II. — Physionomie clinique du typhus des armées
Si le typhus qui naît dans les ambulances gagne volontiers le personnel du service, il ne laisse point, bien entendu, de faire des victimes parmi les générateurs, surtout parmi ceux qui ne sont atteints que d'affections légères ; c'est ainsi que nous l'avons vu, dans les dépôts de l'Algérie, atteindre çà et là les mendiants qui n'étaient pas encore parvenus au dernier degré de la cachexie de misère. Dès lors, on doit s'attendre à lui voir revêtir souvent des caractères d'emprunt, des formes mobiles et diverses, en rapport avec la variété de ses combinaisons : tel il se présente en effet dans les milieux militaires où il se greffe à peu près constamment sur des états pathologiques préexistants. Tous les médecins de Crimée, en rendant compte de son association aux diverses maladies régnantes, notamment à la dysenterie et à la diathèse scorbutique qu'il recherche avec une prédilection si marquée, insistent sur la difficulté suscitée au diagnostic et à la thérapeutique par ces alliages si diversement composés. S'unissant entre elles et se mêlant intimement les unes aux autres à toutes les époques de leur cours respectif, ces affections réalisaient des tableaux cliniques hybrides,
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dans lesquels les traits propres de chacune des composantes alternaient entre eux et dominaient tour à tour. De pareilles images n'étaient-elles pas bien faites pour inspirer à la médecine ancienne la notion de l'identité de toutes ces afïections ?
Mais si la physionomie du typhus est altérée dans ces maladies mixtes au point de devenir parfois méconnaissable, elle se retrouve dans toute sa pureté dans le typhus que contracte le personnel des services hospitaliers lorsque ce dernier est exempt de toute affection antérieure.
Ce contraste, qui a frappé tous les médecins observant le typhus au milieu des guerres, a inspiré à IIildexbrandt la division classique jadis en typhus communiqué et en typhus originaire. Le premier est celui qui attaque un homme sain, au contact d'un typhique ou d'un individu déjà malade, mais dont l'affection n'a aucun rapport avec le typhus. Le second est celui qui se développe spontanément, ou du moins sans contagion préalable, chez un sujet déjà malade, et qui serait produit par cette affection première. Cliniquement, celui-ci est toujours un typhus proportionné, comité, pour employer dans l'espèce le langage dont se servait Torti à l'égard des fièvres pernicieuses, l'autre une maladie simple, c'est-à-dire solitaire.
La division de Hildenbrandt est absolument conforme à l'observation, elle mérite à ce titre d'être mentionnée ; l'interprétation seule qui lui sert dé fondement n'est plus en harmonie avec les idées modernes.