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CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

Peu de maladies ont été plus étudiées que la pleurésie, et il n'en est guère qui soient mieux connues qu'elle. Tenant un des premiers rangs parmi les maladies annuelles, grave par elle-même et par son associatioa à d'autres processus morbides, elle s'est imposée de tout temps, depuis Laënnec, aux préoccupations des médecins.

Suscitées avant tout par la clinique, ces préoccupations se sont traduites par de nombreux travaux sur la séméiotique et le traitement, et grâce à ces patientes recherches, il est, actuellement, peu d'affections dont le diagnostic puisse être formulé avec plus de précision, et dont la thérapeutique compte plus de succès.

Mais le chapitre de la cause et de la nature du processus a été, jusque dans ces dernières années, beaucoup moins fouillé. Ce n'est que depuis que la pathologie s'est engagée si résolument dans la voie de l'étiologie, que ce sujet a fixé l'attention et provoqué des recherches du plus haut intérêt. Pour nous, nous n'avons pas attendu l'ère nouvelle pour essayer de pénétrer la cause de cette phlegmasie si variable dans son évolution et ses conséquences, car bien avant la période microbienne, nous avons dû reconnaître l'insuffisance de l'étiologie qui lui était généralement attribuée.

La pleurésie en effet est une affection commune à tous les âges et à toutes les conditions sociales; mais par sa fréquence dans l'armée, elle a de tout temps forcé les médecins militaires à scruter son essence, à chercher à la définir d'après sa cause, qui seule est décisive dans le pronostic et dans les conséquences médico-légales que comporte chaque cas.

Pour avancer la solution de ce problème, nous avons publié en 1886, mon collègue M. Vaillard et moi, une étude fondée sur un certain nombre de faits personnels, et sur l'analyse de plus de 300 autres, épars dans la littérature médicale (4).

Les idées que nous avons soutenues alors sur la signification de la pleurésie vulgaire ont été vivement attaquées immédiatement après la publication de notre mémoire. Mais depuis cette époque, elles ont fait leur chemin; elles ont été prises en considération par tous nos collègues, elles ont même reçu l'assentiment d'un des maîtres les plus autorisés de l'Allemagne, du professeur Fr.enkel. Et si quelques réserves sont encore formulées à leur sujet, notamment par ce dernier, elles tiennent moins au fond qu'à la forme de nos conclusions, car, il faut bien croire que notre pensée ne s'est pas clairement dégagée de notre travail, puisqu'on nous a prêté des opinions excessives qui sont bien loin de notre esprit.

De tout temps, la pleurésie, à l'instar de la pneumonie, a été considérée comme le type des phlegmasies simples, et rapportée à ce titre à des influences banales parmi lesquelles le jeu des météores tient le premier rang. La pneumonie est, à l'heure actuelle, affranchie du joug de cette doctrine séculaire : elle est pour tous les médecins une maladie infectieuse vis-à-vis de laquelle le froid exerce sans doute une action pathogène puissante, mais après tout, une action toujours secondaire.

Nous avons la conviction qu'il en est de même de la pleurésie : la spécificité de l'étiologie est le trait saillant de son histoire, comme elle domine celle de la pneumonie, avec cette réserve que là, l'étiologie est complexe, variable, tandis qu'ici elle se résume en un agent infectieux unique.

Les séreuses, sans doute à cause de la richesse du réseau lymphatique qui les sillonne, sont des territoires de prédilection pour la localisation des maladies infectieuses. Une arthrite, une péritonite une fois cliniquement reconnues, entraînent tout aussitôt le médecin vers la recherche de la nature de la phlegmasie. La première est reconnue rhumatismale, goutteuse, gonorrhéique ; la seconde est rapportée à des germes putrides, à la tuberculose. Il n'y a pas de médecin qui fasse intervenir le froid dans la production de ces déterminations morbides. Il y en a pourtant encore beaucoup qui admettent des pleurésies simples, qui, sous cette dénomination, opposent certaines formes attribuées exclusivement aux météores, aux pleurésies véritablement infectieuses.

Dans notre opinion, elles sont toutes infectieuses, mais non pas tuberculeuses, comme on nous l'a fait dire à tort.

Nous avons essayé de l'établir jadis dans le travail précité. Nous reprendrons sommairement cette démonstration, en précisant toutefois davantage notre pensée et en fortifiant nos conclusions par les données nouvelles acquises au sujet depuis cette époque.

C 2. — LES PLEURÉSIES ENVISAGÉES d'aPRÈS LEURS CAUSES

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