‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 30 sur 175 · CHAPITRE PREMIER DES PHLEGMASIES CATARRHALES SAISONNIÈRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER DES PHLEGMASIES CATARRHALES SAISONNIÈRES

Elles occupent la muqueuse du voile du palais, des voies respiratoires et de l'appareil gastro-intestinal.

L'étroite connexion qui rattache l'angine et la bronchite à la saison froide, l'embarras gastrique et la diarrhée à la saison chaude, la constance et la fixité du retour annuel de ces affections, justifient assurément la croyance générale de leur origine météorique, croyance à laquelle a dû contribuer la difficulté de saisir dans ces processus morbides l'un ou l'autre des attributs des maladies spécifiques, la contagion ou l'infection.

A en juger d'après nos ouvrages classiques, rien ne serait mieux établi que l'origine purement météorique de ces affections. Et pourtant les qualités dominantes des différentes saisons, le froid, la chaleur, la sécheresse, l'humidité sont insuffisantes à nous faire comprendre leur développement, leur marche, l'ensemble en un mot de leurs caractères. Les solutions que nous donnons aux questions soulevées dans ce chapitre sont généralement acceptées aujourd'hui. Mais qu'il nous soit permis de marquer ici qu'il y a plus de dix ans, c'est-à-dire bien avant le triomphe définitif des doctrines microbiennes, nous les avons développées dans notre enseignement, en nous fondant uniquement sur des preuves épidémiologiques (1). Celles-ci sont en effet implicitement renfermées dans les documents de l'épidémiologie militaire, notamment dans les rapports annuels concernant les maladies des corps de troupe répartis sur les divers points de notre territoire. Ces études synthétiques de la pathologie qui ont de tout temps tenté les médecins de l'armée, mieux placésque leurs confrères civils pour les poursuivre avec fruit, sont des plus instructives. Elles font ressortir non seulement la succession des mala-

DRS MALADIES DITES SAISONNIERES

dies à travers les saisons, mais eucore les circonstances cosmiques et hygiéniques qui en règlent la nature, la marche et la fréquence. Elles mettent surtout en relief la part véritable qui revient aux météores et aux intempéries des saisons dans la genèse des affections les plus communes.

Parmi les différents agents météoriques auxquels nous sommes exposés, la température est le plus habituellement visée dans l'étiologie des maladies saisonnières, sans doute parce que nous ne savons rien ou presque rien de l'influence exercée sur les actes de la vie par les modifications de la pression, de l'humidité, de l'état électrique de l'atmosphère.

La température peut devenir facteur morbide par ses degrés excessifs et la permanence de ses extrêmes; plus souvent elle agit par la brusquerie et l'étendue de ses variations : c'est le refroidissement du vulgaire. C'est à ce titre qu'elle est le plus souvent invoquée dans l'étiologie des maladies qui nous occupent. Nous allons examiner son rôle pathogénique dans les deux saisons principales, I hiver et l'été.

§ l^"". — MALADIES CATARRHALES DE l'hIVER

L'exposition au froid de la surface du corps provoque maintes fois des réactions morbides plus ou moins profondes, c'est un fait incontestable. Tantôt l'affection a frigore naît sur le point même qui. a subi l'influence morbifique, telle est la paralysie faciale succédant à un courant d'air glacial qui vient frapper la joue ; d'autres fois, les désordres morbides apparaissent à distance et se présentent avec l'appareil d'une maladie générale, telles sont la pneumonie, l'arthrite rhumatismale, la bronchite, l'angine.

Ces deux dernières affections, les seules que nous ayons à envisager actuellement, pourraient à la rigueur être considérées comme des effets locaux déterminés par l'action directe de l'air froid sur les muqueuses pharyngée et bronchique. Que celui-ci agisse localement ou par voie réflexe, c'est un point secondaire pour le moment; bien autrement importante est la question de savoir si, comme on le pense généralement, les effets qu'on lui attribue sont bien réellement produits par lui et par lui seul. Or, des objections graves s'élèvent contre cette antique croyance. Que de sujets passent chaque hiver brusquement d'une température de + 15° à un froid de — 10° ou — 15°, et pourtant le nombre de ceux qui contractent des affections catarrhales est généralement plus considérable vers le printemps qu'au plus fort de la saison froide. Il est d'ailleurs

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difTicile de concevoir que la môme cause produise chez l'un une bronchite, et chez l'autre une angine? Sans doute, on affirme que la localisation de l'effet est subordonnée à la prédisposition individuelle, au locus minoris resistentiœ, variable d'un sujet à l'autre. Mais chacune de ces déterminations morbides peut affecter le mode épidémique ; or, les épidémies de bronchite ou d'angine ne se conçoivent guère, si l'on persiste à admettre que le siège de la phlegmasie dépend simplement du mode de réaction individuelle, à moins de supposer que les sujets atteints ont eu tous, à la même heure, la même prédisposition, le même lieu d faible résistance, ce qui paraîtra peu vraisemblable. N'est-il d'ailleurs pas étonnant que ces maladies a frigore régnent toute l'année, et qu'après avoir sévi en hiver, elles présentent parfois de sérieuses recrudescences dans la saison chaude? Pourquoi enfin, si le froid est seul en cause, si son action se réduit à celle d'un agent banal, en quelque sorte vulnérant, les catarrhes ne se généralisent-ils pas à tous, y compris même nos animaux domestiques, qui subissent encore plus énergiquement que nous l'influence des météores ?

On ne résoudra toutes ces difficultés, ainsi que le notait expressément, il y a longtemps déjà, M. Besnier (2), qu'en réduisant à l'égard de ces maladies comme vis-à-vis de la pneumonie ou du rhumatisme, le rôle du froid à celui d'un agent secondaire, en lui associant une cause d'essence supérieure, à laquelle il ouvre les portes de l'économie, et qui marque sa spécificité par la fixité du siège de l'affection qu'elle détermine et par l'ensemble des caractères étiologiques et épidémiologiques de celle-ci.

Vérifions tout d'abord cette proposition pour la bronchite.

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