‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 108 sur 195 · AN · texte numérisé non relu

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Il résulte de ce tableau que le maximum de. la mortalité des individus âgés de 0 à 5 ans, a correspondu aux mois d'août et de septembre (1) ; celui de la catégorie de 5 à 60, au mois de mars; celui de la catégorie de 60 à 100, au mois de janvier. Nous ne pouvons omettre de relever une certaine analogie entre ces* faits et l'observation consignée dans Ilippocrate : « Pendant le printemps et le commencement de l'été, les enfants vont le mieux et jouissent de lîi meilleure santé; pendant l'été et en partie l'automne, les vieillards ; pendant le reste de l'automne et l'hiver, l'âge intermédiaire (2). »

Nous pouvons de plus en tirer celte conséquence importante que les influences saisonnières sont marquées surtout aux âges extrêmes ; c'est à ces âges que correspondent, en effet, les plus grandes oscillations entre les chifl'res de mortalité mensuelle ; l'écart est de 566 décès entre le mois de septembre (qui a 1,397 décès) et le mois de décembre (qui en a 831) pour les enfants de 0 à 5 ans; il est de 290, entre le mois de janvier (qui en a 1,129) et le mois de juillet (qui en a 839) pour les personnes âgées de 60 à 100 ans ; cet écart n'est plus que de 222 (1,122 décès en mars et 900 en juillel) pour la catégorie moyenne, de 5 h 60 ans.

(1) Il n'y a d'exception h ces règles générales que pour les enfants très-jeiines qui, dans les premières semaines de leur existence, succombent davantage peudant les mois froids que pendant les mois chauds. Voy. Lombard, loc. cil., t. I, p. 526, et Bertillon, Art. Moutalité, p. 766.

(2) Hippocrate, ti-ad. Littré, Œuvres, t. IV, sect. III, apli. 18.

ÉVOLUTION ANNUELLE DES ÉPIDÉMIES. 433 Nos recherches sont confirmées par les travaux spéciaux de deux éminenls statisticiens : 4° par ceux de Berlillon qui établit la prédominance estivale des décès des enfants, la prédominance hivernale de ceux des vieillards (1); 2° par ceux de Lombard qui démo^re par des faits nombreux, empruntés à tous les peuples de l'Europe' que les dangers de la saison froide atteignent leur maximum chez les vieillards et s'élèvent en proportion croissante avec l'â^e de ces derniers, tandis que la chaleur exerce une influence désastreuse chez les jeunes enfants (2).

B. Race et nationalité. — Les conditions de race et de nationalité jouent un rôle considérable dans le degré de l'impression, produite sur 1 organisme, par la succession des saisons. Les individus étrangers à un pays, diffèrent de la population autochthone par leur extrême sensibilité aux influences de la saison qui, en ce pays s éloigne le plus des conditions thermiques de leur lieu d'origine' Les méridionaux sont^surtout atteints, en nos climats, des maladies de 1 hiver ; de môme que les Européens, dans les pays chauds sont d cimés surtout pendant l'été. De là. manque fréquent de parallélisme entre la mortalité saisonnière des étrangers et des indigènes, °

A Rome, la mortalité de la population civile est souvent à son maximum au mois de janvier; alors que, pour les étrangers venus ma! H ff? "^'"'"^""^ appartient aux mois d'août et de septembre, lis^nldl " d-g-'-se pour

les soldats français, est la période estivo-automnale! tandis que attlt f.M ''T (Musulmans, Nègres, Israélites) la mortalité atteint fatalement son maximum en hiver (3)..I1 en est de même

chauds de 1 année, ceux qui moissonnent les nouveaux venus et

vents du Nord (surnommés vents de mort), est la plus redoulahlp I pour la population autochthone. ^ redoutable

I nièL^nou? l'anT''.' '^^'^'^^^ impressions saison-

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iL , ""^S'^"' intertropicales, et dont la nonula-

on mixte est composée d'indigènes e d'étiingeiT D'wès le tableau de la page 4i7, on voit qu'à Calcutta, comm^ à Bomba;, le

(1) Bertillon, Art. Mortalité, p. 7G8

W Martin et Foley. Siatz^-Hque de la colonisalion algérienne, Paris 1851 LEON Colin. Malau. épidém.

maximum de la mortalité correspond aux trimestres où règne la mousson du nord-est (1" trimestre à Bombay, 4" à Calcutta). On pourrait conclure de ces chiffres que l'époque la plus dangereuse, pour les arrivages des Européens dans ces villes, correspond à la période hivernale. La vérité se trouve, cependant, dans la conclusion inverse : en eifet, ce sont les indigènes qui, en ces climats chauds, sont spécialement décimés pendant cette saison. D'après Boudin, les 121,838 décès survenus de 1831 à 1842, dans la population indigène de Calcutta, sont ainsi répartis :

Janviev 10,979 I Mai 9,906

Février 10,382 1 Juin 6,530

Mars 11,291

Avril 14,S90

Juillet 7,GS7

Août 8,4C9

Septembre... 8,876

Octobre 9,920

Novembre. . 12,4'26

Décembre... 11,999

C'est au contraire, pendant la saison opposée, spécialement au mois dé juin, que dominent les maladies parmi les Européens ; d'après les observations recueillies pendant douze ans par Mac Clellan et reproduites par Pauly, les soldats anglais, en garnison à Calcutta, donnent, en moyenne, 87 entrées à l'hôpital en janvier, sur 1,000 hommes d'effectif, et 124 en juin (1).

C Santé et maladies antérieures. — Cette influence est, jusqua un certain point, connexe avec la précédente ; en effet, la plupart des habitants des pays chauds ne doivent pas seulement a leurs conditions de race cette sensibilité excessive à l'abaissement si peu considérable de température pendant la saison fraîche. Ils la doivent à leur atteinte antérieure par les fièvres intermittentes, à 1 anémie qui en résulte, et qui les prédispose aux accidents redoutables que nous avons décrits comme constituant les principaux dangers de cette anémie, aux pneumonies et aux dysenteries se-

condaires (2). , ,^ i„r.^r.c

C'est pourquoi les Européens eux-mêmes, après quelque temps de résidence dans les climats chauds et palustres, contractent la même sensibilité à l'action du froid, et finissent par offrir, comme les indigènes, un chiffre plus élevé de maladies et de décès pendant

^'\7en est à peu près de même des autres cachexies qui rendent en général, l'homme plus accessible aux influences morbiflqnes des saisons les plus froides : cachexie dysentérique, scorbutique,

n) Pauly, Clmats et endémies.

% Léon colin, TraUé des fièvres tntermUte^Ues, p. 503.

ÉVOLUTION ANNUELLE DES ÉPIDÉMIES. 43j; affaiblissement par des affections chroniques de diverse nature D. Profession et -habitat. — La fréquence des maladies saisonnières dans l'armée prouve rinHuence de la profession, influence à côlé de laquelle vient se placer celle de l'habitat ; Lombard et Bertillon ont établi sur des faits nombreux, la différence de l'action morbifique des saisons pour les habitants des villes et pour ceux des campagnes. Ils ont démontré notamment que la prédominance estivale des décès de l'enfance atteignait son chiffre le plus élevé dans les villes, tandis que l'excès de morlalilé par le froid existe à son maximum dans les populations rurales.

3" Simultanéité des maladies saisonnières. — Par le fait de l'étendue de la cause, l'expansion épidémique est non-seulement trèsgénérale, mais simultanée sur l'ensemble d'une ville ou d'un pays. On ne verra pas successivement atteints les habitants des divers quartiers, des diverses casernes d'une même ville, des divers cen- • très de population d'un même département (Voy. p. 397).

Si parfois, cependant, on constate le caractère successif des atteintes de deux localités fort éloignées l'une de l'autre, comme Pans et Saint-Pétersbourg, ou de deux pays, comme la France et la Russie, l'intervalle entre ces atteintes sera trop court pour être en nen comparable à celui que l'on constaterait s'il y avait eu propagation parles communications humaines ; il répondrait bien plus par sa brièveté, à l'intervalle qui sépare les apparitions, en deux pays éloignés, des mêmes phénomènes météoriques ; il est donc très-rationnel de voir, dans cette similitude de l'expansion épidémique et de la propagation des modifications atmosphériques quelque chose de plus qu'une analogie, d'y voir une relation dé cause à effet.

A" Périodicité. - Un autre attribut de ces épidémies, c'est la constance de leur retour annuel aux mômes époques, le degré seul' de leur expansion et de leur gravité pouvant varier d'une année à 1 autre, suivant les différences plus ou moins apparentes des saisons pendant lesquelles elles se développent.

5" Durée. — Mentionnons enfin, comme caractère des épidémies saisonnières, la Hmitation de leur durée ; plus transitoires que la plupart des maladies épidémiques, ces affections s'atténuent et disparaissent par le même motif qui les a fait apparaître, par le Mf aes modifications du milieu où elles se sont constituées : chaque' saison nouvelle devient le signal d'un changement d'état sani-^ aiœ, et supprime progressivement la raison d'être des maladies^ engendrées par la saison précédente. Hippocrate a dit : «Ceux-

qui ont une maladie en rapport avec la saison courent moins de danger que les autres » ; et cette bénignité du pronostic est surtout le fait des limites imposées à la durée de la cause morbide.

Ce type transitoire des maladies saisonnières est marqué spécialement dans les climats tempérés, où nous voyons, tous les ans, la disparition absolue, pendant une série de mois, des affections qui ont dominé auparavant, et domineront encore au retour des conditions météorologiques qui les ont enfantées ; dans les hôpitaux militaires de nos grandes villes de garnison, on constatera l'absence de dysenterie du mois d'octobre au mois de juillet suivant, de bronchite du mois de mai au mois d'octobre, alors que ces deux affections auront, chacune à son époque de prédilection, frappé un grand nombre d'individus.

6° Conclusions sur la valeur de ces caractères épidémiques. — Ces différents caractères s'appliquent d'une manière complète aux affections dont le rapport étiologique avec les météores est absolu, mais ils ne s'appliquent qu'à elles. Si une épidémie n'offre point les conditions précédentes, soit de généralisation, soit de régularité périodique, soit de durée limitée, on sera en droit de soupçonner qu'il existe, en son étiologie, quelque chose de plus complexe que les influences saisonnières (Voy. p. 418); nous le rappellerons à propos de diverses maladies réputées généralement d'origine purement catarrhale et données même comme types de maladies saisonnières, la pneumonie en particulier et parfois la dysenterie.

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