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CHAPITRE IV

§ l'^'". — CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

Nous n'avons à envisager dans ce chapitre que le rhumatisme articulaire et musculaire aigu ou subaigu, qui seul fait partie des maladies annuelles et saisonnières. C'est du reste le grand type clinique autour duquel se groupent les nombreuses aiïections considérées à tort ou à raison comme rhumatismales.

Par son étroite subordination aux influences météoriques, le rhumatisme articulaire aigu appartient au groupe de maladies étudiées dans ce livre. Mais il s'en distingue par la disposition organique, acquise ou héréditaire, qui semble être la condition sine qm non de son dôveloppemenl. Sans microbe connu qui réponde de sa nature, sans histoire épidémiologique, il ne doit réellement qu'à son cycle fébrile et à ses complications viscérales le droit de figurer parmi les maladies infectieuses.

Le rhumatisme est aussi ancien que la pneumonie, les écrits hippocratiques en font foi. Mais relativement rare dans le bassin de la Médilerranée, qui fut pendant de longs siècles l'unique foyer d'observation médicale, il a peu fixé l'attention des médecins de l'antiquité qui le confondaient avec l'arthrite en général. Quant à l'expression de rhumaiisinc qui nous vient de cette époque, elle était employée pour désigner les fluxions calarrhales, comme l'indique d'ailleurs son étymologie.

C'est Baillou qui, vers la fm du xvi" siècle, eut le mérite d'entrevoir la nécessité de distinguer au moins deux états morbides dans l'artliritr des anciens : la goutte, qui généralement a servi de type à leurs descriptions, et une autre affection articulaire, plus mobile, plus Iluxionuairc. plus aiguë et plus accidentelle dans ses causes que l'autre; c'est à elle qu'il réserva la dénomination de rhumatisme. Cent ans après, Sydlnilam conlirnia cette distinction en établissant, par sa description magistrale de la goutte, les caractères essentiels qui séparent celle-ci de ralïcction articulaire

^ntrevue par le médecin français. Enfin, plus tard, Cullen essaya de com- Dléter cette conception clinique, en assignant au rhumatisme le refroidis- 'ement pour fondement éliologique. Mais cette innovation conduisit tout ilroit à des exagérations funestes.

luseusiblement en eiïet, la notion étiologique mise en avant par Cullen, se substitua à la caractéristique clinique (maladie douloureuse des parties externes). Le terme de rhumatisme devint synonyme de maladie a frigore, et comme beaucoup d'afiections naissent manifestement sous l'empire du froid, il finit par être appliqué à des processus pathologiques nombreux et disparates quant à leur siège et à leur nature.

Ainsi compris, le rhumatisme n'était point viable. Il embrassait trop de choses pour solidement étreindre. L'anatomie pathologique, préoccupée de définir les maladies par la lésion des tissus ou des organes, ne tarda pas à en réduire considérablement le domaine, en en faisant sortir la plupart des maladies internes qui, sous les noms de pleurésie, de pneumonie, de péricardite, etc., furent érigées en autant d'entités morbides spéciales et distinctes. Les afîections douloureuses externes elles-mêmes furent entamées par les localisateurs et décomposées en synovites, périostites, myosites, etc.

Mais apte à restreindre cette famille si envahissante des maladies rhumatismales, l'anatomie pathologique était impuissante à en donner la définition. Il restait toujours toute une catégorie d'aiïections douloureuses des articulations, des aponévroses, des muscles, que l'on ne pouvait guère définir par des lésions trop exiguës ou difficiles à constater, et que l'anatomie pathologique dut renoncer en conséquence à classer.

C'est à ces affections douloureuses que la clinique, moins à l'aise que cette dernière, conserva le nom de rhumatisme. Mais à tout prendre, elle était tout aussi impuissante que l'étiologie et l'anatomie pathologique à leur assigner une caractéristique ferme. Guidée uniquement par des analogies, elle comprit dans le cadre de cette maladie toutes les affections douloureuses, soudaines et mobiles des jointures, des muscles, des tendons et des aponévroses, nées sous l'influence du froid ou d'autres causes plus obscures. Mais la douleur est un caractère trop vague pour servir en nosographie; d'autre part, l'alternance des affections articulaires et viscérales n'appartient qu'à un type du groupe, à la polyarthrite aiguë; elle est rare dans le rhumatisme musculaire, et elle est tout à fait étrangère au rhumatisme articulaire chronique.

L'hérédité du rhumatisme articulaire, sa tendance au retour chez le même individu, ses étroites affinités avec d'autres affections auxquelles il s'associe, prélude, ou succède souvent, ou avec lesquelles il alterne, soit chez le môme sujet, soit dans les différentes générations d'une même famille, ont suggéré l'idée de la diathèse rhumatismale, c'est-à-dire d'une

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disposition morbide propre à engendrer, sous l'influence de causes occasionnelles diverses, des alïections multiples, disparates en apparence, mais au fond, unies ensemble par un lien de parenté intime. Le type de ces affections, celle qui doit être considérée comme la marque, comme le critérium de la disposition morbide, est l'arthrite polyarticulaire aiguë.

C'est ainsi que fut constitué cet arthritisme aux vastes proportions, si magistralement étudié par Bazin. Mais le type, le premier terme de cette série, restait toujours à définir, car on ne saurait guère voir, avec Senator, un caractère spécifique dans sa curabilité par le salicylate de soude. D'autre part, la diathèse elle-même demeure inconnue dans son essence. Le ralentissement de la nutrition, assigné comme cause première par M. Bouchard à beaucoup d'états arthritiques, ne saurait guère être invoqué à l'égard du rhumatisant lui-même, qui rendant journellement de 35 à 40 grammes d'urée, sans s'alimenter, et aux dépens de sa propre substance, paraît être en pleine suractivité nutritive.

Eq résumé, les affections rhumatismales n'ont point de caractéristique étiologique ni anatomo-pathologique. Comme aux temps de Baillou et de Sydenuam, leur nosographie se fonde uniquement sur la nature des symptômes. Tout ce qui a été tenté pour pénétrer l'essence de ces maladies, pour dégager le principe qui puisse leur servir de trait d'union, se réduit à des théories plus ou moins spécieuses, dont la sanction scientifique n'a pu être donnée.

En attendant la découverte de la cause première, seule décisive dans l'espèce, il faut nous contenter, pour définir le rhumatisme, d'un ensemble de caractères cliniques, qui valent ce que vaut toute détermination purement symptomatique, mais qui sont cependant assez précis pour suffire à la pratique.

Le rhumatisme classique, en effet, se reconnaît à des traits qui peuvent passer pour spécifiques.

D'une variabilité et d'une mobilité extrême dans ses manifestations symptomatiques, relevant de modifications organiques profondes, tout ea restant à la merci d'influences extérieures multiples, le rhumatisme tieut à la fois des maladies diathésiques et de celles qui paraissent être engendrées par les causes les plus diverses et les plus banales.

Il comprend des états pathologiques dissemblables, mais unis cependant ensemble par des liens plus ou moins étroits. Ce sont :

1° Des arthropathies multiples, aiguës ou subaiguës, de nature fluxionnaire, sans tendance à la suppuration, qui naissent en dehors de toute autre maladie infectieuse, revêtent des allures fugaces et mobiles, et s'associent certaines affections viscérales qui coïncident ou alternent avec elles.

2° Des affections très diverses, capables d'intéresser tous les tissus et

tous les appareils, et que leur caractère douloureux, leur nature fluxionnaire, leur répétition, leur coïncidence ou leur alternance fréquente avec le rhumatisme ont fait justement considérer comme l'équivalent de ce dernier.

3° Des arthropathies chroniques qui, bien qu'ayant des caractères propres, suffisants pour leur assurer une place spéciale dans le cadre nosographique, ne s'en rattachent pas moins au rhumatisme par des affinités pathologiques indéniables.

4° Enfin, des états morbides très disparates, parmi lesquels les affections douloureuses de l'appareil moteur ou des nerfs sensitifs, et les affections du système circulatoire ont un rôle prépondérant, et auxquels le rhumatisme, considéré comme état constitutionnel, semble servir de trait d'union.

De tous ces états, c'est le rhumatisme articulaire aigu et subaigu qui est le type le mieux étudié, le mieux connu, le mieux défini de toute la famille. C'est lui qui est généralement en cause dans les affections rhumatismales liées aux saisons. C'est lui seul qui intéresse lepidémiologie.

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