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V. PROPHYLAXIE SPÉCIALE DES MALADIES INFECTIO-CONTAGIEUSES BANALES

On peut réduire ànéantles émanations putrides, même celles qui sont fournies par les plus grands centres de population ; quelle différence entre les conditions hygiéniques actuelles de Londres, et celles de la môme ville avant qu'on transformât en source de richesse agricole le foyer infect des eaux de la Tamise !

Or, il faut avoir le courage de le dire, combien de localités en France ont encore tout à faire à cet égard 1 J'ai démontré l'influence morbifique sur le soldat de l'insalubrité générale de certaines villes de garnison : Caen, Troyes, Montauban, Rennes, oîi l'atmosphère

(1) « Les ouvriers, travaillant au canal de dégorgement des marais de la Chartreuse, prenaient de l'eau-de-vie plusieurs fois par jour ; ilà ont été peu atteints » (Goutanceau, /oc. cî7., p. 9). H faut noter cependant, pour ne pas s'exagérer à propos de ce fait la valeur de ce moyen prophylactique, que sans doute ces ouvriers rentraient chaque jour en villa à leur domicile; et nous ne sommes pas étonnés qu'ils aient moins souffert de leurs travaux que les habitants voisins des marais ne souffraient des exhalaisons nocturnes.

(2) Evans, Essais d'Ivjg. et de thérap. mil. Paris, 1865. — Fonssagrives, Traité (Thygiène navale, 1" édit. Paris, 1878. — Tliorel, Voy. d'expl. du Mékong. — Toropoff, Dos Chimie in den Sumpffiebern, etc.

(3) Léon Colin. Élude sur les sels [de quinine, in Bull, de thér. méd. et chiv., 15 et 30 juillet 1872.

PnOPHYLAXIE DES ÉPIDÉMIES, est infectée par des égouts à ciel ouvert ; parlerai-je de tant de villes du midi, Béziers, Narbonne, Alby, où les rues sont souillées par 1 abandon d une masse de matières excrémentitielles ?

Quant aux villages, que de foyers d'infection à neutraliser, dans ces demeures privées dont une circulaire ministérielle dénonçait les tristes conditions en signalant « ces logements hideusement msalubres, qui semblent faits pour dégrader Tbomme à ses propres yeux (1). » ^ ^

Il faut assainir non seulement les rues et les locaux, mais les personnes; Il le faut surtout contre les deux plus graves de ces maladies lelyphus, et la fièvre typhoïde, où le miasme humain intervient sous deux formes différentes sans doute, mais assez énergiquement en chacune, pour que la première règle soit la diminution de nocuité de l'homme sur l'homme.

1° Typhus. — Préserver l'organisme de la misère et de la malpropreté qui en allèrent les sécrétions, c'est empêcher la tendance du miasme humain à se transformer en miasme typhigène. S'opposer à l'encombrement, surtout à celui des individus épuisés, c'est empêcher l'explosion des épidémies originaires de typhus, et en limiter le contage. Disséminer les masses atteintes, c'est en arrêter le cours. Toutes les règles d'évacuation (p. 940), de rapatriement (p. 931) et d'hospitalisation (p. 999) des typhiques s'appuieront sur ces bases.

2" Fièvre typhoïde. — Nous ne saurions nous associer ici à Murchison qui a prétendu ramener cette prophylaxie à une formule unique : suppression de l'influence de la fermentation fécale (2). Nous aussi avons affirmé notre croyance à l'action de la putridité (p. 615) et l'avons traduite ainsi dans nos conclusions prophylactiques sur la fièvre typhoïde : Le drainage du sol, la pureté des eaux de consommation, la suppression des miasmes putrides, par l'irrigation et l'assainissement des égouts, diminueront i'aplitude de^

(0 Voy. Circul. du 1) aoûtim, in Rec. des trav. du Corn. cons. d'hyg. pub,^ 1. 1, p. 137.

(2) Murcliison ne préconise contre la fièvre typhoïde d'autre méthode que celle qui empêcherait les produits de la fermentation fécale d'entrer dans les maisons et de corrompre l'eau potable (a). Il ne peut évidemment conseiller le désencombrement et la ventilation, lui quia écrit: L'existence delà fièvre typhoïde est indépendante de l'agglomération et d'une ventilation défectueuse (//). Murchison a été entraîné certainement à de pareilles assertions par le désir de différencier profondément la genèse de la fièvre typhoïde de celle du typhus..

{a] Murchison, Fièure typhoUe, trad. Lutaud, p. 263. (6) Id., ibid., p, 47.

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localités à se transformer en foyers typhoïgènes (1). Nous avons indiqué avec détails les moyens qui nous paraissent les plus efficaces pour la purification des latrines des casernes (2).

Mais il est une autre influence à. combattre : c'est, comme pour le typhus, celle du miasme de l'homme vivant; la fièvre typhoïde est une maladie des locaux encombrés (p. 616 et 617); c'est une maladie des agglomérations nombreuses, lors même qu'il n'y a point encombrement, comme dans ces grandes casernes dont l'aménagement intérieur paraît irréprochable (p. 326). Aussi la première loi, en cas d'épidémie de caserne ou de lycée, est-elle l'évacuation immédiate (Voy. p. 941).

Villes de garnison. — En formulant la prophylaxie de cette maladie dans l'armée, l'un de nos vœux a été l'exclusion du système des casernes monumentales, pour les remplacer par de petits pavillons isolés, à un étage au plus (p. 898, note 2), réduisant à des proportions relativement minimes la solidarité des groupes qui respirent et souillent une même atmosphère. Il serait même à désirer que tous ces pavillons ne fussent pas simultanément occupés. Quand on considèi'e que la fièvre typhoïde forme souvent un foyer circonscrit en un point d'une caserne (p. 368), on sent de quel avantage serait un local toujours disponible pour l'évacuation des habitants des chambres menacées. Nous avons insisté en outre (3) sur l'avantage de n'appeler les hommes sous les drapeaux qu'au mois de novembre, à la fin de la période de recrudescence annuelle de l'affection dans les principales villes de garnison, de graduer leurs travaux d'instruction de façon à les assimiler peu à peu à la profession des armes, et à diminuer, à leur profit, les brusques transitions de la période d'accoutumance au métier militaire.

Mais, si Ton ne s'occupe que du soldat lui-même et de sa demeure, on n'aura pas tout fait pour conjurer le développement de la fièvre typhoïde dans l'armée. Les locaux les plus salubres en eux-mêmes sont trop fréquemment compromis par les influences de voisinage (p. 626). Si l'on ne peut placer les casernes à la périphérie, qu'on se rappelle que l'armée a droit à la salubrité des villes dont on lui impose la résidence. Incessamment renouvelés par la succession des contingents, les régiments ne s'acclimatent pas, comme la population sédentaire, aux foyers typhoïgènes qui n'atteignent plus celle-ci, ou ne l'atteignent que périodiquement (p. 109).

(1) Léon Colin, La Fièvre tijpkoide dans l'armée, p. 182.

(2) Id., ibid., p. 184-185.

(3) Léon Colin, La Fièvre typhoïde dans l'armée, p. 100.

Les graves épidémies de Gaen, Troyes, Lyon, Nancy, Rennes, pendant la période 187/i-1876 fi), ont été surtout la conséquence de l'insalubrité de ces villes (égouls à ciel ouvert, irrigation insuffisante de ces égouts, impureté de l'eau de consommation). C'est donc une question d'intérêt public que la réforme des vices mentionnés dans les rapports des médecins militaires.

En prouvant que les casernes sont loin d'être toujours la cause des épidémies de garnison, en démontrant la part qui revient aux conditions d'insalubrité urbaine, nous affirmons l'opportunité, dans la plupart de ces villes, de réformes d'bygiène publique qui non seulement profiteront à Tarmée, mais à toute la population, et en particulier à ceux qui, par leur âge, par leur arrivée récente, leur inaccoutumance, partagent la réceptivité du soldat. A Montauban, par exemple, nous voyons la même cause d'infection commune entraîner des épidémies, non seulement dans la garnison, mais en deux établissements publics : Séminaire, École normale; à Lyon, Rouen, Troyes, Brest, etc., les lycées sont atteints en même temps que les casernes (p. 628).

Villages. — Les foyers ruraux de fièvre typhoïde, si nombreux et si meurtriers (p. 249), réclament eux aussi, et l'assainissement des foyers putrides qui entourent tant de pauvres maisons, et encore l'élargissement de ces demeures où trop souvent une même chambre, éclairée par une fenêtre insuffisante, quelquefois seulement par sa porte d'entrée, renferme toute une famille, confinée pendant la nuit dans une alcôve étroitement fermée.

Camps. — L'installation même des troupes dans les camps, qui constitue l'une des mesures prophylactiques les plus puissantes (Voy. ci-après Évacuation des foyers épidémiques), exige elle aussi, aujourd'hui surtout qu'elle est devenue permanente pour une grande partie de l'armée, des précautions analogues contre les miasmes humain et putride : elle réclame non seulement un aménagement du sol (aplanissement, inclinaison, drainage, quelquefois pavage), qui s'oppose à son infiltration par les détritus excrémentitiels et autres; mais encore une largeur plus considérable dans la répartition des hommes, vu la réclusion qu'ils s'imposent ou qu'ils subissent forcément pendant la saison froide. Après un usage continu de plusieurs années, les planches et les parois des baraques se convertissent en réceptacles de produits organiques, de nature lyphoïgène, réceptacles aussi dangereux que le sol lui-même, et ces

(1) Léon Colin, La Fièvre typhoïde dans l'année, p. 109 à 121.

matériaux seront l'objet de renouvellements périodiques et complets; grâce à ces précautions, l'on pourra espérer maintenir les camps permanents dans les conditions de salubrité des camps temporaires.

3° Autres maladies infectio-contagieuses. — Ces affections plus circonscrites en leur étiologie, dérivant surtout du contage et de l'encombrement (ophthalraie purulente, stomatite, diphtliérie) et en particulier du miasme nosocomial (infection purulente, érysipèle nosocomial, pourriture d'hôpital, fièvre puerpérale), réclament, elles aussi, non seulement la destruction de tous les excréta suspects, mais encore et surtoutl'aération et le désencombrement des locaux. On n'oubliera pas les affinités réciproques de ces maladies ; dernièrement Depaul signalait la rareté de la fièvre puerpérale dans sa clinique depuis la suppression des salles de blessés contiguës à ce service ; ainsi nécessité spéciale de combattre l'accumulation du miasme humain de nature pathologique. Hervieux vient d'en fournir des preuves irréfutables.

Pour conjurer les épidémies d'infection purulente, il ne suffira pas cependant de soustraire les blessés à l'influence des atmosphères miasmatique et virulente, soit par le pansement hors des salles, soit par l'occlusion des plaies, soit par la création d'une atmosphère artificielle antiseptique (pansement de Lister). Il faut modifier les aptitudes créées par le traumatisme lui-même (p. 633). « Tout bon pansement, a dit Maurice Perrin, doit être considéré au point de vue antiseptique et au point de vue du mode de réunion de la plaie. » En modifiant heureusement les surfaces en suppuration, divers topiques, et surtout l'alcool préconisé par notre savant collègue, rendront cette plaie réfractaire aux causes morbides ambiantes.

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