‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 34 sur 175 · DES PIILKGMASIES CATARRHALES SAISONNIÈRES · texte numérisé non relu

DES PIILKGMASIES CATARRHALES SAISONNIÈRES

forme rudimentaire, comme la fièvre gastrique est la réduction de la

'T. a motivé la séparation de ces deux a«ections sur le cadre

nosographiqu est le caractère essentiellement épidémique attribue a a Xe A) Mais comme il est de règle de rapporter à 1 inQuenza tous les catarrhes épidémiques, cette distinction repose en quelque sorte sur une pétition de principe. Et cependant il est vrai que le caractère epidemique marque la seule différence qu'il y ait entre les deux formes morbides; on en trouve la preuve dans les vaines tentatives que l'on a faites pour les séparer au nom de la clinique et de l'étiologie.

En ce qui concerne cette dernière, on fait valoir que la grippe est indépendante des météores, qu'elle apparaît sous tous les climats, par toutes ■les saisons, par toutes les constitutions atmosphériques. Mais n en est-U pas de même de la bronchite ordinaire ? La vérité est que l'une et 1 autre affection se développent très souvent à l'occasion des variations brusques de la température, quel que soit le sens dans lequel elles s'accomplissent, que d'autres fois elles surviennent sans qu'il soit possible d'incriminer les perturbations ou les extrêmes des qualités sensibles de l'air ambiant. Si l'étiologie de la grippe est mystérieuse, celle de la bronchite n'est guère mieux connue ; les vicissitudes atmosphériques à elles seules sont également insuffisantes à faire naître l'une et l'autre ; elles n'ont point le caractère de constance ni de suffisance nécessaires pour être érigées en causes efficientes, elles ne sont que des causes occasionnelles vouées à l'impuissance sans le concours d'un facteur étiologique d'essence supérieure, d'une cause spécifique.

Mais, sans préjuger ici la nature de la grippe, et pour n'envisager que ses rapports avec la bronchite, nous pouvons affirmer que ceux-ci ne sont pas moins étroits en clinique qu'en étiologie. Nos catarrhes bronchiques ordinaires réunissent, sous une expression bénigne, les traits caractéristiques de la grippe : fièvre légère, hyperémie de la muqueuse respiratoire, courbature et douleurs erratiques, etc.; elles en reproduisent fidèlement la physionomie, comme la dysenterie simple celle de la dysenterie grave. Au milieu des bronchites saisonnières on observe toujours quelques formes plus sévères, qui méritent justement le nom de fièvre catarrhale, où l'élévation de la température et la prédominance des symptômes nerveux suggèrent même parfois la pensée d'une dothiénentérie commençante. D'autre part, les épidémies de grippe sont le plus souvent précédées et escortées de bronchites ordinaires; et dans un cas, comme dans l'autre, des degrés intermédiaires rattachent ensemble les types extrêmes. L'énergie de la cause se traduit non seulement par l'expansion de la maladie, mais aussi par l'intensité de ses symptômes.

DES MALADIES DITES SAISONNIÈRES

sans que les traits de celle-ci eu soient dénaturés. On serait vraiment bien embarrassé de tracer uue ligue de démarcation précise entre tous ces faits si étroitement enchaînés les uns aux autres.

En définitive, il ne reste comme critérium de la dillérence spécifique entre la bronchite et la grippe que l'épidémicitô qui constituerait eu quelque sorte l'essence de cette dernière.

Mais ce caractère lui-môme a ses nuances, ses degrés par lesquels Tinfluenza se rattache comme par autant de chaînons à notre catarrhe saisonnier.

La grippe est considérée comme le type des grandes épidémies, comme la plus expansive de toutes les maladies « morbus maxime omnium epidemicus . (Huxham). Mais il s'en faut de beaucoup qu'elle prenne toujours les allures envahissantes d'une vaste pandémie semblable à celle de 1837, qui paraît avoir servi aux auteurs à fixer ses caractères. L'impression profonde produite sur les contemporains par l'étendue et la gravité de cette épidémie a sans doute contribué à faire concevoir la grippe comme uue affection essentiellement distincte du catarrhe vulgaire. Mais les tableaux dressés par Hirsch (12) montrent qu'à l'instar de tant d'autres maladies infectieuses, la grippe, dans son expansion épidémique, est susceptible de prendre toutes les proportions, depuis ;ies plus grandioses jusqu'aux plus restreintes ; et parmi tous les témoignages réunis par cet écrivain, nous nous bornerons à citer ces nombreuses explosions à bord des navires, indépendantes très souvent de toute épidémie générale.

Même dans ces grandes épidémies qui embrassent tout un pays, la maladie s'est souvent limitée plus ou moins longtemps à une ou quelques localités seulement d'une région, avant de se répandre sur le voisinage ; et, dans mainte circonstance, elle est restée fixée dans ce foyer primitif pendant toute la durée de l'épidémie, épargnant les autres centres de la circonscription qui semblaient sûrement désignés à ses coups (13).

Enfin n'y a-t-il pas, dans la conception même des grandes épidémies, des fondements quelque peu hypothétiques qui ont pu égarer le jugement sur la nature des rapports qui les unissent à la bronchite saisonnière ?

En concevant la grippe comme une maladie qui se propage, qui marche dans telle direction ou dans telle autre, on lui a implicitement reconnu des attributs qui ne sont, il est vrai, rien moins que manifestes dans la bronchite simple. On laisse supposer que l'épidémie est produite par un principe qui, né sur un point déterminé du globe, est transporté dans des directions multiples de foyer en foyer, et qu'ainsi les différentes épidémies partielles sont subordonnées entre elles comme celles du choléra. Mais cette notion n'est guère admissible. Les bonds extraordinaires

DES PIILEGMASIES CATARRIIALES SAISONNIÈRES 127

et tout à fait incompréhensibles que fait parfois la maladie, la simultanéité fréquente de ses explosions dans des localités séparées par des distances immenses, rendent invraisemblable la propagation exclusive par le transport d'un germe morbide au moyen des courants humains ou atmosphériques, et nous obligent souvent à reconnaître le développement autochtone de lepidémie dans les différents foyers qui subissent ses atteintes. On conviendra sans peine que cette indépendance respective des diverses épidémies locales rapproche plutôt qu'elle ne les sépare la grippe et le catarrhe saisonnier.

Au surplus, l'épidémicité, quel que soit son degré, ne suffit point à fonder la différence de nature des deux maladies. Élever vis-à-vis du catarrhe simple un autre catarrhe, qui de son essence serait toujours envahissant, c'est méconnaître les enseignements de l'observation et de l'expérimentation qui nous montrent une variabilité extrême dans l'énergie du môme poison morbide, c'est perpétuer le vieux dogme médical qui assigne une origine distincte à la même maladie, selon qu'elle affecte le mode épidémique ou le mode sporadique. L'épidémicité ne saurait servir de fondement pour les déterminations nosographiques. Le mode épidémique est un caractère éventuel, contingent dans les maladies ; il relève de l'intensité et de la diffusion de la cause et non de sa qualité. Le cadre nosographique ne contient pas de maladies essentiellement épidémiques. La grippe, comme le fait remarquer le- professeur Colin, est précisément un exemple des plus propres à témoigner de l'aptitude de certaines maladies très vulgaires à prendre des allures épidémiques.

Si l'on veut bien considérer la bronchite comme un diminutif de la grippe, on ne sera plus si étonné de voir cette maladie s'écarter parfois de sa marche saisonnière habituelle, on ne se laissera plus dérouter par les démentis que l'observation inflige si souvent au dogme de son origine météorique. Nous pénétrerons certainement un jour le secret de ces anomalies, quand nous connaîtrons la véritable cause de l'influenza.

B. La bronchite dans ses rapports avec la rougeole. — Cette conclusion comporte pourtant des réserves : d'autres maladies endémiques se dissimulent parfois derrière le masque banal du catarrhe bronchique et gastrique fébrile. — La rougeole, dans ses formes frustes, est souvent bien difficile à différencier de la bronchite ordinaire. Nous avons noté des épidémies bénignes où la maladie semblait s'épuiser dans ses déterminations catarrhales, se décelant à peine par un rash fugace et par une desquamation rudimentaire qui se dérobent aisément à une observation superficielle. — La constatation de quelques cas mieux dessinés, jointe

128 DES MALADIES DITES SAISONNIÈRES

au témoignage d'une épidémie antérieure ou concomitante servira à fixer la nature de ces faits. Il importe que l'on soit éclairé au plus tôt, car la bénignité de ces cas frustes n'en diminue point l'aptitude à se transmettre par la contagion. Méconnus et traités comme des catarrhes simples, ils répandent le mal et le renforcent souvent par la multiplication des atteintes.

C. La bronchite dans ses rapports avec la fièvre typhoïde. — Il n'y

a pas jusqu'à la fièvre typhoïde, qui ne puisse à l'occasion prendre le masque d'une bronchite vulgaire, au moins au début de ses manifestations cliniques ou épidémiques. Les constitutions médicales laissées par les médecins du siècle dernier portent souvent la mention de catarrhes dégénérés en fièvres putrides ; la relation entre les premiers et les secondes s'est souvent imposée à l'épidémiologie. Tous les jours, la cliuique nous met en présence de ces cas douteux, caractérisés par de la fièvre, de la sibilance des bronches, de la somnolence, cas qui laissent le diagnostic hésitant entre une dothiénentérie légère ou une bronchite sévère, grippale, jusqu'à ce que l'apparition de quelques taches lenticulaires ou de quelque autre symptôme significatif vienne fixer le jugement du médecin (14). De pareils faits prennent même quelquefois des allures épidémiques. C'est ainsi, entre autres, que l'on peut interpréter la petite épidémie de fièvre rémittente observée à Dunkerque par M. Vézien en juillet 1870 (15), et dans laquelle la bronchite se trouvait associée à un ensemble de symptômes légers, mais suffisamment caractéristiques, de la fièvre typhoïde.

Peut-être la forme bronchitique de cette dernière est-elle en rapport avec l'absorption du poison morbide par les voies respiratoires, comme la diarrhée initiale semble marquer parfois le début de la dothiénentérie à origine hydrique.

Ce point est secondaire ; il importe avant tout que l'on ne perde pas de vue qu'à l'occasion la bronchite se rattache étroitement à la fièvre typhoïde. La fièvre muqueuse est bronchitique ou gastrique.

D. La bronchite dans ses rapports avec la tuberculose. — Est-il besoin de rappeler ensuite la signification que la bronchite fébrile comporte parfois à l'égard de ces poussées granuliques qui 'se produisent périodiquement dans le poumon chez certains sujets en puissance de tuberculose ? Tant que la lésion reste discrète, la| sibilance et les râles muqueux sont, avec les symptômes de [la congestion pulmonaire, les seules manifestations locales de la détermination tuberculeuse. Il y a longtemps que la clinique nous a rendus méfiants vis-à-vis de ces brou-

DES PHLEGMASIES CATARRIIALES SAISONNIÈRES 129

chites à répétition, dont la véritable nature se démasque tôt ou tard par l'adjonction des signes non équivoques de la tuberculose.

E. Bronchites idiopathiqnes ou provoquées par les agents phlogogénes des voies aériennes. — Toutefois nous sommes bien éloigné de croire que les bronchites puissent toutes se fondre dans les maladies infectieuses que l'enquête vient de désigner à notre attention. Il en est, et ce n'est vraisemblablement pas le plus petit nombre, qui ne se laissent ramener à aucune autre affection ; elles relèvent de causes propres, que la bactériologie a surprises dans les replis de notre organisme, et qui sont les mystérieux intermédiaires entre ces phlegmasies indépendantes des maladies régnantes et les influences banales auxquelles l'étiologie traditionnelle a rapporté si longtemps le catarrhe aigu vulgaire. Il résulte des recherches de von Besser (16), de Straus {loc. cit.), de Lannegrace (17), que les bronches fixent à leur surface une partie des micro-organismes charriés par l'air inspiré. Parmi eux figurent quelques espèces pathogènes (streptocoque pyogène, staphylocoque, pneumocoque de Friedl;ender et Fr-enkel) que la résistance des tissus et la phagocytose réduisent à l'impuissance dans les conditions normales. Mais si l'impression du froid ou quelque autre cause débilitante vient à entraver ces actes protecteurs, la muqueuse restera à la merci de ces germes qui y feront naître des phlegmasies variables quant à leur étendue et leur profondeur, et dont la broncho-pneumonie primitive ou secondaire exprime le degré le plus grave.

Le pneumocoque lui-même semble pouvoir susciter à l'occasion des inflammations qui ne dépassent pas la limite des premières voies aériennes. On a décrit des bronchites fibrineuses sans exsudât parenchymateux apparent (18). Beaucoup d'épidémies de pneumonies sont précédées et accompagnées de catarrhes aigus, qui par les signes de congestion pulmonaire concomitante, par la série de degrés intermédiaires qui les rattachent à la pneumonie conflrmée, témoignent qu'ils correspondent à des formes atténuées de celle-ci. Peut-être le pneumocoque n'est-il pas seul en cause dans ces faits, et s'associe-t-il d'autres agents phlogogènes, comme dans la pneumonie type d'ailleurs dont les exsudats intra-alvéolaires nous montrent souvent à côté du micro-organisme de Fr^enkel, celui de Frie- DL/ENDER, le staphylocoquc et le streptocoque pyogène. Mais ce concours ne paraît pas indispensable. Gamaleia (19) cite l'exemple d'un individu qui, guéri d'une pneumonie, continua à souffrir d'une bronchite chronique tenace, avec expectoration de crachats muqueux, adhérents au vase, très virulents pour le lapin, et fournissant des cultures presque pures du pneumocoque lancéolé de Pasteur. Enfin, le même observateur a montré

DES MALADIES DITES SAISONNIÈRES

que le pneumocoque, injecté dans la trachée du mouton dont la muqueuse bronchique n'avait point été préalablement aiïaiblie par le contact du tartre stibié, provoquait de Thyperémie et du catarrhe aigu des bronches, et non pas de la pneumonie (Ibid.).

Il est plausible de conclure de ces faits que, lorsque l'appareil respiratoire est suffisamment résistant, ou quand le pneumocoque est peu actif, les effets de celui-ci peuvent se réduire à une simple phlegmasie superficielle des bronches, qui représentera en quelque sorte la fébricule ou la forme abortivo de la pneumonie.

Les influences extérieures, telles que le froid et le traumatisme, ne sont pas les seules à pouvoir relever de leur impuissance les germes latents fixés à la surface des voies respiratoires. Il est des causes occasionnelles équivalentes aux précédentes, qui procèdent de l'organisme lui-môme, et qui partagent avec les facteurs extérieurs le pouvoir de faire fléchir la muqueuse devant les entreprises microbiennes. Telles sont certaines affections dyscrasiques ou dystrophiques, l'arthritisme, la maladie de Bright, ou les auto-infections résultant des dyspepsies gastro- intestinales, des dilatations de l'estomac (20). La bronchite est un des symptômes les plus communs de ces divers états morbides, provoquée et entretenue sans doute par l'affaiblissement général de tous les tissus, et plus spécialement par l'élimination de produits excrémentitiels ou putrides au niveau de la surface respiratoire. Son étude revient à la clinique, à qui il appartient d'en préciser la nature. Seules, les bronchites d'origine extérieure sont du ressort de l'épidémiologie.

En résumé, le catarrhe aigu des voies respiratoires n'existe guère en tant qu'entité morbide. C'est un syndrome banal où viennent se confondre à leur degré le plus léger, leur forme en quelque sorte abortive, quelquesunes des maladies régnantes, parmi lesquelles figure en première ligne la grippe à laquelle reviennent les cas les plus nombreux de cette espèce. Le mot de bronchite désigne un élément morbide et non une maladie définie; sa conservation dans nos nomenclatures n'est justifiée que par la difficulté que l'on éprouve souvent à s'élever du premier à la seconde,, car sa signification n'est pas plus précise que celle des mots anémie ou albuminurie. Aussi les statistiques relatives à cette affection n'aurontelles de valeur que lorsqu'on se sera astreint à catégoriser les espèces, exigence formulée maintes fois par M. Besnier dans ses beaux rapports sur les maladies régnantes.

S'il est donc légitime d'étudier l'influence de la température sur le développement de cette affection catarrhale, il est indispensable, d'autre part, de démêler dans ses traits, par une analyse étiologique et clinique

DES niLEGMASIES CATARRIIALES SAISONNIÈRES

rigoureuse, celle des maladies endémiques dont elle est le pâle représentant, ou dans certains faits particuliers, celle des conditions organiques primitives dont elle est susceptible de relever. Ce n'est qu'à ce prix que l'on pourra édicter soit une prophylaxie, soit une thérapeutique rationnelle.

Bibliographie.

1. Kklsch. — Des maladies catarrhales saisonnières. (Arch. raéd. et pharm. milit,,

2. Besnier. — Rapport de la commission des maladies régnantes. Bull. Soc. méd.

des hôp., t. XIV, p. 112.

3. HiRSCH. — Handb. der histov. geogr. Pathologie. (Die Organkrankh., p. 2.)

4. RocHARD. — Art. Climat. Dict. de méd. et de chirurgie pratiques, p. 211.

Page 1