‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 5 sur 195 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

laires, la ficvre intcrniiltento, je fus appelé à la chaire de maladies et épidémies des ai mées, en remplacement de M. le professeur Laveran ; c'était une lourde tâche que succéder au maître éminent qui avait fondé a\ec tant d'autorité cet enseignement, sans analogue en France, mais qui heureusement laissait à ses successeurs le précieux héritage de ses savantes leçons.

Pendant mon professorat, il me fut donné occasion de suivre, également de près, deux autres maladies épidémiques, moins communes sans doute à la surface du globe que la fièvre intermittente, mais beaucoup plus importantes actuellement en nos climats : la variole et la fièvre typhoïde.

Désigné, sur la proposition de M. le baron Larrey, comme médecin en chef de l'hôpital militaire des varioleux de Bicètre pendant le siège de Paris (1870-1871), je me trouvai pendant près d'un an chargé de la direction de ce vaste asile, deux ou trois fois plus grand que les principaux hôpitaux de la capitale, et constamment rempli de varioleux; la moyenne quotidienne des malades présents oscillait entre douze et quinze cents, et le chiffre total des entrées, par variole seulement, fut de près de 8,000. Que l'on se représente une soixantaine de salles de 20 à 30 lits chacune, toutes et toujours remplies de la plus hideuse des maladies humaines, et l'on aura l'idée de ce triste milieu qui nous reportait aux temps antérieurs à la découverte de Jcnner.

Quant à la fièvre typhoïde, c'est à M. l'Inspecteur Legouest que je suis redevable d'avoir pu en étudier d'une manière spéciale l'étiologie et la prophylaxie, d'après les relations adressées au Conseil de santé depuis 1874 par mes savants collègues de l'armée.

J"ai toujours considéré comme une heureuse fortune de posséder, pour point de départ d'études 'épidémiologiques, les observations recueillies dans l'armée. Une agglomération de soldats, malgré son caractère de multiplicité collective, constitue suivant nous Viinité au point de vue épidémique : même acre même installation, même régime, mêmes souffrances, sa°ns interposition, comme dans la plupart des collectivités civiles d'organismes indifférents ou réfractaires qui troublent

l'RÉFACE. XVII

l'identilé du milieu, el l'uniformité de ses réactions sous Flnfluence des causes morbides communes.

Aussi l'armée est-elle un milieu essentiellement favorable à la régularité et à la rapidité d'évolution des maladies populaires ; grâce à sa mobilité, elle constitue en outre un vérilable réactif qui permet d'apprécier les influences morbifiques des lieux qu'elle parcourt, influences qu'elle ressent plus vivement que la popuJalion résidente, en généralpréservée par son assuétude (p. 297), et qui permet, en revanche, l'applicalion de méthodes propbylactiques souveraines, si difficilement réalisable dans les autres classes, comme l'évacuation des foyers épidémiques,

La connaissance des maladies du soldat devient un élément fécond pour l'analyse des épidémies plus générales, dont l'évolution, de même que la genèse, est entravée, pour ainsi dire, sur les autres théâtres d'observation, par la différence des habitats, des âges, du régime alimentaire, etc.

L'utilité de cet enseignement ressort du caractère vraiment scientifique de la plupart des rapports des médecins de l'armée sur les causes, la marche, la prophylaxie des épidémies d'une classe de la société qui résume la force et la santé de la population, mais qui, par son âge, son expatriation, ses agglomérations, réunit aussi une somme considérable d'aptitudes aux maladies épidémiques. Chaque année, je suis heureux de voir l'Académie de médecine couronner plusieurs de ces rapports, et de retrouver, parmi les lauréats, nombre de mes meilleurs élèves. Dcvoûment à la science et dévoûment à la santé du soldat, tel a été constamment le double but des programmes du Vul-de-Grâce; pour leur réahsalion je n'ai cessé de suivre l'impulsion de mes anciens maîtres, et de m'associer aux efforts de mes savants collègues de la première heure, MM. les professeurs Maurice Perrin et Villemin, et de tous ceux qui depuis ont si dignement marqué leur place en cette école.

Ma situation d'auteur ne me permet guère de parler des adhésions, moins encore des récompenses accordées à mes travaux personnels. De ces récompenses cependant, il en est

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