‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 43 sur 175 · DES PIILEGMASIES CATARRHALES SAISONNIÈRES · texte numérisé non relu

DES PIILEGMASIES CATARRHALES SAISONNIÈRES

h). Diarrhée de surmenage. — Aussi bien, les influences bromatologiques ne sont-elles pas seules en cause dans la pathogénie de cette diarrhée idiopathique. Dans certains cas, en effet, les matières fermentescibles ne correspondent pas au reliquat des aliments non digérés ; elles ressortissant à des substances élaborées au sein même de l'organisme.

Lorsque les principes excrémentitiels des tissus s'accumulent dans le sang, soit par excès de formation, soit par insuffisance de la dépuration rénale, ils s'éliminent par l'intestin, mais non sans subir des décompositions putrides, dont les conséquences ne diffèrent point de celles des indigestions chroniques. Qu'on veuille se souvenir seulement de la diarrhée uréraique, qui peut prendre les proportions d'une véritable dysenterie avec ulcérations du gros intestin, et l'on n'hésitera pas à introduire la condition morbide dont il s'agit dans l'étiologie du catarrhe vulgaire.

Or, ce trouble dans l'excrétion des matériaux usés surgit, à un degré moindre sans doute que dans l'urémie brightique, dans certaines situations de la vie militaire. Il n'est pas un médecin de l'armée qui n'ait observé des diarrhées plus ou moins nombreuses à la suite des marches, des manœuvres d'automne, des expéditions, surtout lorsque le travail a été poussé jusqu'au surmenage (30). Comme souvent, dans ces conditions, l'alimentation et l'eau sont irréprochables, on a cru devoir s'en prendre au rejet par l'intestin de produits de désassimilation, qui se montrent d'ailleurs aussi surabondants dans les urines, et qui, après avoir été décomposés sur place, exercent par leurs dérivés une action laxative sur le tube digestif.

c). De la diarruée des armées en campagne. — Bien que nous ne traitions pas ici de la pathologie du soldat en particulier, nous croyons l'occasion bonne de mettre à profit les notions que nous venons d'acquérir pour toucher un mot de la diarrhée qui éprouve les armées en campagne.

Elle est véritablement la maladie prédominante dans toutes les guerres longues et laborieuses. Dans la guerre d'Amérique, la morbidité annuelle par diarrhée de 1863 à 186S a oscillé entre 300 et 400,000 cas, sur un effectif moyen de 600,000 hommes; c'est-à-dire que les atteintes portèrent sur la moitié environ de l'effectif de chaque année.

C'est encore la diarrhée qui, dans la statistique générale de l'armée de Crimée, occupe le premier rang dans la morbidité, à en juger du moins par les tableaux anglais, les seuls qui fournissent des renseignements précis à ce sujet.

Pendant le siège de Paris, la diarrhée, comme la dysenterie, s'est accrue sans cesse depuis le mois de septembre jusqu'en février, c'est-à-dire jusqu'au moment du ravitaillement de la grande ville affamée.

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Il est inutile de multiplier ces citations, car toutes les guerres portent sous ce rapport le môme témoignage.

Pourquoi donc le flux intestinal prend-il tant d'extension au milieu des armées en campagne? Est-ce uniquement parce que la dysenterie et la fièvre typhoïde y introduisent un nombre excessif de ces catarrhes intestinaux qui en représentent la forme fruste? Nous ne le croyons pas. La raison en est surtout en ce que la guerre réunit et porte à leur plus haute puissance les facteurs principaux de cette diarrhée idiopathique à laquelle nous avons consacré les développements qui précèdent, à savoir l'action des intempéries, les influences bromatologiques et le surmenage. Rien ne montre mieux le rôle de ces agents que l'histoire de la diarrhée pendant les cinq ans de la guerre américaine.

Le rôle de la chaleur tout d'abord apparaît dans les recrudescences estivales constantes du catarrhe intestinal. Chaque été est marqué par une élévation notable et assez brusque du tracé graphique qui en représente la marche, le maximum ayant lieu indistinctement dans l'un ou l'autre des trois mois les plus chauds de l'année (juin-août). Mais ce qui révèle bien l'insuffisance de la chaleur dans la genèse de cette vaste épidémie, c'est que les vicissitudes de la saison sont loin de rendre compte de toutes les particularités de son évolution annuelle. C'est ainsi que l'année 1862 présente plusieurs maxima, et l'hiver de 1862 à 1863 n'est point favorisé par la rémission habituelle.

Ces anomalies, comme nous l'avons établi ailleurs (31), sont en rapport avec les péripéties de la guerre, avec les échecs, les opérations fatigantes. La diarrhée diminue lorsque les troupes reprennent leurs quartiers d'hiver ou font une campagne heureuse dans laquelle les moyens de subsistance sont £S3urés. Elle atteint ses maxima dans les périodes de la guerre qui exigent du soldat les plus grands efforts et qui l'exposent aux plus dures privations. En d'autres termes, l'épidémie n'est pas seulement soumise aux vicissitudes de la saison; elle relève aussi des péripéties de la lutte engagée, de l'alimentation vicieuse, grossière ou insuffisante, des fatigues et du surmenage; en un mot, elle est étroitement liée aux trois facteurs pathogéniques que nous avons mis en relief plus haut, et elle témoigne ainsi de leur haute signification.

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