‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 129 sur 195 · I. — GRIPPE OU INFLUENZA · texte numérisé non relu

I. — GRIPPE OU INFLUENZA

L'étude de la grippe est d'un haut intérêt en épidémiologie ; c'est ici qu'on a le plus souvent invoqué l'intervention du fadeur inorbifique obscur entre tous : le génie épidémique.

1° Historique. — Cet historique semble démontrer l'origine relativement moderne de la grippe ; née en 1239, elle aurait depuis cette époque apparu en épidémies de plus en plus fréquentes (1).

(1) Voici, d'après Fuster, la répartition séculaire de toutes ces épidémies connues sous les noms d'inflnenzn, follelte, catarrhe épidémique, etc.: 1 au xiii' siècle (en 1239) 12 au xvn« siècle.

6 au xiV — 28 au xvin' —

7 au xv= — 21 au xix* — (jusqu'en 1860). n au XVI* —

ÉPIDÉMIES d'origine MÉTÉORIQUE. 493 En outre ces épidémies auraient pris successivement plus de tendance à la pandémicilé universelle; au dix-huitième et au dixneuvième siècle, la maladie a franchi le plus souvent l'Atlantique et l'équateur, se généralisant aux deux hémisphères, dans l'ancien comme dans le nouveau monde.

Nous pensons qu'on ne peut accepter qu'avec réserve l'opinion de la naissance moderne de la grippe : c'était une maladie trop bénigne, au milieu des fléaux du moyen âge, pour émouvoir l'attention des chroniqueurs, et même de ceux qu'elle atteignait : on ne savait guère alors ce qui se passait d'un pays à un autre, et la filière épidémique ne pouvait être reconstituée. Quant à la pandémicilé croissante de la grippe, les relations des faits observés en 1510, 1557, 1580 prouvent qu'alors déjà tout le monde connu fut attemt; l'expansion plus grande des épidémies du dix-huitième et du dix-neuvième siècle n'est qu'apparente, due surtout à l'élan donné par l'imprimerie à la notoriété de semblables faits

Un fait frappant dans l'historique de la grippe, c'est la cessation apparente, depuis une vingtaine d'années, des grands mouvements d expansion générale de cette affection. Nous ne la voyons plus traverser le monde, comme sous l'influence d'une cause universelle mais transitoire; on dirait que ses évolutions épidémiques actuelles se fragmentent; peu d'années se passent sans qu'on invoque sa présence en tel ou tel pays, en telle ou telle ville. Mais entre ces faits ocaux nous ne constatons plus les chaînons intermédiaires qui jadis les réunissaient en un fait unique et universel

2- Berceau et direction. - Dans la pensée qJe la grippe était une aUection analogue aux grandes épidémies accidentelles, on a cherché à préci^ser et le berceau de ses explosions, et la direction suivie par la maladie.

Ce qui ressort de plus net de ces études, c'est que la grippe globMir ""'""^ dans les régions septentrionales 'du

Leur direction géographique n'a rien de constant. Jh. Frank avance, sans preuves, que toutes ces épidémies, à l'exclusion de

p/iq:e?o'.to??ef é^" d/it"'' ""'"^ ^"'^ ^'^'^'^^ septentrionales,

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celle de 1580, ont cheminé du nord au midi ; Gluges, qu'elles onl marché de l'ouest à l'est jusqu'au seizième siècle, et de Test à l'ouest depuis io93. Les faits observés, dit Fuster, du plus loin qu'il est possible de les reprendre, démontrent, contre ces systèmes, l'extrême irrégularité de leurs mouvements (1).

Même irrégularité pendant les siècles suivants. En France, les dernières épidémies d'influenza sont arrivées tantôt du nord-est, notamment de la Russie, tantôt du nord-ouest, et en particulier de l'Angleterre, tantôt enfm du nord, Belgique ou Danemark. Dans la situation géographique de la France, ce sera forcément d'une de ces trois directions que lui viendra une affection née dans les régions boréales.

N'en est-il pas qui, procédant par bonds, suppriment de leur parcours de vastes régions à travers lesquelles l'école avait tracé leur itinéraire?

3° Durée. — D'ailleurs il est nombre d'épidémies dans lesquelles la prétendue marche de l'affection se réduit à une période si courte qu'il y aura presque simultanéité d'apparition sur des surfaces considérables ou éloignées les unes des autres.

La grippe de 1837, en quinze jours, couvrait le nord de l'Europe; celle de 1847 frappait le môme jour Paris, Nancy, Londres. N'avaiton pas vu déjà, en 1580, la grippe apparaître, le même jour aussi, en Espagne et en Hollande ? La rapidité d'expansion des épidémies grippales nous donne la raison de leur peu de durée, lors même qu'elles sont pandémiques; dans les plus générales d'entre elles, on a vu toute l'Europe atteinte en moins de six semaines, toute la surface du globe parcourue en moins de six mois.

En général, chacune des explosions particulières qui constituent l'ensemble de l'épidémie est remarquable, elle aussi, parla soudaineté, la rapidité de son évolution. L'apparition de la grippe de 1557 en Espagne fut si brusque que la grande masse de la popu-

(1) Si la grippe de 1510 se dirigea, assure-t-on, de l'est à l'ouest, les autres épidémies de ce siècle ne s'en tinrent pas certainement à une seule direction. La maladie de 1557 se voyait en été, à Paris, à Nîmes et en Espagne; à la fin de septembre, en Angleterre et à Padoue; en octobre, à Alcmnër; et Raige-Delorme dit avec raison qu'on ne sait ni d'où elle est partie, ni quelle route elle a suivie. Eu 1580, la Hollande, le Portugal et l'Espagne subissaient la grippe lé 20 juin ; l'Allemagne, la France et l'Italie l'éprouvaient aux mois d'août ou de septembre; la basse Saxe et les rives de la mer Baltique ne l'essuyèrent qu'en hiver. Cette épidémie, dit Mézeray, avait frappé premièrement les contrées de l'Orient et du Midi, puis était passée dans le septentrion, et, de là, elle vint régner presque par toute la France, ayant couru la moitié de la terre.

lalion du royaume la subit presque le môme jour. Dans les clrconslances ordinaires, quand une ville est frappée, le nombre des atteintes est immédiatement considérable, et il croît si rapidement (ju'en moins de quinze jours la maladie a atteint son apogée. Le plus souvent au bout d'un mois l'épidémie locale est terminée; exceptionnellement la durée de l'afTection sera prolongée par des temps d'arrêt, suivis de périodes de recrudescence: c'est ainsi que l'épidémie de grippe de 1837, à Paris seulement, a pu persister dix mois, maximum de durée de ces épidémies.

4° Morbidité. — La densité des cas dans la plupart des localités atteintes est un des faits qui ont été le plus soigneusement notés par la plupart des chroniqueurs.

«L'extension delà grippe, dansses diverses stations, est constamment immense ; ses tributaires se comptent par milliers, et comprennent souvent la presque totalité des habitants (1). »

En nombre d'épidémies, notamment en 1557, 1580, on a vu toute la population subir la maladie sans exception de sexe, d'â-e ni de condition; aussi avons-nous cité la grippe comme type "dé l'expansion et de la densité des épidémies (Voy. p. 370).

50 Mortalité. — La bénignité habituelle de la grippe à notre époque se retrouve dans la plupart de ses anciennes épidémies Telle par exemple l'épidémie de 1580, qui ne tuait pas un malade sur mille atteints. N'en est-il pas ainsi de nos observations actuelles et parmi les affections modernes, ne représente-t-elle pas, en dépit souvent de certaines apparences dangereuses, une affection dont le nom éveille surtout la pensée d'un pronostic favorable ?

De nombreuses observations prouvent néanmoins la funeste inûuence des épidémies de grippe. Tout d'abord une maladie si commune pourra peser sur la mortalité générale bien plus qu'uneaffec- 1 lion grave mais limitée (Voy. 380;. En 1837, la grippe a tué plus : de monde en France et en Angleterre que le choléra de 1832- en 1847 elle a causé à Nancy une mortalité exceptionnelle Quoique l'on ait dit que la gravité ou la bénignité des épidémies I de grippe étaient complètement fortuites, aussi impossibles à analyser que les causes mêmes du mal, ces conditions dépendent de circonstances en général appréciables. Tantôt cette gravité dépend de la coexistence d'autres maladies d'une nature essentiellement maligne : peste, typhus, diphthérie, catarrhe suffocant (2). (1) Fuster, loc. cit., p. 559.

• annnnï"'.?^!.''^'"'' ^'^'"^^ "^'^P'^^ Feruel ; les parotides

■ annonçaient habuuellement la terminaison fatale.

Tantôt, elle dépend de conditions individuelles, qui nous exl)liquent la mortalité considérable non-seulement des vieillards, des phthisiques, des individus atteints d'une affection du cœur (1), mais encore de ceux qui ont été affaiblis par n'importe quelle cachexie et au premier rang par la cachexie palustre; c'est pour celte raison que les épidémies de grippe sont si fatales aux habitants des pays à fièvres ; que ce soit à Modène, comme l'a vu Ramazzini ; que ce soit à Rome, oti plus de deux mille personnes succombèrent en 1580, et où le mal fut aussi très-grave en 1709, comme en témoigne Lancisi ; au Mexique enfm où la gravité de cette affection est devenue légendaire. La mort survient alors par pneumonie secondaire (Voy. p. 214).

Dans l'épidémie de 1557, observée à AlcmaSr par Forestus (a), il y eut plus de deux cents décès en trois semaines. « Les malades à fièvre continue se tiraient difficilement d'affaire ; ils arrivaient à peine au neuvième jour, sans jamais dépasser le quatorzième; la prolongation de la fièvre jusqu'au dix-septième en garantissait l'iieareuse issue. » On serait presque tenté d'affirmer qu'il s'agissait là de typlnis.

Dans nombre de localités, en Angleterre, en Allemagne, en Provence, à Paris, à Nîmes, mais surtout en Espagne, cette épidémie de 1557 semble avoir été un véritable catarrhe suffocant.

La grippe de 17 30 fut très-grave aussi h Padoue, mais on observait fréquemment, d'après Morgagni, une éruption pourprée; il y avait donc là du typhus.

L'épidémie de 1743 coïncida en France et à Paris avec la première apparition en France de l'angine couenneuse; c'est cette même épidémie qu'observait, en Angleterre, Huxham, l'auteur d'une des plus remarquables relations sur les maux de gorge gangréneux; ce fait nous rappelle l'épidémie de 1837 (voir ci-dessous), où Nonat démontra la fréquence des exsudations pseudo-membraneuses dans les voies respiratoires, et celle de 1860, où Max. Legrand constata les mêmes lésions.

D'après la relation de Récamier, la grippe de 1803 s'unissait étroitement à la fièvre typhoïde, et en présentait les lésions intestinales.

En 1837, beaucoup de grippés succombent au catarrhe suffocant, ou b. la diphthérie, non-seulement à Paris, où cette épidémie fut si grave, mais à Berlin où la mortalité habituelle de janvier en fut doublée.

(1) Dans l'épidémie de 1387, observée par Valesco de Tarenle, presque tous les vieillards succombèrent.

La mortalité, en 1580, porta principalement sur les vieillards, les valétudinaires, les infirmes, les malades porteurs de lésions viscérales chroniques.

L'épidémie de 1732-33 ne fut fatale qu'aux malheureux, aux vieillards, aux enfants en bas âge, aux phthisiques et à ceux qui avaient été affaiblis par des maladies antérieures. Celle de 1743 tua grand nombre de vieillards à Paris, notamment aux Invalides (Fuster, loc. cit.).

Nous citons ces quatre épidémies au hasard. Dans presque toutes les autres relations, on voit signaler des circonstances analogues.

(a) Fuster, loc, cit., p. 341.

ÉPIDÉMIES d'origine MÉTÉORIQUE.

Tantôt enfin interviennent les conditions de climat, conditions qui rendent l'affection d'autant plus grave, que ce climat est plus septentrional ; voilà pourquoi à Londres la grippe a été fréquem ment funeste, comme on le vit dans la grande épidémie universelle de 1729-1730, dans celle de 1743. qui tuait mille personnes par semame, et en ce siècle, en 1837; ici cette gravité semble correspondre exactement à celle des simples catarrhes saisonniers oui jouent dans la mortalité de Londres un rôle inconnu dans les capitaies de 1 Europe centrale et méridionale.

Étiologie. ~ Rôle spécial des influences atmosphériques. — Dire que 1 évolution de la grippe, comme sa formation et son expansion el ve exclusivement de la cause même de l'épidémie, et se pour! suit à 1 instigation de celte cause, en dehors et au delà de l'action du temps, des saisons et des climats (1), c'est rejeter toute explica ion et s en rapporter au dogme occulte du génfeépidémique

Un facteur peut être éliminé de suite, en raison même du mode de propagation de l'affection : c'est la contagion. La rapidité d'ex Plosion du ma,, rapidité qui n'est égalée, m'ême de no ol p ; celle d aucun moyen de communication, parfois la simultanéUé d atteinte de régions très-vastes et très-éloignées, en fournissent une première preuve. La maladie marche aussi rapidement dans les pav peu habités, comme les régions circompolaires d'où elle provient que dans ceux où la population est le plus dense ; elle n'a pa be soin de navire pour franchir l'Océan. « n a pas he-

Les atteintes des bâtiments en mer ou pn rarla ca«c

tien V 1,

d emblée sur des escadres entières, comme à bord des AoUps In glaise et belge pendant l'épidémie de 1780 prouven iC.,

ance de la grippe des influences telluriques l'x u ['^IZ on a voulu la rattacher, doctrine contre laquelle nlaidaif ^nrr :|.ent sa généralisation à toutes les conti Js dÎgf be ^ dJ ^ la diversité des conditions de leur sol (2) ^

:tions d Lmpé?a Je Vt 1^^^ des condi-

principales recherches i tes à des ouercnes laites à cet égard ; nous reconnaissons que

(1) Fustep, p. 6G7.

(2) Voy. p. i/i4.

LÉON Colin, mal. épidém.

l'ozone incriminé, il y a une vingtaine d'années, n'a donné jusqu'à

ce jour que des résultats incertains ou contradictoires.

Des objections plus directes ont été adressées à la genèse météorique de la grippe.

Il est un fait qui a contribué spécialement à mettre en doute cette genèse ; c'est précisément que la plupart des épidémies de grippe sont attribuées, par des auteurs très-recommandables, à des qualités atmosphériques différentes ou opposées (1). Par conséquent, tous les étals sensibles de l'air auraient eu le pouvoir de les engendrer, d'où l'on a conclu qu'aucun de ces états ne possède la vertu qu'on lui a prêtée. Celte incapacité parait plus frappante dans chaque épidémie en particulier. Chacune d'elles passe, on le sait, en poursuivant sa carrière, par toutes les variations atmosphériques imaginables (2).

Rattacher le mal à des influences si changeantes, c est supposer à des effets communs des causes disparates et fort souvent contradictoires. « Une telle origine, dit Faster, est d'ailleurs en opposition formelle avec leur propagation sous divers climats, dans toutes les saisons, à travers toutes les intempéries, à toutes les hauteurs habitées malgré les meilleures garanties contre les impressions extérieures. .. La grippe pénètre dans les appartements les mieux clos, aUeint es personnes relativement les mieux protégées contre l'atmosphère ; dans l'armée, par exemple, elle est aussi commune chez l'nffipier aue chez le soldat. .

Ces diverses considérations ont entraîné la négation de toute influence atmosphérique. Et cependant nous ne voyons, co«^^« nalhogénique autour de l'homme, que l'atmosphère dont les in- Suences soient assez générales et assez mobiles pour correspondre aux allures des épidémies de grippe (3).

T Rapports de la grippe et des catarrhes de la sa^son froide.-^ Il y a Lnd intérêt, pour démontrer notre thèse, à faire ce i^pprochemeX Pour be;ucoup, la grippe ne serait ni une bronchite, m un „ . -AA M8■^^^ aura été la conséquence de froids excessifs; telle

;r cor (..6.) . été conséquence de Calenr, e.ccp-

(1702), mieux eui-u , brusque élévation de température.

''''''''^r'r:^^^^^^^^ ,,„,g,,,es le l-janvier .782,

(2) Le froid f^'^j^^;;' ^'cù 37» centigrades en plus; quarante mille froid tombant ce jour'là. En revanche, «n ornge sur- '""T^l^^CS^^^^^^^^^' - - refroidissement consccuUf TltlÏÏIe ia d«n de la grippe dans la capitale.

(3) Voy. p. 374.

ÉPIDÉMIES D'ORIGINE MÉTÉORIQUE. 499 catarrhe, mais une affection essentiellement éptdémique, caractérisée par des symptômes généraux dont le système nerveux est le siège principal, et accessoirement par des localisations morbides sur différentes muqueuses, spécialement sur celles des fosses nasales, des voies respiratoires et du tube digestif. C'est à tel point qu'on l'a éloignée de la famille nosologique du catarrhe pour la rapprocher des types morbides les plus hétérogènes: choléra, typhus, fièvres intermittentes, etc. (1).

Pour nous, au contraire, entre la grippe et le catarrhe vulgaire existe une série imposante d'affinités.

A. Affinités géographiques. — Plus on remonte vers le Nord, plus deviennent simultanément communes ces deux affections.

Dans les régions polaires, la grippe fait même partie du faisceau des catarrhes saisonniers. Les épidémies d'influenza arctica, revenant à peu près chaque année dans l'Amérique du Nord, au Groenland, au Canada, en Norwége, en Islande (2), démontrent que là où Imfluence hivernale est intense, la grippe se confond naturellement, pour amsi dire, avec les catarrhes de la saison froide.

Dans nos climats tempérés même, en certaines localités, spécialement humides et froides, on voit apparaître, indépendamment des épidémies de grippe, des constitutions catarrhales où les symptômes prennent un caractère d'intensité comparable à celui de cette dernière affection ; d'où ces maladies décrites sous le nom de faèvres catarrhales, et observées notamment par Maillot, à Lille

N'est-ce pas dans ses épidémies d'hiver que la grippe dure le plus ongtemps dans les divers pays qu'elle parcourt? Ses symptômes thoraciques ne prennent-ils pas, en cette saison, des caractères spéciaux de gravité, absolument comme les catarrhes vulgaires?

B. Affinités éliologigues. - Nous avons établi plus haut (3) que le mode d action des météores était loin d'être toujours aussi simple, aussi univoque qu'on l'admet dans la production des catarrhes saisonniers.

Nous reconnaissons, avec Fuster, que, dans la majorité des cas,

oriLht'VtXs S ''''' ^^^«^ 1- -'-rhes

I s f me 1 res î '^^'"''"^•^^ ' HoUand lui a trouvé des analogies avec

m lé™ sieS ux fif i"t«^-'ttente; d'autres l'ont assi-

«^^■7res bilieurr ^'"P'"''' «'^ '^'PP'-ocl.ée du choléra épidémique, des

n<.vres biheuse muqueuse, nerveuse, typhoïde. (Faster, loc. cil.)

^ isL! cirei.hrgutîs;.:'" ^^'^^ "^'^-'^

(3) Voy. p. 55 à 67.

aOO ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES EN PARTICULIER,

ces catarrhes, quand ils atteignent beaucoup de monde, ont leur source très-connue dans des vicissitudes exceptionnelles des qualités sensibles de l'air ambiant; que les catarrhes sporadiques, bornés à des sujets isolés, s'expliquent encore le plus souvent par l'exposition aux brusques mutations de l'atmosphère, et, en leur absence, par les dispositions natives accidentelles des malades. Mais ces affections saisonnières sont loin de suivre les oscillations de la température et de l'humidité atmosphérique d'une manière absolument constante, et maintes fois on les a attribuées aux modifications opposées de l'état thermique et hygrométrique de l'air (1).

Nous ne pouvons donc accepter comme raison de la profonde différence qu'on a voulu établir entre les maladies de la saison froide et la grippe, le mystère impénétrable qui voilerait l'étiologie de celte dernière affection. Des deux côtés le mystère existe encore; il n'y a, suivant nous, en leur étiologie respective, qu'une question d'amplitude plus ou moins considérable de la cause recélée dans le milieu ambiant.

C. Affinités épidémiques. — Si la grippe est, à la surface du globe, la plus pandémiqae de toutes les maladies, les catarrhes saisonniers, sur un théâtre plus restreint, en un pays, en une ville, représentent également le type des affections les plus populaires, les plus communes, les plus indépendantes, en leur durée, du chiffre et de l'uniformité des agglomérations ; nous en avons donné les preuves (2) .

D. Affinités cliniques. — Nous ne parlons pas ici, bien entendu, des épidémies complexes des siècles passés, où il s'agissait parfois autant de typhus, de peste, que de grippe (p. 493, note 2). Nous nous en tenons aux épidémies actuelles.

Les observateurs modernes, notamment Landouzy, Yigla, Raige- Delorme (3), ont été plus spécialement frappés de la grave épidémie de 1837 ; ils y ont vu le type d'une affection essentiellement différente du catarrhe banal par la prédominance des symptômes généraux, et spécialement des symptômes nerveux.

Et cependant, des formes si intenses revêtues par la agrippe en 1837, nous pourrions rapprocher, chaque année, un nombre plus ou m'oins considérable d'affections catarrhales. indépendantes de toute épidémie générale, survenant par le fait du retour des con-

(1) Voy. p. 57

(2) Voy. p. 397 et 431.

(3) Raige-Delorme, art. Ghippe, in Dict. de med., t. XIV, p. 305.

ÉPIDÉMIES D'ORIGINE MÉTÉORIQUE. 20, slitutions de la saison froide, et dans lesquelles les symptômes nerveux : douleurs musculaires, névralgies intermittentes, anxiété précordiale, faciès cholérique, prostration extrême, prédominent de beaucoup sur les signes d'irritation des muqueuses.

Les catarrhes saisonniers peuvent être constitués, comme IVnfluenza, par un ensemble de symptômes graves en apparence, auquel nous donnons souvent le nom de fièvre catarrhale. Combien' de fois ne nous est-il pas arrivé, devant une de ces affections, d'hésiter à porter le diagnostic : fièvre typhoïde, preuve nouvelle que ces maladies si banales revêtent souvent une physionomie identique à celle des grippes les plus graves I

11 y a de même des constitutions hivernales et printanières dans lesquelles la tendance aux pneumonies est aussi considérable que dans les épidémies d'influenza; par le type rémittent de la fièvre, par la profonde adynamie, par la fugacité des phénomènes locaux' souffle et râle crépitant, ces pneumonies correspondent aux pneumonies grippales. Qu'on se rappelle d'ailleurs que l'épidémie de grippe de 1837, dont la gravité a fourni les éléments principaux de la distinction entre celte maladie et les bronchites saisonnières était compliquée de diphthérie et de catarrhe suffocant, complications qui parfois viennent aggraver, mais sur des théâtres plus restreints les affections Ihoraciques banales de la saison froide. '

8o Conclusions. - Aussi plus nous observons, moins* nous croyons à une différence nosologique absolue entre la grippe et le catarrhe saisonnier; plus nous les regardons comme identiques au fond dans leur nature et dans leurs symptômes. Nous pensons que vu cette double affinité pour des affections banales, la grippe ne doit pas continuer à représenter le type de la grande épidémie, de l'épidémie étrange, nouvelle. Elle ne peut continuer à flgurer auprès des maladies dont la léthalité extrême et l'étrangeté bien autrement grande repoussent une telle assimilation : peste noire, choléra, etc Elle constitue une des meilleures preuves que nous puissions invoquer à 1 appui de l'opinion émise plus haiît (p. 15) sur les variations du mode épidémique d'une même affection

npf "J''? l'épidémicité dans ce qu'elle a de plus

net, de plus détaché des affections banales, elle témoigne, au contraire, à notre sens, de l'aptitude de certaines maladies très-Tulgaires à prendre des allures épidémiques. 11 ne nous répugne nullement d'admettre que la raison qui ren-

dnnn P'"' ^1"^ épidémie, pourra

donner parfois plus d'intensité aux symptômes.

On a dit à tort que la grippe avait ce caractère de la grande épidémie d'ôlre toujours identique à elle-même, indépendante des maladies régnantes dans les pays qu'elle traverse; ce qui prouve combien la grippe s'associe aux ad'ections des localités qu'elle parcourt, c'est qu'au lieu d'avoir un pronostic uniforme dans toutes ces localités, ce pronostic varie tellement que, nulle en certains pays, la mortalité de la même épidémie a été comparée ailleurs à celle des affections les plus meurtrières.

Dans les épidémies de grippe, il faut donc savoir distinguer d'une part les incidents dus à la complication de cette affection avec toutes les conditions morbides qu'elle vient aggraver, et d'autre part les faits infiniment plus nombreux qui prouvent la nature essentiellement bénigne de la maladie quand elle reste simple, conservant alors son identité avec les maladies catarrhales vulgaires dont on a cru devoir la séparer.

§ II. AFFECTIONS DES MUQUEUSES ET DE DIVERS TISSUS DANS LES CLIMATS FROIDS.

Nous savons la part qui revient, dans les maladies des climats froids, aux affections des voies respiratoires (p. 438).

Les antres membranes muqueuses superficielles sont également atteintes par le froid, quelquefois d'une manière très-rapide, comme traumatique; les muqueuses du nez, des lèvres se gercent, se fendillent, soit cbez les hommes, soit chez les différents animaux, comme les chiens, les rennes, soumis aux courants d'air.

Les oçhlha.\m\es {ophthalmm des neiges) deviennent très-communes, sous plusieurs inûuences, dont Fonssagrives a bien indiqué le mécanisme : l'impression du vent froid, l'introduction de la neige entre les paupières, l'agglutination des cils par les larmes congelées suffisent à expliquer l'inflammation de la conjonctive ; la photophobie consécutive est augmentée par l'éclat de la neige, par celui des aurores boréales, par la longue durée des jours, et l'action des rayons solaires qui, toujours horizontaux, vu l'inclinaison constante du soleil, frappent les yeux directement; il en résulte parfois des lésions plus profondes, amblyopie, amaurose. A ces causes excitantes vient se joindre parfois l'action irritante de la fumée des cabanes et des huttes qui nous explique la fréquence et la chronicité de ces ophthalmies chez les indigènes (1).

m La plupart des Esquimaux ont les paupières rouges, boursounées, et, quand ils sortent de leurs demeures; s'avancent en se couvrant les yeux de leurs mams.

ÉPIDÉMIES d'origine MÉTÉORIQUE. 503

L'action morbifique du froid retentit enfin sur les autres tissus ; on sait combien l'abaissement de la température extérieure est contraire à la facile guérison des lésions traumatiques (1). Il en sera de même dans les alFecLions cutanées ; les dermatoses prendront, sous cette influence, un caractère de gravité tout particulier; et la gale, au lieu d'être purement vésiculeuse dans les pays du Nord, y devient pustuleuse, au point que son identité n'a été que récemment établie (p. 267).

§ in. — CONGÉLATIONS ET ASPHYXIES PAR LE FROID.

Si l'on considère la faculté de résistance de l'homme à des froids très-vifs, résistance prouvée par l'état de santé des populations des climats circompolaires, par l'immunité parfois absolue des équipages provenant de ces régions et qui, pendant des mois, quelquefois des années, ont supporté des températures variant de — 15° à — 50°, on conçoit difficilement la possibilité de véritables épidémies de congélation et d'asphyxie par le froid.

Pourtant ces épidémies ont lieu, et non-seulement dans les climats froids, mais surtout dans les climats tempérés, quelquefois même à leur limite méridionale, en Algérie par exemple. C'est le plus souvent en ces climats que des circonstances spéciales, et notamment les nécessités de la guerre, livreront, à l'action directe des météores, des masses assez considérables pour constituer l'épidémie, masses d'autant mieux prédisposées, qu'elles sont moins prémunies contre ces accidents par les conditions d'alimentation, de vêtement dont s'entourent les peuples du Nord. Aussi voyons-nous les épidémies décongélation apparaître, en noire continent, sur un vaste théâtre limité par les pentes de l'Atlas au sud, au nord par les montagnes de la Norwége.

Les congélations et asphyxies par le froid, observées dans les armées, ne sont que la répétition, sur un groupe d'individus, des accidents sporadiques survenant chaque hiver en tant de pays où, entravés par la rigueur de la température et par la neige, mal pourvus de vêtements, privés de nourriture, des malheureux succombent à l'action du froid secondée par celle de l'inanition. Malgré l'absence de tout caractère d'évolution épidémique régu-

(1) A. Hirsch, Handb. der Histor.-Geog. Path. — Jules Rochard, Influence des mats sur le traumalisme, in Bull, de l'Acad. de méd. , 1877.

lière et de durée (Voy. p. 395), les cas individuels sont, dans les armées, réunis entre eux par la communauté de la cause extérieure et par les conditions de misère également communes aux divers membres de l'agglomération ; et à ce double titre leur ensemble mérite le nom d'épidémie.

L'antiquité de ces faits est attestée par l'historien de la retraite des soldats d'Alexandre en Asie Mineure: a Les neiges leur enflammaient les yeux, dit Quinte-Curce ; le froid paralysait leurs mouvements ; s'ils tombaient, il leur était impossible de se relever. » Rappellerons-nous les légions romaines anéanties par le froid dans les campagnes des Gaules?

Plusieurs épidémies sont signalées dans les temps modernes (1).

En ce siècle enfin, J. D. Larrey nous a légué l'histoire lamentable de la retraite de Russie, oh le froid acheva ce que tant de misères avaient commencé. Quarante ans plus tard, en Crimée (1834- 1856), les congélations apparaissaient encore dans notre armée et frappaient mortellement des centaines de soldats, sans parler de tous ceux chez lesquels, se combinant à l'influence d'une alimentation insuffisante, aux miasmes de l'encombrement, elles contribuaient au développement de ces cachexies complexes inuomées qui causèrent tant de décès (Voy. p. 347). Ces accidents ont enfin joué un rôle considérable dans la mortalité des armées russe et turque, au moment du passage des Balkans (hiver 1877-1878).

A côté de ces faits capitaux, qui constituent le chapitre des grandes épidémies des congélations, apparaissent chaque hiver, sur des groupes moins considérables, sur une colonne expéditionnaire, sur un régiment, sur un détachement, des accidents identiques constituant, par comparaison, de petites épidémies (2).

(1) A. Paré a décrit la fréquence des congélations dans l'armée française au moment où elle repassait les Alpes; beaucoup succombèrent, et sur le montCenis on éleva un monument commémoratoire, la Chape/le des Transis.

Quelques années plustard (156S), Fabrice de Hilden voyait le même fléau frapper les armées allemandes au moment où, chassées de France, elles traversaient les montagnes de la Savoie ; il y eut beaucoup de morts subites et de gangrènes des extrémités.

Voltaire rapporte qu'en 1709, en une seule journée de marche en Ukraine, Charles XII perdit 2,000 hommes tués par le froid. Quelques années plus tard (1718-1719), 7,000 Suédois encore mouraient de froid sous les murs de Frederikshall, en Norwége.

Voyez aussi A. Laveran, Traité des maladies et épidémies des armées, p. 65 et suiv.

(2) Parmi ces faits, il en est un dont l'historique figure dans l'enseignement officiel du Val-de-Grâce, et qui mérite cette place comme exemple type des con-

ÉPIDÉMIES D'ORIGINE MÉTÉORIQUE. g^j.

Eliololjie. — La plus importante des conditions étiologiques est évidemment l'abaissement de température. Les capitaines qui ont accompli des expéditions au pôle nord, Ross par exemple re doutaient particulièrement l'état clair et brillant du ciel s! fa vorable à la déperdition de calorique par l'augmentation de la radiation; Larrey a noté, durant la retraite de Russie, que la mortalité par le froid atteignait son maximum durant les nuits passées au bivouac, sans abri contre l'air extérieur; alors les plus fréquemment atteints étaient les hommes dépourvus de couvertures et de manteaux, les fantassins.

Plusieurs circonstances, sans augmenter la dépression thermométrique, concourent d'une manière énergique au refroidissement de l organisme Ross, Parry insistent sur les dangers des courants d air ; on peut, dit Ross, se promener avec une température de - 41 par un temps calme ; tandis qu'à - 29», s'il fait quelque brise on est obhgé dese renfermer. Lui-même, en se p?omena„r uJ pris à 1 angle d'un vallon, d'un coup de vent qui lui congela la joue

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Bou-Thaîe? e°sî loin'dP f 7^'°"' ''"«'^''^ comme aide-major à la colonne do dents moÏels pa 1 f L";::^';," " '''' --P'--l. car en Algérie les acci- (1) Voir la note ci-dessur

chienne en 1849, des soldats sont morts de froid, alors que plusieurs de leurs camarades recouverts par une avalanche de neige furent retirés vivants (1).

Il est des circonstances dans lesquelles l'homme doit à la masse de ceux qui l'entourent une protection incontestable contre l'abaissement de la température extérieure. Les médecins militaires qui ont observé des épidémies de congélation et d'asphyxie par le froid durant la marche des armées, Larrey en particulier, ont remarqué que les victimes habituelles de ces accidents étaient les soldats placés en arrière ou sur les flancs de la colonne ; tandis que ceux qui marchaient au centre étaient relativement protégés par la muraille vivante qui les entourait et qui empêchait jusqu'à un certain point la déperdition de leur calorique. Ils étaient ainsi défendus contre le vent de la marche, contre ce frottement atmosphérique qui, même par les temps calmes, résulte de la progression, et enlève la couche d'air protectrice dont le corps est entouré.

Une autre condition de refroidissement de l'organisme, non accusée par le thermomètre, c'est l'humidité. L'épiderme, dans son état de sécheresse normale, est mauvais conducteur du caloririque et s'oppose, à un certain degré, à sa déperdition parla périphérie du corps. Cette déperdition augmente au contraire à la surface des parties imprégnées d'humidité. Chez les marins, les congélationssont relativement pluscommunes aux extrémités supérieures, vu le contact plus fréquent des mains avec des objets mouillés; chez les fantassins obligés de marcher dans la boue, quelquefois de s'y tenir immobiles pendant les services de garde et de faction, elles sont plus communes aux membres inférieurs. Il y a un danger tout spécial, en ce dernier cas, lorsque la boue est mélangée de neige. Non-seulement cet enduit demi-liquide est bon conducteur du calorique, mais la neige, pour sa fusion, en absorbe une quantité considérable aux dépens des corps voisins (2).

(1) Prévost rapporte qu'en 1596 des Hollandais, cherchant un passage vers la Chine dans la mer Glaciale, virent leur vaisseau brisé par la tempête; Us se firent une maison sous la neige, maison où ils vécurent six mois, alors que la température extérieure était si basse qu'ils ne pouvaient quitter cet abri sans que des vésicules de congélation se formassent immédiatement sur leurs oreilles et sur

^^^2^ La'pl'upart des congélations des extrémités inférieures sont survenues, en Crimée, chez les soldats employés aux travaux des tranchées, demeurant de Ioneues heures immobiles dans un mélange de neige et de boue; c est à ce mélange q"il l également attribuer le plus grand nombre des congélations durant I. retraite de Bou-Thaleb.

ÉPIDÉMIES D'ORIGINE MÉTÉORIQUE. 507 Une circonstance qui joue un grand rôle dans les accidents de congélation et même d'asphyxie par le froid, c'est le passage rapide d'une température basse à une température relativement élevée. Larrey rapporte que le lendemain de la bataille d'Eylau le thermomètre remonta brusquement de — 19° à + 6» ; grand nombre de soldats furent atteints de gangrène des extrémités. On voit d'ailleurs chaque jour ces accidents se manifester chez des individus trop brusquement rapprochés du feu ; c'est dans ces mêmes conditions que surviennent les morts les plus subites.

Les conditions individuelles ont une influence considérable. Il faut, pour résister aux froids des régions polaires, des constitutions énergiques, des organismes dont la puissance de digestion et d'assimilation soit comparable à celle des indigènes (1).

Si l'on songe à la sélection qui préside au choix des matelots, à la précaution qu'on a eue de se munir et de vivres et de vêtements, on comprendra la fréquente immunité des équipages qui ont séjourné plusieurs années dans la zone circompolaire, comme il advint à Kotzebue qui, en quatre ans, ne perdit pas un seul de ses vingt-sept compagnons à bord du Rurick ; dans ces régions, l'homme n'a rien à craindre du sol dont le froid atmosphérique empêche toute émanation morbifique ; pourvu qu'il soit bien nourri et bien vêtu, il résistera même à la rigueur des influences météorologiques (2). Les marins qui montent les bâtiments de Terre- Neuve, dit Lind, reviennent en Angleterre mieux portants et plus robustes que quand ils sont partis.

On comprendra en revanche aussi ce fait étrange de l'épidémicité des congélations dans des agglomérations humaines qui cependant n'ont point subi de ces refroidissements intenses auxquels sont exposées chaque jour les expéditions au pôle nord. Pendant la retraite de Russie, en 1813, le thermomètre s'est abaissé, mais une fois seulement à - 33»; si les congélations et les asphyxies par le froid furent communes, c'est que ces soldats revenaient privés de tout, presque nus, se serrant les uns contre les autres pour se proléger mutuellement contre les intempéries (Larrey, lo':. cit.). Pen-

(1) Ross était stupéfuit de la voi-acité des Esquimaux, de la quantité énorme d aliments consommés par les patineurs norwégiens pris parfois de défaillance dans les courts intervalles do leurs copieux repas. « N'emmenez jamais, dit-il, dans les mers du Nord que des gens d'appétit vigoureux. » Suivant Parry, Cook.

1 laut exclure tous les individus pâles, chétifs, mangeant peu ou digérant mal. a santé de leurs équipages a toujours été en rapport avec les approvisionnements.

(2) Voy. p. ïl8.

b08 ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES EN PARTICULIER.

dant la guerre de Crimée (1854-1856), la température n'était descendue qu'à — 7° à l'époque oh les accidents par le froid arrivaient à leur maximum de fréquence; mais le scorbut régnait, et créait une prédisposilion spéciale à tous ceux qui furent atteints ; à tel point que les relations nous démontrent la marche parallèle de ces deux influences, froid et scorbut, leur association dans la détermination des lésions observées, et la difficulté d'analyser le degré de leur rôle respectif (1). Nous voyons de même la congélation et le scorbut dominer le service chirurgical de l'hôpital militaire de Sétif pendant le premier semestre 1848 (2). A Bou-Thaleb enfin, le thermomètre descend à peine au-dessous de 0° ; mais la colonne expéditionnaire était composée d'hommes affaiblis par la cachexie palustre et la dysenterie; la neige, encombrant les chemins, avait empêché l'arrivée des voitures de ravitaillement, et les soldats avaient dû quitter le camp sans avoir fait de repas et sans vivres pour la route (3).

En somme, affaiblissement antérieur de l'organisme par la misère ou les maladies, privation actuelle de vivres et de moyens de protection, telles sont les principales circonstances qui favorisent l'action morbilique du froid, et nous expliquent pourquoi, dans un milieu comme une armée, la classe la plus aisée, et la mieux pourvue, celle des officiers, jouira souvent d'une immunité absolue.

L'activité physique confère des chances de résistance plus considérable ; il est indispensable de marcher; Larrey pensait que la fréquence spéciale des congélations chez les très-jeunes soldats tenait h ce qu'ils étaient plus enclins au sommeil. L'inaction des membres inférieurs explique la localisation des congélations aux pieds chez les cavaliers. Parfois la congélation des pieds a été activée par la compression due à des chaussures trop étroites (4).

Larrey a insisté sur l'immunité relative, pendant la retraite de Russie, des soldats français natifs des départements du Midi, immunité qu'il attribue « à l'inQuence bienfaisante de leur énergie

(1) Legouest, Des congélations observées à Constantinople pendant l'hiver de 1854-1855, in Rec. de Mém. de méd. mtl., 2' série, t. XVI, p. 275.

Le même. Traité de cliirurgie d'armée, p. G14 et suiv., 2« édition.

(2) Maupin, iVoie sur la congélation et le scorbut {Rec. de Mém. de méd. milit., 2« série, t. IV, p. 299).

(3) Voy. A. Laveran, loc. cit., p. 65 et suiv.

(4) Servier, art. Congiîutions, in Dicl. encycl. des se. méd. Pendant la guerre russo-turque (1877-1878), nombre de congélations furent en partie le résultat de l'étroilesse dos cliaussures fournies aux troupes (communication du Félix, de Bucharest).

morale, de cet esprit de ressource plus développé qui leur fait éviter les écueils où succombent les gens apathiques du Nord. » Les régiments composés de Hollandais ont en effet plus souffert durant cette retraite, que les régiments recrutés dans le raidi de la France Nous avons dit (p. 504, note d) les pertes causées par le froid aux armées suédoises en Ukraine, et devant Frédéricksall.

II ne faut pas s'exagérer la valeur de cette remarque et conclure à l'mnocuité relative du froid pour les individus de provenance méridionale, dont la sensibilité est parfois excessive dans des circonstances atmosphériques qui impressionnent à peine les hommes du Nord Les Archives de médecine navale (1867) rapportent qu'une l^-égate française la Guerrière, dont l'équipage avait été renforcé d un certam nombre de créoles, eut à lutter contre un gros temps entre les Antilles et les Etats-Unis, à une latitude en somme peu élevée. Les créoles engourdis par le froid, devinrent incapables de tout service. Chez beaucoup, la peau des pieds devenait lisse, tendue, ex rêmement sensible ; la marche était intolérable. Il se formait

tmbes uTcr —de-pied, à la partie antérieure des

jambes, ulcères qui entramaient des suppurations prolongées.

Nous n avons pas en ce livre à décrire l'évolution clinique des accidents soit locaux (congélations), soit généraux (asphyxi causés par le froid. Nous tenons seulement à extrair de no e cours les considérations suivantes, relatives encore à leurs carac tères étiologiques et épidémiologiques :

1" Au point de vue étiologique, l'influence locale du froid dans la pro uction des congélations, est considérée comme dangereu e surtout par la réaction consécutive ; et ceci en oppositio^à fa tion de la chaleur qui, dans les brûlures, entraîne immédiatement 1' r^^ thème , a vésiculation, l'eschare suivant son degré. Cepend nt aits démontrent que le résultat morbide de llppHcaUon locaL

IT H n '""'T " "^"'^"^^ P^^^-^ rapid'em nt que ce de a brûlure. Des vésicules se forment immédiatement aux lèv e placées au contact d'un gobelet de métal, aux oreilles exno^^^^^^^^ un courant d'air dans les climats polaires. L soustr o„^^^^^^^^^^^

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L'action direrfP Hn r a.^?' détermine une brûlure immédiate.

tanÊ ue a ^n^è^e hum ^^"^^^"^ linn Kn. ëdUcrene numide succédera plus souvent à l'élévation brusque de température des parties congelées. Umrae accidents généraux, l'action directe du froid entraînera

la mort progressive par alteinle du système nerveux, comme l'indiquent l'engourdissement, les convulsions, la somnolence, et à l'autopsie la coloration rosée du sang des cavités droites, dépendant sans doute de la parésie de tout le système musculaire, et de la suspension des combustions organiques (1); tandis que chez les personnes imprudemment approchées d'un foyer de chaleur, la mort surviendra plus rapide, presque subite, entraînée par le rapide afflux d'une quantité considérable de sang au cœur et aux poumons ; le tissu pulmonaire et les cavités droites sont alors remplis de sang noir. Bien qu'on ait donné à ces deux genres de mort le nom d'asphyxie par le froid, le mécanisme nous en paraît donc essentiellement différent (2).

2* Au point de vue épidémiologique, les accidents locaux ont une importance souvent plus considérable que ne l'indiquent les limites de la lésion. Ils se rapprochent encore des brûlures par la coexistence fréquente de l'inflammation des voies digestives, inflammation non-seulement catarrhale, mais entraînant parfois des lésions anatomiques profondes ; les conséquences en seront graves surtout chez les individus soumis simultanément à différentes conditions d'affaibUssement et de cachexie. La plupart des décès survenus en Grimée, chez les individus congelés, ont été la conséquence de diarrhées et de dysenteries consécutives.

Les congélations confluent également à des types morbides plus complexes ; Larrey a décrit sous le nom de fièvre méningite catarrhale de congélation (3) une affection qui s'est développée, durant la retraite en Russie, parallèlement à l'épidémie de congélations subie par l'armée. L'affinité de la méningite cérébro-spinale pour la sai-

(1) Voyez aussi Lacassagne, Précis de médecine judiciaire, p. 292.

(2) Nous ne pouvons accepter comme cause de la mort l'empoisonnement invoqué par Pouchet à la suite d'expériences sur des animaux, et qui serait dû à la pénétration dans la masse du sang des globules ronges désorganisés dans les points congelés du corps ; Pouchel a pu empêcher ou produire la mort à volonté, suivant qu'il interceptait ou non la résorption de ces corpuscules devenus, suivant lui, toxiques à la suite de leur altération par le froid. Il suffit de songer au nombre considérable d'individus survivants à des congélations des extrémités, et au nombre considérable également de ceux qui sont asphyxiés sans avoir subi de congélations locales, pour opposer îi cette doctrine deux arguments qui nous paraissent irréfutables, le premier prouvant que la communication de la masse sanguine avec une région congelée n'introduit dans l'organisme aucun élément toxique, le second que la mort survient chez des individus dont les hématies n'ont subi nulle part l'altération indiquée.

(3) Larrey, Mémoires et Campagnes, t. IV, p. 139 etsuiv.

ÉPIDÉMIES d'origine MÉTÉORIQUE.

son froide pourrait induire à rapprocher de cette dernière affection la maladie observée par Larrey, d'autant mieux qu'il constatait, dans les autopsies, une couche albumineuse à la surface des hémisphères ; nous pensons néanmoins, d'après les symptômes, qu'il s'agissait plutôt de typhus, opinion qui nous semble corroborée encore par les observations faites en Crimée, oh le typhus s'est développé chez un si grand nombre d'individus atteints de congélations. °

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