CONSIDÉRATIONS SYNTHÉTIQUES SUR LES CATARRHES SAISONNIERS
Nous nous croyons autorisés à conclure de ces considérations que les agents météoriques, réduits à eux-mêmes, sont impuissants à engendrer
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les catarrhes saisonniers. Très variables dans leur nature, ceux-ci se Iondent dans les grandes maladies ambiantes, dont ils ne sont que les pâles représentants, ou ils sont produits par des causes propres, bromatologiques ou autres, vis-à-vis desquelles le rôle des météores est tout à fait secondaire.
En ce qui concerne les faits du premier ordre, l'identité entre nombre d'affections catarrliales et nos endémies est démontrée par les liens cliniques et étiologiques qui rattachent les premières aux secondes; elle trouve, d'autre part, sa consécration théorique dans les travaux de Pasteur et de son école sur les maladies atténuées. La nature dispose certainement de procédés d'atténuation pour les graines morbides qui vivent librement dans les milieux ambiants, comme le bactériologiste a les siens pour celles qu'il tient captives dans ses ballons ; et vraisemblablement dans le monde extérieur comme dans nos laboratoires, les maladies affaiblies peuvent se fixer et se reproduire sous leur forme atténuée, et conserver môme cette dernière dans leurs manifestations épidémiques.
Réduites à leur degré rudimentaire, ces grandes maladies comme la grippe, la rougeole, la scarlatine ou la diphtérie, la fièvre typhoïde, la dysenterie ou le choléra, se confondent dans une symptomatologie banale et indifférente où la phlogose des muqueuses respiratoire ou digestive forme le trait le plus saillant. Ce catarrhe peut en imposer pour une affection banale d'origine météorique à celui qui se borne à l'envisager en lui-même. Sa nature au contraire ne reste pas douteuse, s'il est étudié dans ses rapports avec la maladie régnante, à laquelle il se rattache cliniquement par de nombreux degrés de transition, et dont il suit en général l'évolution épidémique.
La croyance à la fixité dans la forme et les caractères épidémiques des maladies populaires a troublé la solution de bien des problèmes nosographiques. Elle a séparé la fièvre typhoïde de la fièvre gastrique, l'ictère grave de l'ictère catarrhal, le choléra envahissant du choléra sporadique. La pathologie expérimentale, appliquée à l'étiologie, nous met en garde contre ces errements; elle nous apprend que l'énergie et l'aptitude à se reproduire d'un même virus sont extrêmement variables suivant les circonstances, et que par conséquent chaque maladie spécifique est susceptible de présenter, sans dévier cependant dans ses grandes lignes du type fondamental, de notables variations quant à son expression clinique, sa gravité et sa tendance à l'expansion épidémique.
Les localisations sur la muqueuse respiratoire ou digestive étant communes à un certain nombre de maladies infectieuses, celles-ci peuvent, sous leur forme atténuée, se caractériser presque exclusivement par cette
détermination, au point de cesser d'ôtre distinctes l'une de l'autre dans leurs manifestations cliniques. Et comme en dépouillant leurs traits symptomatiques les plus saisissants, elles semblent perdre en môme temps leurs attributs étiologiques les plus significatifs, l'infection ou la contagion, elles peuvent donner le change à l'observateur et lui en imposer pour une affection banale que, faute de mieux, on rapporte au refroidissement. C'est ainsi que s'est perpétué dans le chapitre des allections saisonnières l'antique dogme de l'origine météorique des maladies.
Mais, d'un autre côté, nous avons dû reconnaître qu'il y a des affections catarrhales qui sont absolument étrangères à nos maladies communes, qui relèvent de causes propres, le plus souvent de micro-organismes divers introduits par les ingesta dans les cavités digestive ou respiratoire, et pouvant à l'occasion devenir pathogènes à l'égard des muqueuses qui leur servent de support. Tandis que les catarrhes envisagés plus haut affectent le plus souvent des allures épidémiques, ceux-ci, relevant de conditions plus individuelles, se montrent plutôt suivant le mode sporadique. Nous nous empressons d'ajouter qu'il n'y a rien d'absolu dans cette opposition, une angine de nature diphtérique peut rester isolée, de même qu'une diarrhée indépendante de la dysenterie, de la fièvre typhoïde ou du choléra, est susceptible de se généraliser à de grandes agglomérations d'individus surmenés et mal nourris.
En cherchant à élever les affections saisonnières au rang des maladies spécifiques, nous n'avons nullement l'intention de nier l'intervention des météores dans leur genèse. Une pareille tentative est bien éloignée de notre pensée. Ces maladies sont justiciables des vicissitudes atmosphériques, comme la plupart des processus infectieux. Nous croyons qu'on a fait jouer au refroidissement un rôle abusif dans leur étiologie, mais d'autre part nous sommes persuadé que ce facteur est loin d'être indifférent. Il est ici ce qu'il est dans tant d'autres maladies spécifiques, dans la pneumonie, le tétanos par exemple, ces affections parasitaires au premier chef qui, naguère encore, étaient présentées comme des types de maladies a frigore. Mais tout puissant qu'il soit, le refroidissement est incapable d'engendrer ces dernières de toutes pièces, soit par des actions réflexes, soit par la répercussion de la sueur, comme on le croyait si longtemps; il n'a qu'une valeur subordonnée dans leur étiologie.
Le pouvoir des agents météoriques se réduit en effet à accroître le nombre et l'activité des germes, et à favoriser l'envahissement de l'organisme par eux.
En ce qui concerne les maladies catarrhales surtout, cet envahissement est sans cesse imminent.
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.: ■ En effet, les surfaces respiratoire et digestive, nous le savons par les recherches déjà mentionnées de Fraenkel, FaiEOLiENDER, von Besser, Vignal, Netter, sont habitées par des germes plus ou moins phlogogènes, toujours présents et toujours prêts à agir. Dans les conditions normales, les muqueuses se défendent contre eux au moyen des leucocytes qui émigrent de la profondeur vers leur surface, saisissent, englobent et détruisent ces parasites, quand ils tentent d'entamer les tissus et d'envahir les humeurs.
Mais diverses causes peuvent porter atteinte à ce phagocytisme, le froid entre autres est un des agents les plus aptes à l'entraver; les muqueuses alors sont livrées à la merci de ces microbes et la maladie naît, superficielle ou profonde, suivant la prédominance d'action de ces derniers. M. Boucha.rd a établi par ses expériences ingénieuses et élégantes la réalité de cette interprétation. En soumettant les cobayes à un refroidissement graduel et modéré, il a fait apparaître dans le sang ces bactéries qui sont les hôtes habituels de nos cavités en rapport avec l'extérieur, et auxquelles nos humeurs sont absolument inaccessibles dans les conditions normales.
Il est juste d'ajouter que le froid peut être suppléé ou secondé dans son action par bien d'autres facteurs que l'étiologie des maladies saisonnières n'a jamais méconnus, et parmi lesquels toutes les influences- dépressives, quelle qu'en soit la nature ou l'origine, tiennent une place non moins importante que celle qu'occupent les météores.
Dans cet ordre de faits, l'expérience vient encore prêter son appui aux déductions légitimes de l'observation. Un cobaye, roulé pendant quatre heures dans une roue-cage semblable à celle des écureuils et soumise à un mouvement continu de rotation avait si peu résisté à l'envahissement des germes, qu'une seule goutte de sang ensemencée sur milieu solide donna jusqu'à huit colonies bactériennes. L'action de la frayeur et du choc avait provoqué un véritable état d'arrêt des actes nutritifs, au point que la température du rectum ne s'élevait pas au-dessus de 24" au moment de la prise du sang (Bouchard).
D'autre part, Cuarrtn et Ruffer, expérimentant sur le cobaye avec le bacille pyocyanique, ont constaté que la section du nerf sciatique favorisait dans la majorité des cas le développement de l'infection locale (32).
Enfin, tout récemment, Herman a démontré que la section du même nerf favorisait la fixation des microbes pyogènes en circulation dans le sang non seulement dans les articulations, mais encore dans la moelle Osseuse et la bourse muqueuse du talon du membre opéré (33).
Bref, toutes les influences inhibitoires du système nerveux entravent le phagocytisme normal, qu'accomplissent à la surface et dans l'épaisseur du
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tégument interne les cellules lymphatiques aux prises avec les microbes pathogènes qui vivent habituellement eu nous sans nous nuire. La suspension passagère de cet acte protecteur a pour elïet de permettre à ces derniers de léser ce tégument, et, dans les cas extrêmes, de le traverser et de passer ainsi du pharynx, de l'intestin, des bronches dans le sang. De là ces maladies variées, superficielles ou profondes, catarrhales ou infectieuses, qui ont été attribuées si longtemps à la spontanéité morbide sollicitée par les influences les plus banales et les plus diverses.
Nous nous croyons donc en droit d'affirmer qu'aucune de nos maladies . saisonnières n'est exclusivement imputable aux météores, aucune d'entre elles ne comporte une pareille simplicité dans son étiologie. Comme toutes les maladies infectieuses, elles exigent pour naître le concours de causes multiples; s'il en était autrement, si chacune de ces causes se suffisait à elle-même, de vastes agglomérations d'individus seraient à chaque instant exposées à devenir les victimes de ces affections. Parmi ces causes, le refroidissement tient une place importante. Mais, réduit à lui-même, il reste impuissant, il ne devient réellement efficace que lorsqu'il vient s'associer aux agents spécifiques, de même que ceux-ci demeureront sans effet s'ils sont livrés à eux-mêmes, privés du concours des météores et des autres causes secondes.
Il serait aussi téméraire qu'injuste, d'essayer de faire table rase des ; enseignements dont le passé a doté l'histoire des maladies saisonnières.. Les doctrines étiologiques nouvelles, sorties des immortelles découvertes ^ de Pasteur, ne compromettent pas les acquisitions de la médecine d'obser-vation. Loin de là, elles complètent, éclairent l'étiologie traditionnelle, h en expliquent les contradictions apparentes, fixent la véritable part qui î revient aux agents météoriques dans la genèse des maladies communes > et notamment de celles qui nous occupent. Enfin, elles ne sont pas sanspeser sur la conduite de l'hygiéniste à l'égard de ces dernières.
Des considérations qui précèdent, se dégagent en effet des notiouspratiques dont la prophylaxie ne saurait se désintéresser. !
Rapporter au froid, à l'humidité de l'atmosphère, aux intempéries quii; surgissent en toute saison, une épidémie naissante d'angine, de bronchite, i de diarrhée, c'est s'avouer désarmé vis-à-vis de la cause et se condamner fatalement à l'impuissance.
Si l'on est, au contraire, convaincu que ces affections, toutes légères qu'elles paraissent, sont le plus souvent spécifiques, l'on renoncera à en accuser la constitution catarrhale.
L'on aura, en effet, à rechercher la cause infectieuse qui germe ci grandit dans le milieu ambiant, qui, rudimentaire encore, s'essaie et perfectionne peu à peu dans ces atteintes frustes, jusqu'à ce que, parvcuu>>
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à maturité, elle produise des types qui, cette fois, ne seront plus méconnaissables, mais dont le nombre et la gravité rendront souvent stériles nos tardives tentatives pour enrayer le mal.
Ces affections catarrhales ont les relations les plus étroites avec les maladies infectieuses qui mettent nos populations en coupe réglée. Elles eu sont souvent le prélude, et elles en constituent la manifestation exclusive, lorsque la graine pathologique n'acquiert pas l'énergie suffisante pour réaliser les formes complètes de la maladie. Le médecin chargé d'un service public, qui a mission de prévoir et de prévenir, y découvre des avertissements précieux qui, maintes fois, le mettront à même d'étouffer une épidémie dans son berceau. Devant une explosion d'angines en apparence simples, il redoutera justement l'invasion de la diphtérie ou de la scarlatine, et par des mesures prophylactiques promptement appliquées au foyer de provenance, il préviendra une épidémie imminente. Lorsque la diarrhée viendra à naître au milieu du groupe d'individus dont la santé lui est confiée, elle éveillera la crainte d'une explosion prochaine de dothiénentérie, de dysenterie ou de choléra, et sa sollicitude se portera tout aussitôt sur les eaux de consommation.
Les influences bromatologiques s'imposeront encore à l'attention lorsqu'il s'agira de ces diarrhées indépendantes des maladies infectieuses, soupçonnées à bon droit d'être provoquées par les vices du régime ou l'eau surchargée de germes pathogènes. Bien que n'étant pas spécifiques de leur nature, elles sont cependant sérieuses par le nombre des indisponibilités qu'elles créent, et par l'imminence morbide qu'elles appellent sur l'intestin,
A ce dernier titre, les flux de ventre, qui naissent des fatigues et du surmenage du corps, ne méritent pas moins d'être pris en considération. En temps de guerre surtout, ces derniers facteurs s'ajoutent le plus souvent à l'insuffisance qualitative ou quantitative de l'alimentation, et c'est assurément cette association qui crée l'expansion et l'endémicité de la diarrhée au milieu des armées en campagne.
L'hygiène ne devra même pas rester inactive, pas plus que la thérapeutique, devant ces afiections catarrhales sporadiques, telles que les angines et les bronchites isolées qui relèvent de conditions diathésiques (rhumatisme), et surtout du microbisme latent de la cavité buccale et des bronches. Pourquoi ne chercherait-on pas à prévenir, chez les individus prédisposés, le retour des angines catarrhale ou phlegmoneuse par des moyens antiseptiques dirigés contre les agents phlogogènes ou pyogènes de la bouche, comme on s'efforce de diminuer chez d'autres les chances de pneumonie en poursuivant la destruction du pneumocoque de leur salive ? H
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La constitution catarrhale, ce sont les infections naissantes ou abortives, les méfaits du régime ou des obligations professionnelles, les diathèses, les germes qui habitent dans les cavités ouvertes à l'extérieur, et sans doute encore d'autres facteurs également accessibles à nos moyens prophylactiques.
Vis-à-vis de ces causes si complexes, les vicissitudes météoriques sont des auxiliaires bien secondaires et souvent très effacés. Dans la lutte contre ces maladies, l'on devra surtout atteindre les défectuosités de l'hygiène qui sont les véritables agents de leur développement et de leur propagation. Leur prophylaxie n'est autre que celle des maladies infectieuses proprement dites dont elles sont le plus souvent la pâle copie, et même celle des épidémies en général, dont elles sont quelquefois le prélude.
Bibliographie.
.1 Michel Lévy. — Traité d'hyijiène, 2« édition, t. II, p. 273.
o' Statistique médicale de l'armée pendant l'année 1888, p. 108.
3' I^ote du conseil de santé sur une épidémie de diarrhée d'après un rapport de
M Marbotin. (Doc. inédits du Comité de santé, 1845.) '4. Chambolle. - Epid.de diarrhée et de dys. à Chartres. (Doc. inédits du Comité
de santé, 1849.) . , o t. ^ f
v.^cxw - Ra.pp au conseil de santé sur Vétat sanitaire du 8' chasseurs pendant le 4.o'trimestre 1869 et le 1^^ 1870. (Doc. inéd. du Comité de santé.) 'e DuvAL - Note sur une épid. de diarrhée observée en mars et avril 1889 dans les salles mil. de Vhosp. civ. d'Arras. (Ibid.) , , oq . qo
7 Sommeiller cité par M. Marvaud in : Etude sur les camps permanents, p. 188-189. 8* Signature illis. - Rapp. sur Vétat sanit. du 31« de ligne, au 26 février 1873. (Doc. . ' inédits du Comité de santé.) . . , , ,
9 Chambé. - Relat. d'une épid. de diarrhée adressée au commandement, a la date
du 17 fév. 1873. (Ibid.)
10 Weil. - Rapp. d'inspect., 1883-1884. (Ibid.)
U Statistique méd. de Varmée pendant Vannée 1883, p. 22. ■
10' Petit --Rapp d'insp. du&i- de ligne, iSl^-iSlQ. (Doc. med. du Comité de sanle.)
13* Akon*. - Rapp. cVinsp, du 198^ de ligne, 1863-1864. (Ibid.)
14*. Uxz. -Happ. dHnsp., 1884-1885. (Ibid.)
15 Statistique méd. de Varméependantm&. . , ,
16* Rapp. adressé auconseil de santépar le méd. en chef de lannee dAfr., a la dat.
du 25 novembre 1884. (Doc. inédits du Comité de santé.) 47 Brugnières. - Rapp. sur l'état sanit. du 8« rég. de chass., pendant le 3« trimestre
' 1849. (Doc. inéd. du Comité de santé.) 4ft Mémoires de l'Académie de méd. Rapp. sur les épidémies, t. XXXI, p. 43. 19*. BESNiER. - Bull, et Mém. de la Soc. méd. des hôpitaux de Paris, t. XYI, 2» scne.
p. 14 et 15.