ACCEPTIONS DU TERME ÉPIDÉMIE
A. Dans le langage vulgaire, même dans celui des médecins l'expression épidémique répond chaque jour à son étymolo-ie la plus nette, signifiant surtout : fréquence, généralisation, popularisation, pour ainsi dire (IttI Sîi[.oO, de telle ou telle affection Nous disons à chaque instant : épidémie de fièvre typhoïde, épidémie de bronchite, absolument comme nous disons : épidémie de choléra ■ on n'hésite même point à employer le terme d'épidémie pour signifier la multiplicité de certaines affections dont la pathogénie n'est qu'une conséquence banale, vulgaire, pour ainsi dire, des influences les plus évidentes, les moins mystérieuses du milieu ambiant; c'est ainsi crue 1 on dit : épidémie de conç,élalions. Un nombre plus ou moins considérable de cas similaires s'est produit ; à aucun de ces cas, considéré en lui-même, nous ne donnons d'autre nom que s'il était demeuré isolé; ce sont toujours des cas de choléra, de fièvre typhoïde, de congélations, etc.; c'est à leur ensemble seulement et seulement aussi en raison du nombre exceptionnel de ces as que 1 on donne amsi usuellement le titre d'épidémie 1. Résultante, mais elle.n'est ni la maladie ni
•la cause morbide ; aussi la plupart des aflections du cadre pathologique peuvent-elles se grouper sous cette appellation.
Léon Colin. — Mal. épidém. j
2 CÂUACTÈRES GÊNÉHAUX ET DETERMINATION DES MAL. ÉPIDÉM.
B. Maintenant, si, de l'emploi quotidien, familier, de ce terme, nous passons à son emploi doctrinal, nous nous trouvons sur un tout autre terrain ; à la signification si large que nous venons d'indiquer, s'est substituée une acception, tellement restreinte pour quelques-uns, qu'à l'usage journalier du terme épidémie, devrait presque succéder la suppression de ce mot, si l'on se conformait aux exigences de leur école.
Le mot épidémie indiquerait : 1° le caractère occulte de la cause, ce qui distinguerait entièrement la signification de ce terme de • celle que lui attribuaient les anciens, pour qui l'épidémie était la maladie vulgaire par excellence; 2° l'impossibilité d'une apparition sporadique de la maladie dans l'intervalle de ses phases épidémiques.
Différant complètement des affections habituelles aux pays envahis, l'épidémie serait toujours un fait morbide surajouté à ces affections, mais sans liaison avec elles ; elle offrirait ce caractère, qui lui serait commun avec la constitution médicale, de provenir de causes ignorées, mais étrangères au sol et au climat, etne différerait de cette constitution que par sa durée moins longue et le caractère cUnique plus complet de l'affection introduite dans ces pays.
L'épidémie, suivant cette doctrine, n'existerait qu'à la condition de ne représenter aucune des affections habituelles d'un pays quelconque, et d'être indépendante, dans sa généralisation, de tout mode appréciable de transmissibililé. Dès lors la permanence, dans leurs foyers d'endémicité, des fléaux pestilentiels de l'âge moderne: peste, choléra, fièvre jaune ; leur propagation, en rapport avec le commerce des hommes, permettraient à peine de qualifier d'épidémiques leurs expansions accidentelles sur une surface plus ou moins considérable du monde. A plus forte raison ne pourrait-on donner ce nom aux plus redoutables recrudescences de la variole, comme celle à laquelle nous venons d'assister (1869-72), Si l'on refléchit aux exigences de cette définition, on voit combien peu de maladies mériteraient cette fois le nom d'épidémie. 11 ne serait plus applicable, en effet, qu'à un groupe si minime du cadre nosologique, que nous y chercherions peut-être en vain un type dans les affections actuellement existantes, et qu'il faudrait exhumer du passé quelque rare fléau, comme la peste noire, pour lui trouver les conditions de nouveauté, d'étrangeté, de direction fatale, d'mdépendance absolue des relations humaines, et enfin d'universalité, qui seraient les caractères obligés des épidémies proprement dites. En revanche, on donnerait ce nom, dénié aux maladies les plus
ACCEPTIONS DU TERME ÉPIDÉMIE. 3 graves, sait-on à quelle affeclion ? A la grippe dont les expansions offrent en effet des caractères remarquables de pandemicité, et d'indépendance des lieux, des temps et des communications humaines; comme si la bénignité extrême de cette maladie, ses rapports symptomatiques avec les catarrhes de la saison froide ne suffisaient pas à démontrer qu'elle ne peut être maintenue à la tête de ces fléaux, et qu'elle doit céder la place aux affections dont la gravité est parallèle à l'expansion.
G. Dans la pratique, enfin, il est facile de voir qu'on a cherché à concilier les exigences scolastiques et les besoins du langage médical quotidien. Ainsi l'on donne ordinairement le nom de grandes épidémies à ces fléaux accidentels dont on ne trouve que de très- . rares exemples dans l'histoire : peste d'Athènes, peste noire, suette anglaise, etc., fléaux pour lesquels leur disparition totale ajoute encore à la renommée d'élrangeté qui avait suivi leurs manifestations inattendues. A côté d'eux on s'est laissé aller d'instinct \\ placer les expansions épidémiques des maladies qui habituellement ne régnent pas dans un pays, et qui, relativement à ce pays, sont de provenance exotique, conservant ainsi à chacune de leurs pénétrations le caractère de maladie, sinon étrange, au moins étrangère et accidentelle, c'est-à-dire surajoutée aux faits morbides de la constitution régnante ; la gravité de ces apparitions, pour le choléra, la peste, la fièvre jaune, justifie largement leur assimiation aux anciens fléaux pestilentiels (1), aux grandes épidémies éteintes, et finalement leur qualiflcaiion Aegrandes épidémies. Puis, on a proposé d'appeler encore épidémie, mais petite épidétoute affection vulgaire, souvent sporadique, lorsqu'elle prend un caractère de fréquence exceptionnelle, comme, par exemple chez nous, a fièvre typhoïde, la dysenterie, la variole, la rou^eo e' etc. Nous allons voir, dans le chapitre suivant, jusqu'à que poin; on au autorisé à placer ainsi d'avance, dogm^tlquemen , d ns un cadre secondaire, qui semble leur imposer des lim^^tes de f équence et de grav.ité, des affections dont quelques-unes se sont, dan leur avages, élevées souvent au niveau des maladies pe sti enti le
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Enfin, lenomde;,e^.V.. épidémies a été donné également, etèette
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'^6., peste, pour indiquer une affection à la fois tr6s-co:«mune et très-grave.
4 CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET DÉTERMINATION DES MAL. ÉPIDÉM. fois, suivant nous, avec grande raison, à quelques maladies, souvent étranges et nouvelles, qui n'apparaissent jamais sporadiquement, mais qui ne se manifestent habituellement que dans des circonscriptions territoriales peu étendues, et limitent ainsi d'ordinaire leurs atteintes k telle ou à telle classe de la société ; telles sont, par exemple, les affections cérébrales, la méningite cérébro-spinale épidémique, l'acrodynie, etc.