DES ÉPIZOOTIES
L'animal pourra être victime des influences atmosphériques brusques (insolation, mal de montagnes, asphyxie par le froid) ou graduelles (maladies saisonnières) qui agiront dans le même sens sur l'homme; il subira les conséquences des pénuries alimentaires générales, et sa mortalité, comme la mortalité humaine, augmentera pendant les famines.
Quant aux maladies parasitaires, on peut dire qu'il en est peu qui soient aussi fréquemment le point de départ d'épidémies et d'épizoolies simultanées. Communes à la fois chez l'homme et chez l'animal dans tous les pays pauvres où la pénurie alimentaire favorise le développement des helminthes, elles le deviennent surtout quand elles ont comme point de départ un parasite à génération alternante, pour le développement duquel il y a solidarité entre l'homme et les animaux (Voy. p. 183-'184).-
Les rapports sont loin d'être aussi précis entre les conditions génératrices des autres maladies épidémiques et épizooliques.
§ II. — INFLUENCE DE CEnTAINES ÉPIZOOTIES SUR LES ÉPIDÉMIES.
Les épizooties qui s'attaquent aux animaux domestiques ont une double influence sur la production des maladies humaines de famine et sur les maladies connexes, comme le typhus : d'une part elles privent l'homme d'une quantité considérable de matériaux azotés, d'autre part elles entravent les travaux agricoles, et entraînent secondairement l'épuisement des ressources végétales. On ne comprend donc que trop la raison de coexistence des épizooties et des épidémies. Mais le danger de l'épizootie pour l'ensemble d'une population est alors surtout le résultat des privations qu'elle lui impose; comme nous l'avons établi (p. 147-149), il ne tient pas à la transmission à l'homme des maladies spécifiques des animaux. Devant la morve même et le charbon, il n'y a que des dangers individuels résultant d'inoculations accidentelles, plus communes en certaines professsions (équainsseur, mégissier, berger, boucher); mz-is la masse de la population est préservée, vu l'innocuité de l'ingestion de ces viandes. La peste bovine, elle, ne se transmet môme pas par inoculation à l'homme, et Vicq-d'Azyr constatait dès 1775 la bonne santé exceptionnelle des paysans, se nourrissant des débris d'animaux morts de cette peste, et mangeant alors plus de viande que d'habitude.
L'histoire des épizooties de cette afl"ection nous fournit quantité de preuves à l'appui de notre opinion : « On ne trouveiait
plus maintenant un seul homme compétent qui pût contester l'innocuité complète de la viande provenant d'animaux typhiques. Les contestations ou les doutes ne s'appuient que sur des généralités hypothétiques relatives à la prétendue communication des maladies virulentes par les voies digestives. De telles affirmations dogmatiques, produites en des matières si graves, attestent seulement la légèreté prétentieuse de leurs auteurs (1). »
Même innocuité pour l'homme de la viande des animaux morts de péripneumonie contagieuse. En une période de dix-neuf ans, d'après Loizet (2), la seule ville de Lille a consommé la chair de plus de 1,800 vaches malades, et l'état sanitaire de la population n'a pas éprouvé la plus légère atteinte ; innocuité dont le témoignage suivant est d'ailleurs encore la meilleure preuve : « Des expériences que nous avons faites à Alfort, en 1868 et 1869, tendraient à prouver que la virulence péripneumonique n'est pas capable de se communiquer, même aux animaux d'espèce bovine, par les voies digestives. Des portions de poumon malade et plusieurs litres de sérosité ont été ingérés sans qu'il en soit rien résulté (3). »