XX. — ASSOCIATION UE CES CAUSES
Uncls-mvinfi. ! fsultî'Ls pathologiques complètement dis-
tincts. aux influences météoriques succéderont les affections calar-
LÉON Colin, malam. évwkm. '
338 OUIGINE DES ÉPIDÉMIES.
rhales • aux inlluences telliiriques, l'inloxicalion palustre; aux influences infeclieuses, le typbus; aux influences alimenlaires, le scorbut.
Tels sont les types d'action morbifique de chacun de ces éléments palhogéniques; mais ils ne s'unissent que trop fréquemment entre eux, surtout durant les guerres prolongées (Voy. § XXIU).
La fièvre rémittente, si commune aux armées en campagne, est le résultat habituel du concours palhogénique des influences météoriques et telluriques.
L'infection lyphique et la pénurie alimentaire trouvent leur développement dans certaines circonslances communes, dans les o-uerres de siège où surgissent simultanément les causes respectives et du typhus et du scorbut : encombrement d'une part, manque de vivres frais d'autre part. Aux articles scorùut et typhus, nous démontrerons que cette simultanéité d'apparition de deux maladies originairement si distinctes, a entraîné certains auteurs à confondre leur étiologie; on lésa attribuées l'une et l'autre soit à l'encombrement, soit à la famine, oubliant que leur coïncidence tenait surtout à la coïncidence de leurs causes. Les agglomérations humaines produisent le typhus par la viciation de l'air, le scorbut par l'épuisement des approvisionnements.
Mais les influences ahmentaires et infectieuses se rapprochent plus étroitement, dans leur action pathogénique sur les armées, par la part qui leur revient aux unes et aux autres dans la production d'une alfeclion commune entre toutes : la dysenterie. Cette maladie à étiologie si multiple, que nous avons indiquée déjà (p. 33o comme le résultat le plus grave des influences météoriques imposées aux armées en marche, trouve en outre, pendant la guerre, ses conditions de développement dans les foyers de putréfaction anunale et dans les vices de l'alimentation.
A Comme influences des foyers de putréfaction animale, nous voyons la dysenterie résulter aussi bien des émanations fourmes par la décomposition des matières fécales que de celle des cadavres Depuis Yégèce, on sait combien cette maladie a d'affinité pour les camps permanents (1). Que les selles des dysentériques soient réellement chargées d'un cunlage spécial ou qu'elles ne possèdent, comme les selles normales, qu'une simple influence miasmatique, elles multiplient singulièrement la cause morbide par leur abondance leur fréquence, leur liquidité, rimpos.ibilité pour les ma-
(1) Voy. I.. Laverai), loC.cit., p.
MILIEUX ÉPIDÉMIQUES. 33g
lades, dans les camps surtout, de se rendre aux fosses d'aisances d'où les nombreuses souillures dont le sol est imprégné rapidement dans un camp atteint de dysenterie.
Gomme preuve du rôle pathogénique, sur la dysenterie, de la putréfaction cadavérique, n'a-t-on pas vu tout récemment, sur le champ de bataille de Sedan, encombré de cadavres d'hommes et de chevaux, se renouveler l'explosion de dysenterie dont Vaidy avait été témoin, dans des conditions analogues, au lendemain d'une bataille sous le premier Empire?
B. Quant à l'inQuence de l'alimentation, nous verrons que nonseulement la dysenterie peut résulter d'une nourriture insuffisante et grossière, mais qu'elle dépend, plus sûrement qu'aucune autre affection, de l'usage.alimentaire de certaines eaux altérées, soit par la présence de sels inorganiques, soit par la décomposition de matières organisées.
En résumé, il suffit de se rappeler que la dysenterie constitue la plus grave des affections d'origine météorique, pour comprendre déjà l'immensité de son rôle dans la pathologie militaire.
Mais si, dans l'armée, la dysenterie est plus fréquente en campagne qu'en garnison, cette différence ne tient pas seulement à une exposition plus complète des hommes aux agents atmosphériques dont l'intluence doit être cependant mise en première ligne ; il faut se rappeler en outre qu'en garnison le soldat partage avec l'habitant 1 usage d'une eau généralement salubre, tandis que, pendant les marches, il est obligé de recourir souvent, pour s'abreuver aux rivières, aux étangs, aux canaux dont le niveau s'abaisse à l'époque la plus chaude de l'année, d'où augmentation momentanée du chillre des matières organiques contenues dans ces eaux C'est en raison de l'intervention de ces inQuences, alimentaire et infectieuse dans la production de la dysenterie, que cette maladie, au heu d aller régulièrement croissant à mesure qu'on se rapproche de 1 équateur isotherme, apparaît parfois dans des milieux où manquent absolument les conditions météoriques de son développement.
Ces diverses influences morbifiques s'associent enfin pour la production d'affections complexes dont le développement trouve ses principales conditions dans les armées épuisées par des guerres prolongées, comme nous l'établirons plus loin (§ XXIII).
§ XX. — PUISSANCE DE l'hOMSIE CONTniî CES DIFFÉnENTES INFLUENCES MORDIDES.
Ces quatre infiuences dominantes : météores, sol, infection,
3iO ORIGINE DES ÉPIDÉMIES.
vices alimentaires, sont plus ou moins faciles à combattre. Les influences météoriques et telluriques seront conjurées en partie dans les campagnes de courte durée où l'on peut choisir le moment le plus favorable de l'armée. Dans leur dernière expédition de Coomassie (1874), les Anglais ont pu accomplir toutes les opérations de guerre pendant les deux mois les plus salubres de l'année, évitant ainsi les principaux dangers du climat et du sol d'une région funeste surtout aux hommes de race blanche ; ils ont réduit à leur minimum la durée des opérations en maintenant le corps expéditionnaire à bord des vaisseaux jusqu'au moment de la lutte, substituant ainsi, aussi longtemps que possible, la pureté de l'atmosphère maritime aux émanations pestilentielles du sol. .
N'avons-nous pas, durant notre guerre du. Mexique, évité de beaucoup les dangers du littoral où naît la Gèvre jaune, en choisissant pour nos envois de troupe, les périodes habituelles d'intervalle entre les épidémies de vomito?
Mais les influences telluriques et météoriques dont on peut ainsi, en certaines expéditions, éviter ou atténuer notablement les dangers, ne sauraient, dans une guerre un peu longue, être totalement annihilées; et l'on comprend pourquoi les maladies qui en résultent, principalement les fièvres intermittentes et la dysenterie, constituent, encore à l'époque actuelle, les fléaux les plus redoutables pour les armées en campagne dans les pays tempérés et surtout dans les pays chauds. Pendant la guerre de sécession des États- Unis, ces deux maladies ont entraîné plus de la moitié de la morbidité totale (plus de 3,000,000 d'atteintes par fièvre ou dysenterie sur o,84j,480 malades de race blanche).
L'homme est moins désarmé contre les conditions infectieuses et alimentaires qui sont bien plus subordonnées aux talents administratifs du commandement militaire. C'est pourquoi dans la plupart des guerres modernes, où les progrès de l'hygiène militaire ont atténué la somme des dangers imputables à l'infection el à l'ahlucntation vicieuse, nous constatons soit la diminution, soit l'absence du scorbut et du typhus, maladies caractéristiques, par excellence, de ces deux causes morbifiques.
Grâce à la rapidité actuelle des communications qui permet l'évacuation incessante des blessés, et le ravitaillement des armées les phis éloignées, ces deux afi'ections ont perdu l'une et l'autre leur principale condition de développement : encombrement de malades, pénurie alimentaire.
La vapeur notamment, en assurant presque ;\ jour fixe le ravitail-
MILIEUX ÉPIDÉMIQUIiS. 3,,.,
lemcnt do notre floLle, en a faiL disparaîl.fc les grandes épidémies de scorbut des siècles passés.
Rien n'est plus inslruclil' pour l'hygiène que la comparaison del'élat sanitaire de certaines années soumises, en apparence, aux mêmes dangers, mais différant entre elles an point de vue des mesures prophylactiques employées pour en détourner toute imminence morbide de nature infectieuse et alimentaire. Voici un tableau dans lequel nous indiquons, d'après les chiffres officiels, la marche de la morbidité des deux armées, anglaise et française, en Crimée, pendant les deux hivers 18o4-5o et J 851-30.
MORBIDITÉ DES AUJIÉES FRANÇAISE ET ANGLAISE EN CniMÉE, PENDANT LES DEUX
HIVERS lS54-r)5 ET 18r)S-5G.
li.^NÇAISE.
AlillÉR ANGLAISE.