PAR UNE PREMIERE ATTEINTE
Peu de sujets se montrent complètement réfractaires au typhus, quand ils vivent dans un milieu fortement infecté. Tous les membre? d'une famille sont parfois atteints presque en même temps. Il n'est pas rare qu'au cours des épidémies presque tout le personnel de l'hôpital soit frappé : c'est ce qui eut lieu dans maint service à Coustantinople pendant la guerre d'Orient. Ainsi, sur trente et une personnes employéesdans les salles de F. Jagouot, vingt-sept payèrent successivement leur tribut à la maladie régnante (93). Sur dix-sept infirmiers du service de M. Haspel, dix la contractèrent (94). Hatgarth, cité par MuRcmsoN, observa que sur cent soixante-huit personnes exposées à l'infection, cinq seulement demeurèrent indemnes (9o).
Aucune période de la vie ne met à l'abri du typhus. La réceptivité ne laisse pas d'être influencée par l'âge, sans être toutefois aussi étroitement liée à une époque déterminée de celui-ci que dans la fièvre typhoïde. Faible dans l'enfance, elle augmente peu à peu jusque vers l'âge de quarante ans, et diminue ensuite lentement jusqu'à la vieillesse. Si l'aptitude à contracter la maladie s'élève à son summum entre trente et quarante ans, cela tient vraisemblablement à ce que cette période expose plus que toute autre aux chances de la contagion, comme étant celle du plus grand développement de l'activité humaine. La disposition pour le typhus est sensiblement la même dans les deux sexes. Des circonstances purement locales ou accidentelles furent cause que certaines épidémies ont été plus funestes à l'un qu'à l'autre.
L'on s'accorde, en général, à reconnaître qu'une première attaque de typhus garantit l'organisme contre toute atteinte ultérieure. A l'hôpital des fiévreux de Londres, on ne vit jamais un infirmier prendre deux fois cette maladie; en Crimée, F. Jacquot a placé, dans la salle spéciale des typhiques, des infirmiers qui en avaient été atteints antérieurement, et aucun d'eux ne l'a contractée une seconde fois.
Il y a pourtant des exceptions à cette règle, comme on en signale pour la variole et la fièvre typhoïde. Quelques-uns des faits de ce genre doivent être écartés, comme représentant des erreurs de diagnostic ; d'autres méritent d'être mentionnés, parce qu'ils ne laissent point de place au doute. C'est ainsi que Murciuson eut deux fois le typhus ; Gairdner, cité par lui, a observé une récidive quelques années et Gillet quelques mois seulement après la première atteinte. Lors de l'épidémie de Riantec, raconte ce
dernier, un ecclésiastique, originaire de cette commune, est admis à l'hôpital de Port-Louis, le 10 avril 1878 pour le typhus, et en sort guéri le 2 juin suivant. Dans la nuit du 8 au 9 novembre, après avoir passé plus d'une heure avec un malade parvenu à la dernière période de cette allection, il éprouva un frisson et se coucha. Quelques jours après, il eut une récidive d'un typhus des mieux caractérisés, dont il guérit. La récidive a été plus grave que la première atteinte.
Barallter a rapporté un exemple non moins précis de récidive à brève échéance. Neuf forçats, qui avaient eu le typhus à Toulon dans l'épidémie de 18o5, en furent de nouveau attaqués dans celle de 1836. Chez sept d'entre eux, la première atteinte avait été légère; ils ont été gravement éprouvés en 1856. Des deux autres, l'un qui avait eu un typhus sévère en 1855, ne fut que légèrement atteint en 1856.
On peut conclure de ces observations que l'immunité conférée par une première atteinte n'est pas absolue et que la préservation ultérieure est d'autant moins sûre, que la première attaque a été plus légère.
Le séjour dans un foyer de typhus rend à la longue réfractaire à son égard, de même que l'habitation dans les grands centres constitue une garantie contre la fièvre typhoïde. Comme dans cette dernière, cette garantie est vraisemblablement assurée par des atteintes assez légères pour passer presque inaperçues, mais suffisantes pour conférer une immunité relative. En Crimée, bon nombre de médecins vivant dans les hôpitaux de typhiques, sont arrivés à la tolérance vis-à-vis de l'agent infectieux, par cet état que F. Jacqcot a décrit sous le nom de typhisation à petite dose. Celle-ci procède d'une infection partielle, lente et progressive, et se traduit par un typhus qui, au lieu de parcourir son évolution en peu de jours et de marcher avec des manifestations graves et aiguës, déroule ses symptômes mitigés dans un plus long espace de temps et avec moins d'acuité. Pourtant, si les personnes qui, ayant subi cet état, se sont généralement montrées réfractaires au typhus, il en est d'autres chez lesquelles le vrai typhus s'est déclaré à une époque variable de cette typhisation, et dans quelques cas il a été très grave et très rapide (96).