III. — TYPHUS
1» Historique et géographie. — L'historique du typhus comprend deux ordres de faits : les premiers relatifs aux épidémies observées dans l'Europe centrale et méridionale, les autres recueilUs dans l'Europe septentrionale.
A. Europe centrale et méridionale (3). — Pendant les trois derniers siècles, le typhus s'est associé si fatalement aux misères des populations et surtout à celles des armées, que des auteurs ont accepté instinctivement la pensée qu'il était aussi ancien que ces fléaux, et avait dû en être toujours la conséquence. Si la date de sa naissance scientiflque ne remonte qu'à l'épidémie observée à Vérone en loOo par Fracastor, sans doute le typhus existait déjà auparavant; Fracastor parle même de la maladie de Vérone comme d'une affection connue avant lui, et Borsieri la fait venir de Chypre . Peul-être même régnait-elle déjà dans les régions du Nord où ne se trouvait alors aucun observateur pour la décrire.
(1) Je ne cite qu'un exemple : pendant une épidémie qui, en 1864-1865, sévissait sur la garnison de Lorient, les malades furent admis dans deux hôpitaux l'hôpital civil et l'hôpital militaire. Dans le premier de ces établissements, entouré de rues étroites et malpropres, la mortalité fut énorme, comparable à celle du choléra (111 décès sur 255 malades; plus de 43 p. 100). Dans le second, sUué dans un quartier salubre et aéré, elle fut inférieure à la "^ortaUté moyenne de la fièvre typhoïde (125 décès sur 786 malades, soit 16 sur lOO). (Léon Cohn, La Fièvre timhoide dans l'armée, p. 189.)
• ) Tel fut la raison d'une mortalité exceptionnelle en 1876 à l'hôpital militai i^ de R nnes, dont on avait exclu tous les antres malades. Dans les hôpitaux mi itai ef î mùence fréquente de malades simultanément atteints et réciproque- Te^da ;^i^^^ nous explique jusqnà un certain point la ^^^énté du pronosU^^ comme en 1868 où l'on perdit 1 malade sur 4; tandis que dans les hôp aux vils les sujets atteints de cette pyrexie sont toujours en raison de la présence d un grand nombre d'autres malades réfractaires à la fièvre typhoïde par leur âge, tenus, pour ainsi dire, à distance suffisante les uns des autres pour ne pas s impressîonner mutuellement et ne pas aggraver leur pronostic réciproque. (Id., .i.rf.,
^ n.Tar^ruLTe'rvaux remarquables dus aux médecins de l'armée et de la (3) Parmi tan de travau 1 .enferment des détails pleins d'in-
'Z^lT^^ZZ^^c.n. de%ix Jacquot, Tyjkus ^ l'arm^
- Itient et de Barrallier. Du Typ'.us épidé.içue, et Histove des ép^dén^^es de
typhus observées au bagne de Toulon. Pans, 1861.
MALADIES INFECTIO-CONTAGIEUSES. 635
Ce qui est incontestable, c'est l'augmentation de fréquence du typhus à partir du début du seizième siècle.
On a dit que le typhus remplaçait la peste, opinion que nous avons combattue (p. 476) et qui ne peut tenir devant la coïncidence fréquente, au seizième et au dix-septième siècle, de ces deux affections. On a dit que son apparition dépendait d'une constitution exanthématique qui se révélait alors également par la syphilis. Le véritable satellite du typhus à sa naissance a été le scorbut (p. 478), affinité dont nous avons déjà affirmé la valeur (p. 125).
La première période historique du typhus s'étend de 1305 à 1817; durant ces trois siècles, il n'y eut pas de guerre en Europe qui ne fût signalée par une épidémie de fièvre pétéchiale (1).
Puis survint une phase (1817 à 1854) durant laquelle, à part l'épidémie de Silésie (1847-J848), l'afTection devenait rare nonseulement dans la population civile où l'on n'observait que des explosions isolées, à Strasbourg (Forget), à Toulon (Barrallier), à Reims (Landouzy) ; mais dans les armées elles-mêmes ; à tel point que, durant cette période, les uns se laissèrent aller à la considérer comme un fléau passé, les autres comme une entité morbide absorbée par la fièvre typhoïde dont l'histoire s'édifiait alors (2).
Malheureusement, en 1854, s'ouvrait une nouvelle période, riche en faits de nature à prouver que le mal est encore de notre énoque (3). ^
B. Europe septentrionale. — Les observations recueillies sur un
^ ( I) Le typhus éclate : en 1528, dans l'armée française, commandée par Lautrec sous les murs de Naples; en 1552, dans l'armée de Charles-Quint, au siège dé Metz; en 1556, dans celle de Maximilienn; en 1635, dans l'armée française au siège de Nimègue (guerre de 30 ans); en 1742, dans l'armée française assiégée dans la forteresse d'Egra, par les troupes de Marie-Thérèse ; dans l'armée anglaise durant toute la guerre de Sept ans (1756-1763); et, enfin, pendant les guerres de la Révolution (179M799), soit en Vendée, soit à Gênes, puis durant celles de ILmpire (1806 à 1810, en Allemagne; 1813 à 1817, à Vilna, Cologne, Coblentz et sur la plus grande partie de notre territoire).
J'^l^'V^^o^'^"""^^""" '^^ médecine couronnait simultanément deux mémoires (Montault e Gaultier de Claubry, De l'identité du typhus et de la fièvre lyphdide, Pans, 1844), concluant, le premier à l'identité, le second à la non-identité du typhus et de la fièvre typhoïde, jugement qui indique bien l'indécision des esprits sur la réalité de la permanence en nos climats du typhus exanthématique, et leur disposition à en admettre la disparition ou la transformation.
(3) Epidémie des armées russe, française, anglaise, piémontaise en Crimée (1854-50); épidémie de Silésie, du bagne de Toulon (1856); de la garnison de Oaête (1861), de l'Algérie (1868), des armées russe et turque eu Roumanie (1878), etc., etc.
autre théâtre, surtout par Jenner, Huss, Graves, Botkin, démontrent que l'hisloire du typhus ne se résumait pas en ces évolutions épidémiques dans l'Europe centrale et méridionale ; et que la maladie, éventuelle et transitoire chez nous, existait, fixe et permanente comme une endémie, d'une part au nord de l'ancien continent, d'autre part dans certaines régions de l'Asie voisines de la mer des Indes, et en quelques points de l'Amérique centrale.
Les études les plus récentes ont suffisamment affirmé cette endémicité du typhus pour nous permettre de le détacher des deux groupes morbides auxquels il semble confiner par tant de caractères : 1° groupe typhoïde; 2° groupe exanthématique qui n'offrent ni l'un ni l'autre cette tendance à une circonscription géographique.
Il se rapproche à cet égard du faisceau des affections pestilentielles : choléra, peste, fièvre jaune, ayant comme elles ses domaines d'endémicité et d'épidémicité, mais avec ces deux grandes différences : 1° que ses berceaux originels sont multiples; 2° qu'au lieu de ne se manifester en dehors de ces berceaux que par l'importation de germes qui en proviendraient, il peut surgir spontanément en tous lieux par la formation locale de foyers adventices.
2° Genèse. — La genèse du typhus a été le sujet d'opinions dont la diversité tient surtout à celle des théâtres d'observation.
A. Rapporté surtout à l'influence des miasmes d'origine animale, en particulier de ceux de l'encombrement, quand on l'a vu éclater brusquement dans des locaux mal aérés et trop étroits : prisons, bagnes, vaisseaux, casernes, etc.; considéré plus spécialement comme un des résultats de l'extrême misère physique et morale, par les observateurs qui ont assisté à son développement progressif après une longue période de privations et de souffrances des populations, comme en Irlande, en Algérie, en Silésie, le typhus a été placé, près du scorbut, au nombre des affections que l'homme saurait créer de toutes pièces, et si bien mis en rapport avec les moyens de la puissance humaine, qu'on l'a même déclaré « un châtiment qu'un peuple s'inflige à lui-même par son ignorance et son indifférence » (Virchow).
B. Pour d'autres, le développement actuel des épidémies de typhus rentre dans un ordre de faits plus précis et plus invariables; analogue aux fièvres exanthémaliques, il ne naît aujourd'hui nulle part ; U se manifeste par le fait de son existence antérieure, au même titre 'que la plupart des maladies virulentes, et l'explosion d'une de ces épidémies n'a rien de plus étrange que l'explosion d'une épi-
MALADIES INFECTIO-GONTAGIEUSES. 637
démie de variole; il suffit d'un germe transporté dans un milieu favorable à son développement (1) .
Chacune de ces opinions est invoquée fréquemment pour la même épidémie. En Silésie l'explosion du typhus, attribuée parles mis à la misère de la population, résulte, suivant les autres, de l'importation d'un contage provenant de Pologne ou de Russie. Absolument comme en notre Bretagne, des auteurs ont considéré comme conditions génératrices, locales et suffisantes, la misère et la saleté de certains pauvres villages, tandis que nos confrères de la flotte acceptent plutôt la pensée de l'importation de germes qui proviendraient d'Angleterre, ou auraient été engendrés par une épidémie nautique (2).
Le seul tort de ces opinions est leur exclusivisme ; pour affirmer la valeur de chacune d'elles, nous adoptons la division étiologique d'Hildenbrand en typhus originaire et en typhus communiqué.
A. Typhus originaire. — Il est certain que le typhus originaire, spontané, était jadis plus commun en nos climats.
Cette diminution de fréquence a entraîné quelques esprits distingués à déclarer actuellement impossible la formation des foyers générateurs de cette affection. On a prétendu en faire une maladie entièrement exotique, ne pouvant se manifester en dehors de son berceau que par transmission du germe morbide, c'est-à-dire par contagion. Nous ne pouvons admettre cette opinion; la guerre de Crimée (1834-56) a été la preuve la plus imposante, dans les temps modernes, du développement spontané du typhus à la suite d'une longue période de privations, de misères, d'encombrement surtout. Depuis cette époque, on a vu, en d'autres circonstances encore, cette affection naître de toutes pièces sous l'influence du miasme humain, en dehors de toute conlagion, soit à terre, soit en mer.
Elle est survenue parfois rapidement dans des conditions identiques à celles que signalait Lind quand les gros temps obligeaient de' fermer les sabords (3). Si, aujourd'hui, l'explosion spontanée du
(1) Voy. E. Chauffard, Éiiolorjie du typhus exanthématique, in Bull, de l'Acad. demed., 1873.
(2) Voy. Jules Rochard, Noie sur le typhus exanthématique de Bretagne, i.i Bull, de lAcad. de méd., 31 juillet 1877.
(3) Un des exemples les plus récents de ce fait est l'épidémie qui, en 1864, frappa 1 équipage de la frégate égyptienne Vlbrdimieh, puis une partie du per-
^ sonnel de 1 hôpital maritime de Toulon. L'historien de cette épidémie, Gourrier, » a prouvé 1 explosion spontanée du mal h bord de cette frégate, pendant la tra- ' Tersee d^'AIexandne h Toulon ; les germes de l'affection n'avaient point été imf portés d'Égypte, où elle ne régnait pas, et où elle est très-rare. Malgré l'oubli
typhus est moins fréquente, ce n'est donc pas que le mal ait cessé d'être faisable do toutes pièces; c'est surtout parce que les circonstances nécessaires à sa production font, grâce aux progrès de l'hygiène, plus complètement défaut.
De ces circonstances, il en est deux qui dominent la genèse du typhus : c'est d'abord l'encombrement. Les anciennes prisons, les vieux bagnes, par l'insuffisance de leur aération constituaient de véritables laboratoires expérimentaux où le typhus se produisait à volonté. Il apparaissait brusquement dans les forteresses assiégées et les hôpitaux surchargés de blessés après les grandes batailles (p. 336); et si aujourd'hui les guerres de siège réalisaient encore les mêmes conditions d'encombrement, le typhus reprendrait son rang parmi les maladies obsidionales (1).
C'est ensuite l'influence de diverses modifications organiques qui
de toutes les règles hygiéniques de la part de ce peuple malheureux et fataliste, la douceur du climat permet, à terre comme à bord dans les rades, une constante aération des espaces habités, et en diminue les conditions d'insalubrité ; aussi, malgré la malpropreté du personnel et du matériel, l'équipage de l'ibraimieh se trouvait-il, au départ, soustrait aux inHuences miasmatiques du bord, grâce à la ventilation que permettait l'élévation de la température ambiante. L'épidémie ne se développa qu'au moment où, à l'approche des côtes nord de la Méditerranée, l'équipage chercha à se préserver de l'abaissement de la température par une réclusion aussi absolue que possible, et par la fermeture hermétique des sabords et des hublots des postes de couchage.
De cet exemple de genèse spontanée du typhus, on peut rapprocher l'observation recueillie presque à la même époque, à la Vera-Cruz, par Fuzier ; notre collègue y a constaté le dévc4oppement du typhus à bord du bâtiment qui d'Alexandrie transportait dans cette ville le bataillon noir égytien attaché à l'expédition. Bien que la navigation se fût accomplie dans la zone la plus méridionale des climats tempérés el dans les climats chauds, les soldats avaient cherché à s'abriter aussi complètement que possible contre la fraîcheur de l'atmosphère maritime; et les inconvénients de l'air confiné s'étaient fait sentir d'autant plus rapidement que presque tous se trouvaient dans des conditions de malpropreté personnelle dont on ne peut se faire idée en nos pays.
(1) La non-apparition du typhus dans les garnisons assiégées de Metz et de Paris (1870-1 8T1) a été invoquée contre la spontanéité de cette maladie. Il fau., cependant, tenir compte de cette circonstance que, d'après les observaUons faites à Paris, aussi bien que d'après celles faites à Metz et relatées par E. Grellois, les affections subies pendant les deux sièges semblaient un véritable acheminement à l'explosion du typhus. Il faut tenir compte, en outre, de cette autre circonstance qu'en somme la cause principale du typhus, l'encombrement n'a été, m dans l'une ni dans l'autre de ces villes, porté à un degré comparable à celui que subissent les armées étroitement enfermées dans une forteresse. Grâce aux forts avances protégeant l'enceinte de ces deux villes, l'ennemi a toujours été tenu assez lom pour ne pas réduire les assiégés à l'occupation de cette enceinte ; il n y a pas eu d'encombrement dans le véritable sens de ce mot.
MALADIES INFEGTIO-CONTAGIEUSES. 639 donnent au miasme humain une intensité et une nocuité spéciales.
Il ne suffit pas, pour engendrer le mal, d'agglomérer des individus en bonne santé, bien nourris, dans un local surveillé au point de vue de la ventilation et de la propreté. Ce qui le prouve, c'est l'immunité des troupes embarquées, en ce siècle, pour les campagnes lointaines de Griaiée, de Syrie, de Chine, du Mexique et qui ont accompli ce trajet sans explosion de typhus, malgré le véritable trop-plein de certains bâtiments. Au contraire, l'encombrement de soldats déjà malades sous les huttes de Crimée (1834-1836), comme l'entassement des prisonniers français à bord des pontons anglais sous le premier empire, renouvelaient les conditions d'un autre temps et prouvaient la spontanéité du typhus dans nos armées.
Contrairement à la fièvre typhoïde, le typhus naît surtout d'orgamsmes détériorés. Les agglomérations de scorbutiques possèdent au plus haut degré, la faculté d'élaboration du miasme lyphique' Dans plusieurs guerres de siège, où elles ont coïncidé, il faut cependant tenir compte de la production simultanée de la cause essentielle de chacune de ces deux affections : encombrement pour le typhus, manque de vivres frais pour le scorbut. Cette association morbide n'aura pas lieu, en général, où ne surgira pas cette coïncidence étiologique. Ainsi, à bord des fiottilles de pêcheurs anglais et français, le scorbut, rare relativement à ce qu'il était autrefois, constitue encore une affection presque de chaque jourtandis que les quelques épidémies de typhus observés en ces dernières années ont été complètement exceptionnelles et, fait remarquable, ne s'associent point à ces petites épidémies nautiques , de scorbut. Quand cette dernière affection constituait une véritable endémie en Hollande, et dans les Flandres, quand elle apparut si grave sur une grande partie de l'Europe, notamment en Russie de 1846 à ISiS, elle était libre de toute connexité avec le typhu^ ^ C est donc surtout chez les individus vivant dans un milieu confiné que le scorbut active, par le mécanisme que nous avons innTl^V ) Production du miasme typhique. Il en est de même des autres afTeclions faméliques dont nos collègues d'Algérie ont prouvé, mieux que personne, le rôle lyphigène (1) et sous influence desquelles l'individu sera dangereux pour les\utre mais surtout pour lui-même, par auto-infection. Le miasme humain
t. XXU. 1869. J. Arnould, art. Famine, in Dict. cneyel. des se. méd.
devient miasme typhique(l). Bouchardat a pu dire -.Toutes les fois qu'on encombre des affamés, le typhus apparaît fatalement (2) .
Il en sera de môme des autres causes débilitantes et spécialement des maladies auxquelles on a donné à juste titre le nom de maladies lyphigènes (p. 115).
De ces différents états morbides celui qui, dans la pathologie des armées en campagne, a joué peut-être le plus grand rôle, c'est la cachexie palustre.
A notre sens, rien de plus facile à comprendre que cette filiation si fréquente, qui mène de l'épidémie palustre à l'épidémie lyphique. Les épidémies de fièvres intermittentes présentent en effet le double caractère : 1° d'être très- générales, très-populaires, d'atteindre le tiers, la moitié, parfois la totalité d'une population ou d'une armée ; 2" de laisser à leur suite, chez ceux qu'elles ont frappés, une profonde détérioration de l'organisme.
Toute épidémie palustre produit donc un chiffre considérable de malades cachectiques, d'où l'encombrement, soit des hôpitaux, soit des ambulances, par des organismes détériorés, spécialement aptes, comme ceux des scorbutiques, à l'élaboration du miasme typhique. J'ai prouvé que le typhus avait empreint de son cachet toutes les épidémies de fièvres palustres relatées par Lancisi (3). C'est au même titre que l'encombrement des hôpitaux d'Italie, par la population des campagnes frappées de malaria, a fréquemment déterminé l'explosion du typhus. Pracastor attribuait cette dernière maladie aux inondations du Pô, pathogénie facile à expliquer : ces inondations, en effet, chassaient les populations rurales dans les villes où l'encombrement développait le typhus, qui résultait ainsi indirectement du débordement d'un fleuve, mais sans faire nullement partie, malgré cette origine, du groupe des affections palustres (4).
(1) « Le principe du typlius émane des faméliques. » (Jules Arnould, art. Famine, in Dict. encycl. des se. méd.)
(2) Telles les épidémies de typlms parmi les Irlandais entassés à bord des transports pour l'AHiérique; telles les épidémies observées par Fauvel parmi les Tartares épuisés par la faim à bord des bâtiments qui les amenaient à Constantinople, en 18G0, et parmi les Circassiens qui encombrèrent Trébizonde durant l'hiver 1863lS6i.
(3) Léon Colin, Traité des fîèures intermittentes, p. 286.
(4) Les épidémiologistes modernes, notamment Hœser, ont cité nombre de relations d'épidémies de typhus (ainsi pour l'armée française, en 1525, à Naples, pour les Hollandais, en 1805), regardées comme le résultat de l'impaludisme. Trèsfréquemment, en effet, le typhus des armées en campagne a été précédé d'explo-
MALADIES INFECTIO-CONTAGIEUSES Les sécréLions pathologiques, et notamment les sécrétions n„rn lentes provenant soit de phlegmons interstitiels, soit de la surfacê de la muqueuse respiratoire, ont été considérées par Jules Arnould conime constituant une des conditions d'élaboration du miasme yphique; c est dans les réunions de malades atteints de suppurations sous-cutanées et de catarrhes bronchiques que ce mLme s est développé en Algérie (1867) avec le plus de facHité. Le 1 a fréquence relative du typhus en hiver, saison où prédominent es catarrhes pulmonaires, nous paraît donner une nouvelle va^
i:z:rzr'''''' ^'"'"-^^ ''''^''^ ^^p^- pour
La dysenterie, par l'abondance et l'altération des sécrétions intestmales, concourt également à la production du miasme lyphLue
Il n'y a pas, en ces divers cas, transformation en typhus soit de la fièvre palustre, soit des autres maladies typhigènes (p 477) ifv a seulement production des conditions génératLs du typlus co'riSXenr^- sécrétions^Sul^nées y
La diminution des épidémies de typhus dans les guerres mo dernes est une conséquence d'un fait banal, dont on ne tient nîs ssez compte dans les explications qu'on a voulu en donner el résulte surtout de la facilité actuelle et de la p«niH;f/w ' de communication, permettant le /a^ltm L?™^^
<iu'avec réserve ; il y a que^JueTan'né::, l ^Z^^:^,^::;- ■on ne pratiquait pas à vrai dire d'mhumations ^Idavrl, dès':
qu'indirectement, bien quln aient V^' "'"'' -"^'^""it La misère et la famine on TZ '"«^''"«es du sol.
■a ...e maniée, c'est^l-Sire lil^^ tît \ ^l^I" '''' LÉON Colin. Mal. èpidéu.
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cendus sans cercueil dans les caveaux des églises, infectaient les quartiers environnants par leur putréfaction. Il en était ainsi encore au commencement de ce siècle, à Civita-Yecchia, où cependant le typhus ne se développait pas, alors qu'il éclatait fréquemment dans le bagne de cette ville, chez les forçats entassés dans les galères pontificales,
11 en est de même de l'opinion de Jaccoud, qui, d'après ses observations au lazaret de Pauillac, affirme que l'accumulation de produits animaux en état de fermentation ou de décomposition, peut, en dehors de tout encombrement humain, provoquer l'explosion du typhus, substituant ainsi à l'étiologie restreinte du poison humain, l'étiologie plus compréhensive du poison animal (1), Nous pensons, avec A. Laveran (2), que la nature des maladies observées par Jaccoud en cette circonstance ne justifie pas suffisamment le diagnostic : typhus.
Le froid est une condition accessoire, mais très -importante, du développement du miasme lyphigène ; non-seulement le typhus endémique est à peu près exclusif aux régions septentrionales de l'Europe ; mais, lors des explosions épidémiques dans les climats tempérés, on voit l'affection atteindre son maximum pendant la saison froide; ainsi, en Crimée, le typhus, violent pendant deux hivers successifs (1834-55 et 1855-56), s'était presque éteint durant l'été intermédiaire. Toutes les épidémies de Toulon signalées par Barrallier (3) eurent lieu en hiver.
Cette influence du froid nous paraît agir de deux manières : 1" d'une part, elle modifie les sécrétions, notamment la sécrétion cutanée dont les produits s'accumulent en plus grande abondance à la surface de la peau ; d'autre part, elle oblige les individus à se • renfermer plus étroitement dans des locaux souvent insuffisants, comme le font les Irlandais dans leurs pauvres demeures, comme le faisaient nos soldats en Crimée sous leurs huttes si étroites. Cette réclusion instinctive contre le froid nous explique la fréquence du typhus dans certains pays où cependant la classe pauvre ne vit pas dans des conditions de malpropreté analogues à celles de populations plus méridionales; à Saint-Pétersbourg, par exemple, où, après leur menstruation, les femmes n'entreraient pas dans une église sans avoir pris un bain (Bolkin).
B. Typhus communiqué. — Quant à la contagiosité du lyphus,
(1) Jaccoud, Traiiéde pathologie interne, appendice, p. 23G. Paris, 1811.
(2) A. Laveran, Traité des maladies et épidémies des armées, p. 570.
(3) Barrallier, Loc. cit., p. IT.
MALADIES INFECTIO CONTAGIEUSES. gj.3
cette seconde cause capitale de la production du mal, elle est tout aussi bien prouvée que sa spontanéité, et mise hors de doute spécialement par la mortalité des médecins (1).
La contagion du typhus semble ne s'exercer qu'à une distance relativement très-courte, comme si le contage en était pesant (2).
Mais ce contage si peu diiîusible adhérera à des intermédiaires qui le conserveront longtemps ou le transporteront au loin (3). La contagiosité du typhus varie suivant différentes conditions : A. Suivant la quantité de matière contagieuse. — Le chiffre des individus atteints est à son maximum au voisinage des agglomérations considérables de typhiques, comme on l'a vu autour de nos ambulances de Crimée; dans les hôpitaux de Suède ou d'Angleterre où ces malades sont relativement en petit nombre, le danger de contamination est beaucoup moindre.
C'est pour la même raison que les cas isolés de typhus restent habituellement stériles au milieu des populations saines - Foderé observait déjà qu'à la rentrée des troupes d'Italie, à la fin du siècle dernier, l'armée française répandait le typhus sur son passage, tandis que les soldats qui regagnaient isolément leurs foyers n'en transmettaient pas les germes.
B. Suivant les conditions sanitaires du milieu où pénètrent les qermes du contage. -Nos armées revenant d'Allemagne en 1813 répandirent
(1) Murchiso,, rapporte qu'en Irlande, sur l,no médecins, 560 furent atteints du typhus pendant une période de vingt-cinq années et nul no on Pendant. e typhus de l'armée française' en CrZt^VlZ^ 2^:::^mssent a eux seuls 58 décès, ,3 p. 103 de leur effectif, tandis que a ^0, al totale des autres offlciers par le .yphus ne s'éleva qu'à 26. environ 2.47 p Z
(2) Dans les hôpitaux militaires français de Constantinople la contagion fran paU o'abord les malades les plus voisins de l'individu atteint de .y 1 us Is
i autres malades, puis les infirmiers, les sœurs, les médecins d'autant n ni' I l ^ et plus à redouter qu'on vivait dans un contac't plus com lel ave ce ind" dT e^!' . n'atteignait personne au delà de la largeur d'une rue et la nonni-, i Constantinople demeuraindemne. (F. Jacquet /o c n II sembfp dégage surtout de la surface de l peau et deï vo es snimoir que le danger spécial couru par les médecins qu en paTpan 1^ ' . auscultant, subissent, plus que personne, cette do^b,: ÏÏue ^ " o^bifit:' vîd aT
n/prin„ia ô T ^ ^ ^"^'^ également ressentie. (Voy. p 6G )
so tf lac s ren^^'^"'^ ''''^^ ^ délelo'pp'e; cliL des
^ cette affect on Zt7T ^'«érieurement servi à des malades atteints de
Crimée. Nous avons ci^é /n t '" "'"^^ '''''''
' des navires ^ """"P^' '^""'^''^ à bord
le typhus parmi les populations civiles de l'est et du nord de la France ; ces populations étaient prédisposées par une longue période de misères antérieures, enfantées par les guerres incessantes du premier empire. Dans des conditions opposées, cette réceptivité sera moindre, ou fera défaut : ainsi, les soldats suisses revenant du siège de Gaëte (1860), atteints de cette affection, ne la répandirent pas en Suisse; absolument comme nos soldats revenant de Crimée (1856) ne la communiquèrent qu'à un nombre minime de personnes, soit à Constantinople, soit à Marseille, soit à Paris.
La môme raison peut expliquer pourquoi tant de personnes vivent impunément au contact des typhiques, à Londres, à Saint-Pétersbourg, par exemple, oîi les atteintes demeurent limitées à la partie la plus pauvre de la classe ouvrière; pourquoi, au contraire, dans des conditions de misère exceptionnelle, des groupes entiers depo-' pulation ont été atteints et détruits par le typhus comme à Vilna où, sur 30,000 prisonniers français, en 1813, il en mourut 23,000 (dont 83 pour iOO du typhus).
G. Comparaison entre le miasme originel typhigène et le vii'us engendré par les malades, — L'analogie des conditions où se développent les deux causes en rend la distinction souvent difficile ; elle a été le point de départ de la doctrine de leur unicité sous forme parasitaire, doctrine d'ailleurs entièrement hypothétique (i). C'est un fait remarqué souvent que le contage du typhus, c'est-à-dire le virus élaboré par l'organisme, est moins redoutable que les miasmes engendrés par les maladies typhigènes : « la puissance infectieuse des Arabes faméliques était telle sur les Européens, que j'ai dû la regarder comme beaucoup plus active dans la production du typhus que ne l'est le typhus lui-même, traité dans de bonnes conditions hospitalières (2). »
De môme Jules Arnould : « Le typhus fait a moins d'énergie que le typhus à Vétat naissant (3). »
Comme pour la fièvre typhoïde, l'infection domine la contagion. L'élaboration par l'organisme humain du miasme originel donne cependant à ce miasme, en le transformant en virus, un caractère de cause plus précis, mieux déterminé ; Fauvel a insisté sur cette transformation qui rentre dans la série de considérations exposées
(1) Hallier a naturellement invoqué la présence dans le sang de germes animés; il les a rapportés à l'espèce Rliizopiis nigricans, d'Ehrenberg, opinion dont l'inanité a été souvent démontrée, notamment par Rosenstein.
(2) J. Périer, Efjfels de la misère et du typhus dans la province d'Alger.
(3) Jules Arnould, art. Famine, in Dict. encycl. des se. méd.
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plus haut sur les rapports du miasme au virus (I). C'est parce qu'en devenant virus, la cause morbide prend, si l'on peut ainsi dire, une personnalité plus nette et plus tenace que les maladies engendrées par elles sont plus uniformes, et qu'en outre elle peut transporter au loin le typhus lui-même; des éléments morbifiques produits par un foyer d'élaboration de celte maladie, ce n'est pas une vague influence typhigène, c'est le virus, qui, en général, se dé tache pour propager la maladie hors de ce foyer (2).
D. Prédispositions individuelles. — Age et sexe. — Il n'y a pas d'âge pour le typhus, et la réceptivité individuelle n'a guère d'obstacle qu'une atteinte antérieure ou Tassuétude au miasme. Si c'est là surtout une épidémie de guerre, ce n'est point que le sexe masculin soit doué d'une aptitude spéciale; les mêmes conditions agiraient sur les femmes. Sur 12 décès pendant la récente épidémie de l'île de Molène (Finistère), 10 aRpartenaient au sexe féminin, excédant attribué surtout à ce que, « pendant la période épidémique, les hommes passaient la majeure partie de leur temps à la mer, tandis que les femmes restaient à la maison pour soigner les malades, et les veillaient pendant la nuit (3). »
Race. — Les prédispositions au typhus varient-elles suivant les races? Cette question a été tranchée dans des sens complètement opposés, les uns affirmant l'égale prédisposition de tous les peuples, les autres affirmant leur différence absolue. Non-seulement en Irlande, mais à Londres, l'Irlandais est plus atteint que l'Anglais, celui-ci que les étrangers. Nous constatons des faits du même genre dans le nord-est de l'Europe; les populations slaves sont plus spécialement prédisposées, et l'Allemand dirait volontiers du Polonais ce que l'Anglais dit de l'Irlandais : que sa naissance l'a voué au typhus dont le germe, comme une malédiction, le suivra dans ses plus lointaines émigrations (4).
(1) Livre U, p. 181 et suiv.
(2) « Il y a quelques années, un vaisseau égyptien, le S/ieah-Gehald, arrive ;\ Liverpool avec des passagers épuisés par les fatigues d'une pénible traversée et a teints de dysenterie. Au contact de ces passagers, le typhus éclate à Liverpool, et ce lait est cité aujourd'hui comme preuve de la création du typhus dans des conditions d infection qui, importées seules, auraient causé l'épidémie. Or, suivant Parkes, le typhus existait à bord de ce bâtiment et il y aurait eu Ih un simplefait de transmission. (Léon Colin, art. Miasm., p. 518, 1873.)
■3 Jules Rochard, Note sur le typhus exanihém. de Brelagne, loc. cit., p. 8ô5.
W Ces formules ont été presque toujours prononcées par des auteurs peu sympathiques aux populations dont ils accusaient la prédisposition au typhus. Ils ont ouwié que la cause dominante du mal était la misère de ces populations, et non
Ces prélendues différences entre peuples s'efîaceront devant l'identité des conditions d'encombrement et de misère.
On pourrait dire, aujourd'hui, d'après l'état sanitaire habituel de la France, où le typhus ne dépasse pas quelques localités de l'extrême Bretagne, d'après l'absence de lout cas de typhus confirmé pendant les sièges de Paris et de Metz (1870-1871), que notre race est réfractaire à cette affection; et, pourtant, les atteintes des Français en Algérie, en 1868, paraissent indiquer chez eux une réceptivité relativement prononcée pour le miasme ou le virus typhique; en Grimée, d'après la répartition de l'épidémie dans les armées alliées, on eût pu même conclure, en dépit de la géographie du typhus endémique, à une prédisposition plus grande chez nos soldats que chez les soldats anglais et irlandais ; mais la différence des conditions hygiéniques des deux armées suffisait à expliquer cette modification de leurs réceptivités respectives.
Les prédispositions individuelles ont une influence considérable non-seulement sur la fréquence et la gravité de l'affection, m lis sur la rapidité d'imprégnation de l'organisme.
De 4 à 5 jours en moyenne, l'incubation peut se réduire à quelques heures, ou se prolonger pendant 8 ou 10 jours suivant les conditions de misère et de fatigue imposées aux sujets.
Ainsi, d'après Vital (1), des fatigues entraînées par une marche forcée, par une course à pied, abrégeront la durée de cette incubation qui sera plus lente chez les individus soustraits à cette cause d'épuisement. En revanche, des organismes déjà en puissance d'incubation, mais placés dans des conditions hygiéniques favorables, seront atteints plus tardivement, et plus légèrement ; quelques-uns même parviendraient, avant toute manifestation pathologique, à se débarrasser du contagium, à échapper h la maladie?
3" Evolution et durée. — Celte évolution diffère entièrement dans les pays d'endémicité du typhus, et dans ceux où il est advcntif. Dans les premiers, le germe typhigène existe toujours à l'état complet, pour ainsi dire ; chaque épidémie est constituée par une série de contaminations, analogues à celles qui constituent les épidémies de variole et de rougeole ; l'hiver n'est point nécessaire à l'apparition de la maladie (p. 427] ; moins saisonnière que la fièvre
une influence originelle; comme le prouve l'histoire môme du (yphns qui jadis éclatait dans toutes les régions du mjiide, parce que jadis il y rencontrait en permanence les conditions d'insalubrité qui actuellement n'y sont plus qu'accidentelles ou limitées.
(1) Vital, Le typhus dans la province de Conslanline en 186S, t. XXll, p. J/.
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typhoïde (Murchison), ses interruptions multiannuelles sont dues à la somme des immunités conférées par les atteintes .et l'accoutumance. Au contraire, oîi le typhus n'apparaît qu'éventuellement, où il est créé de toutes pièces, l'épidémie est précédée d'une .période d'enfantement caractérisée par toutes ces affections prémonitoires dont les médecins de l'armée de Crimée, notamment F. Jacquot, nous ont donné le tableau, et dont Fauvel a indiqué les traits les plus remarquables devant l'Académie de médecine. Le foyer épidémique se développe progressivement, entraînant à chaque degré des états morbides de plus en plus voisins du typhus, jusqu'à ce qu'enfin apparaisse le type indéniable et complet de l'affection. Cette période prodromique pourra durer des mois; elle pourra n'être que de quelques jours dans des milieux oh. les éléments Lyphigènes sont condensés et agissent à haute pression. pour ainsi dire, dans un vaisseau, un hôpital, un bagne. Ici l'évolution est soumise d'une façon absolue à la saison, les rigueurs du froid en nos climats étant nécessaires à la réclusion qui détermine l'encombrement typhigène.
Les allures cliniques des épidémies de typhus seront dès lors, on le comprend, très-variables suivant qu'elles se développeront sur l'un ou l'autre de ces théâtres. Tandis que Murchison et Jenner à Londres, Magnus Huss à Stockholm, Bolkin à Saint-Pétersbourg décrivent, sous ce nom, une maladie aussi régulière en ses allures que la variole, nous voyons dans les épidémies de Crimée (185 i- I806;, d'Algérie (1868), le chiffre des cas réguliers perdus dans le nombre considérable des formes anomales.
C'est que l'affection ne se manifeste avec toute sa netteté, sous cette forme à laquelle Hildenbrand a donné le nom de Typhus solitaire, que chez ceux qui n'ont pas d'autres maladies, qui ne la contractent que par contage, comme il advient surtout dans le Nord, où le germe en est permanent. Au contraire , où le typhus se produit de toutes pièces, où il est originaire, à côté des cas types, le nombre sera grand des individus affaiblis par les conditions même d^élaboration du miasme typhique, et chez lesquels l'organisme n'offre plus les conditions voulues pour l'évolution clinique régulière et complète.
Le tableau clinique devient complexe, constitué par un mélange de cas de typhus et de maladies faméliques, ou infectieuses banales comme la diarrhée; le même foyer typhigène développera chez les uns de simples affections intestinales, diarrhée, dysenterie, chez d'autres les différentes formes du typhus (Périer, Leplat, Frison) .
P. Jacquot, Fauvel l'ont fait bien ressortira propos de l'épidémie de Cnmée (1854-5G).
En Crimée, comme à Gonstanlinople, la majorité des victimes du typhus étaient atteintes de diarrhée, de dysenterie, de scorbut. Le passage de ces maladies à l'état lyphique s'opérait d'une manière presque inappréciable; beaucoup succombaient chez qui cette redoutable transformation ne s'était trahie que par la stupeur, les accidents pulmonaires, sans que les phénomènes fébriles et les éruptions habituelles aient trouvé le terrain apte à leur manifestation.
La preuve la plus frappante de ces influences de réceptivité personnelle ressort précisément en cette dernière épidémie, de la comparaison des faits observés alors en France à ceux qui se manifestaient en Crimée même ou à Constanlinople.
Au Val-de-Grâce oîi le typhus avait été importé, tous les cas furenl d'une régularité remarquable, et donnèrent lieu à cette relation de Godélier qui en a fait admirablement ressortir la précision et l'uniformité ; on dirait une épidémie de fièvre exanlhématique. C'est qu'ici tous ces cas étaient des malades atteints de typhus communiqué, du typhus solitaire d'Hildenbrand,
Il semble donc qu'une détérioration trop complète de l'organisme puisse entraver l'évolution normale du typhus, et l'individu meurt surtout des affections congénères (diarrhée, pneumonie adynamique, etc.). Dans les agglomérations circassiennes, a dit Fauvel, plus les misères se prolongeaient, plus les maladies et la mort faisaient de ravages, moins le typhus exanthémalique était accentué.
Les cas types se manifestaient chez les personnes imprégnées seulement du germe contagieux, mais vivant en dehors des conditions morbiflques au milieu desquelles vivait la masse contaminée (Fauvel) . Plus loin, Fauvel insiste encore sur le fait remarquable du typhus se développant « de préférence, dans sa forme la plus nette, chez les personnes saines qui entouraient les malades, chez les médecins» les infirmiers, les sœurs^de la Charité, parmi les équipages des navires chargés d'émigrants, parmi les populations en rapport avec eux. »
Il en fut de même en Algérie, notamment en 1868; on sait à quel degré de misère organique, à quelle puissance de procréation typhique était tombée la population arabe; eh bien, ces Arabes, qui succombaient à des accidents faméliques (diarrhée, entérite, dysenterie, etc.), n'offraient point les symptômes du typhus que les Européens contractaient à leur contact. (Voy. p 116.)
4° Morbidité et mortalité. — La fréquence et la gravité des épidé-
MALADIES INFECTIO-CONTAGIEUSES. 65,9 raies varient, suivant le voisinage et l'intensité du foyer générateur, suivant les proportions relatives des cas de typhus originaire où là résistance de l'organisme est détruite à l'avance et des cas de typhus communiqué, ou solitaire. En Grimée, où le typhus se faisait on vit disparaître presque entièrement le personnel, médecins, infirmiers et malades de certaines ambulances encombrées [370 décès sur 375 typhiques à l'ambulance Gout!!! (1)1, alors que, dans nos hôpitaux de France, ce même typhus donnait une mortalité égale ou même inférieure à celle de la fièvre typhoïde (14 décès sur 100 malades au Val-de-Grâce en 18S6). Ici les organismes antérieurement intacts ne prenaient le mal que par contage ; là-bas on mourait, non-seulement du typhus, mais de l'affaiblissement créé par tous les états morbides congénères.
Dans les conditions où les foyers générateurs eux-mêmes sont peu intenses, la mortalité sera souvent très-faible. Telle fut l'épidémie de I lie de Molène, sur les côtes du Finistère (2), qui n'entraîna que 4 décès sur 100 malades.
5° Rapport avec la fièvre typhoïde. - La connexité des causes qui engendrent le typhus et la fièvre typhoïde permet de pressentir un grand nombre de circonstances où coïncideront ces deux affections • c est ce qm est arrivé à Gonstantinopîe en 1833 et 1856 dans les hôpitaux militaires français; c'est ce qui arrive journellement en Angleterre, en Suède et en Allemagne. Cette coexistence, sur un même terrain, de ces deux formes morbides, est une des meilleures preuves à notre sens de la différence de leurs germes; autrement, si chacune d elles avait son domaine respectif et exclusif de l'autre on pourrait accepter l'idée émise par divers épidémiologistes de l'identité de leur nature, leurs différences cliniques dépendant peut-être des influences de sol et de climat.
Tout en reconnaissant combien les modalités symptomatiques de ces deux maladies peuvent varier de façon à enlever à chacune del es ses caractères les plus expressifs, à les rapprocher lune de autre, nous considérons comme jugée aujourd'hui la question dans rrZ ? • qui a toujours été enseignée au Val-de-
H ni.!.' r 7°'.' ™' ^^''^ considérations étiologiques, chniques et anatomiques dont voici le résumé (3).
(1) Félix Jacquot, Du typhus de Varmée d'Orient
2 J"'es Rûcha,d Note sur le typhus exanlhém. de Bretagne, loe. cit., p. 855.
rrSadZTZ^'^'T '''' ^ I'^^-'-^' traité des
^'•aaies et épidémies des armées, ^, 280.