‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 121 sur 129 · GRIPPE · texte numérisé non relu

GRIPPE

ÜO!

li’ès-voisine de la fièvre typhoïde, consistant comme cette dernière en line altération du sang et produite par un miasme siii generis (1).

Nous avons déjà dit que rien ne prouvait la transmissibilité de la maladie; quand la grippe frappe une population, elle a de prime abord un caractère de généralité qui permet difficilement de savoir si, une fois produite, elle peut se propager des malades aux personnes saines, la chose est très-peu probable; en tout cas il est impossible d’cxpli- ([uer [lar la contagion l’extension des épidémies, car la grippe devance tous les moyens de locomotion dont l’homme dispose, elle traverse l’Océan et atteint les navires en pleine mer.

Raige-Delorme, en excluant les conditions météorologiques de l’é- • tiologio de la grippe, fait avec raison quebpies réserves, il n’entend parler que des conditions signalées jusqu’à lui, c’est-à-dire presque uniquement de la chaleur et du froid, de riiumidilé et de la sécheresse de l’air. La découverte de l’ozone a montré tout au moins que nous étions assez mal renseignés sur les changements qui se produisent dans l’atmosphère. L’ozone est-il la cause de la grippe? (hielques faits sont favorables à cette hypothèse, ipii est infirmée par bon nombre d’autres.

Pendant l’épidémie de LSIT le docteur SpengL r a constaté à lioggedorf qu’il existait un ra|)port direct entre rozonisalion de l’air i;! l’inlensité de la grippe; Schœnhein a fait la même remanpie à lierliu, il a trouvé que la (piautité d’ozone était augmentée lorsipie la grippe régnait ou seulement lorsipi’il y avait une prédominance des allections thoraciipies, tandis qu’elle diminuait au contraire sous le règne d’une constitution gastriipie.

Pendant l’épidémie de Gènes, en 185X, le docteur Granara a fait à ce sujet des observations intéressantes. A la fin de décembre 1857, la quantité d’ozone était normale, au commencement de janvier 1858 elle faiblit notablement et elle atteignit son minimum au moment où la grippe sévissait avec le jdus de violence; la disparition de l’épidémie coïncida avec une augmentation très-marquée dans la proportion d’ozone (i). D’après ce fait unique, c’est l’absence et non l’excès d’ozone qui causerait la grippe.

Bœckel à Strasbourg a constaté que l’ozone en excès dans l’air agit sur les voies respiratoires et donne lieu à de véritables épidémies de bronchite. E. Bœckel, en faisant respirer à des animaux de l’airfortement ozonisé, a produit chez eux des pneumonies lobulaires (3).

(1) .J. Malcorps, La (jrippe cl ses épidémies. Collection des mémoires présentés à l’Acad. de méd. de Rclgiriuo, IST.t.

(2) Gvunnva, AuiiaH universali, 1858.

(3j Bœckel E., Thèse de Strasbourg, 1856. {De TOione.)

D’après le doclcur Baldwin, l’ozone ne provoiine aucune maladie par lui-même, il n’a sur l’organisme aucune inlluence nuisible, même lorsqu’il se Irouve en excès dans l’air; mais il peut agir d’une l'açoii indirecte, comme puriücateur de l’atmosplière, en activant l’oxygénation des produits organiques en décomposition (1).

De nouvelles recliercbes sur ce sujet sont indispensables, mais quand bien même il serait prouvé que la quantité d’ozone renfermée dans l’air n’exerce aucune action sur rap[)arition des épidémies de grippe, il n’en fondrait pas conclure que la composition particulière de l’atniüS[)bère n’est pas la cause de ces é])idémies, car il est à présumer que la découverte de Tozone ne sera pas la dernière accomplie dans cette voie. D est probable (pie la cause de la grippe réside dans l’almospbère, l’air subit une modilication dont la nature nous échappe; c’est seulement ainsi qu’on peut s’expliquer la rapide généralisation dos épidémies et le mode d’extension si capricieux de la grippe; c’est seulement ainsi qu’on peut concevoir pourquoi la maladie traverse les mers, et fait fuir devant elle les oiseaux eux-mêmes. 11 est possible qu’une élévation brusipie de température facilite ce changement dans les projiriétés de ralmospbèrc et soit ainsi une des causes occasionnelles des épidémies de grippe.

Synonymie : Danga. Fièvre épidémique de Calcutta. Fièvre éruptive de ITiidc. Fièvre articulaire des pays cliands. Fièvre rouge e.xotiipic. Scarlatine rliumatismale. Artlirudynia. Dandy. Rouquet. Fièvre courbaturale, etc.

Sous ces différentes dénominations on a décrit une maladie épidémique qui règne souvent aux Indes, sur les cijtes d’.\frique et en Océanie; des médecins anglais des Dides, James, Mollis, Kennedy, Twining, l’ont observée les premiers. Dès 1780 la dengue régnait sur la C()te de Coromandel; elle est désignée par J. E. Bersin (â) sous le nom de fièvre atmosphérique. De 1 8:21 à 182G et plus lard en DSüS l’Inde fut le théâtre de grandes épidémies de dengue. En 1871, la dengue fut observée à Zanzibar et dans rAfri(|ue orientale, puis à Aden et enfin aux Tndes, dans les trois présidences de Madras, de Bombtiy et de Calcutta. De Bombay la imdatlie se répandit sur les

(1) The americ. Journal of ilie nml. science, 1874. — (Ga’^elle hehdom., 22 janv. I87r..)

(2l Votjaije dans l'IIindouslan. Paris, 1807, 1. I, p. I-IO.

DKNni’E.

Iroupes (.le Poona, puis à Secunderabad, en suivant assez exactement les grandes voies de communication. Au mois de septembre 187:2 elle éclata à Pondicbéry, et atteignit l)ienlôt après Chandernagor, \anaon, les îles Maurice et de la Rénniou. Deux médecins de la marine Irançaise,MM. Martialis (l) et Cotholendy (2), ont très-bien étudie 1 é|)idémie de 1872, le premier à Pondicbéry, le deuxième à Saint-Denis (ile de la Piéuniou); nous ferons à leurs travaux de nombreux emprunts. L’bistoirc de la dengue à Madras en 1872 a été écrite par le Docteur Mooden Sclieritf (3); citons enfin un article de VUnion nir- (Uriilc (i) et un excellent résumé des travaux précédents publié par le docteur Labadie-Lagrave dans la Gazette hebdomadaire (5).

La dengue s’est montrée non-seulement aux Indes et sur la cote orientale d’Afrique, mais en Amérique, aux Antilles, sur la côte occidentale d’Afrique, à Corée, au Sénégal; elle est très-répandue en Océanie, à Taïti elle règne presque tous les ans. La dengue n’a fait en Europe qu’une seule apparition, en Espagne.

Descuiptiox GÉNÉnALE. — « La dengue, dit M. le docteur Martialis, est une maladie générale et fébrile, éminernment contagieuse, caractérisée par deux éruptions successives : initial rash, terminal rasb, qui ne sont pas toujours régulières et constantes, et par des douleurs articulaires plus ou moins généralisées et d’ordinaire très-persistantes. »

L’invasion est généralement brusque, la température du corps monte rapidement à 40'' et ([uebpiefois au-dessus, les malades accusent de la céphalalgie, de l’insomnie, la face est injectée, les yeux brillants. Tous les auteurs qui ont observé la dengue insistent sur la brusquerie du début. « Un enfant séparé de son frère malade trompe la surveillance de son aya, court embrasser le compagnon ordinaire de ses jeux et revient immédiatement; quelques instants après il est atteint de la même maladie. Dans une famille dont je traitais plusieurs membres pour la dengue, (pielqu’un, qui jusqu’alors avait été épargné, SC moquait des autres avec le plus grand entrain, contrefaisant la démarche de ceux que les douleurs articulaires tourmentaient; il

(1) Iai D ngiie d’après les doeumcnls aiujlais de Madras et de Calcutta et les ohservalions recueillies dans les possessions françaises de. l’Inde. (.\reh. de méd. nara/e, 1871, t. X\l, p. 2t.)

(2) Itelal. de l'èpid. de dengue (pii a régné à Saint-Denis (Réunion) pendant les mois de février, mars, avril et mai 1873. (Arch. de méd. navale, 187.3, t. XX, p. lt)i).)

(3) Med. Times and Gazelle. Nov. 1873.

(-1) De la Dengue et de l’épid. gui règne acluelleinenl dans l'Inde, par un nii'il -rin de la niariiic. ( Union médicale, 1873.)

(ô) Gazette hebdomadaire, 11 mars 1873.

est subitement atteint, presque au milieu de sa pantomime. Une dame entre à l’église, s’agenouille pour y faire une courte prière, et peut à peine se relever sous les premières atteintes du mal (1). »

Rarement un frisson violent maniue le début de la maladie; outre la fièvre, les premiers symptômes sont : le malaise général, l’abattement, les verliges, les douleurs dans les os et dans les articulations.

L’éruption initiale (initial rash) n’a été observée par M. Martialis que dans la moitié des cas environ ; elle a lieu dès le premier jour, et consisie en une rougeur dilfuse, ou bien en larges taches d’un rouge écarlate, dont le siège varie.

La fièvre est rémittente, mais les rémissions ne se font pas .régulièrement le malin, et en vingt-quatre heures on peut observer trois ou quatre périodes distinctes d’accroissement et de déclin (.Martialis); la réaction fébrile s’accompagne d’inappétence, parfois de nausées et de vomissements; chez les enfants on observe assez souveid du délire. La fièvre tombe du deuxième au troisième jour, les malades n’accusent plus qu’une grande fatigue et un état courbaturai.

Les douleurs constituent un des symptômes les plus caractéristiques de la maladie, elles peuvent être très-localisées, dans une seule articulation pbalangienne par exemple; elles ne siègent pas seulement dans les articulations, niais aussi dans les os et dans les muscles. Les petites articulations sont très-souvent prises; ces artlirites sont très-mobiles.

La céphalalgie est très-pénible, ordinairement sus-orbitaire; les muqueuses palpébrale et oculaire sont injectées, il existe du larmoiement; la nuque et les lombes peuvent être aussi le siège de vives douleurs. L’iirine est le plus souvent pâle, malgré l’état fébrile; parmi les symptômes plus rares, on a noté : l’angine, la bronchite, la diarrhée.

L’éruption terminale (terminal rasli) se montre au quatrième jour de la maladie (Martialis), ou môme du cinquième au sixième jour (Colholendy), c’est-à-dire alors que là fièvre a disparu depuis |>lusieurs jours. Cette éruplion est rarement généralisée, on la trouve presque toujours soit aux pieds, soit aux genoux, soit dans la paume des mains; elle peut simuler les éruptions de la roséole, de la rougeole ou de la scarlatine; quand le rash morbilliforme est généralisé, la maladie est difficile à distinguer de la rougeole, mais d’ordinaire il est bien plus limité, et puis dans la rougeole l’éruption se montre alors que la fièvre est dans son plein.

Le rash terminal disparaît après heures de durée, parfois plus

(1) M.irtialis, Lnc. cil., p. 21.

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rapidement encore, sa disparition est brusque oulenle et progiessive. Du huitième au vingtième jour, il se produit une des(iuamation qui peut être furruracéc et à peine visible, comme dans la rougeole, ou ([ui SC fait par larges plaques comme dans la scarlatine.

Les rechutes ne sont pas rares, aucune loi ne préside a leur apparition.

Chez quelques malades, la convalescence est lente, pénible; les douleurs articulaires peuvent persister pendant longtemps, les maladies préexistantes sont souvent aggravées, mais en somme la mortalité est très-faible; sur 8001» cas rassemblés par M. Marlialis, il n’y eut que 37 décès, observés presque tous sur des enfants ou sur des indivklus non hospitalisés, et vivant dans de mauvaises conditions.

A Saint-Denis, sur 509 militaires, 3-20 furent atteints.

Presque tous les auteurs s’accordent à reconnaître que la dengue est une maladie éminemment contagieuse; lorsqu’elle règne dans une ville, les médecins et les infirmiers ne tardent pas à la contracter; dans ses migrations, l’épidémie suit les grandes voies de communication; les bâtiments chargés de travailleurs indiens ont servi plus d’une fois à propager rè[)idémie, c’est ce qui est arrivé à Maurice et à la Réunion en 1872.

IS’ATunE. — « La dengue est une maladie dont la cause paraît spécifique; elle a sa personnalité qu’elle conserve malgré sa ressemblance avec les autres fièvres exanthématiques, avec rérythème noueux, papuleux, l’influenza, l’acrodynie, etc. Cette maladie est essentiellement contagieuse. Quelle est sa nature intime? J’avoue, dit M. Martialis (1), ma complète impuissance à trancher une aussi délicate question.

» J’ai parlé déjà do la grippe et j’y reviens encore pour indiquer quelques points de ressemblance q\ii dans l’avenir pourront avoir leur utilité. Dans l’inlluenza, dès le début, malaise, courbature, accablement, prostration remarquable, douleurs dans les membres, appareil fébrile et, suivant le caractère de l’épidémie on des prédispositions individuelles, dos troubles tantol nerveux, tantôt thoraci({nes ou abdominaux. Ne se passe-t-il pas sur la muqueuse quehpie chose d’analogue à l’éruption de la dengue? La grippe est grave chez les phthisiques, dont elle accélère le terme fatal. Lnfin le traitement oITre bien des analogies. »

Les dilîérences sont encore bien plus nombreuses que les analogies entre la grippe et la dengue ; les principaux symptômes de la dengue se produisent du côté de l’appareil locomoteur et sur le tégument

(1) Loc. cit., p. 43-li.

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