‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 67 sur 195 · VIII. — CONDITIONS MORALES · texte numérisé non relu

VIII. — CONDITIONS MORALES

Parmi les conditions individuelles de prédisposition ou de résis tance aux affections populaires, il en est d'un ordre tout différent"

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Nous pensons que les sentiments de craintp Pf h. i • »

comme on 1 a dit, un des préservatifs à lui opposer

personne" vivff/'"' spécialement les impressions morales des personne, vivant dans un foyer épidémique.,

(J) Voy. Schnurrcr, loc. cit., p. 156 et 157.

On a insisté notamment sur les prédispositions spéciales des individus ou des groupes d'individus soumis à des émotions dépressives, à la peur, à la tristesse. On a considéré le scorbut et le typhus comme les conséquences de la défaite et du découragement des armées; on a dit que le choléra frappait surtout les personnes pusillanimes. On a parlé de femmes mourant subitement au bruit de la sonnette qui annonçait le convoi des pestiférés.

Nous admettons que ces impressions morales peuvent augmenter la prédisposition morbide non-seulement par leur action dépressive sur le système nerveux, mais encore par les modifications indéniables qu'elles impriment aux fonctions organiques. La diarrhée, l'embarras gastrique, si fréquemment entraînés par ces influences, augmentent certainement la réceptivité de l'organisme pour certaines affections, comme le choléra, le typhus, la dysenterie ; ces indispositions mettent en éveil la morbidité des organes qui doivent être atteints, et atteints de la manière la plus grave, dans ces affections ; mais elles ne créent pas la maladie de toutes pièces ; elles n'ont pas la vertu d'enfanter une évolution pathologique qu'elles ne font que provoquer comme tant de causes banales ; elles agissent au même titre qu'un excès, qu'un refroidissement, qu'une indigestion, et certainement avec moins d'intensité que ces dernières circonstances, si fréquemment occasionnelles de la dysenterie et du choléra.

Un individu, atteint d'intoxication palustre, qui subira un refroidissement intense, qui boira une eau glaciale, pourra contracter, par ce seul fait, un accès simple ou pernicieux ; il y a eu, de la part de la cause banale, appel au frisson, c'est-à-dire à un symptôme capital de l'évolution morbide; de même que, par suite d'émotions morales ou de perturbations purement physiques, il peut y avoir appel au choléra, à la fièvre typhoïde, par la production des symptômes gastro-intestinaux.

Ceux qui admettaient la transmission, par le regard, de la peste noire du xiv" siècle faisaient allusion surtout au sentiment de terreur inspirée par la vue des malades ; il en a été de même pour le choléra, cette aûection dangereuse surtout par son aspect, suivant certains auteurs (1). Or, nous l'avons dit (2), le plus grand

(1) Si le choléra pouvait se communiquer d'un individu à un aun-e, ce serait par un effet plutôt moral que matériel ; car qui a pu voir sans émotion la face cadavéi'ique et verdâtre d'un cholérique ! (Kéraudren, Des maladies qui peuvent être importées dans un port, in Mém, de l'Acad. de méd.^ t. XII, p. 555.)

(2) Voy. page 101.

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danger n'était-il pas alors dans l'atmosphère virulente du malade bien plus que dans son regard ?

Ce que nous ne pouvons admettre non plus, c'est la toute-puissance du rôle protecteur attribué à l'énergie morale contre la plupart des affections et spécialement contre le choléra. On a narlé dindivi us atteints de choléra, et se soustrayant par leur éneri e au d vejoppement complet du mal (1); nous avons vu nous-même un officier qui se vantait d'avoir surmonté les premiers symptôTes d une attaque de choléra en montant à cheval et faisant une cou^ e forcée. Qui jamais croira qu'un individu réellement atteint de ce e affection ait la force de se livrer à un semblable exercice ' Nous

nV/fï' ^«66 1873); et le mal ne nous a point paru choisir de préférence ses victimes parmi ceux qui étaient le plus démoralLs Combien d'autres affections dans la pathogénie desqu^leH^ra place 1 influence de la frayeur ou de la pusillanimité '

o^ême déterminant' des pTs LT ^ es 0"!' o''^

surtout, suivant nous, sur l'état ^énér 1 d'I .

raie qui signale Imvlsion de ceUe maladif '

d'anémies. On a donc affair alor à dTma^^^^^^^^ ^^"^

des sujets simplement menacés de l'aff cTon No^o' T ^

déré, à propos du scorbut : ^"""^ ^O"

« L'armée de saint Louis en 4 9fin r.'^,, f , basse Egypte, tant qu'elle ^ùt victorieuse eU ""^^'^ '^"^ horreurs dès que, vaincue etharcern.r Saladin qui la composaient n'eut plus devant 1 p. ' f' ^^""^^

la mort ou de l'esclavaJ^e /2T . 7 ^'""^ 'ï"' l'alternative de esclavage (2). „ La cramte est, pour Fodéré, l'une

(1) Dans un travail intéressant, JoIIy a récemment • ^ , plus nettes à cet égard, et ajouté VhisLreÏl convictions les

cités par d'autres auteurs, de la guélr du .."l"^^^ ^'^^ de volonté du malade, qui se levait nZLÏ. f P^r la forœ

ajoute avoir vu « nombre de col LTcue fl

nienaces continuelles d'atteintes s'arrache, n "^'^ énergique puissance de volon é „ Joi ' ^ ^"'^ ^ «a fureur par une

p. 270. Nous avouons ne nouvoi 1^'/^^^'"" ^« ^olonicf. Paris, 1877,

aussi absolue. ^ S'-^^de réserve, une aflir nation

(2) Fodéré, loc. cit., t. I, p. 140.

LÉON CouN. Mal. épidém.

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des causes principales de raflecLion ; c'est à la terreur de la mort ou des supplices qu'il rapporte en partie la cause du scorbut des prisons, i\ la terreur qu'il attribue des épidémies nautiques survenant après de violentes tempêtes, négligeant de s'enquérir si ces tempêtes n'avaient pas eu pour effet de retarder le voyage et de forcer à des rationnements souvent rigoureux.

Que diraient nos anciens scorbutiques de l'armée de Crimée (1854- 56) s'ils lisaient le passage oîi Fodéré, attribuant une si forte part de la genèse du mal aux conditions affectives des sujets, le déclare fréquent surtout chez les individus d'un esprit niais, borné, indolents, paresseux, craintifs, superstitieux, etc.?

Il en est de même au point de vue thérapeutique. « Le scorbut de mer se guérit très-vite, dit Fodéré, par l'air de terre et le changement de régime, surtout par la gaieté et le contentement qu'on éprouve à quitter une habitation monotone. » Ce passage confond la cause principale de la guérison, le changement de régime, avec des impressions morales qui, elles, n'en sont que la conséquence. Il est facile de voir que Fodéré, comme bien d'autres, a pris pour cause du mal un état moral qui en est un des premiers symptômes. Pour nous la tristesse et la nostalgie, au début, constituent des signes et non des causes du scorbut, de même que la gaieté et le contentement sont les premiers indices bien plutôt que les motifs de la guérison.

Entre les armées vaincues et les armées victorieuses, il y a d'autres différences que celle des impressions morales ; et si, de part et d'autre, les conditions d'alimentation et d'installation sont les mêmes, les chances réciproques d'épidémies de guerre : typhus ou scorbut, seront bien près de s'égaliser.

Le môme auteur n'a-t-il pas également invoqué l'mfluence des passions dépressives dans la production du goitre, où encore il nous paraît avoir pris l'effet pour la cause? ne l'a-t-il pas même invoquée dans le développement de la fièvre jaune ! Or, en cette dernière affection, il semblerait au contraire que le mal ait au moins autant de tendance à se produire chez les individus entièrement soustraits et par la puissance de leur volonté, et par la richesse de leur organisation, à l'influence débilitante des passions tristes. Ce serait certainementexagérerque de prétendre trouver une cause de l'affection dans un état de bien-être et d'énergie morale absolument contraire de l'état précédent ; mais on ne peut que reconnaître combien est large la réceptivité des hommes dont le tempérament et le caractère paraissent exclure toute tendance à la

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démoralisation. Les impressions morales et leurs conséquences no tarament Vimitation morbide dont nous analyserons le rôle dans l'étude spéciale aux épidémies de maladies nerveuses (livre IV) ont une puissance indéniable sur le développement de ces épidémies. Mais la vivacité de ces impressions témoigne déjà d'une modification pathologique de-l'organisme, survenue sous l'influence de causes morbides communes, spécialement sous celle de la misère.

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