INDICATIONS ET BASES. 89S
l'aclion de cette cause, sans empêcher celle-ci de pénélrer dans un milieu où elle ne se développera que difficilement ; on s'est malheureusement laissé aller à considérer ces deux ordres de mesures comme constituant deux méthodes distinctes, inconciliables. La première a été exclusivement prônée parles contagionnistes à outrance qui ne voient dans toute propagation épidémique qu'une série d'actes morbides, fatalement imposés à des milliers d'organismes semblables, quelles que soient les conditions hygiéniques locales, par le contact d'un germe identique ; la seconde est la devise des partisans de la spontanéité morbide, des anticontagionnisles qui, considérant l'assainissement d'une région comme une garantie suffisante contre tout danger de ce genre, oublient trop souvent à leur tour que les épidémies peuvent se propager dans les locaUtés les plus salubres, et qu'il y a par conséquent à opposer, aux affections transmissibles, d'autres entraves que celles d'une hygiène banale qui jamais n'aura la vertu de conférer aux masses, contre les causes morbides spécifiques, une immunité comparable à celle que produit l'anéantissement ou l'éloignement de cette cause. Chacune de ces méthodes pèche donc par son exclusivisme.
S'il y avait à choisir, nous dirions que la première, employée seule, est contraire à la dignité de l'homme, par la fréquence et l'abus des séquestrations qu'elle lui impose ; elle est contraire au bien-être et à la santé même des populations en négligeant, parce qu'elle les méconnaît, tous les dangers des foyers d'infection locale; elle constitue encore aujourd'hui, au temps des grandes calamités épidémiques, toute la sauvegarde de certains peuples arriérés, dont la misère morale égale la misère physique, et qui, superstitieux en tout, s'attachent aux mesures de séquestration quarantainaire avec le fanatisme de toutes leurs croyances, et sont prêts, au premier signal, à les soutenir par les actes les plus violents et les plus aveugles. La méthode de prophylaxie locale, par l'assainissement du pays menacé, par l'amélioration de toutes les conditions sociales de ses habitants, offre, au contraire, cet avantage immense d'inaugurer, et d'affirmer pour les peuples, une ère de bien-être et de prospérité; au lieu d'avoir une influence prophylactique limitée à une seule affection, toute mesure d'assainissement locale est une garantie contre le développement d'une série de germes pathologiques. On pourra donc recueillir, contre la propagation d'une maladie épidémique, les avantages de moyens préparés contre une autre. Dans sa circulaire n" 1 (Washington,
896 PUOPOYLAXIE DES ÉPIDÉMIES.
juin 1868), le chirurgien général de l'armée des États-Uunis attribue l'immunité relative de la garnison de la Nouvelle-Orléans contre le choléra aux précautions hygiéniques prises en vue d'une invasion de fièvre jaune. L'hygiène ne perd jamais aucune de ses conquêtes; et ces mesures, quelle qu'en soit la nature, ont, comme l'a dit Monlau (1), l'avantage de produire des résultats efficaces et permanents, ce qu'on ne peut dire toujours des moyens quarantainaires et curatifs. L'assainissement et l'immunité qui en résulte profiteront à la prophylaxie des maladies autochtones ; et, à l'égard des épidémies exotiques, elles survivront aux relations internationales des peuples qui, dans tant de circonstances provoquées soit par la guerre soit par de simples intérêts commerciaux, peuvent être amenés à oublier ou à dénoncer leur solidarité en matière de police sanitaire.
Mais le vrai progrès, c'est l'association de la prophylaxie hygiénique et de la prophylaxie administrative. De cet accord résulte un régime sanitaire plus rationnel et complet, dont on peut, au gré des circonstances, appliquer spécialement l'un ou l'autre élément, et grâce auquel les mesures quarantainaires, si aveugles et si imparfaites jadis, ont emprunté déjà à la prophylaxie hygiénique les principes fondamentaux de leur installation moderne.