‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 151 sur 195 · TEMPS DE SERVICE · texte numérisé non relu

TEMPS DE SERVICE

Moins d'un an de service

De 1 à 3 ans

De 3 à 5 ans

De 5 à 7 ans

De 7 à 10 ans

De 10 h 14 ans

Plus de 14 ans de service

Effectif aunuel moyen .

NOMDnE

de décès 1864-65-66.

UojcDDe annaelle des décès.

pnopoBTiox pour 1000 hommes.

Ce tableau a une autre importance d'un intérêt plus général; il démontre que l'abaissement progressif du chiffre des décès par fièvre typhoïde s'accomplit parallèlement à l'atténuation graduelle de la mortalité générale de l'armée française de la première à la dixième année de service; et que, par conséquent, c'est a la fréquence de la fièvre typhoïde dans les premières années du service militaire, puis à sa diminution, qu'est due pour la plus grande part la décroissance annuelle de la mortalité à partir de l'incorporation. Preuve, entre tant d'autres, que c'est là, par excellence, la maladie d'acclimatement à la vie militaire.

C'est'encore cette affinité de la fièvre typhoïde pour les jeunes soldats qui nous explique l'immunité presque absolue de certains corps, dont la préservation n'est ue le résultat de l'ancienneté plus considérable des hommes sous les drapeaux. Ainsi en 1868 la garde impériale, bien que résidant îi Paris et dans d'autres grandes villes où sévissait l'affection, n'a fourni que 25 des 1,397 décès subis par l'ensemble de l'armée française dont cependant elle représentait environ la huitième partie.

MALADIES INFEGTIO-CONTAGIEUSES. 623 en effet, dans les corps de troupes aLlcinls de fièvre typhoïde après leur arrivée dans une grande ville, l'épidémie se restreint, habituellement aux soldats les plus jeunes, âgés de moins de vingt-trois ans; peut-on dire que leurs aînés soient protégés par le fait d'une atteinte antérieure, alors que cette épidémie est souvent la première qui se manifeste au régiment depuis leur incorporation ? Rapporter l'immunité ordinaire de certains corps de Paris, comme la garde républicaine, aux atteintes subies au début de leur carrière militaire par les soldats qui la composent, c'est exagérer la fréquence de la fièvre typhoïde dans l'armée et supposer qu'elle s'impose à tous les hommes appelés sous les drapeaux : supposition dont nous n'avons pas, Dieu merci, à démontrer l'inanité. 11 y a donc une prédisposition d'âge incontestable, qu'il ne faut pas cependant s'exagérer, car la fièvre typhoïde est loin d'être limitée strictement à une période de la vie (1).

Dans les cas où la fièvre typhoïde, en une même épidémie, frappe en proportion relativement considérablejes catégories de la population qui n'ont pas atteint ou qui ont dépassé l'âge habituel à cette affection, il y a lieu d'invoquer une intensité exceptionnelle de la cause morbide. 11 en fut ainsi, en octobre 1876, pour les corps de Paris composés d'anciens soldats, comme la garde républicaine (2). Telles sont les épidémies qui ont débordé sur les sujets âgés de moins de quinze ans, spécialement en 1831, 18S2, 1833 (3); telles enfin les graves épidémies qui, parfois, éclatent dans les pensionnats, les lycées, comme à Rouen où, en 1865, 89 élèves furent atteints; à Lyon où, en 1874, le lycée fut le théâtre d'une épidémie tout aussi considérable; à Paris enfin, en 1878 (lycée Saint- Louis).

c. Sexe. — D'après la statistique des hôpitaux de Paris, Louis et Ghomel ont déclaré la fièvre typhoïde plus fréquente chez les hommes dans une proportion considérable; mais les femmes entrent relativement beaucoup moins aux hôpitaux , parfois elles

(1) Voy. E. Vallin, in Griesinger, loc. cit., p. 252, note 1.

(2) J'ai signalé à plusieurs reprises, notamment dans mes Éludes cliniques de médecine militaire (p. 225), la tendance que prend la fièvre typhoïde, alors que •

épidémie est exceptionnellement grave, à frapper les catégories d'individus habituellement préservés par leur âge ; elle ne reste plus, dans l'armée, la maladie du jeune soldat; dans la capitale, par exemple, elle fait invasion parmi les types les' plus incontestables de l'acclimatement à la vie militaire et à la vie de Paris : les gardes de Paris et les sapeurs-pompiers.

(3) Rapports sur les Épidémies, de Gaultier de Claubry, in Mémoires de l'Acad de méd., t. XVII, XVIII, XIX.

62i ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES EN PARTICULIER,

sont plus atteintes, et nous en avons donné les raisons (p. 293). La plupart des documents établissent, néanmoins, une prédominance réelle de la maladie pour le sexe masculin; il est vrai que, d'après les faits cités par Marc d'Espine (1), et récemment par Ernest Besnier(2), la maladie est plus grave chez les femmes, de façon que le résultat mortuaire définitif est à peu près le même pour les

doux S6X6S.

d Santé antérieure. — La fièvre typhoïde frappe plus le campagnard que le citadin (p. 150); elle survient souvent à la suite de fatigues, rarement à la suite de maladies chroniques, de cachexies; elle est 'plutôt la maladie des individus primitivement vigoureux (p 303) Là se trouve en partie le secret de l'antagonisme exagéré, mais- réel en certaines limites, entre la fièvre typhoïde et diverses affections diathésiques, comme la phthisie pulmonaire, l'anémie palustre, qui entraînent une profonde débiUtation.

Est-ce à dire, comme on l'a prétendu, que la fièvre typhoïde soit un incident d'évolution normale de l'organisme, puisquelle est plus commune chez les jeunes gens d'une santé vigoureuse et antérieurement intacte? Une pareille doctrine est insoutenable. Pourquoi ne pas regarder comme également normale 1 explosion de la fièvre jaune, de cette maladie qui, entre toutes, s adresse aux organismes les mieux constitués ? , , -i

e Non-accoutumance au milieu typhoïgène. - La fièvre typhoïde est 'avec la fièvre jaune et la fièvre intermittente, une des maladies où le fait d'être nouveau venu constitue l'une des conditions génératrices les plus efficaces (p. 296). Le miasme putride, qui n'agira pas sur un ancien résident, frappera le nouveau venu ; d où la fréquence des épidémies militaires, après les mouvements de troupes qui renouvellent la garnison des grandes villes comme Paris Lyon etc • d'où encore la continuité de la fièvre typhoïde dans d s régiments dont la réceptivité est continuellement entretenue par e • enorvellement incessant de ceux qui les composent, alors que la Topul tion fixe est relativement préservée parce ^l-'^lle est séde^^^^^^^^^^ (p.'l09).Nousavonsdit,(p.610, note 1) combien avaitét él vée pendant une période de quinze ans la mortalité par fièvre typhoïde de fa . inison de MunicS. Nous trouvons en partie le secret de cette morUl é dans les anciens règlements de l'armée bavaroise : tous L six mois' un tiers de cette armée était appelé à prendre garm-

hôpitaux et Union méd., 18 77.

MALADIES INFEGTIO-GONTAGIEUSES.

son dans la capitale, de façon qu'en dix-huit mois tout l'eirectif venaU occuper Munich, ce foyer si intense de typhus abdomina renouvelant amsi à courte échéance la masse des jeunes solda^sp : cialement aptes à être impressionnés par ce foyer ^

Nous nous sommes attaché à distinguer le bénéfice conféré nar accoutumance du privilège résultant d'une atteinte antérieure dont, suivant nous, on a exagéré la fréquence. Ainsi Trou ea; â rms opmion que, si les adultes de Paris prennent typhoule moms fréquemment que les adultes des campagnes nou

e rnUeuT^^^ ""^ ''''' '''' les premi^C subi, pendant leur enfance, une atteinte de cette affection. Tel n'est oa

oTeu7: ma^r"""-''^""^ T "^^"^"^ Préservatirefr voir eu la maladie : mais ce préservatif n'est pas le seul II én est

"étltr rneufT'- r' commur'c'sU'at Tp ris y avan vV''^ Suivant nous, parmi les adultes nés

être au'on n h/ ' f/" ' ^^'^tivement peu, le dixième peut- ZIT ' ^°"«^dérer comme réfractaires par le fait d'une

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pulat on cvile est gravement atteinte. Trébuchet rapporte ou'en 1803 les personnes âgées de 20 à .5 ans moururent àTads de la

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Pli'luent à l'ensemble de la dZi r T ^'^^ °^ «'^^istiques médicales s'ap-

le canton de Genève (a)- 0 i J,Ti lZ 1.000 vivants dans

U.7 pour 1,000 eu Belgique (ô).

S ilrîill'lrUBÎ't::"'^"'^"'^ ^« 1858, p. ,«9.

- Colin. Mal. épidém.

lièvre typhoïde dans la proportion de 8.21 sur 1000 vivants, et ceux de 15 à 20 dans celle de 7.36 ; or, en cette même année 1853, l'armée de Paris perdait, par fièvre typhoïde, 9,34 hommes sur lOOO, plus que tous les groupes civils d'âge correspondant.

Cette prédominance semble augmenter. Depuis quelques années le chiffre de la mortalité annuelle par fièvre typhoïde atteint et dépasse la proportion de 3 pour 1000 hommes présents sous les drapeaux, alors que pendant une série d'années antérieures il oscillait autour de 2 seulement ; c'est un accroissement de moitié.

Faut-il, de ces faits, conclure que l'ensemble de l'armée est actuellement soumis à des causes d'insalubrité plus considérables qu'autrefois, et ne voir en l'aggravation de ses pertes par fièvre typhoïde que l'exagération, dans nos casernes, des conditions génératrices de cette affection ? On le croirait d'autant mieux que dans les épidémies qui frappent simultanément les habitants et la garnison, les soldats sont en général atteints les premiers; on entend souvent dire alors que l'affection est le résultat de la mauvaise hygiène des casernes, que les militaires en ont été, pour cette raison, les premières victimes et qu'ils ont transmis leur maladie à la population civile. J'ai établi combien de causes d'insalubrité pouvaient se développer dans la demeure des soldats; mais j'ai démontré aussi que Je plus souvent le foyer morbigène est commun à l'armée et à la population, qu'il se rattache plutôt à des influences urbaines qu'à des influences de caserne; et que, si les militaires sont les premiers frappés, c'est h cause de leur réceptivité spéciale aux causes typhoigènes communes, auxquelles les habitants sont plus réfractairès par leurs atteintes antérieures et leur assuétude (1).

Cette réceptivité ne tient pas ou tient peu au côté militaire de ia vie du soldat, aux exercices, aux fatigues d'un noviciat souvent pénible ; la preuve en est sa rareté dans les armées en campagne ; elle résulte du concours de prédispositions que nous venons de signaler pour les autres classes de la société et dont les principales sont : 1» l'âge du soldat, qui est l'âge d'élection de la maladie ; 2» son manque d'acclimatement aux grandes villes ; 3° son agglomération en groupes dont chaque membre est identiquement menacé (p. 236) ; 4° sa santé antérieure (2).

(1) Léon Colin, L'armée française constitue-t-elle m milieu typhotgène? {Ann. d'hjg. publ. et de méd. /t's'., janvier 1878.)

(2^ Nous avons dit (p. 330) que la révision était loin de garantir l'armée contre les maladies spécifiques. « Faites venir dans une grande ville, c'est-à-dire dans uu

MALADIES INFECTIO-CONTAGIEUSES. 627 Grâce à ces circonstances, tel foyer d'insalubrité, peu dangereux pour la population civile, trouvera dans l'armée un terrain favorable à son activité morbifique. Preuve nouvelle que, dans la constitution de ce milieu complexe, que nous avons qualifié de milieu épidémique, il ne faut pas tenir compte seulement des influences extérieures à l'homme, eussent-elles la précision, la nettelé d'un virus ou d'un parasite, mais encore des conditions des organismes soumis à leur action. 11 est difficile, d'après l'état sanitaire d'une ville, de préjuger les chances d'explosion de la fièvre typhoïde parmi les régiments appelés à y prendre garnison. Le danger sera plus certam assurément, en tous cas plus évident quand les habitants de cette ville seront eux-mêmes atteints de la maladie. Mais de l'immunité de la population civile on ne peut conclure à celle des soldais qui représentent un réactif d'une sensibilité extrême, susceptible de décéler l'existence de causes morbiflques qu'on ne soupçonnait pas (p. 462). ^

Retranchez de l'ensemble de la population d'une petite localité les enfants, les vieillards, les cachectiques, ceux qui, par âge ou par santé, sont relativement réfractairesàcelte maladie, vous augmenterez les chances d'atteinte du noyau de cette sélection. Ces chances attendront leur maximum, comme dans l'armée, si vous soumettez cette population ainsi réduite aux influences de la vie en commun et de la résidence dans un grand centre de population.

Cette susceptibilité spéciale des agglomérations d'hommes jeunes, robustes, non accoutumés au séjour des villes, atteint son maximum chez les recrues, et nous explique la fréquence relative du mal dans les régiments qui en renferment le plus.

L'accroissement de mortalité de l'armée par fièvre typhoïde accroissement qui, d'ailleurs, semble arrêté depuis 1877, me paraît le résultat, non pas d'une insalubrité aujourd'hui plus grande du milieu militaire, mais d'une proportion actuellement plus considérable des individus prédisposés à l'affection.

Par le fait du nouveau mode de recrutement de l'armée (loi de 18/2), le chiffre des jeunes soldats présents simultanément sous les drapeaux, a pris un accroissement considérable ; d'où une augmentation relative du nombre de ceux qui sont spécialement disposés, ei par leur âge, et par leur non-accoutumance, aux foyers typhoï-

milieu typhoîgène, une série de cachectiques impropres au service mil taire,. ils subiront moins d atteintes par Hèvre typhoïde que nos soldats. » {Lion Colin fièvre lyphoide (fans l'armée.) x,a

gènes. La maladie ne s'adresse pas à l'ensemble de l'armée, et dès lors cet excès de mortalité ne signifie pas l'exagération des conditions d'insalubrité qui, elles, s'adresseraient à tous.

Supposez que le nombre des enfants de troupe soit augmenté considérablement; sans doute, on constaterait une fréquence plus marquée, dans les statistiques de l'armée, des affections propres à l'enfance : croup, dipbthérie, coquelucbe; sans être autorisé à considérer l'installation des troupes comme plus favorable qu'auparavant à la genèse de ces maladies.

Ces trois prédispositions des soldats : âge, manque d'accoutumance au séjour des grandes villes, agglomération d'individus similaires, se retrouvent dans certains groupes de la population civile. Il est peu de livres, traitant de médecine militaire, où l'on n'ait en particulier rapproché la population des lycées de celle des casernes (1). J'ai fait remarquer cependant que, dans les lycées, les épidémies de fièvre typhoïde sont, en général, plus éventuelles qu'en nos casernes.

Alors qu'à Paris il est peu de régiments qui ne subissent chaque année un nombre d'atteintes assez élevé pour constituer un groupe épidémique, l'endémie parisienne ne se traduit habituellement que par quelques cas disséminés sur l'ensemble des lycées. C'est que, dans ce dernier milieu, chacune des conditions ci-dessus invoquées est, pour ainsi dire, moins complète : i° plus avancé en âge, le soldat a atteint la période de la vie où la fièvre typhoïde est à son maximum de fréquence; 2° s'éloignant de sa famille plus que le lycéen dont le déplacement ne dépasse pas habituellement une certaine circonscription régionale, le soldat est soumis à des chances d'acclimatement plus difficiles ; 3° enfin il est réuni en agglomérations souvent bien plus nombreuses ; comme à Lyon, par exemple, dans cette grande caserne de la Part-Dieu, qui renferme

plus de 5,000 hommes.

e. Co7iclusions. — L'imprégnation typhoïgène s'accomplit plutôt par les voies respiratoires que par les voies digeslives.

Les faits de genèse spontanée de la fièvre typhoïde, le rôle de l'auto-infection sont peu favorables à l'hypothèse de la pénétration, dans l'économie, de germes spécifiques préformés.

(1) Durant la période triennale que j'ai étudiée (1874-1877), cette analogie de réceptivité s'est manifestée d'une manière frappante lors de l'épidémie de Lyon (printemps 1876). oùles élèves du lycée et les soldats furent parallèlement attemts; il en a été de môme h Troyes pendant les mois de juin et de juillet 1876, et a Brest, en décembre 1876.

MALADIES INFECTIO-CONTAGIEUSES, 629

Lors même que l'origine de raffeclion semlile plus directe, plus extérieure à l'organisme, il ne paraît pas qu'elle se résume en une cause spécifiquement déterminée; les foyers générateurs ne sont pas identiques : les miasmes de l'encombrement, les émanations putrides d'origine diverse, agissent dans un même sens. En été et en automne, elle naîtra plutôt de foyers putrides ; en hiver, des miasmes de l'encombrement ; quand la soudaineté et la gravité insolite d'une épidémie paraissent indiquer l'action d'une cause plus nette et plus efficace que d'habitude, c'est le plus souvent à la suite de l'association de ces divers facteurs, comme si tout ce qui vient de l'homme pouvait indifféremment concourir à l'élaboration de la maladie.

La multiplicité des influences typhoïgènes, leur accumulation dans les épidémies à évolution rapide et à mortalité considérable, et enfin leur dissociation et leur atténuation dans les régiments soustraits au milieu morbifique (voir \ivve Y, Prophylaxie), semblent donc indiquer que la cause de la maladie est inconsistante, décomposable.

La contagion, elle-même, au lieu de conserver ici son indépendance et sa netteté d'action, s'associe le plus habituellement aux influences qui créent spontanément la maladie. Non-seulement elle n'a point, comme dans les affections virulentes, le monopole de l'acte pathogénique ; mais, dans les cas même oii son action est incontestable, elle demande, pour se produire, une durée assez longue du voisinage de l'organisme atteint, comme si elle-même consistait bien plus en l'accumulation incessante et prolongée de matériaux toxiques qu'en une impression unique, comparable. à celle qui reproduit la maladie virulente.

Ces conclusions sont-elles compatibles avec la spécificité d'allures de la fièvre typhoïde ? Oui, si l'on admet avec nous que l'organisme humain ne possède pas la faculté de varier à l'infini ses manifestations pathologiques, et de réagir d'une manière différente pour chaque impression morbide qu'il subit ; la fièvre typhoïde est un des modes qui lui sont familiers.

Quoique très-nombreuses, les influences typhoïgènes offrent néanmoins le caractère commun de pouvoir être à peu près constamment rapportées à l'action de l'homme sur l'homme, qu'il y ait auto-infection comme dans les cas de transformation d'une maladie ou d'un malaise préexistant; ou étéro-infection comme dans ceux d'influences miasmatiques extérieures (1). 11 y a donc des

(1) Dans un des travaux modernes les plus savants et les plus vrais sur VÈtiologie

limites au groupe des sollicitations morbifiques, d'oîi peut naître la fièvre typhoïde; ce qui indique que l'organisme n'agit, dans la pathogénie de l'affection, qu'à la suite de certaines impressions, et qu'il ne fait pas la maladie de toutes pièces.

Les conditions du milieu épidémique ne sont pas uniquement le climat, le sol, l'hygiène ; il en est d'autres, d'ordre individuel et social : le chiffre et l'âge moyen des agglomérations menacées, et le renouvellement plus ou moins actif qu'y entretiennent les immigrations. Là se trouvent les principales raisons de l'inégalité de ' répartition de la fièvre typhoïde, et de son affinité pour telle ou telle localité. \

Cette inégalité est donc surtout factice et ne peut nous empêcher de considérer la fièvre typhoïde comme possible en tous lieux et en tout temps ; elle constitue certainement, parmi les maladies infectio-contagieuses graves, celle qui , d'une part, est le plus universellement répartie, et qui, d'autre part, offre le moins d'intermission dans ses manifestations; elle est, de toutes, la plus susceptible de développement, la plus ubiquitaire, la plus per^ manente.

L'analyse de tous les faits que nous avons cités plus haut nous prouve même qu'il est à peu près au pouvoir de l'homme de créer des épidémies de fièvre typhoïde, en soumettant à des conditions connues des individus susceptibles de l'affection (notamment par l'agglomération dans des locaux insuffisants, au centre des grandes villes, d'individus jeunes et originaires de la campagne), et en réalisant ces conditions à certaines époques de l'année, spécialement en automne. Cette puissance de création du mal implique celle de le combattre, et nous empêche de reconnaître en cette maladie une affection naturelle à l'homme, et devant laquelle nous serions pleinement désarmés.

3° Évolution et durée. — Dans la majorité des relations, on constate, comme signes précurseurs de l'épidémie, des embarras gastriques, des courbatures fébriles, des accès de fièvre mal déterminée ; habituellement alors rien ne révèle l'intervention d'un foyer infectieux spécialement actif.

En d'autres circonstances, l'explosion de l'épidémie tranche brusquement avec les conditions antérieures de l'état sanitaire ; les maladies prémonitoires ont été nulles, ou insignifiantes, le mal

de ta fièvre typhoïde, notre ami le professeur Arnould a dit : « Le principe de la fièvre typhoïde se révèle h chaque instant comme tellement humain, qu on ne peut guère le concevoir en dehors et indépendant de l'homme. »

MALADIES INFECTIO-CONTAGIEUSES. «31

dépend d'influences morbifiqiies mieux caractérisées, spécialement de l'activité exceptionnelle d'un ou de plusieurs foyers infectieux (égouts de Lyon, 1874; de Nancy, 187S; fossés du fort de Vincennes, 1874, etc.). Souvent alors la date initiale de l'épidémie est nettement déterminée (1); et alors aussi le déclin épidémique, par sa rapidité, correspond fréquemment à la rapidité de l'ascension.

Les épidémies de village offrent habituellement une durée analogue à celle des épidémies de variole et de rougeole, deux à trois mois (2). Mais la fièvre typhoïde diffère de ces deux affections par sa ténacité souvent considérable, même dans les centres les plus restreints, dans une seule maison (p. 408). Cette prolongation résulte principalement de la persistance de certains vices hygiéniques (p. 404), qu'ils s'étendent à tout un département (Morbihan, Ille-et-Yilaine), ou à une commune, comme en ce malheureux village de Risoul (Hautes-Alpes) atteint durant trois ans, et perdant 180 habitants sur 800 (3), ou à un seul local (épidémies domiciliaires). D'autres fois la lenteur de l'évolution épidémique a semblé tenir au contraire à ce que la contagion seule entretenait la maladie ; les cas ne se développaient que successivement, un à un.

4° Morbidité. — La fréquence de la maladie est parfois artificiellement grossie par le grand nombre d'affections moins graves qui apparaissent simultanément, et qui semblent en rapport avec les mêmes influences pathogéniques. Ces affections sont spécialement des fièvres continues, des fièvres muqueuses, des embarras gastriques, etc. J'ai cité des corps oîi, sur 1,300 hommes, il y avait eu 800

(1) Telle fut, par exemple, l'épidémie qui surgissait dans la garnison de Vincennes, pendant l'été de 1874, et qui réellement a commencé à jour fixe, le 27 juillet. Telles furent également : r l'épidémie de la garnison de Tarascon, débutant brusquement le 4 juillet 187i, sans modification antérieurement signalée diins la constitution médicale de la garnison; 3° l'épidémie qui, le 19 août 1875, frappait, à Nancy, le 4" hussards, comme un coup de foudre, dit M. Daga ; on eût pu croire à un empoisonnement; 3° et enfin l'épidémie qui éclatait le 19 août 1874, dans la garnison de Lons-le-Saulnier, motivant l'envoi à l'hôpital de 12 malades, dès les trois premiers jours de cette explosion. (Léon Colin, De la Fièvre typhoïde dans F armée, p. 10 et II.)

(2) Telle a été la durée moyenne pour 214 communes, en 1874 (a); sur 118 communes atteintes de 1841 à 1840, l'épidémie dura 56 fois de 1 à 3 mois; 51 fois de 4 à 7 ; 10 fois de 8 mois à I ans ; 1 fois 3 ans (6).

(3) Delpech, Rapportsw les épidémies qui ont régné en 1870-71-72.

(a) BnqacljJiapport sur les épidémies de 1874, in Mém. de VAcad. de méd. t. XXXII. fi) Gaultier de Claubry, Rapport sur les épidémies de 1841-46, in Mém. de l'Acad. de méd. t. XII.

malades: C'est dire combien d'affections s'étaient surajoutées à la hèvre typhoïde. Le peu de rigueur des diagnostics portés en quelques circonstances de ce genre explique l'apparente bénignité de ces épidémies, où il n'y aurait pas eu un décès sur 40 ou 30 atteintes (1).

La densité des atteintes par la maladie elle-même est trèsvariable, comme je l'ai démontré encore d'après les relations militaires. Rappelons qu'en moyenne, pour l'ensemble de l'armée, la lèvre typhoïde occasionne annuellement l'entrée aux hôpitaux de 10 hommes sur 1,000 présents, c'est-à-dire du 100« de l'eireclif total. Or cette morbidité s'élève parfois, en des épidémies de deux ou trois mois de durée, au dixième, au quart et même au tiers de la population d'une caserne (2), proportion encore dépassée dans les épidémies de maison (p. 388).

Mortalité. - La léthalilé de la fièvre typhoïde est très-variable (p. 381), alors même que l'on compare des épidémies simultanées (3). Cette variabilité tient parfois, nous venons de le dire, au peu de sévérité du diagnostic; ainsi la majorité des épidémies observées en ville donnent une mortalité moyenne de 1 sur 6 à 8 malades (4), tandis que, dans les hôpitaux civils et militaires, cette mortalité s'élève à 1 sur 4 ou 5 (20 h 23 décès sur 100 malades). Elle tient à la proportion relative des formes très-graves ou trèsbénignes. La fréquence anormale des cas de fièvre typhoïde abortive diminuera la léthalité de telle épidémie, de même que la fréquence d'accidents graves : perforations intestinales, complications méningiennes, augmentera la mortalité de telle autre.

Le pronostic de la fièvre typhoïde varie suivant le degré d'intentensité du milieu épidémique, ce qui explique la gravité des épidé-

(1) Voy. aussi Gaultier de Claubry, Rapport sur les épidémies qui ont régné en 1853, in Mém. de l'Acad. de méd., t. XIX.

(2) A Vincennes, en 1874, 100 malades; à Brest, 250; à Pontgouin, 310 sur 1,000 hommes d'effectif. (Léon Colin, De la Fièvre typhoïde, etc., p. 27.)

(3) Sur 33 épidémies observées en 1873 :

3 ont une mortalité de 8 à 11.42 p. 100. 9 — 13 à 15 —

6 — IG à 18.42 —

Woillpz, Rapport sur les épidémies de 1873.

(4) Voir la série des rapports à l'Académie de méd. sur les épidémies, notamment Briquet, Rapport sur les épidémies de 1868.

MALADIES INFECTIO- CONTAGIEUSES. 633 mies locales, domiciliaires, où chacun vit au voisinage immédiat d'une cause puissante (p. 387-388). A Paris et à Lyon, les épidémies militaires sont moins graves que dans les plus petites garnisons (1) Il varie encore : 1» suivant l'âge des malades atteints; les épidémies auxquelles les enfants participent seront en général plus bénignes (d'où en partie la mortalité moindre des épidémies observées en ville où les atteintes d'enfants sont plus nombreuses) à l'mverse des épidémies qui portent sur un nombre exceptionnel de sujets âgés (2); 2° suivant l'époque de l'évolution épidémique la maladie étant plus grave au début (p. 384); 3" suivant les climats, d autant plus dangereux qu'on observe plus au sud (3); 4° suivant les saisons : les épidémies les plus meurtrières que nous ayons vues ont évolué pendant des années exceptionnellement chaudes, favorables à la prédominance des symptômes cérébro-spinaux (4) . II varie enfin suivant les conditions hygiéniques imposées aux

(1) De 1874 à 1876, à Paris et à Lyon, la mortalité des soldats atteints de fièvre typhoxde a été d'environ 10 sur 100, moitié moins élevée que la m yle (Léon Colin, La Fièvre typhoïrle, etc., p 28 ) "'oyenne.

seleve à 25 sur loO malades, au lieu de 21, chiffre moyen: nous croyons qup et e agg.avaUon tenaic au Ciffre relativement plus nombLx'en etteT l de atteintes parmi les soldats anciens de service (3) Plus on descend vers l'équateur, plus les symptômes gastriques et cérébraux

e e affecte durant les étés exceptionnellement chauds. La marche de l'affection es considérablement modifiée; les périodes, considérées comme si fatales e si r guhères en nos pays qu'on a divisé le décours de la maladie non-.seu en nt par septénaires, mais par jours, sont singulièrement abrégées dans iL llTT f

I en Algérie déjà, la fièvre typhoïde évolue avec une di^te le o ;

' survient fréquemment du huitième au dixième iour Pt ÎT' . ^ seulement les lésions classiques de la d^ll" /t l' Il ts^Témil""

i-approclie de l'équateur. P'ocessus morbide à mesure qu'on se

. teiir.'''dtf:iate?c^ tn T f^'^'^ ''''' ^'^"^ '^^'^^ ^-^'"'^ et l'ex- . avancé, a sévi s: r^^^^^^^^^ préservés par leur âge plus

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» spinales et cérébrales de la fièvre typhoïde.

malades. La salubrité de l'hôpital a ici une importance majeure et toute particulière (1). L'influence réciproque des malades simultanément atteints de cette affection peut expliquer la gravité de certaines épidémies dans les hôpitaux qu'on a voulu leur consacrer exclusivement (â).

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