‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 122 sur 129 · GOG · texte numérisé non relu

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externe, tandis que dans la grippe le système nerveux et les muqueuses sont le siège des principales manifestations morbides; la grippe n’est pas contagieuse comme la dengue, et dans son mode de pi opagation, beaucoup plus rapide, elle ne suit pas les grandes voies de communication. La tendance aux éruptions exantbèmateuses, la lièvre vive, la contagion facile rapprochent bien plus la dengue de la rougeole et de la scarlatine que de la grippe, mais ici encore il y a de très-notables différences, la dengue paraît pouvoir se transmcllre presque instantanément, d’un malade à un individu sain, sans période d incubation; l’éruption terminale la plus constante est presque toujouis paitiellc, elle se montre alors que la fièvre est tombée depuis plusieurs jours; la dengue ou fièvre éruptive de l’Inde est une maladie de cause spécifique, sans analogie clans nos climats.

CIIAPITTU'] XX K VI

CIIOI K» A.

L’iiisloire du clioléra dans les armées montre bien l’origine indienne de celle épidémie ; le choléra simple, choléra noslras, sporadique, a élé signalé et décrit il y a longtemps par les médecins d’armées ; vau Swiéten, Monro, Colombier (v. maladies saisonnières); mais tous s’accordent à le regarder comme une maladie saisonnière de la fin de l’été ou de l’automne; avant 1830 on peut affirmer qu’aucune épidémie cholérique n’avait régné en Europe sur les armées; c’est aux Indes qu’il faut aller chercher les premiers exemples de ces épidémies terribles, qui se sont abattues si souvent sur les troupes en campagne.

Au xviii“ siècle les armées anglaises des Indes sont ravagées à différentes reprises par le choléra (l) : dans la vallée d’Amhore au sudouest de Madras(1709 à 1783);dans le district d’Arcol(1757 à 1770); à Condjum (1781-1782), dans les circars du Nord, etc. Une des épidémies les mieux connues est celle qui frappa à la fin de mars 1781 une division de 5000 hommes sous les ordres du colonel Pears; ces troupes étaient eu marche pour rejoindre sur les cotes l’armée de sir Eyre Coote et elles étaient arrivées près de Gangam quand l’épidémie éclata; les hommes dont l’état sanitaire avait été jusquelà très-satisfaisant tombaient par douzaines, la mort arrivait souvent eu moins d’une heure ; dans l’espace d’une journée 500 hommes furent atteints, 700 hommes moururent dans les premiers jours et ,‘100 furent laissés eu arrière.

En 1782 le choléra règne sur la flotte de sir Ed. Hughes et la même année Curtis et Girlestone l’observent à Madras sur les troupes récemment débarquées par sir llurgoyue.

En 1783, le grand pèlerinage d’Ilurdwar est l’occasion d’une épidémie meurtrière qui fait périr plus de 20 000 Indiens, au dire de

(1) De nombreux témoignages prouvent, du reste, que le choléra existait déjà depuis longtemps aux Indes. Voir à eo sujet art. Choi.kr.v, par I,. l.averan, Dict. cncijclop. des scienres méd.

MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES AltMÉES.

W. Scott. Des épidémies cholériques des armées oii peut parfaitement rapproclier celles qui oui accompagné si souvent les pèlerinages soit aux Indes, soit en Arabie; dans les deux cas on voit que, de grandes agglomérations d’hommes favorisent le développement du tléau et impriment à la marche des épidémies un caractère de violence, cl nne rapidité d’évolution bien remarquables.

En 1787 le choléra règne k Arcol et à Villore sur les troupes et sur les indigènes; en 1790 une épidémie se déclare sur nne armée anglaise qui traverse les circars du Nord; en 1793 le choléra ravage rarmée d’observation cantonnée dans la province de Madras (\V. Scott).

Tous ces faits prouvent que le choléra avait pris aux Indes le caractère épidémique bien avant 1817 et qu’il avait envahi à diverses reprises les armées des Indes alors qu’il n’en était pas question en Europe. « En Europe, dit Graves, on ne connaissait alors aucune maladie semblable au choléra spasmodique; quoique contredite par plusieurs autorités, cette assertion peut être tenue pour vraie, et pour mon compte je ne doute pas un seul instant de son exactitude. Chez nous le choléra spasmodique est une maladie importée; dans l’IIindoustan c’est une épidémie née surplace (1). »

En 1817 le choléra prit une grande extension dans les Indes, mais cette fois il ne devait pas se limiter à son foyer. Au commencement de novembre 1817 la maladie se développa à Bundlecund (province d’Allahabad) dans la grande armée qui avait été réunie en vue d’une guerre avec les Pindares. «La division du centre, forte de 10000 combattants et de 80 000 valets de camp, était établie sur les bords du Sinde sous le commandement du marquis de Ilastings. Le choléra y exerça d’épouvantables ravages. Pour la date exacte des premiers cas on hésite entre le 0, le 7 et le 8 novembre. Quoi qu’il en soit la maladie s’introduisit d’abord insidieusement parmi les serviteurs de l’armée; puis, au bout de quelques jours, prenant tout à coup un nouvel essor, elle s’élança avec une irrésistible violence dans toutes les directions; avant le 1 1 du mois elle avait envahi toute l’étendue du camp. .Icunes et vieux, Européens et serviteurs, tous étaient également exposés et une fois frappés, tous succombaient également et en peu d’heures à l’influence pestilentielle. Les sentinelles tombaient souvent comme foudroyées et il fallait employer trois ou quatre hommes pour remplir une faction de deux heures. Beaucoup de malades mouraient avant d’avoir atteint les inlirmcrics, et les hommes qui les transportaient étaient fré(piemment pris pendant le trajet des pre-

(1) Graves, Clinique., t. I, p. 505.

CHOLÉRA

niiei’s symptômes de la maladie. Enfin la mortalité devint telle que le temps et les firas manquèrent pour inhumer les corps; on les jetait pêle-mêle dans les ravins du voisinage ou on les enterrait précipitamment sur place et même autour des tentes des officiers. Du 15 au 20 novembre le nombre des morts s’éleva à 5000. Les indigènes voyant dans la fuite leur unique moyen de salut désertaient en masse : à plusieurs milles de distance les routes et les champs étaient jonchés des cadavres de ceux qui avaient emporté avec eux le germe de la maladie. Le camp était encombré de malades et le marquis de llastings résolut de le lever pour chercher un air meilleur.

» Malgré tous les moyens de transport qu’on mit en usage on fut contraint de laisser en arrière un certain nombre d’hommes. De plus, beaucoup de soldats pressés par les premières atteintes du mal étaient obligés de descendre des charrettes et n’avaient plus ensuite la force d’y remonter; chaque jour on en abandonnait ainsi des centaines et les derrières étaient couverts de morts et de mourants : l’emplacement du camp ressemblait à un champ de bataille et à voir la route qu’on avait suivie pour le quitter on eût dit une armée fuyant après une effroyable défaite. Ou n’a pu déterminer exactement le nombre des victimes, mais il paraît avéré que sur les 10000 combattants, 7000 périrent, et l’on estime que 8000 servants, c’est-à-dire un dixième du nombre total, tombèrent .sous les coups de l’épidémie. Une* fois arrivée à Ericb, sur les plateaux élevés et secs qui bordent la Betwab, l’année fut délivrée du fléau et au bout de peu de temps l’étal sanitaire était très-satisfaisant (1). »

Mais l’Hindoustan ne suffit plus au choléra, le torrent rompt ses digues et il déborde de tous côtés, vers le sud, l’est et l’ouest; les hauts plateaux de l’ilimalaya et les déserts de l’Asie centrale l’empêchent seuls de s’étendre vers le nord. En 1818, Ceylan est envahie, puis la Coebinebine, Bornéo (1820), les PbiUppines, les Célèbes, la Chine, le Japon (1823), les îles Maurice et Bourbon, la côte du Zanguebar, la Perse, la Syrie, l’Arabie, les côtes de la mer Caspienne, Astrakan (1823). Le fléau s’arrêta un instant au seuil de l’Europe et sembla reculer, mais en 1830 il gagna de nouveau Astrakan, puis la Russie et toute l’Europe.

L’historique des grandes épidémies de choléra ne rentre pas dans le cadre de cet ouvrage, nous nous contenterons de donner les dates et la durée de chacune de ces grandes manifestations, puis nous reprendrons riiistoirc du choléra dans les armées.

(1) American choiera gazette, citation empruntée à Graves, Clinique, t. I, p. 507-

MALADIES ET £l>l DEMIES DES ARMÉES.

Première grande épidémie (1830-18:57). — Nous avons vu que le choléra avait pénétré en Europe en suivant les bonis de la mer Caspienne; d’Astrakan l’épidémie s’étendit rn|)idement à Moscou, puis en Pologne, on elle lut importée par l’armée russe (18:il); on Allemagne et dans les ports de la lialtique. C’est surtout cotte première grande épidémie qu’il lant étudier quand on veut se rendre un compte exact du mode de propagation du choléra; dans les suivantes quelques faits pourront paraître obscurs, parce que le choléra ne sera plus un étranger en Europe, il aura créé quelques foyers secondaires qui compliqueront et dérangeront la régularité de son itinéraire; dans cette épidémie de 1830 rien n’est plus facile que de le suivre à la piste. De Hambourg il est transporté à Sunderland (1831), à Edimbourg (183t2); l’.Angleterre, grâce à ses nombreuses relations commerciales, devient alors le centre de l’expansion épidémique; c’est de là que le choléra est importé en Erance (Calais, 15 mars 1832), en Portugal et en Amérique. Le 26 mars 18:52 le choléra éclatait pour la première fois à Paris; 52 départements furent atteints et 100000 personnes moururent en Erance seulement.

Deuxième épidéniie générale (1848-1851). — La marche de cette épidémie est calquée presque entièrement sur celle de la première : le choléra éclate dans l’Inde (I84.1-I8i2), il s’étend à l’est, puis à l’ouest, gagne la Perse, les bords de la mer Caspienne, et pénétre de nouveau en Europe par Astrakan. — Eaut-il s’étonner de cette régularité? Les voies de communication ne sont pas nombreuses entre l’Asie et l’Europe et le choléra n’a pas un bien grand choix; il est naturel que les mêmes causes produisent les mêmes etfets. D’Astrakan le choléra gagna Moscou, Saint-Pétersbourg (juin 1848), Derlin (1848), l’Antriche, la Hollande, l’Angleterre, la France (par Calais, Dunkerque et Saint-Omer); Paris (18 P.)); 54 départements furent atteints, et 110002 personnes succomhèreni en France. De Marseille le choléra gagna l’Algérie, comme en 1832, et comme en 1832, des émigrants irlandais l’importèrent en Amériqne.

Troisième grande épidémie. — Cette (ois il n’y a pas de nouvelle importation en Europe, l’épidémie tie 1852-1855 est comme une seconde levée de la précédente (1). Le choléra se réveille d’abord en Silésie (1851), puis s’étend en Pologne, en Prusse, en Suède, en Norvège, dans le Danemark, on Angleterre et en France (dépailemcnls du nord, octobre 185:5). L’année 1851 est remaiapiahle par la grande

(T) L. Laveran, nr(. f.iioi.KRA, encyclap.

CIIOLÉIIA.

cxlcnsion ci)idémi([üc du choléni eu Europe; noire armée de Criinee en est ravagée, eu France 70 dé|)arlemenls sont atteints et 1 iJ 000 personnes succombent. Comme dans les épidémies précédentes, le clioléra est importé de Marseille en Algérie (1851) et d’Angleterre en Amérique (1851).

A proprement parler, cette troisième grande épidémie n’est ([u’une suite de la deuxième, avec laquelle on pourrait la confondre, le clioléra n’avait pas disparu en 1840, comme l’a démontré M. le docteur Tliolozan, les épidémies cholériques se prolongent beaucoup plus qu’on ne le croyait autrefois (F); elles ont des queues plus ou moins longues, et s’il est facile de dire quand une épidémie commence, il l’est beaucoup moins de dire quand elle est terminée; l’incendie qui paraît éteint peut couver sous la cendre, de temps à autre une étincelle annonce seulement (pie tout n’est pas fini et qu’il faut rester sur scs gardes. C’est ainsi que l’épidémie de 1851 se rattache à celle de 1848 et l’épidémie de 187"2 à celle de 1805.

Qualvième épidémie. — En 1805 le choléra éclate à la Mecque et à Médine sur les pèlerins; 12 à 15 0ÜÜ hadjis s’cmbanpient à Djcddab pour Suez et importent le clioléra à Suez et à Alexandrie; la population d’Alexandrie, saisie d’épouvante, émigre vers tous les ports de la Méditerranée; la Turquie, l’Italie, l’Espagne, la France, sont envahies presque en même temps. Le 23 juillet 1805 le choléra est signalé à Marseille; de là il rayonne sur xVvignon, Toulon, Arles, Paris et sûr les grands ports de l’Algérie; le nombre des décès en France n’est cette fois que de 14000.

Le nord de l’Europe fut atteint après le midi. En 1800 l’épidémie de 1805 n’avait pas cessé de sévir en llussie; en 1870, 1871, 1872, il y eut des recrudescences à Saint-Pétersbourg, Moscou, Kiew, en Pologne, en Prusse, en Aulriclie; enfin en 1873 la France fut envahie par le Havre et le choléra gagna encore une fois Paris, mais le nombre des victimes fut très-peu considérable.

Pendant ces grandes manifestations épidémitiues le choléra a sévi fréquemment sur les armées en campagne, qui après lui avoir payé un lourd tribut ont servi plus d’une fois à le disséminer; le désastre de l’armée du maiaïuis d’ilastings a eu plus d’un triste pendant.

En 1821 le choléra fil de tels ravages dans les armées persane et lunpie qu’on fut contraint de mettre fin aux opérations de la guerre en Mésopotamie; les Persans importèrent la maladie en Perse, et les Turcs en Turquie.

(I ) Gaz.elle hebdomadaire, 187-J.

Au mois (le février 1831 une armée russe eulrait en Pologne par ti ois colonnes composées de troupes arrivant en partie des provinces envaliies par le choléra; ces troupes propagèrent la maladie dans les provinces de Volhynie, de Grodno, de ^Yilna, et furent elles-mêmes cruellement atteintes. Le maréchal Dichitch y succomba à Pultiish le 18 juin 1831. Le 14 avril l’épidémie éclata à Varsovie, où les Polonais avaient amené un grand nombre de prisonniers après la bataille d’ignanie. En Pologne la marche de l’épidémie fut subordonnée à celle des armées (1).

En 1854 le choléra sévit avec force en Crimée, il y fut importé par des bâtiments chargés de troupes venant du midi de la France, où régnait alois le choiera, (i Du 1“* au 20 juillet, ditScrive, presfjue tous les batiments servant de transport aux troupes de l’armée d’Orient ont des malades et des morts jiendant la traversée (2). » « De Marseille au Piréc, sur les côtes de la Bulgarie, il nous a été donné, dit M. Lévy, d assister au développement du choléra suivant l’importation du mal de foyer en foyer (3). »

M. le docteur Fauvel donne les renseignements les plus précis sur 1 oiigine et la marche de l’épidémie cholérifjuc en Crimée.

Dès le 5 juillet arrivait à Constantinople un paquebot venant de Maiseille étayant des cas de choléra a bord; le choléra régnait alors dans le midi de la France, particulièrement à Avignon et à Mai'seille; V Alexandre débarqua, des cholériques au Pirée et ces malades furent le point de départ d’une violente épidémie qui se propagea ensuite à Athènes. ACallipoli, les troupes qui étaient à bord de V Alexandre furent débarquées sans subir de quarantaine, deux choléri(|ues furent transportés immédiatement à l’hopitaL

Le 10 juillet 1854, M. Fauvel, dans un de ses excellents rapports, signale le danger que court l’armée alors concentrée à Varna, et il propose d’interrompre les commnnications directes entre les troupes arrivant de France et le gros de l’armée; «à mon sens, dit-il, il serait à désirer que chaque corps arrivant lut débarqué à Callipoli ou dans le voisinage, et là isolé et soumis pendant quelques jours au repos et tenu avec des précautions hygiéniques en observation; après quoi il serait sans inconvénient dirigé vers le point où sa présence serait nécessaire (1). »

Ce sage conseil ne fut pas suivi. De nouveaux bâtiments arrivèrent

(1) !.. Lavcvnn, De la nwrialilé (les années en campagne. {Loe. cil.) {-) Helalion médicale (le. la campagne (l’Oricnl, p. 12.

(3) Cite ]iar L. LavciMii, arl. Ciioi.kh,\, Diction, encgclop.

(4) Fauvel, IDsL méd. de la guerre d’Orient. l’aris, 1874, p. 3(1.

CHOLÉOA.

do Marseille avec des cholériques à bord; VEgyplus dé!)arqua le. 10 juillet à Gallipoli 18 malades en même temps que des troupes; le Henri IV, l’/ndits arrivèrent dans les mêmes conditions, le choléra se propagea bientôt dans la population civile de Gallipoli, qui, épouvantée, prit la fuite (15 juillet); on même temps ([uchpies cas de choléra se montraieid à Constantinople.

Malgré l’opposition de l’oflice sanitaire et sur l’ordre formel du maréchal Saint-Arnaud, les navires venant de Gallipoli, où régnait le choléra, étaient admis à Varna à la libre prati([ne; le Magellan entre autres arriva àVarna le IG juillet, après avoir perdu un cholérique pendant la traversée de Gallipoli à Varna.

M. Fauvel se rendit auprès du maréchal pour le prévenir des dangers que courait l’armée concentrée à Varna et en communication directe avec un foyer cholérique très-intense. « Je trouvai, dit-il, le maréchal irrité de ce (pi’il appelait le tapage fait à Constantinople, l’alarme donnée pour ([uelques cas de choléra (pi’on aurait dû taire!... >> Le choléra prit bientôt une grande extension à Varna, on chercha à préserver les troupes de la première division en les envoyant dans la vallée de la Dobrutscha, mais ces troupes emportaient avec elles le germe du choléra et les fatigues de l’expédition ne tirent (pi’augmenter le nombre et la gravité des cas.

Nous devons à M. le médecin inspecteur Gazalas une belle description de cette cruelle épidémie de la Dobrutscha-; les faits rapportés par lui (1) ont nn si grand intérêt au point de vue du développement et de la marche des épidémies cholériques dans les armées que quelques détails sont ici indispensables.

La première division partit de Franka le 21 juillet 1854 avec un effectif de dix mille cinq cent quatre-vingt-dix hommes; il y avait à cette époque des choléri(|ues à l’hôpital de Franka et dans les troiq)es campées au voisinage de la première division ; dans cette division même, avant le dé|)art de Franka, il y avait eu des diarrhées cholériques et des cholérines (Gazalas, loc. cil.).

Voyons d’abord ce qui se passa dans le gros de la division qui suivait la voie de terre :

Dès le 21 juillet, c’est-à-dire le jour du départ de Franka, on constate quatre cas de choléra et un cas de cholérine; évidemment les hommes atteints ce jour-là avaient pris à Franka le germe de la maladie.

(I) Relation de répidcniic cholérique dont la première division de l’année d'Orient a été happée dans la Dobrutscha en juillet et août IS-j-i. (liée. mém. méd. militaire, 2« séiie, t. XV, p. 130.)

Le 2"2, l;i chaleur est accablante (30'’ à 33"); un coiuliicteiir tl’arahas, indigène, inenii du cliuléra.

Le 23, orage violent; un cas de choléra très-grave.

Du 24 au 26, un grand nombre d’hommes sont atteints de diarrhées cholériques.

Le 27, atmosphère orageuse, chaleur étou (Vante (32“ à 34“); seize cas de choléra, dont dix très-graves. La colonne se Irouvait alors a Orli-Keni, elle n’avait pas cessé de marcher depuis le départ de hranka, et les étapes par cette grande chaleur, avec tous les impedimenta d’une armée en campagne, étaient extrêmement l'aliganles.

Le 28, atmosphère orageuse; onze nouveaux cas de choléra et quatre décès dans la journée.

A Kusiendjé, la division trouve des cholériques provenant du régiment de zouaves et des hachi-houzuuks. Ces derniers, partis de Varna le 22, étaient arrivés le 26 à Kustendjé, le choléra régnait à Varna au moment de leur départ. Les zouaves s’étaient emhaiapiés à Varna le 21 et avaient débarqué à Kustendjé le 25 au soir; dès le 26 ils fournirent cinq cholériques, dont un mourut le lendemain. Le 28 les zouaves et les hachi-bouzouks se mirent en marche, mais vers 3'' du soir les cholériques devinrent si nombreux dans la petite colonne que l’arrière-garde dut s’arrêter en attendant des moyens de transport. Le 29 au matin il y avait pour le senl régiment de zouaves soixante cas de choléra et trois décès. Le 29 un orage éclate, la pluie tombe avec violence et les choléricpies deviennent si nombreux qu’on est obligé de rétrograder, on transporte les cholériques sur des brancards improvisés: 29 zouaves meurent le 28 et le 29, le 30 ce régiment verse à l’ambulance 80 cholériques tiès-gravement atteints. On manque de renseignements sur les pertes subies par les hachi-bouzouks, troupe irrégulière qui fut licenciée peu de temps après, à Varna; M. Cazalas estime (pie leur effectif (2000 hommes) fut réduit à. peu près de moitié par le choléra.

La division rejoignit à Kargalick les zouaves et les hachi-bouzouks et continua sa marche. Le 30 le nombre des cbolériqnes est tellement considérable que les moyens de transport font déhiut, on improvise des brancards, on place les cholériques sur les voilures de l’artillerie déjà surchargées d’hommes que la diarrhée et la débilité consécutive empêchaient de suivre à pi('d. La température est accablante (33°). « Nous sommes inondés de choléricjnes sur toute la route, dit M. Cazalas; tous les corps en envoient, mais la plupart sont encore fournis par les zouaves; quinze avaient déjà succombé avant

CIlOLÉnA.

le départ de rambulance, cimi meurent sur la roule et vingt dans la nuit du 30 au 31. »

Le 31, la division rentre à Kuslendjé, les bachi-bouzouks arrivés depuis la veille avaient jonché de cadavres les maisons et les rues de la ville.

Du 31 juillet au 1" août les cholériques afiluent à l’ambulance, soi.xante-deu.v succombenl; le 1" août ou laisse à rambulance de Kuslendjé six cents cholériques, dont trois cent vingt meurent avant l’évacualion, (pii a lieu le i août. L’armée continue sa marche rétrograde eu subissant à cha([ue étape de nouvelles pertes. « C’était toute la journée, écrit M. Cazalas, une série continue de choléi'iipies et de cadavres. »

Journée du 2 au 3 août 130 malades. 5-1 décès.

» du 3 au 4 » 300 » 190 «

» du 4 au 5 )) 215 » 70 »

» du 5 au 0 » 290 » 125 «

Il u’élait plus possible d’avancer eu transportant les malades; le 0 août on embanpie à Mangaliaprès de 2000 hommes dlarrhéiipies et ()00 choléi'iques ; au moment de l’einharquement un orage éclate, trente et un cholériipies meurent sur la plage, vingt-cinq à bord de la Cohjpso. Après cette grande évacualion la division se remet en marche, le nomhre des cholériques diminue sensiblement :

Journée du 7 au 8 80 cas. 18 décès.

• du 8 au 9 75 » 30 »

« Le 8, après un trajet de 10 kilomètres, nous arrivons à Tcbablar et le '.I à Kavarna. Du 8 au 9, le vent, sans (jue la température soit très-élevée (“29" de midi à 3'' ), se fixe au sud et au lieu des effluves marécageuses de la Dobrutsciia, il nous apporte un air pur cbargé d’oxygène provenant des bois de Baldscbick et des Balkans. Ce cbangement d’air a été remarquable par son apparition soudaine et chacun a éprouvé dans la journée du 8 un bien-être extraordinaire auquel il n’était pas habitué. A partir de ce jour et malgré soixantequinze cas nouveaux et les trente décès, nous remaripions un amendement radical dans l’intensité de l’épidémie et nous pouvons presque avec certitude annoncer sa terminaison prochaine.

» Du 9 au 10 celte amélioration devient plus évidente, quoique plusieurs officiers soient encore mortellement frappés. Le 9 au soir en arrivant au bivouac de Kavarna, nous avons encore cent vingt-sept cholériipies à rambulance, mais la plupart étaient en assez bon étal. Dans la soirée un bâtiment à vapeur transporte de Kavarna à Bal-

A. LAVEUVN

(Iscliick tous les ol'ficiers, sous-officiers el soldats hors d’état de pouvoir marcher le leiidemaiu, taudis que nous conservons tous nos malades à l’ambulance.

» Le 10, en arrivant sur le plateau de Baldschick, celte terrible épidémie qui frappait si cruellement depuis douze jours les troupes de la B” division était pour ainsi dire à sa tin. C’est le premier jour, depuis le début de réi)idémie, où des hommes atteints d’une autre maladie que le choléra ont été admis à l’ambulance; jusqu’alors la maladie épidémique avait absorbé toutes les autres atfections (1). »

Le 14, on ne compte plus que dcu.v cas et le 15 un seul, c’est le dernier.

i‘)ü5 cholériques furent traités à rambulauce, du 21 juillet au 21 août, et fournirent 877 décès, mais dans ces clutfres ne sont compris, ni les cholérines traitées au corps, ni les décès survenus soit dans les corps, soit dans les hùpilau.x d’évacuation. Le nombre total des décès pendant cette courte e.xpédilion fut de 2030 sur un elfectif de 10 590 hommes; M. Cazalas estime que 200 personnes à peine furent complètement épargnées.

Les circonstances qui ont accompagné l’e.xpédition de laDobrulscba : fatigues, chaleurs excessives, orages, séjour prolongé dans une vallée mal aérée, ont certainement contribué pour une forte part à donner à celte épidémie un caractère exceptionnel de gravité, mais les troupes venant de Varna et de Franka avaient emporté le germe cholérique. Ce (jui prouve bien l’influence exercée par les conditions où se trouva placée la première division, c’est que les deuxième el troisième divisions, restées à Varna el à Franka, tirent des perles insignilianles auprès des siennes (2); d’autre part, l’épidémie cholérique prit lin dès que la première division eut quitté la funeste vallée de la Dobrutscha pour le plateau de Baldschick. Les faits observés par .M. Cazalas mettent bien en évidence riniluence des localités sur la marche du choléra, mais ils ne démontrent nullemeul que le choléra ail pris naissance dans la vallée, spontanément; il est parfaitement démontré au contraire que le choléra s’était montré parmi les troupes avant leur départ de Franka.

Le choléra régnait au mois d’aoùl 1851 à Constantinople; il n’y lit pas de bien grands ravages dans la population civile, mais l'armée anglaise cul beaucoup à en soulTrir, ainsi (pie l’armée ottomane el la llolle anglo-française. A la lin du mois d’aoùt le choléra était en voie

(1) ('.azalas, üp. cil. {liée. mém. méd. militaire, 1S55, 1. XV, série, p. 140- 147.)

fi) ClioiiM, Statist. ijiicrri' de (Irimér, p. 'JS

CllOî.ÉllA.

(le di'cruissance à Constarilinople ainsi (lue dans l’ai’nKi'C de Varna. Le 14 septembre l’ariiKie débanjua en Crimée dans un excellent état sanitaire; mais, à la suite de la bataille de l’Alma, il y eut une recrudescence de l’épidémie cbolérique, l’armée anglaise lut plus sévèi’ement atteinte que la nôtre.

A plusieurs reprises le cboléra se réveilla; l’armée d’Orient, après avoir re(,‘u le choléra de France, était devenue elle-même un foyer épidémique, et chaque fois que des régiments nouveaux arrivaient de France et d’Algérie, où l’épidémie avait alors disparu, ils avaient à subir une épidémie cholérique (F). C’est ainsi qu’au mois d’avril 1855 le cboléra prit une grande extension parmi les troupes récemment arrivées de France et campées à Maslak près de Constantinople ('2).

Au mois d’octobre 1859 une Irès-forte colonne expéditionnaire commandée par le général de Marti nprey se trouvait réunie dans la plaine de Trifab entre le Kyss et la Malouïa, au pied des montagnes des Beni-Snassen (Algérie). Le cboléra éclata parmi ces troupes avec une grande violence ; du 14 au 2G octobre il y eut pour la première division seulement 340 décès cholériques à l’ambulance, sans compter 1)77 cholériques évacués sur les ambulances voisines de Nemours, de la redoute du Kyss et de la redoute de Moliammcd-Aberkam ; d’après M. le docteur Pauly, auquel nous enq)riintons ces détails (3), ces 077 cholériques auraient succombé presque tous aux effets immédiats ou éloignés de rattaipie cboléri(jue. La deuxième division ne, fut pas moins éprouvée (pie la première. Le octobre, le corps d’armée quitta la plaine de la Trifab et s’éleva sur le plateau de Tafougbal; l’épidémie clioléri([ue eidra aussitôt en voie de décroissance; à partir du 10 novembre il n’y eut plus un seul décès cbolérique.

A lire M. Pauly on pourrait croire que le cboléra a éclaté spont:inément au camp du Kyss, mais un examen attentif des faits montre (pie le cboléra existait alors dans la province d’Oran. « Le 19 août 1859 deux cabuts espagnols, arrivant de Torreviga où régnait le cboléra, importèrent l’épidémie à Oran; le 8 se|)tembre deux Espagnols (uitraient à l’bôpital et succombaient le 9 elle 1 1. A dater de cette époque jusqu’au 28 octobre, des cas isolés se montrèrent dans la population civile, où le mal ne lit pas de progrès. Il en fut tout autrement de l’armée frappée dès le 21 septembre, à Oran d’abord, puis dans les hôpitaux et les camps de l’intérieur, où l’épidémie fut inqiortée

(1) Quesnoy, Nolice sur l’année d'ijrient- {Hec. mém méd. militaire 1857.)

(2) Faiivcl, Dp. cil., p. t'2.3.

(3) l’aiilv, ICs(iuisses île cUmalühnjie romiiarée, p. .‘JTi.

MALADIKS ET ÉPIDÉMIES DES AliMÉES.

piii les inilitiiircs soiiunl de 1 liùjdlid d Or;iii et les troupes en niarchc pom le tuDip d Aiii Moiiduli et du Kyss. Sur tous ces points les ^crmes d’inlectioii trouvant sans cesse de nouveaux aliments dans les colonnes (pu venaient successivement se réunir dans une vallée basse, le camp du Kyss, la choléra y éclata eu (juebjues jours, du d-4 au lu octobre, avec une violence qui dépassa les souvenirs des désastics antéi ieui s. On (ivalua les pertes a 3000 morts pour une armée de 15 000 bommes, alors que les populations voisines, les villes et les villages, n’avaieut pas de malades ou seulement des cas isolés. » (L. Lavei'au, art. Ciioléua, Idc. cil., p. 7U1.)

Les exemples d’importation du choléra jiar les armées sont si nombreux (pic nous avons (Ué fort surpris de trouver dans l’ouvrage de M. Oauly 1 assertion suivante : « une armée ne transporte pas le choléra en se dépUpaant quelle que soit la violence de l’épidémie qu’elle vienne de subir. » (üp. cil., p. 380). L’armée si éjirouvée au camp du Kyss est dissoute le 10 novembre et les troupes des provinces d’Alger et de Lonstantine qui s’embarquent à Oran ne transportent pas le choléra avec elles; donc, conclut M. Pauly, le choléra n’est pas transportable par les troupes; c’est absolument le raisonnement de M. le prolesscur Cbaullard pour le typhus : le typhus n’est pas né spontanément pendant le siège de Paris, donc il ne peut pas se développer spontanément. Celle fa(,*,on de raisonner est essentiellement vicieuse, il n’est pas loisible do supprimer ainsi tous les laits observés antérieurement au profd d’une observation personnelle; on •n’arriverait on suivant cette voie qu’à des assertions contradictoires, or les laits ne se contredisent jamais, et la contradiction vient seulement de ce que nous ne savons pas toujours les interpréter.

Pour revenir a l’épidémie du camp du Kyss, on s’expli(|ue assez bien que les troupes n’aient pas importé le choléra à Constantinc et à Alger, car, du récit mémo de M. le docteur Ibinly, il résulte que le jour où commença l’embarquement (10 novembre) il n’y avait plus dans l’armée un seul cas de choléra.

Ouelques faits négatifs ne prouvent rien contre des faits positifs nombreux et parfaitement observés; or, quand on veut rapporter des faits d’importation du choléra par les armées on n’a (juc l’embari'as du choix. Dès 1817, .lamesou signale rinflucnce des mouvements de troupes sur l’extension de l’épidémie aux Indes; l’année du marquis d’ilaslings répand la maladie sur toute sa route; les armées persane et Turque iiu|)orleid le choléra en Pei'se et en Turquie (18:^1); les (roupes russes, dans le Caucase ( 18301 et en Pologne (1831). Des recrues an ivant d’Aiigloterre et rejoigiiaut l’armée de don Pedro Irausnuilteut le cboléia eu Poi tugal (1833). En 1810 les troupes aulri-

ciiOLf:n.\.

clüemios venues de régions déjà envahies importent le choléra dans le Tyrol et la hante Italie. En 1837, le 1:2“ de ligne parti de Marseille, en proie au choléra répand la maladie tout le long de sa roule, de Doue àMedjez-Ainar et à Conslantine. Le 11 octobre I8L), un halaillon du (1:2° île ligne quille Givel se dirigeant sur Fiimay; en roule un soldat csl pris du choléra, il entre à rhù[)ital de Fnmay, ctymeni't le lendemain : deux jours plus lard le choléra se déclare dans la ville jns(pi alors indemne. En 180(1 le choléra atteint les recrues casernées a New-\orlv et il est] transporté par elles à la Nouvelle- Oiléans, à la Louisiane, an Texas, à San -Francisco; dans FAniériipie du Sud il éclate la même année an Brésil, a Montevideo, à Bnenos-Ayres, et il est importé par les armées belligérantes jusque dans le Paraguay (1).

hôpital militaire du Dey qui reçoit les militaires arrivant de France a été dans tontes les épidémies le centre d’élaboration et (Texpansion du choléra a Alger (:2). Il nous paraît su|)ernn de multiplier ces exemples; des faits en très- grand nombre démontrent qu’une seule peisonne arrivant d iiif loyer inlccl(', fiU-clle atteinte seulement de diarrhée prémonitoire, peut être l’origine d’une éjndémie Il ès-éteiulue . comment un grand nombre d’hommes, un régiment, une armée jouiraient-ils du privilège de ne pas transporter le choléia.^ Ions les auteurs s accordent a dire (|ue les grandes réunions d hommes sont Irès-lavorahles à la propagation et à la dissémination des épidémies cholériques; seulement, dans ces agglomérations, le choiera frappe aussi vite que fort; au lieu de cas successifs ipii prolongent les épidémies des villes pendant plusieurs mois, le choléra qui atteint une armée en campagne ne rencontrant aucun obstacle, épuise vite son action, il peut détruire en quelques jours la moitié d’une armée, mais dans ces conditions de promiscuité et d’encombrement, son évolution est suraiguë; l’orage est violent, elTrovahle mais il passe vite, et l’on conçoit qu’un corps d’armée ne soit pas apte pendant bien longtemps à Iransmellre le choléra. Si le choléra a persisté pendant longtemps en Crimée, c’est que l’épidémie était alimentée sans cesse par des troupes nouvelles; la (lotte, qui recevait bien moins lie recrues que l’armée de terre fut raiiidement débarrassée du choléra : deux jours après ipie la flotle eut été mise en communication avec une division française atteinte du choléra, l’épidémie éclata avec violence sur la plupart des navires, atteignit son maximum on trois jours et dix jours après elle était terminée (3).

(1) L. Laveran, art. Choléra, np. cil., pa.mm.

(2) Vincent et Collardot, Le choléra d'après les épidémies (pii ont régné à Alger. (Ü) Marroin, I/isloire médicale de la jloUe française pemlanl la guerre de Crimée, 1861 .

Pour terminer riiistorique du choléra dans les armées en campagne ajoutons qu’il a régné pendant l’expédition de Gocliinchine ; c’est lui qui a donné lieu au plus grand nombre de décès (1), mais le cliiflrc des décès cholériques (71) est en somme peu considérable. Le choléra est cndémi(pic en Gochinchinc et à coté île lui régnent des fièvres palustres qui se compliquent souvent d’accidents cholériques (pernicieuse chüléri(pie). Gelte coexistence de deux espèces morbides si analogues au point de vue symptomatique permet de comprendre comment quelques auteurs observant en Gocliinchine ont pu soutenir que le choléra relevait du miasme palustre (2).

L’histoire du choléra dans les armées en campagne montre en somme : i° que les épidémies choléri([ues n’ont jamais été observées dans les armées européennes avant l’importation du choléra indien; 2“ que seules les armées anglaises des Indes ont eu à souffrir du choléra avant 1817; 3° que le choléra sévit avec une grande violence sur les armées en campagne; 4“ que l’importation du germe cholérique est nécessaire au développement de ces épidémies ;5® que souvent ces épidémies meuririères ont disparu lorsque les armées quittaient les localités basses, humides, encaissées et mal aérées pour les hauteurs.

Nous avons dit que le choléra avait été importé en Grimée, que l’armée de la Dohrutscha en était atteinte à son départ de Franka, que l’épidémie du camp de Kyss n’était pas davantage un exemple de développement spontané; il nous serait plus facile encore de faire la même preuve pour toutes les autres épidémies qui ont régné dans les armées en campagne.

Pour que le choléra se développe dans une armée il faut que cette armée en reçoive le germe, mais ce germe, cette graine, peut tomber dans un terrain plus ou moins favorable, et l’inllnence de cette deuxième condition est évidemment très-considérable. En -1817, l’armée du marquis d’Ilasti.ngs, si maltraitée par le choléra sur les bords du Sind, est délivrée du fléau dès qu’elle estarrivée à Erich sur les plateaux élevés et secs qui bordent la Petwah; le même fait est signalé par M. le médecin inspecteur Gazalas lors de l’expédition de la Dohrutscha et par M. le docteur Pauly pour l’armée qui revenait du camp du Kyss.

Les médecins des Indes citent un grand nombre d’exemples de

(1) Difliot, Relation médico-chirurgicale de la campagne de Coclünchine 1801- ISGiJ. (Rec. mém. méd. militaire. Août 1865.)

(2) Amiaiid, Mémoire sur le choléra observé en Coclünchine. (Rec. mém. méd. iiiililaire. Février 1865.)

CHOLÉRA

cette influence des localités; on conçoit qu’aux Indes, dans la patrie du choléra, elle puisse suffire au développement des épidémies.

Le docteur Alison rapporte qu’un détachement de dragons arrivé tout récemment d’Angleterre à Calcutta fut atteint du choléra pour avoir traversé en bateaux une région infectée sans communicpier avec la rive. — ■ Deux colonnes militaires marchaient parallèlement, à 5 ou (t lieues de dislance l’une de l’autre, dans la direction de l’est à l’ouest; la colonne de gauche, qui suivait les bords du Sind, fut décimée par l’épidémie, tandis ([ue celle de droite, qui marchait dans un pays sec, fut complétementépargnée. — Un détachementde 1)0 hommes du 20“ de ligne fait halte sur les bords d’un lac entouré de collines, non loin de Calcutta; à minuit un homme est atteint de choléra et meurt, au lever du soleil il y en a 24 cas; la maladie ne se communique pas aux autres troupes (i).

Les lieux bas, humides, mal aérés, marécageux, entourés de collines boisées, les bords des lacs et des fleuves sont favorables au développement épidémique du choléra; les lieux élevés, secs, bien aérés, les hauts plateaux balayés par tous les vents contrarient au contraire ce développement, voilà le fait; quant à l’explication, on peut adopter ce llede Pettenkofer. Les terrains d’alluvions [)erméables à l’eau et aux matières organiques sont bien préparés à recevoir le germe cholérique; lorsqu’un tel sol a été imprégné par les déjections cholériques ou pénétré par les eaux souterraines infectées par les mêmes déjections, il s’en dégage des exhalaisons méphitiques. Le sol des camps s’infecte vite, surtout lorsque les déjections sont aussi fréquentes, aussi abondantes que dans le choléra; ajoutons à cela que le soldat prend de l’eau où il peut, souvent à une mare voisine des fosses d’aisances, et l’on comprendra comment un sol poreux perméable peut favoriser le développement des épidémies cholériques; enfin, dans les vallées basses, entourées de montagnes, l’air ne circule pas et les miasmes peuvent s’accumuler, se condenser à la surface du sol.

Parmi les circonstances qui favorisent l’extension épidémique du choléra, notons encore un temps chaud et orageux. M. Cazalas a insisté avec raison sur ce fait dans sa relation de l’épidémie de la Dobrutscha. Au mois d’août 1854, un détachement du 45“ fut surpris au milieu de la plaine de la Metidja par un violent sirocco. Le choléra, qui ne s’était manifesté que par quehpies cas isolés, prit tout à coup une extrême violence, les hommes tombaient comme foudroyés le long de la route; le soir le détachement, qui avait perdu 7 hommes.

(1) L, Lavei-an, art. Choléra.

MAI.VniRS I;T ÉPinfiMIES DES AUMÉES.

(Hait tout (Mitier à riiùpilal, y compris l’olficier (pii le commandait (L. Laverai!, op. cil.).

Nous nous sommes occupés jusqu’ici du choléra dans les armées eu campagne, il nous reste à dire dans quelle proportion l’armée a été alleiute dans ses garnisons lors des grandes épidémies. Le tableau suivant montre qu’à Paris, en LS3“2, 1811) et IHüd-lM.Vl, la population militaire a beaucoup plus soulTert que la population civile; tandis que la moyenne des décès cbolériques est de 1 l,7t» sur 1000 babitaiits, elle est de 12,51) sur 1000 hommes d’eflcclir ;

ANNÉES

POPULATION CIVILE ( Di'partpmcnl do la Seine. )

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