PRÉFACE
J'ai essayé de fixer dans cet ouvrage l'enseignement que j'ai fait au Val-de-Grâce pendant ces dix dernières années, et dans lequel j'ai eu l'honneur de succéder à Monsieur le Médecin Inspecteur Général Colin, dont les travaux m'ont inspiré et guidé dans l'accomplissement d'une tache bien périlleuse pour le continuateur d'un tel maître.
C'est dans cette période décennale que les immortelles découvertes de Pasteur et de son école ont ouvert à la médecine des horizons nouveaux et changé l'orientation de ses efforts. On a pu croire au premier abord que la microbiologie devait modifier l'objectif de l'épidémiologie en substituant la recherche des causes premières à celle des causes secondes : il n'en est rien. La science nouvelle est assurément appelée à éclairer la voie del'étiologie générale, à diriger ses investigations et à donner plus de précision à ses conclusions, mais non pas à diminuer son importance. La recherche des causes secondes des maladies, c'est-à-dire de l'ensemble des (îirconstances cosmiques, telluriques et hygiéniques qui sont nécessaires aux microbes pour vivre et exercer leurs fonctions pathogènes, cette recherche qui est le but essentiel de l'épidémiologie, s'imposera toujours comme un problème vital au médecin, quels que soient les progrès de la bactériologie. C'est en agissant sur ces facteurs secondaires de l'infection que l'hygiène a le plus de chance de lutter contre les ennemis invisibles qui nous entourent; <;hercber à atteindre ceux-ci directement, serait une tentative vainc ou du moins insuffisante dans l'immense majorité des cas.
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Les causes qui sont susceptibles d'actionner les microbes ou de disposer l'organisme h subir leur agression sont multiples. Elles agissent concurremment ou suppléent mutuellement leur insuffisance respective. Aussi, pour apprendre à les connaître toutes et à mesurer la valeur de chacune d'elles, convient-il d'étudier la maladie infectieuse dans les principaux milieux cosmiques ou dans les divers groupes sociaux où elle est susceptible de naître et de se répandre. On s'assure de la sorte que tel facteur, assez effacé dans un milieu épidémique déterminé pour y passer inaperçu, peut devenir tout à fait prépondérant dans un autre, et s'imposer h l'attention, à l'exclusion de ses congénères habituels.
C'est en portant ainsi l'enquête dans les divers foyers générateurs des maladies infectieuses, que j'ai cherché à réunir l'ensemble des traits étiologiques qui appartiennent à chacune d'elles.
Affranchi de tout entraînement, je n'ai pris d'autre guide que l'enseignement des faits, m'imposant comme un strict devoir de n'avancer aucune proposition qui ne fut appuyée sur des observations précises. Celles-ci ont été empruntées à toutes les sources d'information concernant les origines des maladies populaires. Mais je me suis surtout instruit aux Archives du comité de santé où viennent aboutir depuis un siècle les précieuses observations épidémiologiques recueillies par les médecins militaires sur tous les points du territoire, et jusque dans les colonies lointaines. J'ai mis en œuvre ces documents, leurs enseignements sont la meilleure partie de ce travail. Si celui-ci a quelque valeur, il en est redevable surtout aux consciencieuses et laborieuses recherches de mes collègues de l'armée : c'est pour moi à la fois un devoir et une satisfaction que de leur rendre ici ce témoignage.
Lyon, 20 janvier 1894.