‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 106 sur 129 · MALADIKS 1:T Kl'IDÊMltS DES AllMÉES · texte numérisé non relu

MALADIKS 1:T Kl'IDÊMltS DES AllMÉES

rations, tantôt des couches de matière qui suivront les mêmes transformations (1). y>

Dans la forme ulcéreuse les plaies atteintes de pourriture augmentent clia(iue jour d’étendue par suite d’une véritable gangrène moléculaire de la peau et du tissu cellulaire; j’ai vu la pouiriture ulcéreuse dénuder progressivement tout un avant-bras, tout un pied. Les bords des plaies incessamment rongés, taillés à pic et un peu décollés, ne paraissent pas ennammés, ils ne sont ni rouges, ni tuméfiés, ni très-douloureux à la pression; le fond est grisâtre, sanieux, mais non recouvert de fausses meiubranes. La forme gangréneuse est plus redoutable encore que la précédente, car ses progrès sont plus rapides, et il est plus dil'Iicile de l’arrêter dans sa marche envahissante.

Les plaies les plus petites, celles qui étant en pleine voie de cicatrisation n’inspirent plus aucune inquiétude, peuvent se compliquer tout à coup de pourriture. Dans la forme gangréneuse les bords des plaies sont rouges et tuméfiés, des lambeaux de peau et de tissu cellulaire sphacélés, noirâtres ou grisâtres, se détachent facilement à l’aide de quelques coups de ciseaux, chaque jour il faut recommencer ce nettojage et cha(pie jour la plaie s’élargit; le fond des plaies est sanienx, constitué par des bourgeons charnus de mau\aise uatuie laissant suinter du sang, ou bien par des lambeaux de tissu cellulaire mortifié.

L’élargissement des plaies par la pourriture (ulcéreuse ou gangréneuse) se fait le plus souvent d’une façon régulière, dans toutes les directions à la fois, de telle sorte que les ulcérations ont des bords arrondis et présentent même une forme exactement ronde (juand la région et la forme primitive de la plaie s y prêtent. 1 arlois la pourriture ne se contente pas d’élargir les, plaies, elle les creuse, les parties sons-jacentes â la peau se mortifient, les os eux-mêmes peuvent devenir noirâtres et se déliter sous forme d’une vénlable poussière osseuse.

Le début de la pourriture d’hôpital était souvent manpié chez nos blessés par des frissons qui faisaient craindre l’infection purulente, l’appétit se supprimait, la langue était chargée et ([uehjues-uns accusaient de vives soullrances dans la plaie qui allait étie einahie.

L’encombrement exerce 1a plus lâcheuse inllnence sur la maiche delà pourriture. i\u mois d’octobre 1870, à Metz, nous avions isolé dans une salle de la caserne Chambière cim[ blessés atteints de pourriture; â l’aide d’applications répétées de perchlorure de fer

(1) EeifouosI, op. cil., p. 849.

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nous avions réussi à arrêler la pourriture, les plaies se cicatrisaient sur leurs bords, le fond était recouvert de bourgeons charnus d’excellente nature; les nécessités du service obligèrent à faire occuper par des fiévreux tous les lits vacants; aussitôt la pourriture d’hôpital reprit sa marche.

A la méanc époque l’érysipèle régnait sur les blessés de Cbambière et j’observais dans mon service, mais dans des salles exclusivement consacrées aux fiévreux, deux cas de dipbtbérite pharyngienne qui se terminèrent [lar la mort.

Les formes ulcéreuse et gangréneuse de la pourriture d’Iiôpital lie présentent en somme aucune ressemblance avec la di[)bthérite cutanée; ce qui domine dans la pourriture d’hôpital, c’est la tendance au spbacèle, les tissus frappés de mort sont éliminés soit sous forme moléculaire (variété ulcéreuse), soit sous forme de lambeaux plus ou moins étendus (variété gangréneuse); les plaies ne se recouvrent pas de fausses membranes et leur extension progressive a lieu sur toute leur circonférence; dans la dipbtbérite cutanée, ce qui domine, c’est la tendance à la production de fausses membranes, cellesci en s’imbibant de sang et de pus peuvent simuler la gangrène, comme font les fausses membranes du pharynx, mais la gangrène est un fait tout exceptionnel. La plaie envahie par la dipbibérile ne s’étend pas nécessairement et quand elle le fait, c’est d’une façon bien diflérente de celle de la pourriture; le liquide exsudé irrite les parties déclives, l’épiderme se soulève et se détache en permettant ainsi à la maladie de s’inoculer sur de nouvelles plaies qui se réunissent à la première.

La pourriture à forme pulpeuse telle qu’on la trouve décrite dans le livre de M. le professeur Legouest présente seule quelques analogies avec la dipbtbérite cutanée. La formation de fausses membranes épaisses à la surfiice des plaies est indiquée en ellél; mais M. le professeur Legouest ne parle pas de la dipbtbérite, et il est probable que quelques malades au moins auraient présenté des angines ou des laryngites dipbtbéritiques s’il se fût agi de la dipbtbérite cutanée vraie.

Tout en faisant quelques réserves pour cette forme pulpeuse qu’il ne nous a pas été donné d’observer, nous croyons pouvoir conclure que la pourriture d’bôpital est une maladie bien ditférenle de la di|ditbérite; ces alTcctious cependant ne sont pas sans présenter (juelques rapports au point de vue étiologi([ue : rencombrement, la viciation de Tair des grands hôpitaux qui exercent une influence incontestable sur l’apparition de la dipbtbérite, président toujours à celle de la pourriture d’bôpital; on peut aussi rapproidier de ce groupe morbide

rôrvsipèle traumatique qui naîl dans les uiêmes circonstances ; qui, coininc la pourriture et la diplUhcrite, vient compliquer les plaies et les moindres excoriations, qui se propage enfin par contagion (1).

PnoPiivLAXiE. — Quand la diphthérite se montre dans une caserne, il tant isoler immédiatement les malades et reclierclier si des circonstances locales n’ont pas favorisé le développement et la propagation de la maladie. Si les lieux où sont casernées les troupes sont bas et humides, on s’efforcera de faire changer ou modifier du moins le casernement; s’il existe de l’encombrement dans les chambrées (pii fournissent le plus de malades (comme cela eut lieu pendant l’épidémie d’Avignon), on fera évacuer et désinfecter ces chambrées; àLunévilleen 187 i l’épidémie d’angine diphthéritique disparut dès (|u’on eut ordonné l’évacuation et la désinfection des salles qui avaient fourni les malades.

Guersant attribue à l’encombrement le grand nombre des cas de diphthérite qui s’observent à Paris, à l’hôpital des enfants; l’encomlirement qui donne lieu dans les salles de blessés à l’érysipèle et <à la pourriture d’hôpital favorise dans les salles de fiévreux 1 appaiition de la diphthérite, surtout s’il s’agit de malades atteints de rougeole ou de scarlatine.

Pour le traitement de l’angine diphthéritique, nous renvoyons le lecteur aux belles leçons de Trousseau; la diphthérite cutanée cède aux applications locales (acide chlorhydrique, calomel en poiulre) et il est probable que le perchlorure de fer qui réussit bien contre la pourriture d’hôpital siérait employé aussi avec succès contie la diphthérite cutanée.

(1) Mémoire lu à l’Académie de médecine le ‘20 novembre t806, par M. le baron Larrey.

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