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MARCHE ET DIRECTION DES ÉPIDÉMIES

d'après Schnurrer, la fièvre pétéchiale, décrite par Fracastor, au seizième siècle, et qui, suivant nous, est née sur place, venait de Cliypre et des îles voisines.

Cette doctrine de la direction fatale de l'est à l'ouest, Schnurrer a voulu l'imposer à la fièvre jaune elle-même, en émettant l'opinion que cette maladie a été d'abord introduite aux Indes occidentales par les Européens qui sans doute l'apportaient d'Orient (1), et il invoque à cet égard plusieurs témoignages.

Le père Labat, qui habitait la Martinique en 1694/afrirme en effet que le vomito y fut importé par le vaisseau l'Oriflamme qui, revenant de Siam, s'était arrêté sur les côtes du Brésil; Duvallon dit que cette affection aurait passé, en 1692, de Guinée aux Indes occidentales. En outre, à l'appui de ces écrivains, Schnurrer invoque l'autorité de Humboldt, qui affirme, comme preuve de la provenance orientale de l'affection, que, dans l'Amérique méridionale, la fièvre jaune n'attaque que les Européens et les créoles.

Cette doctrine ne nous paraît pas mieux fondée que l'opinion professée par Audouard, suivant qui la fièvre jaune, originaire du littoral de la Guinée, aurait été importée aux Antilles et au Mexique par les bâtiments négriers.

^ A cette manière de voir, nous avons, de longue date, opposé l'argument suivant, à savoir, qu'il est au moins singulier d'attribuer à la race nègre le développement et la propagation d'une

' maladie à laquelle elle paraît tout spécialement réfractaire.

N'a-t-on pas invoqué également l'origine orientale de la suette anglaise, de cette maladie dont la naissance en Angleterre même est d'une évidence incontestable ; et pour imposer cette bizarre opinion, n'a-t-on pas affirmé qu'elle n'était qu'une transformation

:de la peste d'Egypte? Ce sont cependant des auteurs de mérite, Caïus Britannicus d'abord (2), puis Robert Mead (3), qui affirment

ïamsi, en dépit de la difi"érence absolue des symptômes, et malgré Tabsence de toute explosion intermédiaire entre l'Angleterre^et l'Orient (4), que la suette anglaise à sa première apparition (1485) venait du siège de Rhodes, où quatre ou cinq ans auparavant elle

I avait apparu sous forme de peste à bubons I

Ces exemples suffisent à démontrer l'exagération entraînée par

(1) Schnurrer, loc. cil., p. 82.

(2) Caîus Britannicus, De fehre ephem. Brilann.

(3) Robert Mead, Dissertation sur la Peste, trad. par Bertin, p. 287. Paris, 1801, (i) Voy. livre IV, art. Suetïe,

412 ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES EiN GÉNÉRAL.

la croyance à l'identilé originelle des épidémies, et par le désir de certains auteurs de prouver qu'elles ne pouvaient naître en leur propre pays.

Si nous nous en rapportons à l'observation la plus impartiale des faits, ne reconnaîtrons-nous pas, en une masse de circonstances, et pour les maladies les plus différentes, une direction complètement inverse de celle qu'on a voulu leur assigner?

Telle est précisément et surtout la fièvre jaune qui nous vient d'Amérique ; tel parfois le choléra que l'Amérique nous a aussi déjà renvoyé, et que nous-mêmes avons porté de Marseille à Constantinople en 1854? Pour les habitants de la Chine et de l'archipel des Philippines, le choléra ne vient-il pas soit de l'est, soit du sud? Ne vient-il pas du nord pour ceux de la Réunion ?

Les épidémies que les Européens importent si fréquemment, soit parmi les tribus des Indes orientales, soit parmi les peuplades nègres d'Afrique, la variole, le typhus, sont pour ces populations des maladies nouvelles, et constituent par excellence pour elles des grandes épidémies ; ne leur viennent-elles cependant pas ainsi soit du nord, soit de l'ouest, contrairement h la marche prétendue des grands courants épidémiques ? Les observations actuelles de Tholozan démontrent précisément que les explosions de la peste à bubons marchent du nord-ouest au sud-est.

Certaines épidémies, la diphthérie, dans sa marche progressive vers le nord de l'Europe pendant les deux siècles derniers, la méningite cérébro-spinale, dans sa progression analogue, au siècle actuel, du midi de la France au nord delà Suède, ne pourraient-elles même donner lieu à la supposition de nouvelles lois mystérieuses de translation des épidémies en un sens déterminé ? Nous verrons des auteurs affirmer, avec une conviction identique, les uns que la grippe descend fatalement du nord au sud, les autres qu'elle marche toujours de l'est vers l'ouest.

§ II. — CAUSES DE LA DinECTION DES ÉPIDÉMIES.

11 est probable qu'autour du lieu d'explosion d'une maladie quelconque, la disposition de réceptivité des localités voisines présentera des conditions assez différentes pour déterminer, d'une manière plus ou moins énergique, la marche en telle ou telle direction de cette affection. La cause, contagieuse ou non, dont celle-ci relèvera, trouvera le terrain moins disposé en tel ou tel sens, suivant que sa faculté de reproduction exigera plus particulièrement telle

OU telle influence saisonnière, telle ou telle influence climatérique, ou qu'elle réclamera le concours de certaines conditions antihygiéniques qui seront plus marquées dans une direction que dans l'autre. Celle direction ne sera que l'application de notre doctrine des milieux épidémiques.

Mais ce que nous pouvons dire de plus général, c'est que les épidémies qui progressent rapidement, quand elles ne relèvent pas d'influences atmosphériques mobiles elles-mêmes, comme la grippe, sont en général entraînées par des courants non pas épidémiques et marchant fatalement dans un sens donné, mais tout simplement par des courants humains dont le changement d'itinéraire modifiera également la direction de ces épidémies.

Quant aux épidémies à marche plus lente, d'autres conditions plus lentes elles-mêmes à s'accomplir peuvent les entraîner vers telle ou telle direction: les habitudes des peuples se communiquent peu à peu aux peuples voisins, et créent parfois chez ces derniers des conditions de réceptivité qui détermineront, vers leur pays, la marche d'une épidémie qui n'y trouvait pas d'abord ses conditions de développement.

Les maladies parasitaires nous donneront en particulier des exemples de ce dernier mode de progression.

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