CHAPITRE V
RÉSUMÉ DE l'ÉTIOLOGII-: DES ÉPIDÉMIES.
Les dimensions considérables que nous avons allribuées au cadre des épidémies nous donnent, en partie, la raison de l'étendue du livre consacré à leur étiologie. Mais celte étendue a été surtout la conséquence d'une conviction qui chez nous s'accroît chaque jour, à savoir que, pour être vraie, l'élude de la palhogénie des maladies populaires doit être surtout une étude de détails.
Des esprits distingués considèrent comme préférables les méthodes de généralisation dont l'objectif, . ici comme ailleurs, serait d'arriver à l'unilé de cause. Cette méthode séduisante peut avoir en effet l'avantage de fixer plus complètement certaines idées principales dans la mémoire du lecteur; dans nos cours, et même dans ce travail, il nous est arrivé de grouper entre elles plusieurs affections, afin d'en mieux faire saillir les points communs; c'est là un procédé pédagogique qui a son utilité, mais dont l'application doit être très-restreinte. C'est l'abus de cette méthode qui entraîne chaque jour des auteurs à rapporter toute l'étiologie des épidémies soit à la contagion, soit aux influences telluriques, soit aux eaux de boisson, soit aux parasites. Nos travaux personnels témoignent de l'importance que nous accordons à chacune de ces influences, importance qui nous interdit d'en accepter exclusivement une seule.
Chacune des causes efficientes que nous avons étudiées : météores, contagion, infection, alimentation, etc., a sa valeur propre, et l'ensemble de ces causes ne peut être réduit en une conception étiologique unique. Leur action respective est loin d'être toujours identique à elle-même ; la contagion et l'infection en particulier s'accomplissent, suivant les maladies, par des procédés fort divers entr'eux.
II en est de même des divers éléments des milieux épidémiques; la multiplicité de ces éléments, qui peuvent s'annuler les uns les autres ou se seconder mutuellement par le parallélisme de leur action, nous donnera la clef delà marche de certaines épidémies; elle offrira à l'hygiéniste l'avantage de pouvoir diriger ses efforts en des sens différents avec l'espoir de trouver, dans cette chaîne d'éléments morbifiques, un anneau plus facile à briser que les autres, et d'arriver, par des voies multiples, à l'atténuation de tant de
RÉSUMÉ DE L'ÉTIOLOGIE DES ÉPIDÉMIES. gg^
fléaux dont malheureuseraent nous ne connaissonspas les remèdes spécifiques.
Aussi est-ce cette étude de détails que nous conseillons à tous ceux qui veulent s'occuper des maladies populaires; il faut que chaque relation d'épidémie soit établie d'après l'observation des faits et non d'après des dogmes préconçus qui ne peuvent qu'immobiliser la science.
Ce mode d'observation s'impose naturellement de lui-même. En pénétrant dans une localité, chaque épidémie y cherche son milieu, plus ou moins déterminé à l'avance, le typhus s'adressant aux. quartiers pauvres et peuplés, la fièvre jaune aux rues voisines des ports de débarquement, le choléra aux hôpitaux, les fièvres éruptives aux écoles et aux casernes, etc.
De tous les éléments étiologiques, il en est un que notre travail met surtout en relief: c'est l'atmosphère, que nous avons retrouvée avec une importance à peu près égale, au chapitre des Causes efficientes, et au chapitre des Milieux épidémiques. Qu'elle agisse par ses qualités physiques, qu'elle intervienne comme véhicule des ' germes spécifiques [atmosphère miasmatique, atmosphère virulente), qu'elle renferme le secret voilé sous le nom de Génie épidémique, l'atmosphère doit surtout ce rôle prépondérant à sa faculté toute spéciale de dissémination des causes morbides, et au contact incessant et complet que l'organisme subit avec elle.