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PRÉFACE
La nature spéciale de mon enseignement m'a entraîné, depuis plusieurs années, à la publication de divers travaux sur les maladies épidémiques. Engagé par mes anciens maîtres, par mes amis et mes élèves, à traiter complètement cette question, j'ai reculé longtemps, je l'avoue, devant les difficultés d'une tâche dont le programme atteint presque les limites du cadre pathologique. Il ne s'agit pas seulement, en effet, de quelques fléaux accidentels qui interviennent exceptionnellement dans la mortalité des peuples. Il s'agit, en même temps, de ces maladies populaires de chaque jour, auxquelles nous donnons le titre d'Épidémies vulgaires (p. 24), et qu'on a trop de tendance à reléguer au second plan, relativement aux épidémies d'origine exotique. Pour le public et pour nombre de médecins encore, il semble que rien ne soit plus naturel, nous allions dire plus acceptable, que les pertes occasionnées par les maladies habituelles à la localité où l'on réside, tandis que toute épidémie importée a un caractère spécialement étrange et redoutable.
Il y a là une erreur et un danger :
Une erreur, parce que le rôle des épidémies de provenance étrangère, tout néfaste qu'il soit, est en général passager; parce que les maladies populaires, banales en tel pays, diff'èrent moins qu'on l'admet de celles des pays voisins, et que telle endémie, revêtue d'un nom de localité, est identique à celle qui porte le nom d'une localité voisine ou éloignée ; parce que Thistoire établit également que certaines maladies, au-
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jourd'hui acclimatées en nos pays, sont demeiiiécs longtemps inconnues à ces pays, et qu'en revanche des affections, autrefois banales chez nous, en sont actuellement exclues et circonscrites à des zones étrangères ;
Un danger, parce que, ne songeant qu'à la prophylaxie des maladies exotiques, on courbe la iête sous le joug des affections de chaque jour, des endémies qui ruinent la vitalité des populations. On remet, à combattre, que le choléra par exemple réapparaisse ; et, en attendant celte réapparition tout éventuelle, on subit le retour fatal de la fièvre typhoïde, des fièvres intermittentes, sans songer à s'affranchir de ce tribut si lourd et si assuré.
C'est une étude longue et difficile que celle des maladies épidémiques. Elle ne s'acquiert ni par instinct, ni par hasard, et nous ne pensons pas que, du jour au lendemain, tel homme, même parmi les plus éminents comme médecins, hygiénistes, chimistes, puisse en prendre l'entière possession. Pendant les quatorze années d'enseignement que j'y ai consacrées, je n'ai cessé d'y travailler sans relâche ; l'observation directe de nouveaux faits et l'examen des faits observés par d'autres, m'ont amené souvent à modifier telle opinion professée dans mes premiers cours, et si aujourd'hui je crois avoir approché de la vérité sur un certain nombre de questions, il en est pour la solution desquelles je fais appel au zèle de mes confrères, leur demandant moins la confirmation des opinions que j'avance, que leur critique scientifique et leur modification, si de ce changement peut résulter un progrès pour la science de la médecine publique.
De tout temps on a reconnu la nécessité de médecins spécialement voués à l'étude des maladies populaires. Au commencement de ce siècle, Fodéré demandait qu'on familiarisât quelques jeunes docteurs avec les symptômes de la peste et de la fièvre jaune, instruction qui aurait constitué un titre indispensable tà l'exercice des fonctions de médecin des bureaux de santé du littoral. Nous voudrions que cette idée fût élargie, et que le nom de médecins des épidémies fût accordé à des hommes ayant fait preuve, par* un examen au besoin, non pas
PRÉFACE
seulement de connaissances cliniques à l'égard do quelques maladies exotiques, mais d'une aptitude spéciale à l'analyse étiologique, à l'observation, et au traitement prophylactique de l'ensemble des maladies épidémiques, à l'exercice, en un mot, de la médecine publique.
Un des écueils de l'épidémiologie, quand on l'aborde pour la première fois, est la tendance à des généralisations séduisantes, mais systématiques. En voyant les masses humaines, sous l'influence d'un même agent morbide, ou d'un même moyen préservatif, réagir parfois avec l'uniformité d'un seul organisme, on se laisse aller à croire que toujours leur atteinte et la formule de leur prophylaxie ne représentent que la multiplication, par un coefficient plus ou moins élevé, des causes pathologiques et des traitements individuels. On néglige le concours d'une série de facteurs : conditions d'âge, de santé générale, de localité, mode d'agglomération sociale' qui mtroduisent tant d'éléments nouveaux dans la pathogénie et tant de difficultés dans l'institution des méthodes préservatrices. On simplifie la genèse de ces maladies si diverses en leur imposant un point de départ uniforme. Les uns invoquent en toute circonstance la série des grandes calamités publiques responsables certainement en bien des cas, qu'elles aient ete le résultat de perturbations cosmiques ou atmosphériques : tremblements de terre, inondations, sécheresses prolongées, ou d'incidents d'un ordre moins général : famines guerres, révolutions, etc. D'autres incriminent partout soit les émanations du sol, soit l'altération des eaux potables, soit la contamination de l'atmosphère par des nuages de germes animes. ° ^
Que de relations d'épidémies dont la valeur est diminuée, pa OIS entièrement compromise, parce que l'auteur a négligé fout ce qui ne se rapportait pas à une idée préconçue, et que
vlTUiT^'r ''"^ ''''' '''' '''' exclusif 'soit'de j^oau,^ soit de 1 influence fécale, soit d'un germe parasi-
Même tendance à simplifîerleurs allures épidémiques et cliniques ; on a Identifié entre elles les maladies virulentes, les