‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 53 sur 195 · VIII. — CAUSES DES ENDÉMIES · texte numérisé non relu

VIII. — CAUSES DES ENDÉMIES

1° Endémicité. — Il en est du terme endémicité comme des termes : épidémicité et constitution médicale. Il ne doit être conservé qu'à la condition de ne pas être considéré comme une explication pathogénique. Cependant nous voyons chaque jour invoquer cette influence aveugle, l'endémicité, comme cause de la permanence, dans certaines localités, soit de la dysenterie, soit de la fièvre typhoïde, alors qu'une enquête permettrait de reconnaître l'existence de causes bien plus faciles à saisir et à combattre, l'infection dusol ou des eaux de consommationpar des produits de putréfaction, l'msufflsance ou la mauvaise qualité de l'alimentation, etc. Malheureusement, il est encore quelques maladies dont la limitation géographique, l'endémicité, constitue le seul attribut étiologique apparent, et pour lesquelles il reste à déterminer en quoi est dangereuse la zone de leur circonscription.

2» Influences de race. - Ou est disposé à considérer grand nombre d'endémies comme constituant une simple question de race et à expliquer surtout par la transmission héréditaire leur perpétuation séculaire dans les mômes milieux. Il est certain que ^influence héréditaire joue un rôle considérable sur les diverses générations humaines successivement épuisées par l'action permanente d une même cause morbiflque ; il est évident que dans les endé mies ressortissant à la lèpre ou à la syphilis, l'hérédité augmente" les dangers d mfection delà population autochtone. Mais dire que 1 endémie est une question de race, c'est en limiter tout à fait arbitrairement le point de départ. Il nous semble plus rationnel d admettre que ce point de départ est fréquemment extérieur à homme, et réside dans les circonstances au milieu desquelles il vit.

Ce qui le prouve c'est que, dans l'immense majorité des cas, l'influence morbifiquc se manifeste aussi nettement, plus profondément môme chez les étrangers nouvellement venus en ces localités, et complètement indemnes de toute imprégnation héréditaire.

Celte prédisposition spéciale à subir l'influence des miasmes de la fièvre jaune, du choléra, de la fièvre intermittente, les étrangers la présentent encore à l'égard de la cause morbide qui enfante la veruga, le clou de Biskara, le goitre (1). La cause morbide est donc loin d'être inhérente à la race.

L'étranger pourra, il est vrai, avoir pour lui le bénéfice d'habitudes hygiéniques préservatrices; son immunité relative contre les maladies al-imentaires, dans les pays atteints de pellagre et d'ergotisme, contre les afi"eclions parasitaires, dans les pays où sont communs les dragonneaux, les tœnias, les chiques, sera le simple résultat des conditions de protection que lui conféreront soit son alimentation spéciale, soit des vêtements plus complets que ceux de l'indigène.

Cette protection il ne la trouvera pas malheureusement contre les causes morbides d'une origine moins précise que les précédentes, notamment contre celles dont l'atmosphère est le miheu, et auxquelles il a bien peu de moyens de se soustraire.

3" Causes extérieures à l'homme. — Beaucoup d'auteurs ont simplifié cette étiologie en prétendant que les endémies dépendaient à peu près exclusivement d'influences morbifiques émanant du sol et des eaux des localités où elles se manifestent.

Nous avons démontré la tendance de nombre d'auteurs à substituer, sans plus d'explication, le terme tellurique au terme endémique, et consacré tout un paragraphe (p. 136 et suiv.) à démontrer l'exagération de la doctrine tellurique. ■ Nous acceptons volontiers que ces influences représentent les conditions pathogéniques les plus inhérentes à un pays donné ; mais il suffit d'un coup d'œil sur les afi'ections auxquelles aujourd'hui s'apphque la dénomination d'endémie pour voir que les unes, les endémies proprement dites, défient l'analyse, que les autres relèvent des causes morbides les plus difi-érentes : météoriques, telluriques, alimentaires, virulentes, parasitaires. En ce dernier cas, l'endémie trouvera ses conditions de renouvellement et de permanence non-seulement dans tout ce qui est en rapport avec l'homme : air, eaux, lieux, aliments, mais parfois encore dans l'organisme

(1) Voir ci-après ; art. vni, Rôle des prédispositions iiidividuelles dans la constitution du Milieu épidémique.

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humain, comme dan.s les maladies virulentes, et souvent dans le maladies parasitaires (1). . ^

A. Influences météoriques. — La prédominance de l'insolation du choléra nostras, du catarrhe estival, ou fièvre de foin, dans certaines régions circonscrites de la zone des climats excessifs établit la réahté des endémies de cause météorologique.

B. Influences telluriques. - Il n'y a pas à démontrer l'endémicité des maladies d'origine tellurique, des fièvres intermittentes ce type des affections localisées à des foyers géographiquement déterminés, au moins dans les climals tempérés ; dans les climats chauds seulement, ces affections sont beaucoup plus diffuses, pouvant naître sur des surfaces infiniment plus considérables (voy p 262)

G. Influences alimentaires. - Les maladies alimentaires offrent comme les affections d'origine tellurique une des meilleures conditions pour se circonscrire sous forme dendémie ; elles ne sont pas contagieuses. Mais cependant elles ne sont pas toutes endémiques au même degré. Les unes dépendent d'une simple insuffisance de lun ou de plusieurs des éléments indispensables à la nutrition ; tels le scorbut et le béribéri ; comme l'a rappelé J Ro chard, cette insuffisance pouvant se produire sur des régions étendues, ces deux maladies prendront parfois une expansion con .dérable; aussi, malgré la prédominance de la première de ces affections dans les climats froids, malgré la limitation de la seconde aux climats intertropicaux, les considérons-nous toutes deux comme trop peu assujetties à des causes locales pour constituer toujours de véritables endémies; ce terme ne leur sera apn abîe que dans les circonstances où la pénurie alimentaire et se é u tat morb.fiques seront limités à des zones restreintes

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e\dém?cpes."'''^' --ntiellemlnt D Influences parasitaires. - Nous avons également indiqué plus 'h ut (page 182) la division des maladies parasitaires en deu^ : groupes prmcipaux, l'un renfermant des affections propres à cer-

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a. — Les moins endémiques de ces affections, les plus cosmopolites sont celles dont les parasites trouvent dans l'organisme humain les conditions suffisantes de leur reproduction pleine et entière, et peuvent, en outre, résister à l'action des températures extérieures les plus différentes ; tel est l'acarus scabiei, tels sont les germes du microscoporon, de la teigne, du pytiriasis versicolor, etc. Aussi, les affections qui en résultent sont-elles pleinement comparables, au point de vue de latransmissibilité, aux maladies franchement contagieuses, et subissent-elles peu de Hmitation géographique; si l'on a considéré la gale comme endémique en Bretagne, en Suède, c'est en raison des conditions déplorables d'hygiène de la population de ces pays , conditions parmi lesquelles domine la malpropreté, si favorable à l'habitat des acarus.

Ce sont également les conditions antihygiéniques, favorables à leur reproduction et à leur absorption par les aliments ouïes boissons, qui donnent une certaine apparence d'endémicité à des parasites susceptibles de se développer à toute latitude, oxyures, ascarides, tricocépbales.

Ce sont d'autres vices de l'hygiène que nous avons vus déterminer l'apparente endémicité des cestoïdes, et grouper la plupart des affections parasitaires dans les pays où prédominent aussi les endémies alimentaires (p. 182 et suiv.).

— Quant aux maladies parasitaires plus endémiques , plus locales, il est difficile d'en déterminer le nombre et la nature. Il en est certainement dont les limites géographiques semblent parfaitement circonscrites, la chique, par exemple, qui n'a été observée que dans les régions intertropicales du nouveau monde; la plupart des autres parasites sont relativement plus répandus, ceux-là même qu'on a considérés longtemps comme exclusivement propres à certains pays; sans offrir le cosmopolitisme du taenia inerme, des oxyures, des ascarides, le tœnia lata se rencontre sur nombre de points du littoral de la mer ou des fleuves de l'ancien continent ; quoique plus fréquents en Irlande qu'en tout autre pays, les hydatides sont loin d'être limités à ce pays ; la filaire de Médine est trop commune aux Indes, au Sénégal, en Égypte, en quelques Antilles pour être considérée comme une endémie exclusive à l'Arabie ; il n'est pas jusqu'à l'ankylostome duodénal et à la filaire hématobie dont les découvertes les plus récentes ne tendent à démontrer la fréquence dans les pays où règne soit l'anémie, soit l'hématurie intertropicale, bien loin par conséquent de l'Égypte qui semblait leur principal berceau.

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Grâce à la savante impulsion de Le Roy de Méricourt, plusieurs faits nouveaux sont venus confirmer, en effet, Tobservation faite en Egypte par Griesinger qui avait reconnu la présence d'ankylostomes duodénaux clans un cas de chlorose égyptienne. A Mayotte d'une part, à Baliia de l'autre, on a constaté l'existence de cet helminthe chez des nègres enlevés par l'anémie interlropicale. Ces découvertes, en des régions si différentes et si éloignées les unes des autres, permettent d'attribuer à l'ankylostome duodénal un rôle pa- Ihogénique bien autrement considérable que ne le laissaient prévoir les anciennes données de la géographie médicale qui conlinaient presque absolument ce parasite en Égypte. Si telle est bien la cause de la cachexie intertropicale, du mal de cœur, de la géophagie, ces exemples se multiplieront rapidement vu la ïréquence de cette affection ; leur répétition, sur une grande échelle, permettra seule d'affirmer définitivement cette étiologie.

Il en est de même du rôle de la filaire hématobie dans l'hématurie des pays chauds.

En étudiant l'évolution générale des épidémies, nous verrons les endémies parasitaires subir dans le temps et l'espace des modifications qui seront surtout en rapport avec les coutumes alimentaires et le degré de civilisation des peuples.

E. Influences miasmatiques. — Ici encore il y a à distinguer entre les maladies infectieuses exotiques, à foyer originel fixe, permanent, exclusif, comme les affections pestilentielles, et les maladies infectieuses banales, comme les typhus abdominal ou pétéchial, pouvant naître l'un et l'autre dans les lieux les plus divers.

F. Influences virulentes. — Nous l'avons dit déjà (p. 84), les affections miasmatiques sont moins cosmopolites que les maladies virulentes. Aussi les maladies virulentes viennent-elles en dernier lieu parmi les affections endémiques, parce que leur condition pathogénique dominante, la contagion, constitue un obstacle trèsnaturel à leur circonscription.

Ce sont elles qui représentent le moins les caractères que nous avons attribués aux endémies proprement dites (p. 120); leur transmissibilité, leur indépendance relative des conditions des lieux semblent leur enlever toute chance de limitation régionale • il n'est guère que les maladies à virus essentiellement fixe, comme la syphilis, qui, sévissant plus spécialement sur des populations privées de toute ressource thérapeutique et prophylactique, minées en outre par d'autres cachexies, ont donné lieu à ces pseudo-endémies à noms bizarres : scerlieoo, falcadine, sibbens d'Écosse, butm XiÉON Colin, mal. épidém. I8

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scurvy, radezyge, pian, bouton d'Ambom'e, tonga, sfdrocolon, elc, etc. (Voy. p. 267) ; autant d'affections que nous avons pu, dans le paragraphe précédent, rayer du cadre des endémies. Quant aux maladies contagieuses à virus diffusible, elles ont encore moins de chances de circonscription ; aussi ne sont-elles endémiques que par comparaison, dans les agglomérations de population favorables à l'entretien des germes morbides. La diphthérie, la rougeole, la scarlatine, sont endémiques dans les hôpitaux d'enfants, parce que ces maladies y trouvent un terrain fertile pour la reproduction de leurs germes, et qu'autour de ce terrain l'élément principal de cette reproduction est relativement clair semé ; quelquefois la masse de la population avoisinante, grâce à son âge, à ses atteintes antérieures, semble absolument réfractaire aux endémies d'un hôpital d'enfants ; on dirait un navire atteint de maladie contagieuse en pleine mer, autour duquel la barrière du vide constituerait une limite infranchissable à la propagation épidémique.

Ainsi, de même que pour certaines épidémies miasmatiques, le foyer d'endémicité est surtout adventice, artificiel.

Quelques maladies virulentes transmises à l'homme par les animaux seront endémiques dans les pays aptes au développement spontané de leurs germes chez ces animaux ; leur apparition, chez rhpmme, est subordonnée, comme celle des parasites à génération alternante, à une première phase morbide accomplie dans un organisme animal. Telle la pustule maligne endémique seulement en quelques contrées du centre de la France.

Ici encore, comme pour tant d'autres affections (p. 136 et suiv.) de leur endémicité on a conclu à leur origine tellurique.

« La pustule maligne, a dit Bourgeois d'Étampes, reconnaît évidemment pour origine une cause géologique; c'est dans le sol qu'elle naît; mais elle ne nous est transmise qu'indirectement ; il faut que son principe ait été élaboré par l'organisme des animaux herbivores, ruminants, solipèdes, rongeurs, etc.» Ce qu'il y a de vrai surtout dans cette proposition, c'est la filiation du mal par un organisme animal; quant à l'origine géologique, tellurique delà pustule maligne, elle ne peut être invoquée, au moins directement, à l'égard de l'homme.

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