‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 102 sur 129 · MALADES · texte numérisé non relu

MALADES

sur

1000 liomincs d’clleclif.

DÉCÈS

sur

1000 liommes d'eireclif.

Méditerranée

Amérique du Nord

Bermudes

Antilles

Saintc-llélènc, Cap, île Maurice

Chine

Indes

L’alcoolisme chronique étant en rapport de fréquence avec 1 alcoolisme aigu, on peut conclure des chiffres précédents que 1 alcoolisme est beaucoup plus fréquent dans l’armée anglaise que chez

(1) Ely, mém. cité [Hec. mém. méd. militaire, 3* série, t. X\IX, p.2o6).

ALrOOLISMt;.

nous, résiiltal qu’il faut attribuer en partie au climat; l’alcoolisnie augmente de fréipience à mesure qu’on se rapproclie des pôles et tliminue vers l’eipiateur, sauf chez les étrangers qui, comme les Anglais, apportent leurs goûts et leurs habitudes dans les pays chauds.

M. E. Lancereaux évalue à uii vingtième environ la mortalité par alcoolisme (aigu ou chronique) dans les hôpitaux de Paris (1); les chitfres cités plus haut ne sont pas comparables à ceux de M. E. Lanceraux, car ils ne tiennent pas compte, tant s’en faut, de tous les décès dus à l’alcoolisme, néanmoius on peut affirmer que dans nos hôpitaux militaires on n’observe pas un décès par alcoolisme sur :20 décès généraux, ni même un sur 40.

Formes. — Les boissons alcooliques prises à doses modérées constituent un tonique excellent, mais à forte dose ou à doses répétées elles deviennent toxiques, et l’empoisonnement qu’elles produisent est aigu, subaigu ou chronique.

Alcoolisme aigu. — L’alcool produit d’abord une excitation du système nerveux cérébro-spinal, et, si la dose est suffisante, la motilité, la sensibilité et l’intelligence sont abolies successivement, le coma succède à la période bruyante de l’ivresse; le tableau de l’alcoolisme aigu a été fait trop souvent, il est d’observation malbeureusement trop banale pour nous arrêter; nous renvoyons le lecteur aux excellentes descriptions de .1. Frank, de Michel Lévy {'i), de L. Lallemand et M. Perrin (3).

L’alcoolisme aigu peut s’accompagner de phénomènes convulsif (pi’i! ne faut pas confondre avec les attaques épileptiformes de l’alcoolisme suhaigu ; Percy, qui vit deux fois l’ivresse convulsive se terminer par la mort, accuse surtout l’eau-de-vie de grain et le genièvre de la produire (4). M.M. L. Lallemand et Perrin ont eu l’occasion d’ohserver plusieurs fois cette forme au Yal-de-Grâce, de 1843 à 1854 : les soldats rentraient le soir à la caserne sans paraître ivres, les convulsions se déclaraient au milieu du sommeil avec tant de violence que plusieurs hommes vigoureux avaient de la peine à maintenir les malades, la face était pâle, les yeux brillants, les pupilles dilatées ou contractées, les mâchoires serrées. L’eau-de-vie qui avait donné lieu à ces accidents, examinée av£c soin, était fabriquée avec de l’eau, de l’alcool et du caramel, sans autres substances étrangères (5).

(t) Art. Alcoolisme, Diction, enci/clop. des sc. méd.

(2j Traité dllujfjie.ne, 3“ uilit., t, U, p. 59.

(3) Du rôle de l’alcool et des anesthésiques dans l’organisme, Paris, 18G0.

(1) Diction, des sc. médic., t. XXVl, p. 219.

(5) L. Lallemand cl M. Perrin, op. cil., p. 165.

MAi.Aitiiùs ET Epidémies des aumées.

Quand l’ingeslion de l’alcool a lieu Ircs-rapidement, les buveurs peuvent mourir en quelques instants, comme l'oiulroyés; M. P. Tardieu cite l’exemple suivant : un individu avait parié (pTil boirait d’un trait un litre d’eau-de-vie, il trouva parieur et s’exécuta; peu de minutes après avoir achevé de boire, cet individu s’affaissa sur luimême, il expira sans avoir repris connaissance, après une agonie d’environ 10 heures. Notons en passant que celui qui avait accepté le pari fut condamné à !200 francs d’amende pour homicide par imprudence (1).

L’intoxication aiguë par l’alcool s’accompagne de congestions violentes vers la tète et vers les poumons, congestions qui peuvent entraîner tiès-rapidement la mort; Devergie a trouvé que sur 40 cas de mort subite, 14 fois l’alcool était coupable (2); les hémorrhagies cérébrales et surtout méningées sont assez communes. Deux fois j’ai vu des accidents cérébraux très-graves succéder à l’alcoolisme aigu; dans un cas, le malade fut jiris d’hémiplégie droite avec aphasie; ces symptômes, dus sans doute à une petite hémorrhagie méningée, comprimant le lobe antérieur gauche, se dissipèrent assez promptement, au bout d’une vingtaine de jours le malade était guéri; le deuxième malade apporté à rhôpital Saint-Martin dans le comade l’ivresse, succondja au bout de vingt-quatre heures sans avoir repris connaissance, et l’autopsie permit de constater une hémorrhagie méningée qui siégait, chose rare, au-dessus de la dure-mère, entre celle-ci et la calotte du crâne; l’hématome avait la grosseur du poing, et lorsiiuc ia duremère fut incisée, on constata une forte dépression de la substance cérébrale, qui, du reste, n’était pas altérée.

La mort par congestion pulmonaire s’observe principalement chez des individus qui étant en état d’ivresse sont surpris par le froid; l’exposition au froid arrête la transpiration cutanée si abondante chez l’individu ivre, elle entrave l’élimination de l’alcool, et c’est ainsi qu’on s’explique comment le froid exagère souvent les symptômes de l’ivresse (llochoux).

(lasté a rapporté (d) plusieurs cas d’asphyxie et de broncho-pneumonie suite d’ivresse (qu’il ne faut pas confondre avec la pneumonie des ivrognes).

Alcoolisme svbaigii. — C’est l’état qu’on observe chez des individus

(I; Etude médico-léfiale et cliniriue. sur rempoisonnemeiil, par A. Tardieu, 1807, p. 817.

("2) De la mort subite et de ses causes {Aiin. hijg. puhi. et de méd. légale, 1838, t. XX, p. 17ÜK

(3) Mémoire sur l’ivresse considérée sous le double rapport de la médecine et de la disdiitine militaire {Dec. mém. méd. militaire, 1813, t. EIV, ji. 20'd).

ALCOOLISME

qui ont commis des excès répétés, ce n’est pas encore l’alcoolisme chronique, ce n’est plus l’alcoolisme aigu, qui disparaît rapidement avec sa cause, c’est-à-dire dès que l’organisme s’est débarrassé de l’alcool en excès.

M. le professeur Lasègue a très-bien décrit le délire qui survient souvent chez ces malades (1) ; les accès de délire alcoolique peuvent se produire hrusquement chez des individus jusque-là parfaitement sains d’esprit, et sans que l’alcoolisme se traduise par aucun autre trouble. Les malades ont des hallucinations de la vue, de l’ouïe pendant la nuit; ils se croient poursuivis, menacés, et c’est souvent ainsi que commencent les accès dont nous parlons; les hallucinations redoublent, et les malades cherchent par tous les moyens possibles à se délivrer de la persécution dont ils se croient l’objet. La tendance au suicide est une conséquence de cet état; tantôt le malade hésite, il se livre à un commencement d’exécution, puis il s’arrête, tantôt l’action suit de près la résolution. Les suicidés alcooliques, dit M. Lasègue, n’ont pas recours aux moyens de suicide qui supposent une préméditation, presque toujours ils se jettent à l’eau, se pendent, s’étranglent ou se frappent avec des instruments tranchants (2).

Généralement ce délire disparaît au bout de quelques jours, le retour du sommeil marque la fin de l’accès.

C’est aussi à l’alcoolisme subaigu qu’on doit rapporter les attaques épileptiformes qui ont été signalées par un grand nombre d’auteurs comme une des conséquences possibles de l’intoxication par l’alcool; on observe assez souvent ces convulsions dans les régiments, les hommes sont envoyés à l’hôpital pour que l’épilepsie soit constatée, mais comme les malades se trouvent soumis à un régime sévère, les accès se suppriment; à leur rentrée au corps, les militaires reprennent leurs habitudes, et l’épilepsie alcoolique reparaît (3). Les convulsions peuvent présenter les trois phases de l’attaque d’épilepsie véritable, ou prendre la forme du vertige épileptique (4). Ces phénomènes disparaissant à l’hôpital, grâce à la sobriété forcée du malade, on pourrait croire qu’il y a simulation, mais en général les attaques convulsives sont précédées ou accompagnées pcar queh[ues autres symptômes de l’alcoolisme ; tremblement, troubles gastriques, insomnies, hallucinations, etc. Enfin, en cas de doute, on peut toujours demander dans les corps des renseignements sur la conduite des

(1) Arch. gén. de méd., 18G9.

(2j Lasègue, Arch. gén. de méd., i8C9, t. II, p. 157.

(3) L. Lallemand et M. Perrin, op. cil., p. 175.

(i) Lasègue, lue. cil. [Arch. gén. de méd., 1809, t. I, p. 071).

MALADIKS ET ÉPIDÉMIES DES AlîMÉÉS.

hommes (1); l’alcool peut aussi exaspérer une épilepsie véritable, mulliplicr les alla(|ues.

D’après M. le docleur Magnan, l’épilepsie alcooli(iue relève non de l’alcool mais de l’absinthe; quand on fait ingérer à des animaux de l’essence d’absinthe à haute dose, on voit se produire des phénomènes convulsifs (jue M. Magnan décrit ainsi (:2) ; l’animal tombe sur le coté et il est pris de convulsions toniques qui le courbent en arc sur le côté latéral, « puis surviennent des convulsions cloniques avec écume ([uelquefois sanguinolente aux lèvres et morsures à la langue, évacuations alvines, (|ueb|uefois éjaculation. Au bout d’une à deux minutes l’animal se relève tout hébété, et après quelques instants reprend scs allures pour retomber encore une ou plusieurs fois dans un laps de temps très-variable. Dans l’intervalle des ci'ises l’animal est (iuel([ucfois effrayé, et présente de véritables hallucinations. » .Mais, M. Magnan le reconnaît lui-inème, on ne peut expliquer ainsi que les attaques épileptiformes de l’alcoolisme ou plutôt de l’absiiithisme aigu et non celles de l’alcool’sme subaigu ou chroni(pie ; or ces dernières sont de beaucoup les jilus communes; l’alcoolisme aigu présente quelquefois la forme convulsive, mais ces convulsions ont rarement un caractère épileptiforme bien manifeste.

Alcoolisme chronique. — On a remn:-i[ué depuis longtemps que le caractère de l’alcoolisme aigu variait avec la nature des boissons alcooliques qui avaient servi à le provoquer, l’ivresse du champagne n’est pas la même que celle de la bière ou de l’eau-de-vie de grains et de betteraves ; cela tient sans doute à la dilTérence des préparations, à l’acide carbonique, aux essences qui viennent compliquer et modilier l’action de l’alcool, mais cela dépend aussi des habitudes individuelles, du degré de culture intellectuelle. La nature des boissons alcooliques exerce aussi unegrande influence sur lapbysionomie de l’alcoolique chronique. L’alcool ingéré agit d’abord sur la muqueuse stomacale et l’irrite d’autant plus que le poison est moins dilué; puis l’alcool est absorbé par les veines, il passe dans la veine porte et dans le foie; entin, versé dans la circulation générale, son action principale se porte sur les centres nerveux. Si l’alcool est très-fortement dilué, la muqueuse stomacale et le foie sont bien moins irrités, mais les reins, chargés en grande partie d’éliminer cette grande masse de li(juide, s’hyperémient et s’altèrent facilement. Cela nous cxpliiiue la différence si considérable qu’on observe par exemple entre le buveur d’eau-de-vie et

(1) Boisseau, Des maladie.^ simulées, Paris, 1870, p. li.

(2) Expérieîices comparatives sur l'action de l'alcool et de l’absinthe, par M. Magnan (Gai. mcd. de Paris, 1870, p. 182.) — Recherches de physiologie pathologique avec l'alcool et l’essence d'absinthe. Epii.epsif, {Archives de physiologie, 1873, p. 1 15).

Al.f.OOl.lSME.

1 le buveur de bière ; le premier est amaigri, efllaiiqué, il ne mange plus ;

■( sa physionomie morose, son caractère emporté et difficile, rellètent ( l’état (le sa mucineuse stomacale et de son foie cirrboti(]ue ; le buveur de bière au contraire est gras et rose, son estomac est dilaté pour em- I magasiner la grande quantité de bière qui s’y accumule journellement,

I mais la muqueuse elle-même n’est pas malade, et le buveur de bière ayant un bon estomac a en général un bon caractère; mais ses reins, dont le travail est considérablement augmenté, ont une prédisposition morbide évidente, d’où chez lui la fréquence de l’albuminurie. L’empoisonnement chronique par l’absintbe a aussi ses caractères spéciaux ; des accès de délire furieux, l’aliénation mentale, la paralysie générale.

La gastrite, exilée aujourd'hui du reste de la pathologie, se retrouve chez les ivrognes; il suffit de réflécbir à la grande quantité de substances que nous ingérons, depuis la moutarde et le kari jusqu’à la glace et aux liqueurs les plus fortes, pour se convaincre que la muqueuse stomacale est très-peu irritable au moment des repas; il n’en est pas de méme|quand celte muqueuse est surprise à l’état de repos, à l’état d’anémie, elle n’est plus protégée alors par sa secrétion spéciale, elle s’hyperémie ou s’ulcère ; de là le danger des alcooli([ues pris à jeun, le matin en se levant ou même avant les repas. L’alcoolisme est une cause assez fréquente de l’ulcère stomacal, de l’ulcère rond; la gastrite alcoolique se traduit par des vomissements (vomitus maliiliints iiotatnnrm), du pyrosis, de l’anorexie.

Il est parfaitement établi aujourd’hui que dans la grande majorité des cas la cirrhose du foie est d’origine alcoolique, les Anglais lui ont donné le nom significatif de gin drinkers’ Liver (foie des buveurs de gin). Tantôt la cirrhose suit une marche lente et progressive, le foie diminue de volume, il se produit de Tascite, on ponctionne et 011 reponctionne les malades qui vont s’affaiblissant et finissent par succomber; d’autres fois la mort arrive plus rapidement an milieu d’accidents aigus ; ictère, délire, état typhoïde, coma. Dans ces derniers cas, le foie est généralement moins atrophié que dans les premiers, mais les cellules hépatiques ont subi une dégénérescence graisseuse très-marquée ; chez deux sujets morts à l’hôpital Saint-Martin, qui peuvent être regardés comme des types de ces deux lormes, le foie pesait, chez le premier, 800 grammes seulement ; chez le second, mort à la suite d’accidents nerveux, 1270 gr.; ces deux militaires, adonnés aux boissons alcooliques, avaient fait la campagne du Mexique et abusé de l’eau-de-vie extrêmement forte qui est connue au Mexi([ue sous le nom d’agua ardente. M. le docteur Aron a décrit ces accidents nerveux de la cirrhose sous le nom d’ictère grave alcooli(iue (1). Que le

H) Gdiclte hebdom., 1869, iio* 41, 45, 48.

fonclionnement du foie soit empêché par une liépalile diffuse aiguë, par une dégénérescence rapide, ou bien que les éléments sécréteurs du foie soient alropliiés, étouffés pour ainsi dire par l’iiypertrophie de la trame fibreuse, le résultat est le même, le foie ne peut plus éliminer les produits excrémentitielsdont il est l’éinonctoire naturel, et les accidents de 1 acholie se déclarent; c’est à la cessation des fonctions du foie plutôt qu’à un empoisonnement par les éléments de la bile qn’il faut attribuer l’intoxication du sang(l).

ious les tissus de l’ivrogne subissent peu à peu la dégénérescence >• graisseuse, le cœur devient gras, les artères deviennent athéromateuses, et comme « on a toujours l’àge de ses artères » (Cazalis), l’alcoolisme chroiuque conduit à un état sénile antici|)é.

Ai)rès les accidents qu’on pourrait appeler locaux parce qu’ils sont dus à uneactiüii |)lus directe du poison (gastrite, cirrliose du foie), ce sont surtoutles troublesdu système nerveux qui caractérisent l’alcoolisme chroni(iue.

Le tremblement est un des phénomènes les plus constants et les . pins précoces; c’est aux membres supérieurs qu’il est le plus facile de le constater, les mouvements des mains exigeant une jirécision , beaucoup plus grande pour la préhension des objets, l’action d’é- ‘ crire, etc.,que les mouvements des membres inférieurs. Le tremble-, ment alcoolique est surtout marqué le matin, dans la journée il se dissipe plus ou moins complètement; chose curieuse, les libations matinales de l’ivrogne contribuent à le faire disparaitre temporaire- i ment, ce qui encourage sans cesse les malades à de nouveaux excès.

M. Lévy rapporte l’exemple d’un capitaine qui, atteint de dipsomanie, avait peine, au lever, à se traîner en chancelant justiu’à sa bouteille ^ d’eau-de-vic dans laquelle il puisait la force nécessaire au service militaire de chaque jour (2). Les crampes, les soubresauts des muscles, la parésie sont des phénomènes moins constants et plus tardifs de l’alcoolisme chronique.

La sensibilité est souvent pervertie, les malades accusent des fourmillements dans les membres inférieurs; il existe souvent de l’hyperesthésie cutanée, suivie plus tard d’anesthésie. Le goût, l’ouïe, la vue, s’aflàiblissent ou bien leurs fonctions perverties sont le point de départ des hallucinations qui tourmentent les malades.

L’alcooliipie chronique ne dort pas la nuit, ou bien s’il sommeille il est tourmenté par des rêves terrifiants, par un cauchemar perpétuel.

(I j Frorichs, Traité des ivalail. du foie, yi ‘ÜCO. — Momeyer, Traité île palholoffie interne, t. I, p. 84.J. — Jaccoud, Leçons clin, de l'Ivip. Lariboisière, 1878.

(-j Traité d'hijrjiène, t. Il, p. G3.

ALCOOÜSMI::.

[jCS accidents cérébraux se présentent sous trois formes principales : delirium tremens, lypémanie, paralysie générale.

Le delirium tremens peut survenir à la suite d’excès aigus entés sur des excès chroniques, mais on l’observe aussi chez des individus qui, reidermés dans des hôpitaux, dans des prisons, ont renoncé forcément depuis plus ou moins longtemps à leurs habitudes d’ivrognerie. Le délire nerveux des blessés décrit par Dupuytren n’est probablement pas autre chose que le delirium tremens provoqué à la fois parle traumatisme (1) et par rabstiiieiice du stimulant ordinaire. Depuis longtemps on a reconnu que la suppression brusque des boissons alcooliques pouvait produire des accidents ou exagérer ceux qui existent; le lait suivant, emprunté à M. Lévy, en est un exemple, en même temps il résume la marche ordinaire de l’alcoolisme chronique accompagné d attaques de delirium tremens : Un jeune lieutenant qui, à sa sortie de Saint-Cyr, s’était trouvé placé dans une société de buveurs, se laissa entLaîner par le mauvais exemple, et an bout de quelques années il en était arrivé à boire jusqu’à dix verres d’absinthe entre les repas; ses facultés intellectuelles s’affaiblirent, il éprouva quelques accès de folie furieuse; « dans les intervalles, tristesse, taciturnité, dégoût de la vie, propension avouée au suicide. Conduit à la suite d’un paroxysme furieux à l’hôpital du Gros-Caillou, il y fut mis à un régime sévère ; la privation absolue de l’alcool ramena les accès avec plus d’intensité; par mesure de sûreté, on le dirigea sur I le Yal-de-Gràce, où je m’empressai, dit M. Lévy, de le remettre à l’usage modéré du vin, et vers la fin du deuxième mois de traitement la guérison paraissait assurée. » {Op. cil., t. II, p. G8.)

Le delirium tremens éclate plus ou moins brusquement; le délire est extrêmement violent et agité, et l’on est souvent obligé d’appliquer la camisole de force quand on n’a pas de meilleur moyen d’empêcher les malades de nuire à eux-mêmes et aux autres. Cet état dure en général quelques jours; le retour du sommeil annonce la guérison, guérison temporaire, caries rechutes sont presque inévitables.

Nous avons déjà parlé des hallucinations qui tourmentent les malades dans l’alcoolisme subaigu, de là au délire de persécution et à la lypémanie il n’y a pas loin. Les malades sont tristes, soupçonneux, taciturnes; ils répondent souvent d’une façon brève et saccadée aux i questions qu’on leur fait, puis ils se renferment dans le silence; ils

I croient qu’on en veut à leur honneur ou à leur vie, les soldats se

H voient menacés de passer devant le conseil de guerre, les officiers ra- |i| content qu’on a commis les injustices les plus fiagrantes à leur

(I) Discours de M. Verneuil (Acad, de médecine, 3 janvier 1871 1,

r>4‘2 MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES.

égard, un capitaine traité an Yal-de-Gràcc se figurait (]nc tous les officiers de son ancien régiment, alors en garnison dans une ville du Midi, avaient le pouvoir de le magnétiser à distance; les malades sc, houchent les yeux et tes oreilles |)our échapper aux visions lerriliantcs ([ui tes obsèdent, pour ne pas entendre les injures que leur adressent des ennemis invisibles, mais eu vain, les ballucinalions persistent et, de désespoir, les malbeureux ivrognes ont souvent recours au suicide.

L’alcoolisme cbronique aboutit fréquemment à la paralysie géné- ' raie; Galmeil, sur (r2 observations do paralysie générale ayant donné I lieu à la mort, note 17 cas par suite d’alcoolisme; Tbomcuf, sur t 102 cas d’aliénation mentale traités à Gbarenton, de 1857 à 1858, et (' reconnaissant comme cause principale les excès de boisson, trouve 34 cas de paralysie générale (1).

A la vérité, plusieurs auteurs ont cborcbé à distinguer la folie alcoolique de la paralysie générale (2), mais tousVaccordent à dire que ce diagnostic différentiel est très-difficile, ou même impossible dans un grand nombre de cas; après avoir présenté la plupart des signes i de la paralysie générale progressive, les malades succombent dans un ' état d’imbécillité et de démence.

L’alcoolisme est une des causes les plus fréquentes de l'aliénation mentale et du suicide. Bayle, Casper, attribuent à l’alcoolisme près du ^ tiers des maladies mentales; d’après Scblcgel, l’ivrognerie est la pria- | cipale cause du suicide en Angleterre, en Allemagne et en Russie; au dire de Gasper, le quart des habitants de Berlin qui ont attenté à . leurs jours, de 1812 à 1821, étaient des gens adonnés à la boisson ; il est donc intéressant de recbereber quelle est la fréquence de l’aliénation mentale et des suicides dans l’armée.

Pour la période de 18G2 à 18üP, les pertes annuelles de l’armée française par suicide s’élèvent à U. 27 sur 1000 hommes d’effectif; celles par aliénation mentale à 0.20 sur 1000 (3). Pour la période ► quinquennale qui va de 1804 à 1800, il y a 021 cas d’aliénation (jui ^ se répartissent ainsi qu’il suit : officiers, 158 cas ou 1.31 pour 1000; sous-üfliciers, 105 ou 0.00 pour 1000; caporaux et soldats, 058 ou 0.34 pour 1000.

(1) L. Latlciiinncl cl M. Perrin, op. cil., p. tSG.

("2) Voyez à ce Kujet : Lasègue, De la parahjsie générale progressive, llièse de concours, Paris, 1853. — .1. Falrel, necherehes sur la folie paralgtique el les di- < verses paralysies générales, 1853. — Tlioineuf, lassai clinuiue sur l'alcoolisme, > llièsc, Paris, 185!). — A. Voisin, De l’étal mental dans l’alcoolisme aigu el chronique {.\nn. de méd. et dechir., \<^ série, t. lit). — Rurlurcaux, thèse, l'aris, 1873.

(3) Slalisl. méd. de l'armée pour 18ü9, p. Gi.

ALCOOLISME

B Eu 1809, le nombre des aliénés reçus dans les établissemenls I «péciau.K s’élève à 174, soit 0.39 pour 1000 hommes; la ré- I parlilion par grades donne ; officiers, 25 cas ou 1 sur 1000; sous- I officiers, 21 cas ou 0.G7 sur 1000 ; soldats, 12G cas ou 0.33 sur 1000. I Pour celle année (18G9), le chilfre des suicides s’élève à 0.42 sur t 1000 hommes

En 1872, 215 aliénés sont reçus dans les établissemenls spéciaux, soit 0.50 pour 1000, proportion plus forte (|ue dans les années précédentes, ce qu’il faut altribuer sans doute aux événements de 1870-

Dans l’armée anglaise, la fréquence de l’alcoolisme devait faire prévoir la fréquence de l’aliénation mentale; en effet, pour la période de 1859 à 18GG, il y a, dans celte armée, une proportion de 1.G8 aliénés sur 1000 hommes d’effectif, an lieu de 0.20 à 0.40 comme chez nous; le chilfre des suicides n’est, il est vrai, que de 0.2G sur 1000 dans l’année anglaise, c’est-à-dire inférieur à ce qu’il est chez nous.

Le diagnostic de l’alcoolisme aigu est facile, sauf cependant lorsqu’on apporte les malades dans le coma et qu’on manque de renseignements sur les débuts de la maladie; on peut confondre avec la congestion et l’hémorrhagie cérébrales, l’aspbyxie, l’empoisonnement par les substances narcotico-àcrcs ; l’haleine des malades répand le plus souvent une forte odeur alcoolique, on peut aussi rechercher dans les urines la présence de l’alcool en nature. Confondre le coma de l’ivresse avec la congestion cérébrale relevant d’autres causes n’a pas, au reste, d’inconvénients au point de vue du traitement, qui est à peu près le môme dans les deux cas.

L’anorexie avec pyrosis, le tremblement des mains, l’insomnie, les hallucinations terrifiantes sont d’excellents signes de l’alcoolisme chronique; lorsque le malade ne fait pas d’aveux, et que le diagnostic étiologique est douteux, on a toujours la ressource de demander des renseignements dans les corps.

L’alcoolisme aigu peut, ainsi que nous l’avons vu, se terminer par la mort, mais c’est là un fait assez rare, et l’alcoolisme chronique est beaucoup plus redoutable. Non-seulement l’alcoolisme chronique tue par lui-même, c’est-à-dire en donnant lieu à la cirrhose du foie, à la néphrite albumineuse, à l’alhérome artériel, au delirium tremens, à J la paralysie générale, mais il est souvent la cause du suicide et de

1' l’aliénation mentale qui est alors le suicide de l’intelligence ; enfin il

i' imprime un caractère particulier de gravité à toutes les maladies des

8 alcooliques. Cette influence désastreuse de l’alcoolisme chronique sur

I les autres maladies est surtout apparente dans les pays chauds; An-

iiesley, Morehcatl, aux liules, ont nolé (jiio les inflammalions aiguës du foie sont très-fréqueules et très-graves cliez les alcooliques; chez nous la gravité de lapneuinoiiie des ivrognes est parfaitenieiit connue. M. le professeur Verneuil a très-hien établi que les lésions traumatiques olTreut une gravité exeeplionnelle chez les sujets entachés d’alcoolisme, et que chez eux la mort survient parfois avec une rapidité foudroyante sans qu’il soit possible de la prévoir ni de l’expliquer (1).

Anatomie pathologique. — Chez les individus ipii succombent à l’alcoolisme aigu on trouve une congestion considérable du parenchyme pulmonaire, des méninges et de la pulpe cérébrale; le cœur droit et les grosses veines sont remplis d’un sang noir liquide; la muqueuse stomacale est injectée, ecchymoli(iue. M. le professeur A. Tardieu a trouvé sur 7 autopsies de sujets morts en état d’ivresse {'2) : 1® une congestion constante des poumons, des méninges et du cerveau; 2“ deux fois une apoplexie pulmonaire; 5 fois une hémorrhagie méningée ; dans deux de ces cas, outre l’épanchement sanguin des méninges, il s’était formé un éi)anchem'ent abondant dans les ventricules latéraux.

J. Frank, Ogston, A. Tardieu, ont noté que le cerveau exhalait souvent l’odeur alcoolique; L. Lallemand et M. Perrin rapportent {op. cit., p. 155) l’observation d’un soldat du 7“ de ligne qui succomba trente heures après avoir avalé un litre d’eau-de-vie ; l’autopsie, pratiquée trente heures après la mort, permit de constater encore la présence de l’alcool dans le sang et dans le foie, mais surtout dans la substance cérébrale. Dans leurs expériences sur des animaux, ces mômes observateurs ont noté {op. cit., p. 39) l’apparition rapide de gouttelettes de graisse dans le sang; Magnus Iluss a constaté le même fait chez des ivrognes, il donne à cet état du sang le nom de piarrœmia {nïccp graisse, ca.u.a sang).

Lorsque l’alcool existe en grande quantité dans le sang, on peut le recueillir par la distillation, et constater ensuite ses propriétés, sinon il faut se servir de réactifs chimiques. MM. L. Lallemand, Perrin et Duroy sont arrivés à doser de très-faibles quantités d’alcool à l’aide d’une solution titrée renfermant un décigramme de bichromate de potasse dans trente grammes d’acide sulfurique; au contact des vapeurs alcooliques que l’on dégage par la chaleur, la liqueur d’épreuve prend une belle couleur vert-émeraude {op. cil., p. 76).

(I) Coinpie rendu de l’Acad. de méd., 1870 1871.

(-) d’Iiijn. puhi. et de méd. légale, 1818, l. XI., p. 3îK).

ALCOOüSMl':.

Dans l’alcoolisme cliroiiique oii coiistale des lésions très-variées qui se rapi)orlent pres(|iie toutes à l’hyperplasie du tissu coujoiiclil' : hypertrophie du tissu conjoiictir sous mu(|ueux de l’estomac (Charcot et ^ulpian), liiiilis plasli(pie (liriiiton), cirrhose du l'oie, induration pulmonaire, pneumonie chroni(pie; — ou bien à la déi,à'nérescence graisseuse des éléments anatomiijnes : ulcères de l’estomac, stéatose du loie, athérome artériel, état graisseux du cœur et des autres muscles, des os, des reins, des testicules, etc. (1).

PiioriuLAxiE. 1 RAiTE.MEXT. — Jusquc daiis CCS (lemièrcs années.

un soldat pouvait s enivrer quand bon lui semblait; pourvu (pi’il rentrât a t beure et sans esclandre, on l'ermait les yeux et même (piand les bommes eu état d ivresse se rendaient coupables de quelques fautes contre la tlisciplinc, 1 alcoolisme était regai'dé comme une circonstance atténuante. Le decret suivant a heureusement modilié le lèglemeut du 2 novembre 1833 sur le service intérieur des troupes.

Art. Les articles ci-après du règlement du :2 novembre 1833, sur le service, intéi'ieur des troupes sont moditiés ainsi qu’il suit :

J , . , Iiifinilefio]

L article '

(3:28 Cnvalerie]

est remplacé par le texte ci-dessous

« Sont réputés fautes contre la discipline et punis comme tels, sui- » vaut leur gravité :

» üe la paî t da sapérieur : tout propos injurieux, toute voie de » fait envers un subordonné, toute punition injustement inlligée.

» Delà part de l'iiifériear : tout murmure, mauvais propos ou dé- » faut d’obéissance, quehpie raison qu’il croie avoir de se plaindre; » l’infraction des punitions; l’ivresse dans tous les cas, même quand » elle ne trouble pas l’ordre; le dérangement de conduite; les dettes; » les querelles entre militaires ou avec des citoyens; le manque aux ap- » pels, à l’instructiou, aux différents services; les contraventions aux » ordres et aux règles de police; enfin toute faute contre le devoir mi- » litaire provenant de négligence, de paresse, ou de mauvaise volonté.

» Les fautes sont toujours plus graves quand elles sont réitérées et y> surtout habituelles, et quand elles ont lieu pendant la durée du » service, ou lorsf|u’il s’y joint quebiue circonstance qui peut porter » atteinte à l’honneur ou entraîner au désordre.

» Tout supérieur qui reucontre un inférieur pris de vin, ou trou- » blant la tranquillité publiipie ou dans nue tenue indécente, doit » eni|)loyer son iniluence et même son autorité pour le faire rentrer » dans l’ordre, à quelque corps ou à quehpie arme qu’il appartienne. » Toutefois, il doit, autant que possible, éviter de se commettre avec

(I) E. LanccroauN, Art. Alcoolisme, Diction, encijciop. des Sc. méd.

A. LAVERAN.

5iC

)'> lui, pai'liciilièi'cinenl lorsque riiiférieur est eu étal trivressc; il clicr- » elle à le laire arrèlcr par ses camarades, et au hesoiii, par la garde.

» A moins de iiécessilé absolue, la puiiiliou cucoiirtic par un homme )) ivre ne doit lui èlre inlligée que lorsque l’élal d’ivresse a cessé.

» L’ivi'esse ne pourra, en aucun cas, être invoquée comme une

irconslante atlénnanle. »

Il est diulans les articles suivants :

I°Que les sous-olticiers sont punis de la prison (iiuinze jours au plus) pour les (autos commises en état d’ivresse;

Que pour les mêmes l'autcs, les caporaux, brigadiers et soldats seront punis également de la judson (quin/o jours au plus) et même de la cellule de correction (buit jours au plus).

11 est dit de plus (pie ;

« Les caporaux (ou brigadiei's) et les soldats punis de prison ne » font pasde service, mais ils assistent, pondant trois heures le matin » et trois heures le soir, à un peloton de punition spécial, et les sol- » dats .sont, eu outre, employés aux corvées de [U’opreté du quartier » les plus pénibles. Les centimes de jiocbe des uns et des autres sont n versés en totalité aux ordinaires dont ils font partie. 11 en est de même » des rations de vin, d’eau-de-vie et de sucre et de calé dont l’usage » leur est entièrement interdit. Les soldats punis de la cellule de cor- » rection reçoivent comme nourriture le pain et la soupe sans viande î) une fois par jour.

)) Dans les prisons comme dans les cellules de correction les )) hommes ne reçoivent qu’une couverture; toutefois dans dos cir- ;) stances exceptionnelles de température, le chef de corps peut y » faire ajouter de la paille de couchage et une demi-couverture. En » aucun cas il ne leur sera délivré de demi-fournitures. » Décret du 10 août 1872.

Une note ministérielle du 10 août 1872, prescrit d’inscrire sur les livrets des hommes, avant la nomenclature des crimes et des délits et des peines correspondantes, la mention suivante : « L’ivresse ne pourra en aucun cas être invo(|uéc comme circonstance atténuante. »

Dans la marine, le décret du 3 décembre 1850 contenait drja des pénalités sévères contre l’ivresse; Tivresse à bord est rangée parmi les fautes de quatrième degré, c’est-à-dire parmi celles (pii doivent être punies le plus sévèrement.

Sous l’influence des sages mesures adoptées depuis 1872, l’ivresse a certainement diminué de fréquence dans nos régiments, mais 1 alcoolisme chronique, comment l’atteindre? Je crois qu il y aurait quehpies mesures à prendre à ce sujet ; dans tous les régiments il y a des cabarets réglementaires qui ont leur clientèle d’alcooliques

ALCOOLISMK. 517

I fonime tons les cabarets possibles, ce sont les cantines. Il faut ccr- ;l taineincnt des cantines, pour nourrir les sous-officiers et pour suivre les régiments pendant les marcbes, mais il n’est pas nécessaire que ces cantines soient ouvertes tonte la journée, surtout on peut défen- I dre d y débiter de l’eau-de-vic à tout venant. On se contente aiijour- 1 d hui de surveiller la qualité des boissons dans les cantines, on s’assure de temps a antre que des substances nuisibles ne sont pas mêlées aux li(pieurs (pu s’y vendent, mais l’alcool bu-même u’est-il j)as un I poison? La réglementation actuelle est tout à fait insuffisante, ei dans i l’état ou peut dire sans crainte de se tromper que les cantines sont Ij dans nos n'giments la grande officine de l’alcoolisme chronique.

I Le soldat coupable de s’ètrc enivré doit être puni, mais avant de I le punir, il tant le guérir, car c’est un malade, un empoisonné, et l’in- 'I toxication peut se terminer par la mort, on ne doit pas l’oublier. La

Î circulaire du décembre 1831 dit très-bien : «c Quand les fumées du vin seront dissipées, l’autorité reprendra son action, le supérieur interviendra seulement alors pour mettre en usage les réprimandes ou les punitions nécessaires afin de corriger les habitudes vicieuses de son subordonné. »

Le soldat ivre doit être conduit cà sa chambre si l’excitation n’est pas trop considérable; eu été il n’y a pas d’inconvénient à mettre à la salle de police les individus qui, atteints d’alcoolisme aigu au premier

I degré, troublent l’ordre et la tranquillité du quartier, mais en hiver, on ne doit pas les enfermer dans une prison froide et bumide; les individus dont l’étal est plus grave, chez lesquels l’intoxication plus profonde détermine soit des convulsions, soit le coma, doivent être envoyés d’urgence h l’infirmerie ou à l’bôpital.

En 18Ü9, on a imposé des amendes aux soldats anglais qui s’étaient enivrés, on espérait que cette mesure réussirait mieux que la prison; en onze mois, le moidant des amendes fut de 360 Gî7 francs dont 8050 payés par la cavalerie, 23 543 par l’artillerie, 7 203 par le génie, et 202 045 par l’infanterie. Un journal de Londres se félicitait en 1 871 des résultats obtenus; les cbilTres précédents prouvent que les soldats Il anglais ne craignaient pas plus l’amende que la prison : ils payaient t»| le droit de s’enivrer et on n’avait plus rien tà leur dire. En France, U on met les ivrognes à l’amende dans la population civile seulement, M et, en effet, cette mesure ne me paraît pas être applicable à l’armée.

I Favoriser l’élimination de l’alcool qui se trouve encore dans l’esü! tomac ou bien qid a pénétré déjà dans la circulation, telle est la prin- ! cipale indication du traitement de l’ivresse ; le café agit comme diurétique, l’ammoniaque (15 à 20 gouttes dans un verre d’eau) comme ' diapborétique ; les vomitifs, ou mieux la titillation de la luette ont

pour offel d’évacuor l’alcool qui se trouve eiicoro, dans l’iLSlomac. A la période comalcuse les indications sont plus noiuhreuses (l);il laut encore clierclier à évacuer l’alcool, mais on duil aussi réveiller la sensibilité, ranimer la circulation et la respiration, combattre les congestions cérébrale et pulmonaire.

Les vomitifs sont sans action sur l’estomac distendu ; Ogston a fait usage avec succès de la pompe gastrique pour vider l’estomac dans les cas d’intoxication et en particulier dans l’alcoolisme.

On enlève les vêtements qui gênent la respiration, on récbautfe les malades, on excite les fonctions de la peau à l’aide de frictions sècbes; les révulsifs, sinapismes, marteau de Mayor, sont indiqués dans les cas graves. Lors(pie le coma se prolonge, il faut appli(piei' le même traitement qu’à la congestion cérébrale : glace sur la tète, sangsues aux apo[)bvscs mastoïdes, vésicatoires aux mollets; si la congestion pulmonaire domine et menace d’asphyxie, une saignée abondante peut donner de très-bons résultats; on fera usage en même temps des révulsifs et des dérivatifs, principalement des ventouses sèches appliquées en très-grand nomijre.

M. Magnan a insisté avec raison sur le danger qu’il y a à appbbpicr la camisole de force aux malades atteints d’alcoolisme aigu ; ce moyen de contention entrave la respiration et favorise l’asphyxie; quand les malades sont dans un état d’excitation tid qu’il est impossible de les garder dans les salles, on les fera placer dans un cabinet installé de façon à ce qu’ils ne puissent pas se blesser, ils seront surveillés avec soin; la même remaiapie s’appliipie au délirium tremens; on ne prescrira à ces malades ni opium, ni digitale, ni chloroforme, mais seulement des boissons aqueuses et diuréti(]ues (tisane de chiendent légèrement nitrée) qui favoriseront la dilution et l’élimination de l’alcool (:2).

Dans l’alcoolisme chronique l’indication principale est difficile à remplir; on peut améliorer l’état des malades en leur imposant pendant quebpic temps le régime sévère de l’hôpital, mais l’ivrogne, dès sa sortie, reprend ses habitudes et des rechutes se produisent; les alcooli(ines fuient du reste les hôpitaux dans lesiiinds ils ne peuvent pas satisfaire leur passion dominante, et quand ils y entrent, c’est souvent pour y mourir.

L’alcoolisme cbroni(|ue arrivé à un certain degré produit des dégénérescences comme la cirrhose ilu foie, rathéromc artériel, qui sont irrémédiables.

(t) L. Lallomand et M. l'enin, op. cil., p. 159.

(“2) Magnan, Traité de l’alcoolisme ahju (Gai. des hôpilaux, 16 septembre 1869).

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