‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 68 sur 195 · IX. — PROFESSIONS · texte numérisé non relu

IX. — PROFESSIONS

l'hl'l^f '""^ '^"^ Woïe.,ion, qui augmente le contact de 1 homme avec les causes efficientes des épidémies, jouera un rôle essentiel dans e d veloppement de ces affections : de môme que vétérinaires, les bergers, les équarrisseurs, etc., courront plu grand risque de contracter la morve, la pustule maligne de même que les employés des services hospitaliers seront plufdi;po és aux maladies contagieuses humaines ; de même, d'autres 3 essions entraîneront des chances spéciales d'infe tion nfiasma. tique^Il estnon moins évident que tout métier, dont le résultat es un affaiblissement de l'organisme concourra à l'augmentaUon de réceptivité au plus grand nombre des épidémies. La°m mf rofes sion pourra agir en ces deux sens. Des hommes fatigués mal

remn/ie d'ér"'? ^-P^-o-t une atm s'ph"

remphe d éléments morbifiques et subiront plus complètement 1 action des influences pathogéniques extérieures. Aussi les profes sionsindustrielles sont-elles, en général, plus insalubres ^..1^' que les professions agricoles. '

Nous n'avons pas à parler des maladies professionnelles proorem nt di es, constituées en général par des affections loca s ou d s mtoxicalions, tenant à l'action limitée d'une cause morbide et na conséquent n'étant ni dans leur étiologie fn ^2) ni ZIZ' / luUon (p. t des maladies épidémiquef. ^n^^Z^^ :::, que pour la profession militaire, et nous allons en dire le molif

ART. IX. - l'armée au POINT DE VUE DES ÉPIDÉMIES.

§ I. - PnÉOlSPOSITION SPÉCIALE DE L'aHMÉE AUX Arp.CTIONS POPULAIRES.

des^londmnl?/' '"m V^oïes,\on, la profession militaire présente a conditions favorables au développement de maladies communes â un grand nombre d'individus, et par cela môme épidémiques dans

le sens le plus étendu de cette expression. Les raisons en sont faciles à comprendre.

1" La révision n'accepte que les hommes appartenant à une période limitée de la vie ; elle rejette, au moins dans une large mesure, les individus atteints d'affections constitutionnelles et locales, affections qui, suivant nous, n'appartiennent -pas au cadre des maladies populaires (1), et qui, plus nombreuses dès lors dans les autres classes de la société, nous expliquent la diversité plus grande et l'indépendance originelle des maladies de ces dernières classes. D'un groupe quelconque de la population, défalquez les enfants, les femmes, les vieillards, les personnes atteintes de toute affection incompatible avec le service militaire; vous supprimez, par cette simple mesure de sélection, les causes principales delà variété des maladies, et vous uniformisez d'avance, par réduction des espèces morbides, la pathologie du groupe ainsi épuré.

2» Ces individus déjà si analogues entre eux sont réunis en agglomérations dont la similitude va être consacrée par l'identité des conditions hygiéniques qui leur seront imposées; pour chacun, chances à peu près égales d'exposition aux causes efficientes des maladies populaires; d'où, pour tous, cette communauté de danger que nous avons considérée comme un des caractères essentiels de la genèse des maladies épidémiques (2).

§ II. — RÔLE DE l'armée DANS LA CRÉATION ET LA DISSÉMINATION DES MALADIES

Si nous étudions d'abord le milieu militaire comme influence pathogénique générale, nous constatons le rôle indéniable de l'armée dans la création et la dissémination de certaines épidémies qui pèsent sur l'ensemble de la société. Ce rôle, néanmoins, n'est pas également important dans l'une et dans l'autre de ces deux cu-constances.

io Création des maladies épidémiques. — Nous pensons, en eUet, que nombre d'écrivains ont exagéré la part qui revient à l'armée dans la création même des maladies populaires.

Nous ne pouvons malheureusement contester aux grands rassemblements de soldats la puissance de procréer, sous l'influence de conditions hygiéniques mauvaises, les affections les plus redoula-

(1) Voy. p. 17.

(2) Voy. p. 19.

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bles; et, malgré le scepticisme de quelques auteurs modernes, nous considérons les armées comme ayant été, pendant les trois derniers siècles, un foyer d'élaboration presque incessant du typhus pétéchial. Ne sait-on pas la part qui revient également aux armées dans le développement d'épidémies moins graves que la précédente : dans celui de l'ophthalmie militaire par exemple, dont les soldats belges ont si fréquemment rapporté le germe dans leurs familles et dans leurs villages, de la méningite cérébro-spinale qui, en France du moins, semble n'avoir trouvé qu'un seul terrain favorable à son entretien et à sa dissémination, l'armée?

Mais on renverse peut-être trop facilement, faute d'attention suffisante, les rôles joués, en d'autres circonstances, par les soldats et par les habitants d'un pays dans la a^éation des épidémies.

Que de cas, par exemple, dans lesquels les armées ne font que prendre et subir les maladies enfantées ou entretenues auprès d'elles par la population civile 1 Le premier typhus même de l'armée française, celui qui la frappa en 1528, sous les murs de Naples, n'est, malgré sa gravité, qu'un épisode de la pandémie typhique qui, depuis les premières années du seizième siècle, s'étendait sur la péninsule italienne, et dont certainement les troupes françaises furent atteintes surtout par contact. Les armées prennent le choléra plus souvent qu'elles ne le donnent.

Ne subissent-elles pas surtout, dans les villes de l'intérieur, l'influence des conditions morbiflques qui les entourent? Paris, Lyon, imposent à leurs garnisons les dangers de l'endémie typhoïde permanente en ces grands centres dépopulation. Cette dernière maladie est considérée cependant, entre toutes, comme engendrée dans le milieu militaire lui-même.

, Quand une épidémie de lièvre typhoïde frappe simultanément la population civile et la garnison, les soldais sont en général atteints les premiers; et nous entendons~l^îâvënt~^Ti^ ald^^ que l'affection est le résultat de la mauvaise hygiène des casernes, que les militaires en ont été, pour cette raison, les premières victimes et qu'ils ont transmis leur maladie à la population civile.

Nous avons nous-même fourni bien des preuves de l'insalubrité relative, en quelques circonstances, de la demeure du soldat. Mais notre opinion est que fort souvent le foyer morbigène est commun, qu'il se rattache plutôt à des influences urbaines qu';\ des influences propres à l'habitation mihtaire. J'ai accumulé preuves sur preuves que les épidémies typhoïdes, dites épidémies de caserne, et dont cette appellation évoque la pensée de conditions spéciales

d'insalubrité des locaux habités par les troupes, dépendent bien souvent de causes extérieures à ces casernes. Or pourquoi, en pareilles circonstances, le soldat est-il habituellement le premier frappé? Pourquoi arrive-t-il si fréquemment que la population civile avoisinante soit relativement ménagée; à tel point qu'en certaines villes on a presque contesté aux médecins militaires le droit d'invoquer ces conditions d'insalubrité extrinsèque dont l'immunité des habitants semblait démontrer l'innocuité?

Ces faits et leurs analogues constituent la base principale de l'opinion que nous professons depuis longtemps sur les motifs de la prédominance de la fièvre typhoïde dans l'armée. Cette prédominance témoigne avant tout des conditions de réceptivité particulières au soldat, conditions telles que le même foyer d'insalubrité, peu dangereux pour la population civile, trouvera dans l'armée un terrain favorable à son activité morbifique. Elle démontre que dans la constitution de ce milieu complexe que nous avons qualifié de Milieu épidémique, il ne faut pas tenir compte seulement des influences extérieures à l'homme, eussent-elles la précision et la netteté d'un virus ou d'un parasite, mais encore des conditions des organismes soumis à leur action. Il est difficile, d'après l'état sanitaire de la population résidente, de préjuger les chances d'explosion de la fièvre typhoïde parmi les régiments appelés à prendre garnison en telle ou telle ville; le danger sera plus certain peutêtre, en tous cas plus évident, quand les habitants de cette ville seront eux-mêmes atteints de la maladie. Mais de l'immunité des habitants, on ne peut malheureusement conclure à celle des soldats qui représentent un réactif d'une sensibilité extrême, susceptible de déceler par son atteinte l'existence de causes morbifiques qu'on ne soupçonnait pas.

Si les soldats sont frappés les premiers, parfois les seuls, c'est souvent et uniquement à cause de leur réceptivité spéciale aux causes typhoïgènes communes, auxquelles la population civile est plus réfractaire par ses atteintes antérieures et par son assuétude. Nous avons dit plus haut leurs prédispositions spéciales en qualité de nouveaux venus devant tant de causes morbides (p. 297-299).

Il est des affections qui, par la manière soudaine dont elles éclatent dans une armée, ont pu laisser croire que le milieu militaire était indispensable à leur procréation. Citons au hasard cette armée anglaise anéantie par les fièvres à Walcheren (1709), les armées espagnoles tant de fois décimées par le vomito ; il faut bien noter qu'en ces circonstances l'origine du mal était extérieure au milieu

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militaire lui-même ; il .y a eu épidémie simplement à cause du nombre considérable d'individus subitement soumis à l'influence du miasme, soit de la fièvre jaune, soit de la fièvre intermittente.

Il en est de même d'une maladie bénigne et commune dans notre armée, je veux parler du goitre aigu. S'il apparaît si fréquement en épidémie sur nos soldats, ce n'est nullement en raison de prédispositions spéciales créées par la vie militaire; c'est parce que cette profession entraîne rexposition subite aux influences goîtrigènes d'une masse d'individus aptes par leur âge et leur qualité de nouveaux venus. Le goitre épidémique des lycées, des pensionnats, des prisons (Riom, 1858) démontre que les prédispositions du soldat ne lui sont pas exclusives.

Ces exemples nous prouvent déjà qu'avant de déclarer la profession militaire plus morbifique en elle-même que les professions civiles, il faut tenir compte de la somme plus considérable de dangers extérieurs imposés aux soldats.

Les obligations d'installation créées aux troupes dans certaines garnisons constituent parfois à leur détriment des conditions spéciales d'imminence morbide. A Rome, pendant la période d'occupation française (1850-1866), plusieurs bataillons étaient casernés dans certains quartiers abandonnés complètement de la population civile, à cause de leur insalubrité notoire.

N'en est-il pas de même en Algérie? Tandis que la population civile y jouit d'une immunité relative contre les causes morbides atmosphériques et telluriques, notre armée, par ses expéditions, par son installation sous la tente, subit ces influences à un degré bien plus considérable. La profession militaire crée donc parfois au soldat des dangers spéciaux, même dans la vie de garnison, moins par elle-même que par les obligations qu'elle lui impose à l'égard de la population civile qu'il protège et défend.

La mobilité de l'armée ne l'expose-t-elle pas enfin chaque jour à contracter le germe des fièvres éruptives, variole, rougeole, scarlatine, qui régnent dans les divers pays qu'elle parcourt ?

2» Disséminalion des maladies épidémiques. — Quant à la dissémination des épidémies, cette mobilité de l'armée nous rend compte de l'importance de son rôle, manifeste surtout lors des mouvements de troupes qui s'accomplissent au moment oîi sévit une épidémie ; les armées en marche en pareilles circonstances ont, au même titre que les caravanes, que les colonnes d'émigrants, la triste destinée d'apporter au fléau du moment, que ce soit le choléra, le typhus, la variole, etc., un nouvel appoint de victimes, et

de devenir, en outre, le véhicule de la contagion pour les populations qu'elles vont ensuite traverser. Il n'est pas une de ces allections dont la diffusion dans la population civile n'ait semblé constamment dans le rapport le plus étroit avec la marche des armées ; nous en avons la preuve :

1° Pour la variole dont la première importation en Europe s'accompht par les bandes armées de Sarrasins ; dont les épidémies suivantes ont pour intermédiaire les croisés revenant d'Orient ; dont l'armée de Novarez introduit au Mexique les germes d'une pandémie qui devait tuer 3 millions d'habitants, et dont enfin la grande épidémie moderne (1869-72) a certainement été favorisée par les mouvements de troupes durant la guerre de 1870-1871. ^ 2» Pour le typhus qui, dès son origine, au siège de Naples en 1528, s attache à l'armée française de Lautrec pour se disséminer sur presque toute l'Italie ; qui, au dix-septième et au dix-huitième siècle, se répand en tous lieux à la suite des guerres continuelles de cette longue période ; et qui, en notre siècle enfln^(J813-18i7), suit les^ armées européennes pour pénétrer avec elles dans les pays qu'elles parcourent, décimant nos grandes villes de France depuis les frontières de l'Est jusqu'à Paris, ravageant également la plupart des points de rapatriement des troupes anglaises, Portsmouth spécialement où, en 1809, la rentrée de l'armée de sir John Moore fut, pour la population de cette ville, l'origine d'une cruelle épidémie.

3" Quant au choléra, rien de mieux établi que le rôle de l'armée anglaise dans sa diffusion aux Indes orientales en 1817, 1842, époques d'enfantement pour l'Europe des grandes épidémies de 1832 et de 1848 ; que le rôle de l'armée russe dans le transport du fléau à travers la Pologne en 1831 ; que celui de l'armée française dans sa pénétration à Paris en 1849, à Gallipoli en 1854, et en Algérie à huit reprises différentes ; que ceux enfin de l'armée prussienne le répandant en Allemagne après la bataille de Sadowa, de l'armée italienne l'important à Palerme (1866) après l'insurrection de cette dernière ville.

Voilà donc, et nous sommes loin d'en épuiser l'énumération, bien des preuves de l'influence des armées comme intermédiaire de propagation des maladies certainement les plus diverses parmi celles dont on reconnaît aujourd'hui la transmissibilité : 1° des maladies virulentes proprement dites; 2" des maladies infeclio-contagieuses d'origine autochthone et d'origine exotique. Pour chacun de ces groupes nous n'avons cité qu'un type ; mais il est évident que le

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rôle joué par les armées comme intermédiaire du contage variolique, elles le rempliraient également et l'ont maintes fois rempli relativement aux épidémies de scarlatine et de rougeole • qu'elles transmettront la fièvre typhoïde et l'ont transmise tout aussi bien que le typhus ; qu'enfin elles ont été des réceptacles et des agents de propagation de la fièvre jaune et de la peste d'Egypte tout aussi bien que du choléra.

L'importation de la lèpre dans l'Europe occidentale n'est-elle point le fait principal des grands mouvements de troupes, depuis ceux de l'armée de Pompée qui aurait rapporté cette affection d Asie Mineure en Italie, jusqu'aux invasions des Sarrasins qui en infectaient 1 Espagne, et au retour des croisés qui la disséminaient bien plus encore à l'intérieur de notre continent

les épidémies, pour la syphilis, pour l'alcoolisme ? Sans parler de la grande mvasion de la syphilis au quinzième siècle, n'a-t-on pas 1' mno^'r'''^."' ^'^^ mouvements des armées

ioliTT ^T"' ''''''''' P^y^' devenus le

po nt de départ des formes complexes du mal vénérien? C'est ainsi

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pendant la guerre d'indépendance (1). Ne constate-t-on pas de nos

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ae progrès ont été réalisés.

(<) Voy. A. flirsch, loc. cit.

§ III. — CmCONSTANCES OU L'aRMÉE EST SOUSTRAITE A DIVERSES CAUSES DE

MALADIES POPULAtRES.

En quelques rares circonstances, la profession militaire a été profitable, à cet égard, aux individus et aux populations elles-mêmes.

Parlerons-nous des chances de guérison ouvertes par la vie militaire à certaines affections endémiques améliorées par le changement de résidence ou d'alimentation qui en résulte? Des goitreux ont guéri dans notre armée parce qu'ils ont abandonné le foyer où s'était développée leur affection. Des pellagreux ont guéri dans l'armée ita lienne par la modification du régime qui avait causé leur maladie.

La mobilité des armées, la facihté de déplacer subitement une masse d'individus que ne retient aucune exigence de profession et de famille, ne permet-elle pas, en certaines circonstances, devant une imminence épidémique, de soustraire aux atteintes des maladies infectieuses un nombre considérable de personnes parmi lesquelles ces maladies eussent trouvé tant de victimes? Nous verrons, dans le livre consacré à la prophylaxie (livre V), quels sont à cet égard les avantages de l'armée.

Des guerres ont été faites en notre siècle, guerres longues et sanglantes, sans qu'on ait vu apparaître, comme aux siècles passés, les fléaux pestilentiels presque fatalement évoqués par les guerres d'autrefois; on a même su conjurer l'action de certaines causes morbifiques permanentes, rivées aux localités qu'il fallait traverser ou habiter : l'armée française, au Mexique, n'a subi en somme qu'à un faible degré, l'influence du foyer de la fièvre jaune; et elle en est revenue sans propager, dans nos ports de l'Atlantique, les germes de cette affection ; elle a fait la lointaine expédition de Chine en conservant un état sanitaire presque aussi satisfaisant que celui de nos garnisons de l'intérieur. N'en a-t-il pas été de même de l'armée anglaise, qui, dans ses expéditions si heureuses d'Abyssinie (1867-68) et de Coomassie (1873-74), a su éviter les principaux dangers de pays où l'homme de race blanche se trouve aux prises avec les influences météoriques et telluriques les plus redoutables (1) ?

Voyons maintenant quelles sont les maladies populaires plus spéciales à l'armée et quelles en sont les conditions étiologiques. C'est là une question à laquelle bien des travaux ont été consacrés,

(1) Le Roy de Méricourt, l'Expédition anglaise en Abyssinie (Gazette hebdom,, p. 548, 18G8). — Léon Colin, l'Expédition anglaise de la Côte d'Or {Gazette hebdom., 1S74, p. 3G).

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travaux en tête desquels figurent les recherche? de mon éminent prédécesseur (1). .

§ IV. — DE L'AnSIÉE EN TEMPS DE PAIX.

VMortalÙé. — Les statisliques médicales de l'armée dans les garnisons de l'intérieur établissent que, malgré la sélection initiale de cette classe de la population, malgré son épuration incessante par les congés de réforme et les retraites, le chiffre de la mortalité annuelle des soldats correspond encore à celui des catégories civiles du même âge et du même sexe.

En effet les tableaux de mortalité des groupes de la population civile appartenant à la même période d'âge que le soldat, de 20 à

ans, et, d'autre part, la statistique médicale de l'armée prouvent une grande analogie entre les chiffres annuels mortuaires de ce. deux catégories sociales; de part et d'autre, ces chiffres oscillent autour de 10 décès par an sur 1000 vivants Des auteurs optimistes, s'en tenant à cette dernière comparaison

ment indifférente aux chances d'existence et de maladie des individus qui ui appartiennent. Mais il faut évidemment tenir compte et de la sélection préalable des soldats par la révision et des renvois annuels de l'armée pour cause de maladie, renvois dont le nombre équivaut parfois à celui des décès, parfois le dépasse, et qui vont grever 1 état sanitaire de la population civile au bénéfice de celui de I armée. •

Il esl dirncile de transformer ces derniers éléments en des chiffres démontrant d'une manière certaine ce que l'armée eût perdu réel e ment sans cette série d'éliminations, et malgré tant'd'cxcel „ s traTauK entrepris pour préciser ce déchet m, nous conservons encore à cet égard la réser,e que nous avons déj e.prTmée (3 m" i ce qu, ressort d'une manière incontestable de cet?e comparaTson

u..,. .'.„. ,./r:;iiX™'",'. r t ,f»rr " r

cfhygiène militaire Paris 1R7A a r ' ' "Morache, Traité

des armées -1 Tr'.iMnn V .T/' '^''''^'^ '''' "^^"^^ies et épidémies

(3) Léon Colin, Article MonBiDixÉ Mitm.nE (p. 373}.

entre l'armée et les groupes civils correspondants, c'est que la somme des influences palhogéniques imposées aux soldais est plus considérable, même en temps de paix, puisqu'il en meurt autant que des hommes du môme âge qui n'ont été l'objet d'aucun choix, et appartenant à des catégories qui conservent jusqu'à la mort toutes leurs non-valeurs.

Il n'est donc pas surprenant que dans certaines armées dont la mortalité annuelle moyenne est inférieure à celle de la nôtre, la compensation s'étabUsse, et au delà, par le fait encore d'un plus grand nombre de renvois annuels.

Au lieu de 6 à 7 renvois par réforme sur 1,000 hommes par an, chiffres ordinaires à l'armée française avant 1870 (1), nous voyons cette proportion s'élever : en Angleterre (1869) à 36 ; en Belgique (1868-69) à 8,5; aux États-Unis (1869) à 25; en Prusse (1867) à 23 ; dans l'armée allemande à 20 en 1868, à 24 en 1869 ; dans l'armée austro-hongroise (1869) à près de 21.

20 Morbidité. — Pour apprécier entièrement l'état sanitaire de la profession de soldat, il faut étudier non-seulement la mortalité militaire, mais encore la morbidité, c'est-à-dire le nombre et la durée des maladies.

On doit en effet, pour juger de la force d'une armée, tenir compte non-seulement du chiffre de ceux qui seront enlevés par la mort, mais encore du chiflre de ceux qui seront inutilisés par la maladie, et qui souvent, par l'embarras qu'ils suscitent, contribuent à diminuer la valeur de ceux-là mêmes qui n'ont pas été atteints.

Ces deux termes moiHalité et morbidité sont loin d'être parallèles 11 est des armées immobilisées par des épidémies d'ophtbalmie, d'héméralopie, et môme de scorbut et de lièvre intermittente, chez lesquelles cette gravité de l'état sanitaire ne se révèle par aucune augraenlation du chiffre des décès. La syphilis, dont la mortalité est insignifiante, donne le cinquième du total des maladies de l'armée. En revanche certaines affections frapperont peu d'individus, mais les frapperont si gravement, qu'un chiffre considérable de décès correspondra à un nombre relativement minime de malades; telle, entre autres, la méningite cérébro-spinale.

Si la mortalité de l'armée demeure comparable (comme chiffres bruts de décès) à celle de la population civile, sa morbidité est

(1) Eli France môme depuis quelques années la mortalité militaire s'abaisse, et cet abaissement est compensé par une augmentation du chiffre des réformés qui, de G à 7 sur 1000 avant 1870, s'élèvent aujourd'hui à 12 ou 15.

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beaucoup plus considérable. Nous nous bornons à donner ici le résumé des recherches que nous avons publiées ailleurs (1). Pendant une série de 10 ans (1862-1872), il y a eu en moyenne, chaque jour, 50 à 60 hommes malades sur 1,000 présents; c'est-?i-dire la dix-huitième partie environ de l'efFectif ; au point de vue statistique des journées de traitement, c'est comme si chaque soldat avait une journée de maladie sur 18, c'est-à-dire était malade environ pendant 20 jours de l'année ; comme si, enfin, l'armée entière était indisponible durant ces 20 jours.

Ce que nous avons formulé dans les propositions suivantes :

1° Pour chaque soldat^ en répartissant sur tous la morbidité totale, il y a, année moyenne, chance de maladie durant ^0 Jours; 2° le nombre annuel des journées d'indisponibilité est à peu près vingt fois plus considérable que celui de l'effectif : de 4 millions pour une armée de 200,000 hommes, de 6 millions pour une de 300,000, etc.

Dans ce même article nous avons démontré : 1° que ces chiffres étaient, en somme, comparables à ceux des autres armées (2) ; 2° qu'ils dépassaient ceux de tous les groupes comparables de la population civile (3).

Mais ce que nous avons établi surtout d'une manière irréfutable, c'est que de tous ces malades les plus nombreux ne sont atteints

(1) L. Colin, Article Morbidité militaire, p. 358.

(2) Nous nous bornerons à reproduire dans le tableau suivant un des éléments de cette comparaison.

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