‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 4 sur 195 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

redoutables associations. Grâce à l'analyse clinique, qued'eudémies, qualifiées des noms les plus bizarres, ont été réduites, par l'appréciation exacte de leurs symptômes, aux espèces connues de la pathologie, fièvre typhoïde, scrofules, syphilis, etc.

A la clinique enfin d'intervenir dans le but suprême que nous poursuivons, la prophylaxie des épidémies, en démontrant qu'il ne suffit point, pour y réussir, d'appliquer aveuglément les préceptes de l'hygiène vulgaire, mais que l'indication prophylactique, comme l'indication thérapeutique, varie suivant les maladies, les individus et les lieux. Les personnes qui ne sont pas familiarisées avec la clinique de ces affections comprendront-elles pourquoi l'installation nosocomiale des varioleux doit reposer sur des bases tout autres que celles des malades atteints de fièvre typhoïde? pourquoi les résultats de l'évacuation des foyers épidémiques sont très divers, suivant qu'il s'agit de typhus ou de choléra? pourquoi il doit y avoir des différences dans les pratiques sanitaires, suivant qu'elles s'appliquent à la fièvre jaune ou aux autres maladies pestilentielles?

Ne rencontre-t-on même point, dans l'étude des épidémies, des circonstances qui viennent confirmer diverses données expérimentales inspirées par la clinique sur la genèse des maladies infectieuses? les périodes latentes et les recrudescences de certaines épidémies ne rappellent-elles pas les oscillations de la puissance d'activité du poison septique? Quand on voit une explosion de peste confirmée, précédée pendant plusieurs mois ou même plusieurs années de manifestations morbides relativement bénignes, spécialement de bubons à peine fébriles ou apyréliqueschez un grand nombre d'individus, ne semblet-il pas que le germe morbide s'élabore lentement, difficilement, avant d'acquérir sa plénitude d'action, absolument comme le poison septique qui, dans les laboratoires, n'arrive souvent à V état par fait q\i' a près une série d'inoculations?

Aussi, ma première pensée avait-elle été de compléter ce travail par la description clinique de chacune des affections dont il indique seulement l'évolution épidémique ; j'ai sacrifié, sans regret, la publication de cette partie de mon cours

PREFACE. ^jjj

devant les ressources offertes par les divers livres de pathologie interne, notamment par le traité si complet de Jaccoud. Si, en quelques passages, il m'a été impossible de m'abstenir absolument de considérations cliniques, elles n'ont eu en général pour but que l'explication de la genèse et la détermination de la prophylaxie, la mortalité, les affinités réciproques des diverses maladies populaires.

La médecine publique doit donc prendre place à côté de la médecine privée, puisque l'étude de l'homme malade constitue le point d'appui le plus solide de l'analyse des maladies épidémiques. Mais la somme de travail et de devoirs imposée à ceux qui auront à en suivre l'origine, l'évolution, la prophylaxie, est assez considérable pour les détourner, en toutou en partie, des voies plus lucratives de la médecine privée. Il est de l'honneur des gouvernements d'atténuer ces sacrifices en considération de l'importance du but à atteindre : s'il est d'un grand intérêt pour tout individu malade de rencontrer un praticien éclairé qui sache, dès les premiers symptômes, découvrir la cause et la nature de son mal, en entraver l'évolution, ou en atténuer le pronostic, n'importe-t-il pas au même tilre à la société de posséder des hommes sachant où et comment naît une épidémie, quels sont les signes morbides qui en sont aussi les prodromes, comment elle grandit, vers quel pomt, non plus de l'organisme individuel, mais de l'agglomération sociale elle tend à se généraliser, quelles peuvent en être les complications par son affinité pour d'autres affections et d autres misères, de l'étudier enfin, comme on étudie une maladie, pour en déduire une prophylaxie immédiate et rationnelle?

Nul plus que nous (ne venons-nous, pas d'en donner la preuve?) n'estime les services rendus par la médecine des cas particuliers; c'est à des travaux cliniques que nous avons consacre nos premières études, et, pendant toute la partie de notre carrière passée à Paris, nous avons pris part active aux itavaux de la Société médicale des hôpitaux, celle école de clil'que par excellence ; mais les succès des médecins les plus heu-

XIV PlŒFACli:.

reux, des opérateurs les plus habiles, se comptent par unités ; les mesures édictées par le médecin proposé à la santé des masses peuvent entraîner des résultais bien autrement considérables : l'évacuation d'une caserne, d'un lycée, d'un navire au début d'une épidémie de fièvre éruptive ou de diphthérie, empêchera peut-être quelques centaines de cas de maladie, et un nombre proportionnel de décès. Que d'expéditions transformées en désastre pour avoir été conçues en dehors de tout conseil médical. Et cette efficacité de la médecine publique ne s'est-elle pas affirmée de plus en plus chaque jour, marquant dans l'histoire de notre art un progrès que n'égale certainement point la thérapeutique des cas particuliers? Si les traitements actuels de la fièvre typhoïde et de la variole n'offrent qu'une supériorité encore souvent contestée sur ceux d'autrefois, que d'épidémies brusquement arrêtées dans le premier cas par l'abandon immédiat du foyer morbide, dans le second par des revaccinations générales! Là même où le traitement du malade isolé a pris un caractère merveilleux d'efficacité, comme dans les affections qui ont leur médication spécifique : les fièvres intermittentes, la médecine publique n'affirme-t-elle pas ses progrès modernes par l'assainissement des foyers fébrigènes, et le retour à une vie complète» comme durée et comme santé, des populations dégénérées des régions palustres?

Nombre de médecins pourront être entraînés en cette voie par la grandeur et l'utilité de la tâche à accomplir, par la pensée même que, dans l'accomplissement d'une œuvre désin^ téressée, ils n'obtiendront que reconnaissance sans aucune de ces indignes méprises de l'opinion qui, dans la médecine privée^ placent parfois les praticiens les plus dévoués et les plus honorables sur lé plan de ceux qui exploitent la crédulité

publique i .

Mais, pour organiser cette oduvre^ il ne suffit point dé ces dévoilements volontaires et accidentels ; il faut des situations assurées, s'imposant comme une fonction avéc ses avantages matériels et ses responsabilités.

En h'ance, on vit dans la conviction dé la nécessite d un

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personnel administratif, souvent considérable, ignorant des choses de la médecine, dès que notre art a pour objectif non plus la santé de l'individu, mais celle des masses. Dernièrement encore^ un des fonctionnaires les plus éminenls de Tédilité parisienne, acceptant l'opportunité de l'organisation d'un service de médecine publique, tel qu'il se fait ailleurs sous la direction d'un médecin, m'affirmait, avec la plus profonde conviction, la nécessité à Paris d'une centralisation extra-mé- / dicale de ce service. C'est qu'en France on ignore les résultats/ obtenus en tant de grandes villes où la santé publique est confiée aux hommes qui ont consacré leur vie à l'étude des malades et des maladies ; on ignore le rôle de J. Simon et de W. Farr en Angleterre, de Janssens à Bruxelles, de W. Ford à Philadelphie, etc.

Subordonner ici encore le médecin à l'administrateur, c'est non seulement entraver la réalisation de ce plan par l'augmentation des fiais nécessaires, c'est en compromettre les résultats par l'introduction de compétences douteuses; mieux vaut alors se borner, comme nous le demandions autrefois (Art. Morbidité du Dict. encijcl. des se. méd.), et comme nous le demandons encore en ce livre (p. 892), aux services que peut rendre déjà le corps médical, tel qu'il est organisé au point de vue de la médecine publique. On aurait ainsi déjà à Paris par exemple la situation médicale des différents quartiers des rues, des • maisons, comme on a, par notre savant collègue et ami m! Ernest Besnier, celle des hôpitaux; on posséderait même, jour par jour, l'mdicalion des points où il faut songer à porter remède. Mais ne serait-il pas plus logique d'assurer ces services en relevant matériellement la situation de ceux auxquels on les confie et en répartissant sur eux, au bénéfice d'une population de deux millions d'habi-fants, une indemnité qui pourrait suffire sans dépasser peut-être, au total, les honoraires de tel praticien très répandu?

Diverses circonstances de ma carrière m'ont été spécialement utiles dans l'étude de l'épidémiologie. Après plusieurs années de résidence en des régions (Algérie et Home), où règne endcmiqucmcnl la plus commune des maladies popu-

Léon Colin. — RlAt,. épiuém. Ô

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