas apparence de hernie passée ou présente. L'anneau et le canal inguinal étaient de dimensions normales.

En raison des connexions que la tumeur paraissait avoir avec le testicule, Park se décida à pratiquer la castration. La masse entière pesait 3 livres. L'examen minutieux qu'on en put faire ne permit pas de reconnaître plus exactement son point de départ, et l'on dut se contenter du diagnostic de « lipome du testicule », ou, si l'on préfère cette expression, « de lipome intra-vaginal ».

En raison de la rareté d'une pareille lésion, Park fit et fit faire de nombreuses recherches pour découvrir, dans la littérature médicale, des cas semblables. De ceux qui lui furent signalés il n'en retient que trois, qu'il considère, à tort selon nous, comme des exemples de lipome de la vaginale.

Le premier est celui de Déguise (1). Or il s'agit évidemment, dans ce fait, d'un lipome du scrotum ou du cordon et non de la vaginale.

Dans le cas de Jobert (de Lamballe) (2), il résulte de la description donnée que la tumeur était ici encore extra-vaginale ; de plus sa nature demeure incertaine, puisque, à côté d'une partie lipomateuse, s'en trouvait une seconde plus dure, fibreuse, que Jobert « présume être du tissu fibro- plastique ».

Il est probable que Park n'a entendu parler de ces observations que par ouï-dire, sans en avoir le texte sous les yeux.

Son troisième fait vaut moins encore. Il aurait été observé par le D'' Kimball. Park avoue qu'il n'a pu retrouver trace écrite de ce cas, qui doit, par conséquent, jusqu'à plus ample informé, être considéré comme non avenu.

L'histoire des lipomes de la vaginale se réduit donc, comme nous

(1) Déguise, Enorme lipome développé dans la scrotum [Bullet. de la Soc. de chirurgie. Paris, 1858-59, série, t. IX, p. 529).

. (2) Jobert (de Lamballe), Sur une tumeur du scrotum [Comptes rendus et Mém. de la Soc. de biolcpie. Paris, 1850, l" série, t. II, p. 78).

TUMEURS DE LA VAGINALE. — FIBROME

l'avons dit, à l'observation sus-mentionnée de Park. Il nous parait inutile d'y insister davantage.

§ 2. — Fibrome.

Division. Anatomie pathologique. — L'observation bien connue de Baizeau (J) a été considérée comme un bon exemple de cette affection, d'ailleurs bien rare.

Un homme de vingt-six ans voit, à la suite d'un coup, survenir dans la bourse droite un gonflement qui, dix ans plus tard, avait acquis le volume d'un œuf d'oie. La tumeur était dure, insensible à la pression ; elle embrassait d'avant en arrière le testicule, ne laissant libre qu'une faible partie de ses faces latérales. Elle fut enlevée avec la glande, à laquelle elle était trop intimement unie pour que la séparation fût possible. Pièce en main, on reconnut que la tumeur, ovoïde, aplatie latéralement, du volume d'un œuf de poule, était enveloppée de toutes parts par la tunique vaginale. L'épididyme et le cordon sont sains. Le testicule l'est également, mais entouré d'avant en arrière par la tumeur qui forme une masse dure, de forme annulaire, du volume d'un pouce d'adulte, [évidemment développée dans l'épaisseur de la vaginale entre le feuillet fibreux de celle-ci et son feuillet séreux. Cette masse se moule sur la glande, ses bords s'avancent en s'amincissant sur les faces latérales de celle-ci et les recouvrent en grande partie. Au microscope, la tumeur parut exclusivement formée de tissu fibreux.

On s'est demandé, non sans quelque raison, s'il ne s'agissait pas, dans ce cas, d'une vaginalite chronique proliférante, plutôt que d'une tumeur flbreuse propre (Schwartz).

La même réserve ne parait pas devoir être faite pour l'observation de Ilicord rapportée par Poisson (2). Le testicule put être respecté, la tumeur fut seule enlevée, mais avec elle une grande partie de la vaginale pariétale dans l'épaisseur de laquelle elle était contenue.

Il semble aussi que l'on puisse retenir un fait de Holmes (3) : tumeur datant de trente-trois ans, chez un homme de 51 ans ; elle s'était, depuis peu, rapidement accrue, et avait atteint le volume d'une noix de coco. Elle fut enlevée avec la glande adjacente. Sa structure

(1) Baizeau, Fibrome de la tunique vaginale [Union médicale, 1861, II, p. 451).

(2) Poisson (V.), Des tumeurs fibreuses pérididymair es. Thèse de Paris, 1858, u°1QQ.

(3) Holmes, Fibrous tumeur of the scrotum [Transact. of the patholog. Soc. of London. Londres, 1869, t. XX, p. 246).

était nettement flbreuse. Elle était absolument indépendante du testicule, et parut tout entière contenue dans la tunique vaginale.

La tumeur, dans d'autres cas, parut tellement extérieure à la vaginale, qu'elle a été considérée comme étant d'origine scrotale ; elle aurait secondairement contracté des adhérences avec la séreuse. Telle serait, d'après Curling (1), l'interprétation à donner au cas de Hilton : fibrome du volume de deux poings, chez un homme de trente ans, adhérent à la vaginale; il fallut enlever une portion de celle-ci avec la tumeur. Le sacrifice dut être plus considérable encore dans l'observation de Heath {"1) ; les connexions du fibrome avec la partie postérieure de l'épididyme et la tunique était à ce point intimes, que l'on dut faire l'ablation du testicule tout entier. Il en fut exactement de même chez un second malade opéré par Ricord, dont l'histoire nous est également rapportée par Poisson.

Nous croyons que le cas intéressant, récemment observé par Poncet (de Lyon) (3), et décrit sous le nom de fibrome de la queue de l'épididyme, appartient à la même catégorie que les deux faits précédents. Il ressort de l'examen de la pièce que, pour l'auteur lui-même, la tumeur s'est développée non dans l'épididyme, mais « aux dépens du « tissu cellulaire périépididymaire, qui se sclérose et s'indure si fa- « cilement chez les porteurs de vieilles hydrocèles et chez les conva- << lescents d'une épididymite ordinaire ».

Dans une troisième série de faits, enfin, il n'est pas douteux que la tumeur ait pris naissance dans les enveloppes scrotales. Ou bien le fibrome est absolument indépendant de la vaginale, et facilement énucléable ; Curling rapporte plusieurs exemples de cette disposition. Ou bien, il faut, il est vrai, comme dans le cas de Fergusson, prendre au cours de l'opération des précautions pour ne pas ouvrir la vaginale ; on y parvient cependant, la tumeur étant en effet développée en dehors de la séreuse.

Il résulte, en somme, de ce qui précède que l'on peut rencontrer, en dehors du testicule, soit franchement dans le scrotum sans connexion avec la vaginale, soit à la face externe de la vaginale, union primitive, originelle ou adhérence secondaire, soit encore manifestement et dès le début dans l'épaisseur de la séreuse, des tumeurs ayant les caractères classiques du fibrome pur.

(1) Curliug, Traité, etc., trad. frauç., p. 604.

(2) Heath (Chr.), Fihrous tumour of the scrotum involving ttie left testicle [Transact. of the patliolog. Soc. of London. Londres, 1865, t. XVI, p. 183).

(3) Poncet (A.), Fil^rome énorme de la queue de t'épididyme droit (Gaz. des fiôpitaux. Paris, 1887, n" 60, p. 479).

TUMEURS DE LA VAGINALE. — t'IBROME.

Ces faits ont été décrits, par les uns, sous le nom de fibromes du scrotum (Curling, Poisson); par les autres, sous celui de fibromes de la vaginale (Baizeau, Kocher). L'important est de rappeler que, tant au point de vue de la structure qu'à celui du diagnostic et du traitement, il y a tout intérêt à les confondre dans une description commune. Le point de départ anatomique seul diffère, et encore avonsnous vu que bien souvent il ne peut être déterminé avec précision.

On ne peut se défendre d'établir un rapprochement entre cette variété de tumeurs et les fibromes de la paroi abdominale, dont les connexions avec le péritoine, si elles ne sont pas constantes, sont assez fréquentes et assez étroites, pour qu'il y ait toujours lieu de se préoccuper, en les opérant, de l'ouverture possible, et presque toujours inévitable, de la séreuse.

Signes. Diagnostic. Traitement. — Il est facile de constater, en parcourant les observations que nous venons de mentionner, que l'on peut, en se plaçant exclusivement au point de vue clinique, se trouver en présence de trois cas différents.

Ou bien la tumeur est franchement scrotale, évidemment indépendante du testicule et de ses enveloppes immédiates, relativement mobile sous la peau, dure, indolente, datant souvent de loin; le diagnostic est alors relativement facile. Le chirurgien ayant connaissance des faits qui précèdent pourra porter le diagnostic de fibrome du scrotum. Tout au plus devra-t-il se préoccuper d'une connexion plus ou moins étroite de la tumeur avec la vaginale, fait, d'ailleurs, sans importance réelle, l'ouverture ou le sacrifice d'une portion de la séreuse ne pouvant entraîner aucune conséquence sérieuse.

Dans une seconde série de cas, le fibrome siège ou paraît siéger dans le feuillet pariétal antérieur de la vaginale; il se rapproche plus ou moins du testicule, et pourrait être confondu avec une tumeur de cet organe. Mais nous avons vu que, même dans les cas où, comme dans celui de Baizeau, la glande est comme enveloppée par la masse fibreuse qui paraît se mouler sur elle, certaines parties de ses faces latérales demeurent libres. En ces points le testicule pourrait être reconnu à sa consistance et à sa sensibilité spéciales ; la tuméfaction form'ait comme un anneau épais, enveloppant la glande d'avant en arrière à la façon d'un bourrelet. Nous ne connaissons pas de tumeur du testicule proprement dit qui se présente jamais avec de tels caractères.

Troisièmement, enfin (obs. de Healh, de Ricord, de Poucet), le fibrome est situé en arrière du testicule, et se confond avec l'épididyme, dans l'épaisseur duquel on croirait qu'il a pris naissance. On pourrait

plus facilement, en pareil cas, songer à une tumeur de la glande, si l'on ne se souvenait que les néoplasies, développées dans l'épaisseur de l'épididyme et respectant le testicule lui-même, sont très rares. D'autre part, la marche lente du mal, son développement incessant, le volume considérable que la tuméfaction peut atteindre, l'intégrité du côté opposé sont autant de circonstances qui éloigneront l'idée d'une épididymite tuberculeuse ou syphilitique.

Le malade de M. Baizeau n'avait que seize ans, lors de l'apparition des premiers accidents. Dans plusieurs autres observations, les sujets atteints sont d'âge avancé, soixante-dix ans et plus. Mais toujours, dans ces cas, le mal date de loin, il débute en général à l'âge adulte, de trente à quarante ans.

Abandonné à lui-même le fibrome ne cesse de s'accroître et peut atteindre des proportions extrêmes. Curling rapporte que l'on en conserve, au Musée du Collège des chirurgiens de Londres, un spécimen pesant 11 kilogrammes. Dans une observation de Mott, il est dit que le scrotum était de douze à quinze fois plus volumineux qu'à l'état normal. Dans le fait de Poncet, le fibrome, démontré tel par l'examen microscopique, avait atteint en trois mois, le volume d'une lête d'en faut: il pesait 1125 grammes (1).

Paget raconte que l'un de ses malades succomba aux suites du sphacèle et des hémorrhagies dont la tumeur était devenue le siège; et Mott que, chez le sien, il s'était formé une ulcération qui fournissait une sanie fétide. Il est permis de se demander si dans ces deux cas il s'agissait bien de fibrome, la terminaison par sphacèle et ulcération étant au moins très rare dans les tumeurs fibreuses vraies.

Nous venons de voir que le diagnostic des fibromes de la vaginale est à la rigueur possible. En réalité, si nous mettons à part les tumeurs purement scrotales, il ne paraît jamais avoir été fait; la nature et le siège de la tuméfaction n'ont été, dans les observations que nous avons parcourues, reconnus qu'au moment de l'intervention chirurgicale.

(1) Nous ne mentionnons que pour mémoire une observation de Lesauvage (de Caen) (*) qui raconte avoir enlevé, chez un homme de soixante-dix ans, une tumeur « dite fibreuse des auteurs », qualifiée par lui à' alhumino-gélatineuse , dont le volume était tel, que portée sur les cuisses, lorsque le malade était assis, elle dépassait les genoux et s'élevait jusqu'à la hauteur du sternum; son poids devait être d'au moins 20 kilogrammes; elle n'avait pendant longtemps pas dépassé le volume d'un œuf; ce développement colossal ne datait que de trois ans. Il est probable que les tumeurs albumino-gélatineuses de Lesauvage ne sont autres que des myxomes.

(*) Lesauvage, Mémoire sur les tumeurs albumino-gélatineuses {fibreuse des auteurs) {Arch. yen. de médecine. Paris, 18-45, 4" série, t. IX, p. 208 (212).

TUMEURS DE LA. VAGINALE

SARCOME. MYXO-SARGOME.

C'est seulement aussi, au cours de l'opération, que les rapports de la tumeur avec la vaginale et avec la glande pourront être exactement apprcciés. Ils seront souvent tels que la résection partielle de la vaginale ne saurait être évitée. Le testicule lui-même devra, nous l'avons vu, être sacrifié, lorsque les connexions de la tumeur avec la glande seront assez intimes pour que leur séparation soit impossible ou ne puisse être tentée qu'au prix de désordres risquant de compromettre la vitalité de l'organe.

Pour ce qui est de l'opportunité et des indications de l'opération, nous comprenons mal qu'on hésite à la pratiquer, dès que le diagnostic de tumeur des bourses aura été porté. D'abord, parce qu'en laissant la lésion évoluer, on finira par se trouver en présence de tumeurs énormes, dont l'ablation peut, à juste titre, préoccuper le chirurgien; ensuite, parce que la nature de la lésion demeurant toujours plus ou moins incertaine, on risque, en s'abstenant, de passer à côté d'un sarcome ou d'un fibro-sarcome, dont l'extirpation ne peut être utile que si elle est faite de bonne heure.

§3. — Sarcome. — Myxo-sarcome (cancer de la tunique

vaginale).

Description générale. — Les exemples de tumeurs malignes de la vaginale, exclusivement limitées à la séreuse, sans participation ni du testicule ni du cordon [cancer de la tunique vaginale des auteurs), sont très rares.

Le fait suivant, bien observé par Aug. Reverdin (de Genève) (1), peut servir de type à notre description.

C'était chez un enfant de sept ans, qui présentait, dans le scrotum, du côté gauche, une tumeur ayant acquis, en deux mois, le volume d'un citron. La tuméfaction avait tout l'aspect d'une hydrocèle volumineuse. La palpation donnait une sensation vague de fluctuation, ou -plutôt d'une élasticité dure, qu'on pouvait attribuer à la distension de la vaginale. En un point cependant, en arrière et en haut, la présence d'un liquide paraissait évidente. En ce point aussi la transparence était nette; partout ailleurs elle était douteuse; nulle part absolue, nulle part ne faisant défaut. Le testicule était imposai) Aug. Reverdin, Sarcome de la tunique vaginale chez un enfant (Revue médicale de la Suisse romande. Genève, 1886, t. VI, p. 205).

MoNOD ET Terrillon. 43

sible à sentir. Une ponction exploratrice, faite antérieurement, avait donné issue à un liquide jaunâtre, épais comme du blanc d'œuf, un peu teinté de sang. Le diagnostic était incertain. On penchait cependant vers l'idée d'un cancer du testicule, avec léger épanchemenl symptomatique.

L'ablation de la tumeur fut décidée, mais à peine les enveloppes scrotales furent-elles incisées, que l'on tomba sur une masse gélatiniforme grisâtre, qui plus profondément devenait d'un superbe jaune ambré. Cette masse se laissa facilement énucléer de la cavité vaginale avec le seul secours des doigts. La séreuse était congestionnée, violacée, et saignait facilement. Le testicule, absolument indépendant de la tumeur, avait son volume et sa consistance normaux.

La plaie ne se cicatrisa pas complètement, et, au bout d'un mois déjà, le gonflement reparaissait. M. Reverdin revit l'enfant au cours du second mois après l'opération; il n'y avait plus de doute à avoir sur la malignité de l'affection et sur sa fin certaine. Le scrotum, plus gros que jamais, était transformé en une tumeur se prolongeant du côté du ventre et présentant tous les caractères cliniques du cancer; la plaie bourgeonnait fortement; état général mauvais, appétit nul, fièvre hectique, etc.

L'examen de la pièce fait par le D'' Mayor montra qu'il s'agissait d'un sarcome fasciculé, dans la plus grande masse duquel les cellules étaient dissociées par suite du passage de la substance intercellulaire à l'état muqueux (sarco-myxome).

Dans une seconde observation due au professeur Oré (de Bordeaux) succinctement rapportée dans une Revue clinique par le D"" Dudon (l), il s'agit d'un homme de quarante et un ans, qui portail depuis trois mois, dans le scrotum gauche, une tumeur se présentant, lors de l'examen, avec les caractères suivants : volume d'un œuf de dinde; peau intacte; forme d'une hydrocèle commune; pas de transparence; résistance élastique; surface lisse. Le testicule est situé en arrière et sensible. Les ganglions abdominaux ne sont pas augmentés de volume. Le diagnostic porté fut : hématocèle. On procéda à l'opération par incision. A peine la peau fut-elle fendue qu'une tumeur solide vint se présenter dans les lèvres de la plaie; elle s'énucléa facilement, en laissant le testicule et l'épididyme sains. Cette tumeur, qui ne tenait pour ainsi dire à rien, était ovoïde ; elle était composée d'un tissu grisâtre qui, à l'œil nu et au microscope,

(I) Dudon (E.), Bordeaux médical. Bordeaux, 1873, p. 239.

TUMEURS DE LA. VAGINALE

SARCOME. MYXO-SARCOME.

« avait les caractères du tissu cancéreux ». Un mois après, le malade sortait de l'hôpital, guéri.

Deux faits rapportés par Curling méritent encore d'être mentionnés ici.

Dans l'un, emprunté à Everard Home (1), la tumeur, développée chez un homme dont on ne dit pas l'âge, avait toute l'apparence d'une hydrocèle et fut traitée comme telle par la ponction. Hunter, appelé en consultation, reconnut qu'il ne s'agissait pas d'un cas simple ; il fut résolu qu'on s'assurerait de la nature du mal par une incision et que Ton agirait en conséquence. On reconnut, de la sorte, que la tumeur était constituée par la tunique vaginale épaissie contenant une substance grumeleuse et gélatineuse. L'ablation immédiate de toute la partie malade fut décidée; il sembla qu'elle ne fut formée que par la tunique vaginale remplie par un caillot sanguin résistant. Le testicule, qui se trouvait à la partie postérieure, était intact. La plaie se cicatrisa rapidement; mais, quelques mois après, le malade mourait avec tous les signes d'une généralisation abdominale. A l'autopsie, on trouva des masses volumineuses remontant jusqu'au diaphragme; le foie était farci de tumeurs de même nature; le cordon était également envahi.

Le second appartient à Craven (2) qui, chez un homme de quarante-cinq ans, trouva une tumeur volumineuse du scrotum, datant de deux mois et croissant rapidement. La tumeur est enlevée, y compris les deux testicules. A l'examen on reconnut qu'elle consistait en un vaste cancer médullaire entourant les deux testicules, ceux-ci étant d'ailleurs sains. Le malade mourut quelques mois plus tard,, probablement de généralisation. Curling suppose avec Klebs (3) qu'il s'agissait, dans ce cas, d'un double sarcome diffus de la tunique vaginale.

Nous avons rapporté plus haut (p. 599) une observation de aarcome névroglique de la vaginale et du testicule, recueillie dans le service du professeur Verneuil qui, au point de vue clinique, du moins, peut être rapprochée de celle de E. Home. On crut ici encore à une affection inflammatoire de la vaginale (hydrocèle ou hématocèle). Ce ne fut. qu'après incision de la tumeur et après examen histologique d'un fragment de la séreuse, que l'on reconnut la nature maligne de l'affec-

(1) Curling, Traité, etc., trad.- franc., p. 406.

(2) Craven, Médical Times and Gazette. Londres, 1859, 17 sept., p. 207 et Curling, Traité, etc., 4^ édit. augl., p. 376.

(.3) Klebs (E.), Handb. der path. Anaiornie. Berlin, 1876, in-8°, t. II, p. 107.

tion. M. Verneuil se décida aussitôt à pratiquer la castration. Le testicule, qui avait paru sain, lors de la première opération, fut trouvé être le siège d'une lésion semblable à celle de la vaginale.

Ces quelques faits suffisent à établir que l'on a vu se développer dans la vaginale des productions qui ont les caractères anatomiques et la marche clinique des tumeurs dites malignes. Tantôt le tissu nouveau n'affecte avec la tunique vaginale que des rapports lâches, permettant une énucléation facile, la séreuse elle-même ne paraît que peu ou point altérée (Reverdin, Oré) ; tantôt la vaginale est, au contraire, manifestement épaissie, l'aspect est celui d'une hématocèle ancienne; mais la marche ultérieure du mal, à défaut de l'examen microscopique, montre que cet épaississement est d'ordre néoplasique et non simplement inflammatoire (Ev. Home, Craven, Verneuil).

C'est à propos des faits de cette dernière catégorie que l'on s'est demandé, à tort selon nous, si parfois il n'y aurait pas transformation in situ des fausses membranes de l'hématocèle en tissu de formation nouvelle, sarcome ou carcinome (Kocher) (1).

11 parait, du moins, bien établi que le plus souvent ces tumeurs offrent la structure du sarcome avec ou sans tendance à la transformation en myxome. 11 est intéressant de rappeler à ce sujet ce que nous avons dit plus haut de l'origine endothéliale du sarcome. La nature sarcomateuse des néoplasies intravaginales vient évidemment à l'appui de l'hypothèse que nous avons défendue.

Diagnostic. Traitement. — Le diagnostic des sarcomes de la vaginale nous paraît bien difficile; nous doutons qu'il puisse jamais être posé avec quelque certitude. Nous avons vu que, dans les divers cas rapportés plus haut, on avait songé soit à une tumeur maligne du testicule, soit à une hydrocèle ou plutôt à une hématocèle de la vaginale.

La confusion est d'ailleurs sans importance. Alors même que le diagnostic d'hématocèle ou d'hydrocèle aurait été porté, toujours l'affection présentera quelques caractères particuliers qui éveilleront l'attention et mettront le chirurgien en défiance. Usera, le plus souvent, par là conduit à pratiquer une incision exploratrice et à se comporter suivant la nature de la lésion ainsi mise à découvert.

(1) V. à ce sujet une observation du Ceci (*), que nous n'avons pu lire dans le texte original. Elle est rapportée sous ce titre : Fibro-sarcojne de la vaginale du testicule gauche, à la suite d'une ancienne hématocèle; opération, extirpation de la tumeur; guérison.

(*) Ceci (A.), Giorn. di clin, e terap. Messine, 1883, t. II, p. 441.

TUMEURS DE LA VAGINALE. — SARCOME. MYXO-SARCOME. 709

L'erreur sera moindre encore si l'on s'est arrêté à l'idée d'une tumeur du testicule, et si l'on s'est d'emblée décidé à pratiquer la castration. L'énucléation simple de la tumeur intravaginale ne suffît pas, en efTet, pour mettre à l'abri du retour du mal. L'expérience a montré que l'ablation de l'organe sous-jacent, alors même qu'il parait sain, devient, lorsque le diagnostic de sarcome de la vaginale est établi, un sacrifice absolument nécessaire.

Tout au plus serait-il permis de surseoir à l'opération, jusqu'à ce que le microscope ait établi la véritable nature de la tumeur primitivement enlevée.

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