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DÉSINFECTION ET ISOLEMENT

10 Désinfectants. — Aux miasmes et aux virus s'adresse la désinfection dont les principaux agents sont : l'air, la chaleur, l'eau, la terre, puis les désinfectants chimiques.

«illi^rt"* '"P/"»''"" Côte d'Or de Guinée (1873-1874), les troupes

ÏL eThUr ' ''""^'"^ ^^^P'''^' S'^- P'-^>-'é« avec des

hts en bambou éloignant suffisamment les hommes d'un sol meurtrier.

(2) « Erant qui crederent veterem illam formam salubritati magis conduxisse • quoniam angust.iB itinerum, et altitude tectorum non perindè solis vapore perrumperentur; at nunc patulam altitudinem, et nuUâ umbrâ dofensam gravLe œstu ardescere. » Tacite, Annales, lib. XV.

Léon Colin. — Malad, épidém.

Air. — Le rôle considérable que nous avons attribué h l'atmospbère dans l'évolution des épidémies (p. 289 el357) justilie d'avance sa valeur prophylactique. L'aération agit chimiquement par l'oxydation des madères organiques, et physiquement par leur dispersion. Elle intervient déjà dans l'assainissement du soldent le drainage non seulement enlève une quantité d'eau favorable à l'élaboration miasmatique, mais favorise l'aération et précipite la combutiondes matières organiques dont il est imprégné.

La ventilation atmosphérique, plus active que cette ventilation souterraine, a été la base de la prophylaxie opposée à toutes les émanations morbifiques et dans tous les milieux ; les abattages de forêts, les grands feux, allumés dans les campagnes impaludées à l'époque dangereuse de la moisson, entraînent le renouvellement des couches miasmatiques de l'atmosphère; c'est la dispersion et l'oxydation par l'air qui limitent les atmosphères virulentes et miasmatiques, aussi bien celle de la variole (p. 552) que du typhus (p. 643) et des maladies pestilentielles (p. 863) ; le sereinage, ou exposition à l'air et à la rosée nocturne des objets contaminés, en était une application (1). L'aération devient surtout pratique dans les limites d'un foyer miasmatique circonscrit; à elle de combattre et de prévenir l'encombrement; les demeures privées, mais surtout les demeures communes : caserne (2), navire (3),

(1) Léon Colin, art. Qcarantaines, in Dict. encycl. des se. méd., p. 35.

(2) Aux casernes monumentales du passé, on substituera, autant que possible, les pavillons isolés (block-system) à un étage au plus, faciles à ventiler par leurs fenêtres opposées, ne recevant que de :0 à 30 hommes, n'imposant plus le danger de leurs émanations communes à des masses superposées (Voy. Moraclie, Traité d'/njg. milit., p. 269-277).

(3) Le Roy de Méricourt a fait ressortir merveilleusement l'avantnge de 1 assainissement des navires par la ventilation au moyen d'une cliarabre à air sous le chargement : « On comprend l'importance de cette chambre à air qui rend accessibles tous les recoins de la cale, assure la libre circulation des eaux et devient un point de départ indispensable de tout système vraiment efficace de ventilation. Le jour où elle sera établie à bord de tout navire, concurremment avec un ensemble de tuyaux d'aspiration entrant dans la construction même du bâtiment, et communiquant, soit avec la cheminée de la machine, les cendriers des fourneaux ou la base des mâts de fer creux, le navire respirera par lui-même comme un organisme vivant. On aura assuré, du même coup, la santé des équipages, la conservation du chargement, l'intégrité des carènes, et la partie la plus importante du problème si complexe de l'assainissement des navires sera résolue.

« Ces dispositions, qui, adoptées sur plusieurs bâtiments de la compagnie royale de l'émigration anglaise, ont donné d'excellents résultats, acquièrent une importance autrement grande lorsque le navire, pendant une relâche sur un point du littoral, a contracté les germes d'une épidémie transmissible et importable. S il

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hôpital (1), seront édifiées dans les conditions les plus favorables à leur ventilation.

Eau. — L'eau, élément de désinfection générale et personnelle, agit par lavage ou par immersion. Contre les foyers putrides de nos demeures, et surtout contre le fécalisme, aucun désinfectant chimique n'a la valeur d'un incessant lavage par des masses d'eau suffisantes. On recourt à l'immersion dans le noyage des marais, dans le sabordement des navires (art. Quauantaines, p. Hl). Mais, en ces deux cas, le moyen n'est que palliatif, il ne fait que recouvrir le danger sans le détruire ; les marais noyés reprendront leur nocuité sous l'influence de la chaleur; les navires sabordés ne seront pas radicalement désinfectés comme par le flambage (voy. ci-après, Chaleur), et seront définitivement compromis par l'humidité persistante de leurs parois.

Quelque opinion que l'on ait sur le mode pathogénique des eaux

n'est point doté d'un système de ventilation constant et pour ainsi dire automatique, qui, à chaque instant, vient renouveler toutes les couches d'air de la cala et des faux ponts, le navire contaminé restera lui-même un foyer flottant qui menacera la santé des populations de tous les points avec lesquels il commuuiquera. Avec une ventilation constante, aspirant les couches d'air inférieures au chargement supporté par des parquets métalliques à claire voie, la purificalion du navire, momentanément infecté d'une épidémie, commencera dès le jour où il quittera le mouillage, et durera autant que la traversée. Quand il jettera l'ancre au port d'arrivée, des millions de mètres cubes d'air auront traversé son chargement en tous sens, la quarantaine n'aura plus de raison d'être; il suffira d'isoler les malades, s'il en existe encore, et le déchargement n'offrira plus aucune chance funeste » (Le Roy de Méricourt, Rapport sur les progrès de l'hygiène navale, 1867). Senftleden a récemment exposé les principes de ventilation des navires soit par extraction de l'air vicié, soit par propulsion, à l'intérieur, de l'air pur du dehors. (Senftleden, Ventilation dam la ma)H?ie ^narchande, in Viert. fur off. gericht vied., t. XXV, p. 84, et Revue scient., p. 517, t. X.)

Grâce à la remarquable installation des vaisseaux-hôpitaux de l'expédition d'A-" byssinie (18G7), le médecin en chef de cette expédition, de Massy, a transformé en milieux d'une salubrité parfaite ces établissements souvent si dangereux et a singulièrement diminué, pour sa part, tout ce que l'on pouvait redouter d'une semblable campagne; tant il est vrai, dirons-nous avec Le Roy de Méricourt, qu'une bonne hygiène est un des éléments qui concourent à l'organisation de la victoire.

(1) La ventilation des hôpitaux sera également assurée par la réduction da leurs proportions monumentales; nous dirons plus loin les avantages de leur scission en pavillons isolés, peu élevés (Voy., p. 990 : Installation nosocomiale). Ne pouvant décrire ici aucun des systèmes employés ou proposés pour l'aération de ces établissements, nous ferons seulement remarquer que la plupart des appareils généraux de ventilation offrent l'inconvénient de déterminer, dans les salles qu'ils traversent, un courant plus ou moins direct entre la bouche d'entrée et la bouche desortie, sans agir sur toute l'atmosphère de la salle, spécialement sur l'air retenu stagnant dans les angles de la pièce, ou dans les objets de literie du ma-

impures, qu'elles agissent comme réceptacle et véhicule d'un agent spécifique ou, plus banalement, comme toute cause d'infection (p. 109 et 179), une des conditions d'assainissement des foyers de maladies infectio-conlagieuses est la pureté absolue des eaux de consommation.

Tertre. — L'action de la terre s'allie à celle de l'eau, dans l'assainissement des villes dont le cours des égouts entraîne les détritus excrémentitiels sur des surfaces poreuses, destinées à leur épuration et à leur utilisation agricole (1). Là où l'eau manque, la terre peut lui être substituée surtout comme désinfectant de latrines. Les rapports de Buchanan et de N. Radcliffe en Angleterre, de Hirsch et Pettenkofer en Allemagne, les résultats obtenus par Fée en Algérie témoignent de l'efficacité de la terre sèche (earlhsystem) en cette désinfection, dont E. Vallin a indiqué les avantages et les modes d'application (2).

Chaleur. — Le feu est le purificateur par excellence ; dès le quinzième siècle « les Vénitiens promenaient, à l'intérieur des parois des vaisseaux suspects de contamination pestilentielle, une torche enflammée afin de brûler toute la matière susceptible adhérente à ces parois » (3). Cette carbonisation superficielle est encore de nos jours (4) le meilleur mode d'assainissement des navires. En conseillant l'installation des varioleux sous des baraques en bois (voy. plus loin, p. 996), nous avons eu surtout en vue la facilité de la destruction du contage par la combustion superficielle ou complète de ces baraques ; c'est en brûlant les maisons contaminées qu'on assainit les foyers pestilentiels ; c'est en détruisant par le feu le contenu des matelas qui ont servi aux femmes en couches, que Tarnier a diminué les dangers du service de la Mater-

lade ; le typhus, la fièvre puerpérale, etc., se transmettent généralement de lit en lit, preuve de la nécessité d'une aération locale de celui qui en est atteint. Ramon de Luna a proposé un système qui, au lieu de s'appliquer à la collectivité des malades, pourrait ne s'adresser qu'à ceux dont l'aflfection est de nature à produire des miasmes dangereux; il appelle ventilateur clinique cet appareil qui par aspiration, soustrait l'atmosphère propre du malade, et spécialement l'air retenu dans le matelas (Léon Colin, art. Miasmes, p. 547). Hudelo démontrait récemment encore l'utilité de ce mode d'aération (Hudelo, Des orifices d'accès et de sortie de l'air dans la ventilation, Paris, 1879).

(1) Schlœsing, Assainissement de la Seine {Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., t. XLVII, p. 193, 1877). — Schlœsing et Durand-Claye, Rapp. sur l'ait, des cours d'eau, 1878.

(V) E. Vallin, De la désinf. par les poussières sèches, in Rev. d'hijg., t. I, p. 4.J. (3) L. Colin, art. Quarantaines, p. 37. ^4) Id., ib., p. 111.

nité de Paris. On devrait être plus libéral de ce moyen. On sait l'utilité du flambage préalable des appareils et instruments de chirurgie. Si la combustion rend l'air optiquement pur et détruit toutes les poussières atmosphériques (Tyndall), il est probable qu'elle détruit aussi bien des produits gazeux dont l'innocuité n'est pas absolue à nos yeux (p. 81).

Il importe, dans la pratique, de concilier l'action désinfectante de la chaleur avec l'intégrité des objets soumis à cette action. Une température voisine de -f- 100° ou très légèrement supérieure ne compromet pas la solidité des étoffes de laine et de coton; elle n'en altère la coloration qu'à la condition d'être prolongée ou inégalement répartie (1).

Il nous est impossible d'afflrmer que l'influence préservatrice de celte température voisine de 100 degrés soit le résultat de la destruction des germes parasitaires ; les recherches récentes de Pasteur et Chamberland prouvent la résistance, à des températures plus élevées, de divers microbes. L'action désinfectante de la chaleur ne tient-elle pas simplement à l'arrêt de putréfaction des matières organiques ?

La prédominance de la variole et de la peste pendant l'hiver semble les rendre plus spécialement justiciables de la désinfection par la chaleur ; ces deux maladies rappellent la vaccine dont le virus devient si fréquemment inerte dans les pays intertropicaux, et qui, chauffé artificiellement jusqu'à 60% perd sa puissance (2).

Ces données seront appliquées par la construction d'étuves spéciales dans les hôpitaux, dans les quartiers populeux, par l'utilisation de la vapeur des navires à la désinfection des efl'ets suspects ; elles l'ont été récemment (1878) par l'emploi de la vapeur des locomotives pour la désinfection, en wagons clos, des effets et habillements des troupes russes à leur rentrée de Turquie.

Désinfectants chimiques. — Ce sont des moyens adjuvants des précédents; ils n'y suppléent pas. Plus nous étudions la prophylaxie des maladies épidémiques, plus nous sentons croître notre méfiance à l'égard d'une foule de procédés chimiques de désinfection avec lesquels on a prétendu neutraliser, jour par jour, heure par heure, à mesure de leur production, tous les détritus organiques, et surtout les résidus excrémenliliels qu'on laisse impni-

(1) F. de Chaumont, Report on the effect of liigh temp., etc., in the Lancet, déc. 1876. — E. Vallin, De la désinfection par l'air chaud, iii Ann. d'hyg., 1877.

(2) Baxter, Rech, expérim., etc., in Dubl. journ., sept. 1878.

demment s'accumuler dans les demeures ; ceux qui ont cru pouvoir, avec le sulfate de fer seul, protéger l'homme contre les émanations putrides, banales ou spécifiques (matière cholérique, typhoïde, etc.), n'ont pas été plus dans le vrai que ceux qui ont pensé, par un dégagement de chlore, assainir une salle d'hôpital ou de caserne, et détruire le miasme de l'encombrement sans ouvrir les fenêtres.

Il est d'opinion vulgaire, opinion très fondée d'ailleurs et souvent consacrée par les règlements sanitaires (art. 44 du règlement de 1853), que l'insalubrité d'un milieu, hôpital ou navire, se révèle surtout par l'accumulation de matières en putréfaction, offensant le sens de la vue et surtout celui de l'odorat. Personne ne reconnaît mieux que nous les qualités nocives d'un local souillé de matières putrides; mais on a conclu trop volontiers qu'il suffirait de dissimuler ces odeurs par des odeurs plus fortes : nous avons passé en revue une série d'antiques méthodes, opposant au miasme pestilentiel les émanations les plus diverses, depuis celles de la putréfaction animale jusqu'à celles de parfums spéciaux, fournissant par la combustion une quantité considérable de produits gazeux et irritants (1). Nous nous sommes même demandé si ces gaz, occasionnant une sécrétion abondante des muqueuses buccale et nasale, ne pouvaient être comparés, dans leur action, aux diverses substances sialagogues ; gentiane, genièvre, girofle, vinaigre, conseillées par un grand nombre de loïmographes, pour diminuer les dangers des rapports avec les pestiférés ; de part et d'autre, l'augmentation de la sécrétion muqueuse et salivaire n'entraînait-elle pas l'élimination ou n'entravait-elle pas l'absorption du miasme par les voies digestives ou respiratoires ?

Mais le danger des atmosphères miasmatique et virulente ne se mesure pas seulement aux odeurs qu'elles exhalent (p. 66), et telle maison dont on a rendu l'atmosphère irrespirable par la masse de vapeur (chlore, acide sulfureux, acide phénique) dont on l'a saturée peut, médicalement parlant, ne pas être désinfectée.

Les désinfectants chimiques s'adressent : soit à ces atmosphères miasmatique ou virulente, et consistent en gaz ou en liquides pulvérisés, doués en général de propriétés oxydantes (chlore, acide hypoazotique, vapeur de soufre, nuages phéniqués), plus ou moins préconisés aux dépens l'un de l'autre (2) ; soit à la source del'infec-

(1) L. Colin, art. Quarantaines, p. 22, 37, 108.

(2) Suivant Smith et Ramon de Luna, l'acide liypoazotique, moins dangereux pour l'homme et moins nuisible pour le matériel que le chlore, serait le type des agents chimiques susceptibles de détruire lemiflsme atmosphérique, et réduirait,

PROPHYLAXIE HYGIÉNIQUE. 903 tion ou de la virulence atmosphérique : égouts, latrines, murs et planchers, et aux plaies elles-mêmes. Ce sont les désinfectants solides ou liquides : acide phénique, salycilique, borax, sulfate de fer, oxychlorure de zinc, acides, alcalis, hypermanganates, autant de 'corps dont la puissance parasiticide est considérée comme critérium de la valeur désinfectante, bien que, pour détruire tous les prolo-organismes, ces substances doivent être employées à des doses bien supérieures à celles qui sont inoffensives pour la désinfection (l).La transformation utile des matières putrides écartera l'emploi de plusieurs de ces corps (2).

2» Isolement. — Au lieu de détruire il faut se borner parfois à élever des barrières entre l'homme elles foyers d'infection ou de contage : l'enfouissement des matières animales en décomposition en est un exemple élémentaire. Dans les pays fiévreux, le pavage des rues est une condition de la salubrité des villes où l'on obture ainsi les sources d'exhalaisons telluriques locales; dans les villages, le pavage du sol préviendrait l'infiltration de ces matières putrides qui favorisent l'explosion des épidémies de fièvre typhoïde et de dysenterie.

Là où habite l'homme, tout sol poreux et non drainé représente un véritable égout sans paroi, par conséquent sans limite à son influence miasmatique. La canalisation de tous les conduits excrémenliliels, leur isolement absolu de l'atmosphère des villes et des eaux de boisson supprimeront des causes morbides qui n'ont pas suivant nous le degré de spécificité qu'on leur attribue, mais qui doivent à la banalité même de leur action d'intervenir dans la

plus que tout autre gaz, la quantité de matièi'es organiques contenues dans l'atmosphère ; or Gubler a prouvé les inconvénients de ces fumigations, non seulement pour le' matériel d'hôpital, mais pour les employés, qui peuvent en- ressentir de graves accidents. [Bull, de la Soc. de méd. pub/., t. I, p. 324.) Pettenkofer recommande l'acide sulfureux ; est-il réellement plus inoffensif que le chlore et l'acide hypoazotique pour les personnes et les objets à désinfecter?

(1) Voy. A. Hirsch et Pettenkofer, u. a., in Bericht der Cholet^a commission.

(2) Erismann a dosé, dans le laboratoire de Pettenkofer, la somme des gaz nuisibles émis par une quantité déterminée de matières fécales, et la somme d'oxygène enlevée à l'atmosphèro par la putréfaction de ces matières.

Les désinfectants les plus actifs des fosses d'aisance, d'après les expériences, sont le sublimé qui réduit à 1/4 la somme des gaz fournis par les excréments, le sulfate de fer et l'acide sulfurique qui la réduisent h 1/-2. Le prix du sublimé empêchera son usage dans la pratique. Le sulfate de fer rend les matières fécales impropres aux usages agricoles; la solution d'acide sulfurique n'aurait aucun de ces inconvénients. F. Erismann, Unlersuchungen ûber die Verunrelnigung des Luft durch Abtrittsgruben, etc., in Zeitschrift fûv Biologie, t. II, 1875.

PROPHYLAXIE DES ÉPIDÉMIES, formation des milieux épidémicjues les plus divers (p. 109 et 179).

On a préconisé, surtout depuis les études de Pasteur sur les germes atmosphériques, l'emploi de filtres en coton placés devant la bouche pour la purification de l'air inspiré dans les milieux insalubres ; divers autres appareils ont été conseillés en ce but (1).

L'enveloppement ouaté de A. Guérin, le pansement des blessés hors des salles d'hôpitaux, empêchent le contact de la plaie avec l'atmosphère nosocomiale.

On éloignera autant que possible les individus particulièrement aptes à subir l'influence de tel miasme ou de tel virus. Au Mexique nos soldats ont été relativement préservés de la fièvre jaune, grâce à leur éloignement de la Vera-Cruz dont la garnison fut réservée à un bataillon nègre (p. 840, note 2) ; on confiera également à des hommes de couleur, ou préservés par une atteinte, le débarquement et la purification des bâtiments infectés de vomiio; pour soigner les affections qui ne récidivent point, on choisira un personnel hospitalier prémuni à ce dernier titre (2). Malheureusement si une atteinte de variole, de typhus, de fièvre typhoïde, de fièvre jaune surtout, constitue une sauvegarde à peu près absolue, il n'en est pas ainsi du choléra, de la diphthérie, et même de la peste.

Malgré cet isolement, les malades demeurent dangereux par divers intermédiaires : linge , instruments souillés de sécrétions morbides, garde-malades, infirmiers et médecins.

En temps d'épidémie, le public a été trop souvent disposé à attribuer aux médecins la propagation des maladies les plus diverses; au siècle dernier, une thèse était soutenue en Allemagne sous ce titre : De medico, causa morborum. Comment éviter ce danger? Nous avons dit les précautions dont jadis s'eniouraient les personnes qui soignaient les pestiférés (3), coutume barbare, terri-

(1) Un médecin anglais, le Stenhouse, a imaginé un respirateur en charbon de Lois qui aurait l'avantage de condenser à la fois les particules organiques suspendues dans l'air inspiré et une quantité considérable d'oxygène atmosphérique ; d'où oxydation rapide de Ces matières. Le Roy de Méricourt a proposé, pour soustraire à l'émanation des miasmes de la cale les ouvriers employés au déchargement sanitaire des navires, l'emploi de l'appareil respiratoire de Rouquayrol, qui permet de porter avec soi une atmosphère salubre au milieu des influences les plus méphitiques {Bull, de l'Acad. de méd., janvier 1865), tel est aussi le but du Respirai de Léard {Bull, de l'Acad. de méd., mai 1879).

('2) Dans les épidémies de fièvres graves, disait Piorry, dès 1837 {Rapp. sur les épid., in Mém. de l'Acad, de méd., t. VII, p. 147), il faudra autant que possible faire soigner les malades par des personnes qui déjà en auront été atteintes,

f3) Dans les visites aux malades, il fallait absolument ne rien porter qui fût de cBture susceptible, ne porter par conséquent ni laine, ni colon, ni fourrures, ni

fiante pour les malades, que les médecins français devaient avoir l'honneur de faire tomber en Égypte (p. 91). Nous ne saurions davantage recommander l'emploi, dans les salles d'hôpital, d'appareils de protection analogues à ceux dont nous conseillons l'usage (p. 904) contre les autres foyers d'infection. C'est au sortir de ces salles seulement que le médecin et ses assistants doivent prendre toutes les précautions de propreté et de désinfection personnelle pour ne pas devenir agents de contage. Ce danger est réel surtout en cas d'affection dont le virus est fixe ou adhérent : variole, syphilis, infection purulente, fièvre puerpérale; c'est pour la propagation de cette dernière maladie que l'intermédiaire médical est le plus redoutable ; il ne s'agit pas seulement ici de vêtements à changer, d'instruments à désinfecter; la main de l'accoucheur demeure spécialement dangereuse (p. 659-660). En cas d'épidémie nosocpmiale, les médecins et les sages-femmes des services d'accouchement devraient renoncer à toute pratique en ville, mesure dont les faits encore démontrent l'utilité (1).

§ m. — PROPHYLAXIE SPÉCIALE DES MALADIES VIRULENTES.

L'hygiène banale est moins puissante ici que contre les maladies infectieuses; la présence du germe virulent ne se traduit souvent par aucune condition apparente d'insalubrité.

velours, mais adopter des vêtements Aacamelot ou de soie, ne traînant ] oint à terre et ne faisant aucun pli. Le meilleur préservatif pour les médecins était de n'entrer dans la chambre des malades, que garantis par un masque en maroquin à lunettes, chaussés de sabots, vêtus d'un pantalon, d'un gilet et de gants en toile cirée ; ils ne devaient point se placer vis-à-vis les malades pour ne point être dans la direction de leur souffle. Il en était de même des confesseurs : « Qu'on aborde de deux pas les malades, dit Ranchin, et qu'on se tienne à côté pour ne pas rece-, I voir leur haleine. Pour donner la communion, sera bon d'avoir une vergette . (petite verge) de la longueur d'un pan et demi (treize à quatorze pouces) ou eni viron, et au bout d'icelle un petit croissant d'argent, pour porter le Saint-Sacrement dans la bouche du malade, lequel avant de lui donner, le prêtre serrera fort ■étroitement la manche de son habit et surplis, afin qu'il ne touche rien du malade, tenant le flambeau entre eux deux. »

« Qu'on se tienne toujours debout, sans s'asseoir ou se mettre à genoux, et faut , prendre garde que l'habit ne touche du bord à terre. Les habits les plus usés et ; pelés senties meilleurs pour visiter les malades. » (Léon Colin, art. Quarantaines, p. 21.)

(1) A Saint-Malo, un accoucheur perdit rapidement sept femmes atteintes de ^fièvre puerpérale; il ne voulut plus faire d'accouchements, et l'épidémie s'arrêta brusquement; pendant la durée même de cette épidémie, les autres médecins de la ville firent des accouchements en grand nombre, et aucun d'eux n'eut de malheur à déplorer. En d'autres pays, surtout en Angleterre, l'opinion publique s'est

1° Syphilis. — Seule, la fausse épidémie, la syphilis est relativement coercible par la fixité absolue de son virus. La prophylaxie des maladies vénériennes a fait un pas immense depuis que leur principal foyer de reproduction, la prostitution, a été assujetti à une police spéciale (p. S83, note 1). Il en est de môme de la surveillance de certains groupes particulièrement susceptibles par leur âge, l'éloignement de la famille, leur mobilité, de prendre et detransmettre le contage. Dans l'armée on a heureusement renoncé aux systèmes qui, assimilant tout malade à un coupable, empêchaient les soldats de déclarer eux-mêmes leur afi'ection ; mais le caractère obligatoire des visites qu'on leur impose pour découvrir s'ils sont atteints de syphilis est justifié par le droit de contrôle des gouvernements sur leur validité physique. Ces visites constituent en outre, au bénéfice des individus, l'accomplissement d'un des devoirs contractés par l'État qui, en ahénant leur liberté, prend la responsabilité des dangers, même étrangers aux faits de guerre, que peuvent entraîner les conditions de la vie qui leur est imposée.

Ces raisons seules, qui donnent un caractère imprescriptible aux règlements adoptés dans toutes les armées des pays civilisés, établissent une profonde différence entre la valeur de ces règlements et les mesures proposées à l'égard d'autres catégories (1). A plus forte raison ne pouvons-nous accepter les visites corporelles à imposer à tout individu voulant se marier, entrer dans telle ou telle administration, obtenir la jouissance de quelque droit, élection, succession, etc., etc.

bien plus émue de faits de ce genre; la pratique obstétricale a été interdite à des sages-femmes pour avoir communiqué la fièvre puerpérale à leurs clientes. Des chirurgiens ont comparu devant la justice sous la même prévention; et, bien qu'ayant rendu un verdict négatif, le jury a émis dans l'un de ces cas l'avis que tous les médecins devraient interrompre leur pratique obstétricale pendant six semaines lorsqu'ils auraient soigné un cas de fièvre puerpérale.

(1) « Lorsque Anglès conçut en 1815 le projet d'expulser de Paris un certain nombre de prostituées, il pensa qu'un des meilleurs moyens de compléter l'assainissement de ces filles était d'assujettir à une visite, et d'obliger à se faire soigner dans une infirmerie, tous ces vagabonds et mauvais sujets qui sont journellement amenés à la Préfecture, et qui partagent toutes les habitudes des prostituées » (Parent-Duchatelet). Peut-on réellement imposer un traitement obligatoire, et même une visite à des individus qui, en somme, ne se sont pas livrés, comme les prostituées, à la discrétion de la police par un enregistrement volontaire, et n'ont nullement accepté d'avance les mesures de surveillance insutuées pour les filles de débauche ? Croit-on qu'il soit possible, en pratique, do soumettre à des visites sanitaires périodiques, comparables à celles de l'armée, lesouvriers célibataires employés dans les grandes administrations publiques ou privées? (Léon Colin, art. Quarantaines, p. 166.)

2° Variole, vaccination. — Parmi les maladies contagieuses à virus difl'usible, il en est une, la plus grave de toutes, qui heureusement n'est pas seulement justiciable de mesures d'isolement, mais qui est susceptible d'une prophylaxie spéciale résultant de son antagonisme pour un autre virus: c'est la variole.

Puissance du vaccin. — Cette puissance est établie par deux faits principaux : rareté de la variole dans les groupes soigneusement vaccinés (1), arrêt des épidémies par les vaccinations en masse.

En veut-on la conlre-épreuve toute actuelle? Nous avons dit (p. 531) le rôle obituaire de la variole de 1870 à 1872, sur les enfants de Leipsig; en voici la raison, et les calomniateurs de la vaccine y trouveront un grave enseignement :

Depuis quelques années s'était constituée, dans le public de cette ville, une véritable ligue qui, au nom de certains dogmes aussi obscurs que mensongers, avait lutté contre la découverte de Jeûner par tous les moyens, presse, clubs, associations, et en somme était parvenue au double résultat d'empScher la vaccinalion première d'un grand nombre d'enfants (2), et la revaccination de beaucoup d'adultes. On comprend, dès lors, la mortalité relative si étrange des enfants dans cette épidémie, la plupart des adultes ayant été vaccinés antérieurement à ces accusations contre la vaccine.

Voilà donc en Europe, dans un pays civilisé, en une ville célèbre par son université, et malgré l'exemple fourni depuis vingt ans de la toute-puissance des revaccinations par l'immunité de l'armée prussienne contre la variole; voilà, disons-nous, la preuve des terribles dangers enfantés par les déprédateurs de la vaccine. On y a sciemment, intentionnellement refusé aux nouveau-nés cette protection vaccinale à laquelle, depuis Jenner, ils ont droit comme à baptême à leur entrée dans la vie ; et l'on a ainsi voué

(1) Grâce à la fréquence et à la régularité des revaccinations, l'armée prussienne aété à peine touchée par l'épidémie de variole qui, de 1857 à 1861, couvrait toute l'Allemagne, et causait, dans la population civile de la Prusse seulement, pi'ès de 8000 décès; immunité remarquable, que nous avons vue se renouveler quoique à un moindre degré. Pendant la guerre de 1870-1871, au moment où elle se trouvait entre Paris où régnait la variole, et la province qui en était également atteinte, l'armée allemande n'a eu en effet que peu de varioleux ; parmi les quelques centaines de prisonniers de cette armée qui étaient renfermés à Paris, un seul a été envoyé à Bicêtre comme varioleux, et son affection avait été si fugace que nous conservons des doutes sur ce diagnostic.

(2) D'après les documents officiels, il y avait eu, en 1868, 3443 vaccinations à Leipsig; il n'y en eut en 1869 que 1170

et en 1870 que 1340

Wunderlich, loc, cit.

d'avance, comme victimes à la première épidémie de variole, une série déjeunes générations.

Valeur des objections contre la vaccination. — Ces tristes doctrines contre le vaccin n'ont pas été propagées uniquement en quelques localités d'Allemagne, par de faux savants, prétendus admirateurs de l'ordre naturel des choses auquel la science n'aurait le droit de rien opposer. Nous voyons ces mêmes théories préparer ailleurs le retour des graves épidémies d'autrefois ; en Angleterre, des insensés ont trouvé, dans les classes pauvres de la société, un public assez crédule pour lui faire admettre que, dans celle habitude de s'assujettir à l'inoculation vaccinale, il y avait quelque chose de contraire à la dignité humaine et aux lois de la nature (1).

Il n'est qu'une maladie dont la prophylaxie ait été hvrée providentiellement à l'homme, c'est la variole; renoncer à cette prophylaxie serait un crime de lèse-humanité; grâce à Jenner, la variole est pleinement sortie de la classe obscure et de la thérapeutique incertaine des maladies épidémiques, pour constituer le type morbide le plus accessible à la puissance humaine (2).

Nous avons démontré avec détail (p. 480-482) combien était fausse la doctrine qui a prétendu imputer à la vaccination la fréquence de la fièvre typhoïde. Il est du devoir du corps médical d'arrêter la propagation d'autres erreurs contre lesquelles il n'a pas encore suffisamment protesté, et auxquelles ont involontairement contribué quelques-uns de ses membres. On se souvient du retentissement de diverses discussions académiques dans lesquelles, en soutenant de très bonne foi les avantages spéciaux de tel virus vaccinal, on faisait tellement ressortir les dangers des autres

(1) « There was something injurious and innatural in the simple opération of vaccination. » Voir The Lancet, 13 juillet 1872.

(2) Comme l'a dit P. Lorain : « Rappeler les épidémies observées en Asie avant les temps modernes, la marche de la maladie introduite à la suite des Arabes dans la péninsule ibérique, et de là se répandant sur l'ancien et le nouveau monde, noter les millions d'hommes qui ont disparu par le fait de ces épidémies, ce n'est que curiosité historique. Ce qui importe, c'est que la médecine tient un moyen certain, d'une efficacité absolue, pour détruire le miasme varioleux, et que ce moyen, la vaccine, doit être imposé aux populations, Les sociétés ont le droit de se protéger, et tout individu, non vacciné, étant à l'occasion un danger pour le reste de la société, doit subir une atteinte k sa liberté, si tant est que la liberté du mal et de la maladie soit admise, et ôtre soumis d'office à la vaccination et à la revaccination périodique. Les peuples éclairés ont compris l'importance de cette pratique, obligatoire dans leur pays. En trois mots, on peut définir la variole et sa curation : contagion, isolement, vaccination. » P. Lorain, art. Épidémie, in Nom. dict. de méd, et c/iir. prat., t. XIII.

vaccins, que l'opinion publique s'en alarma vivement et détourna de l'inoculation une foule d'esprits crédules, futures victimes de l'épidémie de 1869-7-2. Rappellerons-nous ce préjugé qui se fit jour jusqu'à la tribune du Corps législatif, à savoir : qu'en temps d'épidémie, la vaccination pouvait donner la variole ou au besoin le typhus, le charbon, la morve ! »

On a dit que l'inoculation vaccinale provoquait parfois, et à brève échéance, l'explosion de la variole.

Il faut que le public sache bien que l'immunité conférée par cette opération ne commence que dix à douze jours après qu'elle a été pratiquée; en sorte qu'il n'est point étrange que la variole, dont le germe avait antérieurement pénétré l'organisme, se manifeste durant celte période, sans être en rien la conséquencede la vaccination.

Accidents vaccinaux, locaux et généraux. — La vaccination entraîne parfois des accidents locaux. Au mois d'octobre 1877, à la suite de revaccinations, il se manifesta dans la garnison de Paris un certain nombre de complications phlegmoneuses,erysipélateuses, observées souvent d'ailleurs dans la population civile (1). On y obviera en accordant quelques jours de repos aux soldats, et en inoculant surtout le bras gauche. On a exagéré souvent l'importance de ces inflammations (2), les attribuant àla syphilis vaccinale, source principale d'accidents généraux dont les faits démontrent la réalité, mais dont la fréquence est moindre qu'on l'admet, et que l'on peut facilement éviter par le choix du vaccinifère et l'isolement parfait du hquide à inoculer (3) ; nous regrettons que des faits

(1) Vergely, Bordeaux médical, t. XII, p. 521.

(2) On avait vu, par exemple : « chez plusieurs enfants vaccinés de seconde main îi Rochefort avec du virus envoyé sous plaque, les pustules prendre une teinte noire ou brune et s'entourer d'une ulcération annulaire; de plus, une rougeur scarlatiniforme s'était développée à la base des pustules ; enfin les ganglions axillaires s'étaient engorgés et la suppuration était devenue très abondante. Une panique survint, et M. Fouquet reçut du préfet la mission d'examiner les faits ; mais lorsque cet honorable confrère arriva, les ulcérations étaient cicatrisées, et les cicatrices présentaient même pour la plupart l'aspect gaufré des cicatrices de vaccine légitime. » Il n'y avait eu là en somme, d'après J. Bergeron (a), que le résultat d'une inflammation trop violente des boutons, due soit au rapprochement trop grand des points d'inoculation, soit à l'élévation de la température, soit à la coexistence, plus fréquente qu'on ne la croit, d'une éruption d'eczéma impétigineux.

(3) D'après la statistique de Diday, si l'on prend, comme vaccinifère, un enfant âgé de plus de quatre mois, n'offrant ni éruption, ni cachexie apparente, que l'on opère de façon à éviter le mélange du sang et de la lymphe, on peut se considérer comme dans des conditions de sécurité presque absolue contre toute chance d'infection syphilitique.

(a) Voy. J. Bergeron, in Rec. des trav. du com. coiib. d'hyg. pubU, t. IV, p. 115.

douteux aient été si énergiquement invoqués (1) pour jeter les défaveurs sur le vaccin humain et sur son inoculation de bras à bras, la plus efficace de toutes, quand le vaccinilère est un enfant.

Choix du vaccin. — Nous ne prétendons nullement que ce dernier seul doive être employé ; nous avons prouvé (2) la puissance du vaccin animal, son efficacité dans les pays oîi l'on se préoccupe du choix des animaux vaccinifères, et du mode opératoire. La reproduction animale du virus a l'avantage immense, en temps d'épidémie, de permettre la revaccination immédiate d'une masse d'individus; une génisse suffira à inoculer plusieurs centaines de personnes.

Les doutes, élevés sur la valeur des divers vaccins, ont eu parfois la conséquence de faire hésiter devant la pratique des inoculations au moment môme où elles étaient le plus urgentes, et d'augmenter par exemple le nombre des victimes de l'épidémie de 1869-1872.

Instituts vaccinaux, vaccination obligatoire. — De semblables hésitalions cesseront de se produire, si les médecins et les administrateurs arrivent à constituer en France, d'une manière enfin certaine, absolue, régulière, les lois d'entretien et de reproduction du vaccin.

En Allemagne, en Italie, en Belgique, les instituts spéciaux oii le vaccin est conservé, soit absolument pur, soit additionné de glycérine ou d'eau distillée, rendent les plus incontestables services (3).

Il faut, adoptant les conclusions de Depaul (4), arriver à entretenir, dans les grands centres de notre pays, un service ininterrompu de vaccination humaine et animale.

Ces instituts de vaccination fonctionneront régulièrement dès le jour où l'État déclarera obligatoire la prophylaxie individuelle, cette condition essentielle de la sécurité de tous.

Revaccinations. — L'affinité de la variole pour les périodes relativement avancées de la vie est le résultat de l'atténuation progressive de l'immunité conférée par la vaccination infantile (p. 551). Il faut que, dans l'esprit des administrateurs comme dans celui des populations, il soit bien établi que la prophylaxie vaccinale ne repose point sur la pratique et le succès d'une seule opération, mais qu'elle n'est réelle et complète que par une série d'inoculations, se succédant à quelques années d'intervalle; c'est là une vérité à laquelle

(1) Voy. De la syphilis vaccinale, communications à l'Académie de médecine, par Depaul, Ricord, Blot, Jules Guérin, Trousseau, Devergie, etc. Paris, 1865, 1 vol. in-8.

(2) Léon Colin, La variole au point de vue épid. et prophyl., p. 103-104.

(3) Voy. Shrzeczka, Vierteijahrs, fur gericht. nied., avril 1878.

(4) Voy. Expériences faites à l'Académie de médecine avec le cowpox ou vaccin animal. Paris, I8G8, in-'i, avec 3 planches.

on s'est rendu difficilement. Dans son rapport sur les épidémies de 1865 Kergaradec cite avec étonnement l'atteinte variolique, grave et mortelle, d'individus vaccinés jeunes; or, des observations analoo-ues avaient été faites antérieurement; nous acceptons (voy. p. 472) que le vaccin a dégénéré, mais moins peut-être qu'on ne le croit; si Fodéré à Strasbourg, Decarro à Vienne, aflirment n'avoir constaté jusqu'en 1823 aucun cas de variole chez les personnes vaccinées depuis 1799, Gregori constatait dès 1809 à Londres des atteintes de variole chez des individus appartenant aussi à la première série des vaccinés. Ce qui reste établi, c'est que la préservation vaccinale est essentiellement temporaire, que la première inoculation n'est point une opération complète et définitive, qu'elle n'est que le commencement de la série des inoculations à imposer à chaque sujet.

De l'insuccès d'une revaccination, on n'est point autorisé à conclure à la validité définitive des vaccinations antérieures, et, en temps d'épidémie surtout, il faut revacciner ceux même chez lesquels l'opération, pratiquée peu auparavant, est demeurée stérile.

Caractère obligatoire des revaccinations. — La revaccination des armées est non seulement une garantie pour le soldat puisqu'il est à l'âge de la vie oîi se prononce à son maximum l'aptitude à la variole (p. 551) et à la revaccination (1). Mais, vu la mobilité des armées, et le rôle qu'elles jouent comme agent de contage varioleux (2), c'est là une mesure d'utilité publique. Nous voudrions qu'il en fût de même d'autres collectivités : employés des hôpitaux, fonctionnaires de l'État, etc.

L'intervention de l'autorité, en Amérique surtout, a prouvé son efficacité à cet égard, en temps d'épidémie (3).

Conditions de succès de l'opération. — Gomme l'ont dit Hérard et

(1) D'après les recherches de Lalagade, les périodes de la vie correspondant à l'âge du soldat (de 20 à 35 ans) figurent parmi celles où les revaccinations ont le plus de chances de succès (50 chances environ sur 100 inoculations).

(2) Léon Colin, La Variole au point de me épid. et prophyl., etc., p. 23.

(3) Grâce à cette intervention, la population résidente de New-York a relativement peu souffert de l'épidémie de 1869-72 dont, au milieu d'elle, étaient atteintes les colonnes d'émigrants européens qui traversent cette ville ; la pi-éservation des habitants tient à l'énergie avec laquelle le bureau de santé de New-York imposa la revaccination à toutes les classes de la population indigène, faisant pénétrer cette pratique, non seulement dans les domiciles des particuliers, mais encore dans les écoles, les ateliers, et spécialement dans les factoreries dont le personnel était le plus au contact des émigrants qui importaient les germes de l'épidémie. Aujourd'hui, le bureau de santé de New-York impose la revaccination aux équipages arrivés avec des varioleux à bord.

Bergeron, il ne suffit pas d'opérer le plus grand nombre d'inoculations possible dans un laps de temps déterminé, et le plus court possible. Il faut opérer avec tout le soin nécessaire (1). Dans l'envoi des tubes ou des plaques on se rappellera la susceptibilité du vaccin qu'annihile une température élevée (p. 901) ; pour cette même raison, nous avons conseillé de revacciner à l'avance, dans les pays tempérés, les régiments envoyés aux colonies intertropicales et même en Algérie, oîi l'inoculation échoue fréquemment,

3° Autres maladies virulentes . — Ces maladies n'ont pour prophylaxie spéciale que l'isolement aussi complet que possible des malades (voy. ci-après, ch. III, Installation nosocomiale) .

Il est une maladie virulente d'une bénignité à peu près constante dans l'enfance ; ce sont les oreillons, qui chez l'adulte, au contraire, entraînent fréquemment une sérieuse conséquence : l'atrophie des testicules ; sans engager les parents à y exposer leurs enfants, nous ne recommandons pas aussi instamment l'isolement des jeimes malades, vu l'avantage relatif d'une atteinte infantile bénigne, qui conférera une immunité absolue pour la période de la vie oti elle peut occasionner de si graves résultats.

§ IV. — PROPHYLAXIE SPÉCIALE DES MALADIES MIASMATIQUES NON CONTAGIEUSES

1° Prophylaxie appliquée au milieu fébrigène. —L'assainissement de nombreux foyers palustres a mis hors de doute deux vérités pleines d'espérance: 1° la puissance de l'homme à détruire une cause morbide tellement inhérente au sol que, parla continuité de son action à travers les siècles, elle était donnée comme type de la cause morbide endémique, c'est-à-dire invariable et fixe; 2" la possibilité de l'acclimatement dans certains pays chauds, dont l'insalubrité se rattachait plutôt à l'influence de foyers marécageux, aujourd'hui supprimés, qu'à une incompatibilité réelle entre le climat et l'organisme des nouveaux venus.

(1) Les médecins militaires allemands ont quelque tendance à revenir actuellement aux doctrines professées par les premiers vaccinateurs anglais, pour qui les chances de réussite de l'opération et la durée de la prophylaxie qui en résultait étaientenrapport, non seulement avec la bonne qualité du vaccin, mais encore avec le nombre plus ou moins considérable des piqûres pratiquées. Dans cette conviction on pratique jusqu'à 12, 15 inoculations. Cependant le succès des revaccinations pratiquées dans notre armée où l'on ne fait en général que trois piqûres à chaque bras, parfois h un seul, est comparable à celui qu'on obtient dans les armées étrangères, et l'opération réussit dans le tiers environ des cas (Léon Colin, La Variole, etc., p. 108).

Nous ne donnerons pas ici la technique de l'assainissement des surfaces palustres ; nous avons exposé le rôle du dessèchement, de l'inondation, du colmatage, celui du drainage employé non seulement comme moyen de dessiccation, mais d'aération du sol et d'oxydation des matières organiques (1), et démontré la nécessité de certains amendements (2).

Ce qu'il faut se rappeler avant tout, c'est que ce miasme exprime la richesse et la puissance de production de la terre ; une fois desséchés, les marais sont loin d'être complètement assainis, et malgré leur apparente innocuité ils sont encore éminemment dangereux ; ils réclament alors, comme les terres vierges, un système d'aménagement et de culture qui en utilise et en dirige la fécondité ; les modifications chimiques à imposer au sol doivent donc être puisées surtout dans l'ordre des agents susceptibles de l'amender sans en diminuer la valeur ; on demandera le remède aux savants qui, à l'exemple de Boussingault et de Barrai, ont étudié ces rapports intimes du sol et de la végétation et l'on transformera ainsi des surfaces incultes et toxiques en champs fertiles et salubres.

Dans les climats tempérés, et en général dans les régions où l'intoxication tellurique ne se manifeste que sous les formes les plus bénignes, on comprend que les populations puissent, sans trop de souffrances ni de dangers, subir les phases toujours lentes de cette transformation. Contre un marais unique, bien limité, éloigné du littoral maritime, ou, s'il en est voisin, occupant un aiveau nolablement supérieur à celui de la mer, les efforts d'un peuple intelligent et persévérant triompheront toujours en ces climats. Celte facilité delà tâche permet ici de la réclamer hautement partout où elle est nécessaire (3).

(1) Léon CoHn, Traité des fièvres intermittentes, p. 464, 476.

(2) On obtiendra, suivant la nature des terrains, de bons résultats de remploi de certains modificateurs chimiques, la chaux et la marne en particulier, qui agissent non seulement en détruisant les éléments toxiques que peut renfermer le sol, mais encore en régularisant sa puissance de rendement, et en substituant une végétation utile et puissante à des productions microscopiques et parasitaires. En Flandre, en Ecosse et dans plusieurs contrées de l'Angleterre, où l'emploi de la chaux et de la marne est habituel, les fièvres intermittentes sont devenues moins communes (Léon Colin, Traité des fièu. int., p. 'i78).

(3) J. Bergeron a proposé, pour la Fi-ance, l'établissement d'une carte dont les éléments seraient fournis par les ingénieurs, les chimistes, et surtout les médecins, carte indiquant, par des teintes noires, l'étendue et la localisation du mal; « aucun gouvernement n'hésiterait !x faire des sacrifices, quelque grands

LÉON Colin. — Malad. épidém. t;s

Il fïiul surtout empêcher les marais de se former, régler les cours d'eau, niveler les foyers accidentels qui se développent le long des canaux et des voies ferrées, principalement dans les excavations, dites caisses d'emprunt, qui ont fourni les matériaux de leur construction (1), et dont l'assainissement incombe aux concessionnaires de ces travaux (2).

Dans les pays chauds, la lâche sera plus complexe; il y aura grand avantage à pouvoir hâter l'assainissement, et à demander à certains végétaux, dont le développement rapide témoigne de la puissance d'absorption, une protection plus rapide aussi contre les éléments toxiques du sol qu'ils détournent à leur profit (3).

Peut-être faudra-t-il cependant en passer tout d'abord par de cruelles épreuves, et ajouter aux sacrifices d'argent celui debien des victimes parmi les premiers travailleurs, mais la prospérité des générations suivantes en atténuera le triste souvenir; une population saine et robuste remplacera les types misérables de ses ancêtres, et comme dans une grande partie de la Toscane, on verra la santé des habitants et la richesse du sol succéder à de longues périodes de déchéance et de misère.

Mais lorsqu'au lieu d'avoir à combattre des foyers d'une étendue

qu'ils pussent être, pour effacer ces taclies sombres, puisque l'endémie paludéenne est de celles dont l'industrie de l'homme peut faire disparaître la cause. » Voy. J. Bergeroii, in Rec. des trov. du com. cons. d'hyg. pubL, t. III, p. 257.

(1) Léon Colin, Ti^aité des fièvres irdermittentes, p. 4G3.

(2) Depuis bien des années, l'Académie de médecine a exprimé le vœu qu'à l'avenir les concessionnaires de grands travaux, tels que le creusement des canaux et l'établissement des voies ferrées, soient tenus de niveler les terrains auxquels ils ont fait des emprunts, laissant ainsi, à la surface du sol, des excavations que les pluies ou les infiltrations et les plantes parasites ne tardent pas à transformer en marais (J. Bergeron, loc. cit., p. 257).

(3) On a préconisé spécialement k cet égard certains arbres du genre Eucalyptus, et en particulier PEucalyptus globulus. Malgré leur croissance rapide, leur bois est très dur et propre à toutes les constructions; et l'on peut espérer, d'après les faits observés en Corse, en Algérie et en Italie, que des plantations de ce genre constitueraient à la fois une sauvegarde contre l'insalubrité du sol, et une opération avantageuse au point de vue financier. Nous sommes loin cependant d'accorder a ces arbres l'influence spécifique, qu'on a voulu leur attribuer contre la malaria; ils agissent en modifiant rapidement le sol, en épuisant promptement cette force productive si dangereuse quand elle n'est pas utilisée; mais, suivant nous, cette action serait commune à tout végétal susceptible d'un développement aussi rapide que le leur. Ainsi npprouvons-nous pleinement, dans les localités insalubres d'Italie, la culture du coton, de la canne à sucre, de la betterave, etc. Nous pensons môme que le chanvre, dont la culture est regardée comme fébrigène, offre plus d'avantages que d'inconvénients.

PROPHYLAXIE IIYGIÉiNIQUE. 9i5

restreinte, il s'agit de l'assainissement de marais étendus et surtout de ces vastes plages, contiguës au littoral, situées au niveau même de la mer, présentant les conditions spéciales d'insalubrité du mélange des eaux douces et des eaux salées, et souvent traversées en outre par des cours d'eau dont l'impulsion est si faible qu'ils viennent par leurs dépôts de chaque jour, augmenter l'épaisseur de la barre qui sépare ces marais de la pleine mer, l'œuvre de transformation sera longue et difficile. On sait avec quelle admirable ténacité les Hollandais ont travaillé au dessèchement de leur sol, appelant à leur aide les plus puissants appareils hydrauliques, et employant sans interruption pendant de longues années la force de la vapeur et de la vis d'Archimède. Mais dans les contrées, même voisines des nôtres, où l'état de la fortune pubhque ne se prête pas à la continuité de semblables efforts, où la population est moins dense et moins active, où en outre les conditions climatériques sont moins favorables aux travailleurs en raison de l'élévation et de la durée des chaleurs, l'assainissement des marais d'une grande étendue deviendra une tâche bien autrement difflcile, parfois impossible (1). Quant à la zone intertropicale où la production de la malaria, au lieu d'être circonscrite en certains foyers, se généralise à des pays entiers, l'entreprise dépasse souvent les moyens de la puissance humaine.

En ces conditions, l'œuvre ne saura être poursuivie tout d'une pièce. Il faudra fragmenter le travail ; nous avons insisté longuement (2) sur l'avantage des assainissements partiels, qui permettent de reculer peu à peu, année par année, grâce aux dessèchements et à la culture, la zone de salubrité relative, constituée par les centres de population (p. 243-248); celte méthode s'adresse à l'ennemi le plus voisin et le plus certain. Les progrès ainsi obtenus, pas à pas, seront consacrés par une surveillance rigoureuse; le propriétaire d'un champ ou d'un jardin conquis sur une zone inculte ne sera pas plus libre de le mettre en jachère qu'il n'est permis aux compagnies qui, en France, exploitent les marmssafoîzis, de les abandonner sans prendre les précautions prescrites pour

(1) Tel est le cas, même dans la zone tempérée, des Palus-Mœotides qui sont aujourd'hui encore ce qu'ils étaient au temps d'IIippocrate. Tel il est pour les Marais Pontins, objet, depuis 3000 ans, d'une lutte dont nous avous décrit toutes les phases. Voy. Léon Colin, Tr. des fièvres int., p. 468 et suiv. - Le mÔme, art. Rome, in Dict. eue. des se. méd., p. 172.

(2) Léon Colin, Traité des fièvres inlermittentes, p. 487 à 491, et art. Rome in Dict. enc. des se, méd., p. no. '

rendre cet abandon inoffensif. Ce programme est aujourd'liui réalisable pour la campagne romaine (1).

A défaut d'altitude suffisante, et du voisinage d'une ville, donnant, pour la nuit surtout, asile aux travailleurs, on devra créer, dans les régions palustres, des centres d'habitation, soumis à des règles d'assainissement préalables dont les principales sont : le pavage destiné à oblitérer les sources d'émanations locales, et dont l'absence nous a expliqué l'insalubrité de certaines casernes de Rome ; le reboisement périphérique ; et, si la chose est possible, la création, autour de ces centres, d'établissements industriels, mus à la vapeur, purifiant l'air de la plaine par l'oxydation du miasme et sa dissémination sous l'influence des courants atmosphériques développés autour des foyers de chaleur (Voy. p. 247).

2" Prophylaxie appliquée à l'homme. — La connaissance des limites saisonnières, dans lesquelles s'accomplit l'endémo-épidémie annuelle des pays à fièvres, est de la plus haute importance pour la détermination des époques auxquelles les étrangers pourront s'y rendre, avec le moins de risques d'intoxication.

Il est donc essentiel, dans les pays à fièvres de la zone tempérée, d'utiliser cette période d'intervalle des épidémies pour les visiter ou les habiter avec le moins de danger possible; à Rome, les six premiers et les deux derniers mois de l'année seront, comme aux latitudes correspondantes de la zone boréale, les plus favorables. Grâce à un acclimatement préalable pendant la bonne saison,

(1) Avant l'occupation de Rome par l'Italie, les efforts du gouvernement pontifical se brisaient contre de graves obstacles : le premier était la rareté des habitants, leur impuissance à fournir une masse de travailleurs assez nombreux pour lutter contre la malaria de la plaine environnante; le second était la forme même d'un gouvernement électif placé aux mains d'un homme âgé, dont les tentatives d'assainissement, même les plus énergiques et les plus rationnelles, étaient presque toujours abandonnées par ses successeurs. Aujourd'hui, au contraire, la population de Rome et de sa campagne a brusquement doublé, et augmenté chaque jour depuis 1870; l'armée italienne ne peut-elle s'adjoindre à tous ces nouveaux habitants pour faire ce que l'armée française a fait en Algérie, assainir le sol? Aujourd'hui, en outre, le gouvernement est dévolu à une dynastie, où l'hérédité assurera la continuation ininterrompue des efforts entrepris sous chaque souverain. Ces efforts ne se borneront pas uniquement à dessécher les marais qui avoisinent l'embouchure du Tibre, à régulariser le cours de ce fleuve, à lui donner des quais dans sa traversée dans Rome. Ils auront pour objectif principal l'aménagement agricole des terres abandonnées au pâturage. Le sol presque uni de la campagne romaine est admirablement disposé pourlemplm de tous les appareils de défrichement, labour, culture par la vapeur, qui diminueront d'autant les rapports forcés de l'homme avec la terre.

l'élranger, obligé de résider, se trouvera, au moment de l'explosion des fièvres, moins sujet à en subir les formes graves.

L'application de ces règles est surtout importante dans les pays plus chauds, où les dangers de l'intoxication sont plus immédiats pour les nouveaux venus. Thévenot déjà conseillait de tenir compte de cette influence de la date d'arrivée des troupes au Sénégal, et de n'y envoyer les nouveaux régiments que pendant l'hiver. Ces conseils, tant de fois répétés depuis, sont aujourd'hui mis en pratique, et maintenant les postes du haut Sénégal ne reçoivent plus . le contingent européen de la garnison qu'en octobre, époque de déclin de l'hivernage.

On ne s'acclimate pas au miasme palustre. Une atteinte de fièvre jaune est une garantie pour l'avenir ; c'est l'inverse pour les fièvres intermittentes dont les récidives seront d'autant plus imminentes qu'on en aura été plus fréquemment atteint; les régiments se fondent peu à peu dans les foyers palustres des pays chauds, et l'on a sagement réduit de 4 à 2 ans le séjour des marins en Cochinchine et au Sénégal. La première règle prophylactique, en cas de maladie, pour les étrangers, libres de leurs personnes, c'est le rapatriement ou le changement de climat.

Pour ceux qui ne peuvent fuir, nous avons indiqué (p. 239) le bénéfice de la résidence à des altitudes suffisantes.

Lorsqu'en raison de la configuration plane du pays il faut chercher d'autres moyens deprotection, il en est un qui, de tous, est le plus efficace comme le plus naturel, mais dont malheureusement l'application est loin d'être toujours possible : c'est, pendant la mauvaise saison, le séjour en mer, à une certaine distance des côtes, sur des vaisseaux ou hôpitaux flottants; nulle résidence ne peut soustraire plus complètement le fiévreux à l'influence du sol dont relève son affection (1).

(I) Aussi cette mesure a-t-elle été vivement recommandée par deux éminents observateurs des maladies des pays chauds, Lind et Thévenot. Aujourd'Imi les Anglais obtiennent les meilleurs résultats de l'établissement d'hospices flottants dans la rade de Bombay, mesure qu'ils ont récemment appliquée avec succès durant l'expédition de Coomassie (Voy. p. 340). « Tous les cliirurgions majors qui se sont succédé dans la direction du service de santé de la division navale de la côte occidentale d'Afrique, Raoul, Lamaud, Fonssagrives, etc., ont fait cette remarque importante sur l'immunité que confère au Gabon le séjour à bord des navires de la station contre l'invasion de la fièvre" bilieuse; on ne l'observe que sur des hommes habitant h, terre, ou ayant contracté la maladie h terre. Plus la distance de la côte sera considérable, plus la protection sera évidi'mment assurée. Worms a vu des matelots ancrés près de Bône ôtre atteints de la fièvre, et des na-

Si l'on est obligé de séjourner à la campagne, il faut encore tâcher de réduire la durée de ce séjour et de s'y soustraire au moins pendant la nuit; le danger des émanations du sol semble alors centupler; des chasseurs, qui auront impunément parcouru des marais durant le jour, sont victimes d^accès pernicieux pour avoir, de nuit, traversé les mômes lieux (Voy. p. 281). Quand une armée traverse un pays à fièvres, pendant la saison épidémique, elle doit, s'il y existe des centres de population, s'imposer aux habitants, s'établir autant que possible dans des maisons, aQn d'éviter de passer les nuits soit au bivouac, soit sous la tente qui n'offre qu'un abri insuffisant contre le sol et les brouillards fébrifères.

Il faut même autant que possible résider alors au centre des villes dans les quartiers populeux. Mieux vaudrait évidemment un assainissement du sol qui n'assujettît pas l'hom.me à subir les inconvénients d'un air plus ou moins confiné ; mais en somme, quand il faut habiter ces pays insalubres, l'hygiéniste est bien obligé de conseiller le choix de la résidence la moins dangereuse. A Rome, ordre était donné dans les casernes, pendant la période épidémique, de fermer, chaque soir, les fenêtres de très bonne heure ; on ferme bien les fenêtres à d'autres miasmes ; on les ferme au froid; mieux valait donc, pour les soldats, échapper à l'influence morbide la plus redoutable, la malaria, au risque de respirer, dans leurs demeures, une atmosphère moins fréquemment renouvelée.

Dans la plaine on atténuera le danger des exhalaisons en allumant soir et matin de grands feux, qui seront plus utiles encore à ces moments où ils s'opposent à la précipitation du brouillard fébrifère (1).

Il faut que l'organisme n'ait subi aucune débiiitation antérieure ; Burdel a démontré la puissance prophylactique d'une ahmentation suffisante (2).

vires situés à une portée de fusil plus loin être complètement indemnes. Dans l'enceinte même du port, les matelots séjournant à bord jouiront d'une immunité relative comparativement aux habitants qui résident à terre. « Les équipages du commerce à Saint-Louis donnent, ditThévenot (loc. cit., p. 163), un cinquième ou peut-être un huitième seulement de leurs hommes à l'hôpital de celte ville, tandis que la garnison blanche donne un nombre trois fois plus fort que l'effectif. »

(1) C'est un moyen qui a été spécialement conseillé par Julia-Fontenelle; Rame raconte même que, grâce à l'établissement de foyers allumés qu'on déplaçait à mesure de la marche des travaux, on a pu arriver, sans grand péril, à l'assainissement d'une grande surface marécageuse en Tunisie. Voy. Léon Colin, Tr. des fièv. int., p. 515.

(2) Burdel, Recherches sur les fièvres paludéennes, etc., p. 234.

Il est fort dangereux de traverser à jeun une plaine marécageuse ; les distributions de vin, de café, d'eau-de-vie, de rhum, conseillées par nos prédécesseurs en Algérie, par Nepple dans la Bresse, par Goutanceau à Bordeaux (1), ont augmenté la résistance des soldats et des cultivateurs.

L'usage préventif des sels de quinine a donné lieu à des résultats contradictoires (2) que nous pensons avoir expliqués (3). Cet usage a été incontestablement utile en divers foyers fébrigènes énergiques des pays chauds, où la crainte d'accès pernicieux faisait accepter l'emploi de doses relativement considérables, et par cela même actives; à cet égard, il y a unanimité entre les observateurs anglais, américains et français ; dans les foyers palustres des climats tempérés, cette médication n'a produit que des résultats douteux, comme il appert surtout des observations des médecins militaires russes et autrichiens. C'est qu'en ce dernier cas les doses employées, proportionnées à la nature moins dangereuse des accès, sont en général trop minimes (1 décigramme par jour) pour jouir d'une puissance antipyrétique suffisante.

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