INDICATIONS ET BASES
l'imperfection du service général des médecins des épidémies dont quelques-uns sont doublement méritants par l'élan personnel avec lequel ils suppléent à l'inertie administrative.
2° Variété des indications prophylactiques. — La prophylaxie des maladies populaires ne peut, pas plus que leur étiologie (p. 37) et leur évolution (p. 359), se résumer en l'application de formules uniformes et banales.
Il est des maladies dont la prophylaxie est aussi nettement déterminée que la genèse: contre la variole, produitexclusif ducontage, l'homme possède une arme équivalente à la cause morbide, et spécifique comme elle : la vaccine.
La lutte est moins simple contre les autres affections, spécifiques ou non. Elle pourra être encore absolument efficace, nous l'avons vu pour les armées en campagne (p. 339-341), contre les maladies résultant d'influences morbides relativement concrètes ou accessibles : impaludisme, insuffisance et intoxications alimentaires, causes typhigènes, infection nosocomiale.
Il n'en sera pas de même désaffections qui dépassent les moyens de l'homme par l'élévation ou l'expansibilité de leurs causes, comme les maladies climatiques, les maladies contagieuses à virus difi"usible, ou par l'obscurité de leur genèse : endémies et maladies pestilentielles. Mais encore ici ne faut-il pas se considérer comme désarmé ; si l'on ne peut anéantir les influences dont elles relèvent, on peut singulièrement les atténuer. Ce n'est pas seulement la cause efficiente, le germe spécifique qui doivent être l'objectif de cette lutte ; ce sont tous les éléments qui constituent le milieu épidémique, éléments dont nous avons vu (p. 189) le concours féconder les causes les plus minimes, et la dissociation stériliser les germes les plus abondants (1).
La prophylaxi e variera suivant les conditions de lieu, de saison, de réceptivité des agglomérations, autant de circonstances qui rendent la même maladie populaire facilement réalisable, ou presque impossible.
II faut bien, ici, diriger ses efforts en sens différents et lâcher,
« Les médecins des épidémies se plaignent souvent de n'être pas avertis de l'apparition des épidémies. » Briquet, Rapp. sur les épid. de 187G.
(1) C'est en généralisant des faits extra-médicaux que Pasteur a pu dire : « Il n'y a pas de milieux épidémiques; ce qu'on appelle de ce nom correspond, suivant moi, et je l'ai prouvé jusqu'à l'évidence pour la pébrine des vers à soie, à une abondance plus ou moins grande des germes de la maladie. » Voy. Bull. Acad. de mé'J., 1879, p. 79.
nous l'avons dit, de trouver, en celte chaîne d'éléments nuisibles, un anneau plus facile à briser que les autres.
Suivant qu'il exercera dans les climats froids ou chauds, dans les villes ou les campagnes, qu'il aura la responsabilité de la santé d'un lycée, d'un régiment, d'une prison ou de l'ensemble de la population, suivantl'époque de l'année, le médecin devra prévenir la formation des milieux épidémiques les plus différents. Les mômes conditions apparentes de misère et d'infection lui feront redouter ici la peste, là le typhus, ailleurs la fièvre jaune ou le choléra; il n'est point un pays qui ne présente ses degrés particuliers de prédisposition ou d'immunité à l'égard de ces fléaux.
Les maladies même les plus similaires réclament des pratiques différentes; nous admettons l'opportunité contre chacune d'elles de mesures générales d'hygiène publique, mais la lutte, pour être efdcace, doit descendre à l'application de pratiques de détail spéciales à chacune d'elles. La prophylaxie de la fièvre typhoïde diffère de celle du typhus, comme la fièvre jaune diffère à cet égard du choléra et de la peste.
Les modifications subies dans l'espace et le temps par une même affection ne permettent même pas de formuler des lois de prophylaxie invariable. La combattre aussi énergiquement en tous lieux serait une erreur de géographie ; la combattre aussi énergiquement en tout temps un anachronisme (1).
3° Deux modes principaux de prophylaxie. — L'ensemble de la prophylaxie des épidémies comprend l'application de deux ordres de moyens, les uns d'ordre administratif: évacuation des foyers épidémiques, isolement, quarantaines, etc., dont l'ensemble constituera la police sanitaire, -les autres, d'ordre hygiénique : assainissement de l'atmosphère, du sol, des eaux, des demeures, hygiène alimentaire, etc.
Les mesures administratives agissent, souvent aux dépens de la liberté humaine, contre la propagation du germe de l'affection ; les mesures hygiéniques ont surtout pour but, elles, de rendre un individu, une localité , parfois un pays entier réfractaires à
(1) Quand, en suivant leur histoire dans la suite des siècles, nous voyons !a peste, le choléra, la fièvre jaune, couvrir parfois de vastes surfaces, parfois au contraire se limiter en épidémies très circonscrites et jouer successivement le rôle principal parmi les fléaux qui menacent la vie humaine, nous sommes bien obligé de reconnaître la variabilité des conditions de développement des maladies épidémiques, et par conséquent l'inégalité des circonstances dans lesquelles on a cherché à s'en préserver (Léon Cohn, art. Quarantaines).