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II. — De l'angine catarrhale

. On pressent que l'angine catarrhale est justiciable de la môme critiq et que celle-ci doit conduire à des conclusions analogues à celles c viennent d'être formulées à l'égard de la bronchite.

*32 DES MAUDIES DITES SAISONNIÈRES

Et tout d'abord si la bronchite est de tous les âges, l'angine appartient plus spécialement à la jeunesse, aux sujets âgés de quinze à vingt-cinq ans dont elle constitue une des maladies les plus communes (1). Dans l'armée, elle sévit souvent sur le tiers ou sur le quart de l'ellectif d'un corps pendant la saison froide. Cette prédilection de l'afïection pour la jeunesse n'est-elle pas déjà un premier témoignage de sa nature infectieuse?

Envisagée dans son ensemble, l'évolution annuelle de l'angine se règle en général sur celle de la bronchite. Après avoir été réduites à leur minimum de fréquence pendant septembre et octobre, les phlegmasies du gosier se multiplient à partir de novembre, et vont en augmentant sans interruption jusqu'en mars ou avril; puis elles déclinent d'une façon plus ou moins régulière jusqu'en automne, sans jamais s'éteindre complètement, ce qui est déjà un premier échec porté à la doctrine classique. Mais

Fiji. 5. — Morbidité mensuelle par angine catarrhale (chiffres absolus) dans l'armée pendant les années 1888 et 1889. (Extrait de la statistique médicale de l'armée.)

celle-ci en subit encore d'autres plus sérieux. Ainsi, dans une même gar- Tiison, cette marche est très variable d'une année à l'autre, sans que ces ■anomalies puissent être rapportées à des intempéries exceptionnelles. Avec des influences météoriques sensiblement pareilles, telle année se trouve être très chargée, telle autre est vraiment privilégiée; souvent le tracé annuel présente deux ou trois maxima dont l'un au moins répond à la saison chaude. Dans ces cas, la marche des angines se sépare complètement de celle des bronchites, et ces écarts ne sont pas pour appuyer

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l'opinion courante de la communauté d'origine de ces deux affections; ils témoignent plutôt en faveur de la distinction spécifique de l'une et l'autre. D'-lutre part, ce n'est qu'exceptionnellement que l'angine épidémique s'impose à l'ensemble de la garnison (2) , le plus souvent elle réserve ses atteintes à un corps, ou à une fraction de corps; d'où l'on peut pressentir que sa véritable cause est toute locale, et qu'elle ne relève que secondairement des influences météoriques. Enfin sa spécificité est attestée par l'aptitude à se transmettre par la contagion, même quand elle revêt les apparences les plus simples; du moins l'avons-nous vue assez fréquemment se manifester dans nos salles chez des malades couchés dans le voisinage immédiat de sujets qui en étaient atteints, et des observations semblables se trouvent consignées dans la littérature médicale (3).

Il n'est assurément pas toujours aisé de pénétrer la nature de cette phlegmasie. Mais la cause, pour ne pas être évidente, n'en est pas moins saisissable dans maintes circonstances, elle a été souvent indiquée ou du moins pressentie par nos collègues des corps de troupe.

A l'instar de la bronchite, l'angine est souvent réductible en quelque autre type morbide dont elle représente la forme abortive, ou elle relève de causes propres spéciales, vis-à-vis desquelles les agents météoriques n'ont qu'un rôle subordonné.

Il y a des maladies angineuses, comme il y en a de bronchitiques, des affections qui, sous leur forme fruste, ne se manifestent que parla phlegmasie de la gorge, de même qu'il s'en trouve qui se résument dans des localisations catarrhales sur les bronches. Telles sont entre autres la scarlatine et la diphtérie.

A. L'angine dans ses rapports avec la scarlatine. — C'est un fait bien connu que la scarlatine se traduit parfois uniquement par l'angine ; il y a des épidémies bénignes dans lesquelles celle-ci constitue la manifestation exclusive ou prédominante de l'infection.

Dans l'armée, si nous en jugeons par les documents que nous avons sous les yeux, bon nombre d'épidémies d'angine doivent être rapportées à cette fièvre éruptive. Ici, on signale la concomitance dans le même groupe de nombreux cas de ces deux affections (4) ; ailleurs, l'angine l'emporte par le nombre, mais une éruption fugitive, notée chez quelques sujets, marque le caractère de l'épidémie (S). Enfin, il arrive que l'éruption elle-même passe inaperçue, ou est nulle ; mais la nature du catarrhe épidémique est signée par la gravité de ses allures, par l'albuminurie, la desquamation, l'hydropisie, la paralysie partielle, et enfin la transmission, qui sont notées dans bon nombre de faits (6).

Il n'est pas un seul de ces épisodes quij ne porte témoignage de la

DES MALADIES DITES SAISONNIÈRES

préoccupation du médecin de lui assigner sa véritable signification. Chacun incline à voir dans ces angines plus ou moins étroitement groupées et entremêlées de scarlatines, l'expression incomplète de la fièvre pourprée.

Bien qu'à peu près constante dans les autres fièvres éruptives, la rougeole, la variole et môme la fièvre typhoïde, l'angine n'y acquiert point l'indépendance d'allures qu'elle affecte dans la scarlatine ; elle n'y devient jamais assez prédominante pour constituer à elle seule la maladie dans sa forme abortive.

Une explosion brusque d'angines n'éveille point l'appréhension d'une épidémie de variole, de rougeole, ou de dothiénenterie en incubation : ces maladies ne sont point angineuses; quelque atténuées qu'elles soient, elles ne se réduisent jamais au banal mal de gorge. Mais il est deux autres fièvres éruptives dont les manifestations s'épuisent parfois sur l'isthme du gosier. Ce sont l'érysipèle et la fièvre herpétique.

B. L'angine dans ses rapports avecl'érysipèle. — La nature de l'angine érysipélateuse est facile à définir, lorsque l'angine accompagne, précède ou suit l'érysipèle de la face. Mais sa détermination devient délicate, lorsque cette affection se présente en dehors de l'une ou de l'autre de ces trois circonstances. On pourra dans ces cas supposer sa nature érysipélateuse lorsqu'elle naît au milieu d'une épidémie d'érysipèle, chez des individus exposés à la contagion. Il serait dans tous les cas illusoire de compter sur les caractères propres de l'angine pour fixer le diagnostic, car ils sont absolument insuffisants.

C. L'angine dans ses rapports avec la fièvre herpétique. — Il n'en est pas de même de l'angine herpétique, dont la détermination peut se fonder à la fois sur la concomitance de l'éruption vésiculaire aux lèvres, à la face, au prépuce, et sur les caractères intrinsèques de l'angine, caractères qui sont connus.

Quant à la spécificité de la fièvre herpétique elle-même, la démonstration en sera donnée à l'occasion de l'étude des pyrexies saisonnières.

D. L'angine dans ses rapports avec la diphtérie. — Mais, parmi les grandes maladies endémiques susceptibles de se déguiser sous la physionomie de l'angine simple, la diphtérie mérite, avant toutes les autres, de fixer notre attention.

Elle n'est pas en effet toujours, tant s'en faut, cette maladie si saisissante, à laquelle Bretonneau et Trousseau ont consacré des peintures inimitables. Comme toutes les maladies infectieuses, elle a ses degrés et

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