‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 125 sur 129 · INDIGÈNES · texte numérisé non relu

INDIGÈNES

MALADES pour 100 de

rcfferlif.

DÉCÈS pour 100 do

l’cIToclif

DÉCÈS

pour 100 des

cnlrccs.

MALADES pour 100 de

l’cnbctif

DÉCÈS pour 100 do

l’oHeclif.

DÉCÈS pour 100 des

entrées.

Ben gâte

Bombay

Madras

A la Pointe-à-Pitre le choléra a frappé mortellement 1304 nègres pendant que les militaires et les marins du commerce jouissaient d’une immunité absolue. A la Basse-Terre, la mortalité des troupes noires a été de 125 pour 1000, tandis qu’elle n’était que de 40 pour 1000 dans l’infanterie de marine. Aux États-Unis le rapport des décès à l’effectif est, pour l’épidémie de 1866, de 77 sur 1000 hommes de troupes blanches et de 135 sur 1000 hommes de troupes noires.

Nature. Modes de transmission. — Nous avons dit que les épidémies cholériques ne se développaient qu’à la suite de 1 importation d’un germe spécifnpie, originaire des Indes; de quelle nature est ce germe et par ipielles voies se glisse-t-il dans notre économie? Telles sont les deux questions que nous devons nous poser, car de leur solution découlent les mesures prophylactiques applicables au choléra.

Dans un ouvrage publié à Leipzig en 1867, le docteur Ernst Hallier, . professeur à léna, a décrit et représenté un grand nombre de productions cryptogamiques qui, d’après lui, constituent le principe conta-

MALADIliS LT ÉPIDÉMILS DES AHMÉES.

giciix du chol(M'a (1). Le (•hiiinpignoii du clioléra fig-uré dans une planche de cet ouvrage présente des liges rameuses portant de noinhreux kystes remplis de spores (pii se répandent lorsque le kvsie crève; ce cryptogame appartiendrait au genre micrococcus.

Klül) (2) et I home (3) ont été frappés également par l’existence d’nn grand nombre do spores dans l’inteslin des cholériques, et ils pensent que leur développement est intimement lié an processus cholérique.

D après le docteur Paciiii le choléra épidémique est produit par un principe sai generis capable de se multiplier, de proliférer dans le corps humain; « le choléra se propage, dit-il, par des germes contenus dans les évacuations des cholériipics, l’air cl l’ean'lcur servent de véhicule ». Pacini va plus loin, il admet que les corpuscules animés s’infiltrent dans la mu([ueusc gastro-intestinale et que la destruction de la priic superticiclle de cette muqueuse est l’origine des évacuations si abondantes dn choléra (i).

Vogel et Thompson cités par Pacini ont trouvé dans l’air des salles consacrées aux cholériques un nombre de Sj)ores bien plus considélahle que dans 1 air des autres salles de malades.

Certainement, il est impossible d’affirmer que le choléra est produit par tel ou tel champignon, mais quel que soit le principe capable d engendrer le choléra et de le répandre, il paraît prouvé (pie ce germe se multiplie dans les organismes malades, cl qu’il est éliminé avec les selles. Pellarin, Pettenkofer, Delhrück, II. W. Aciaiid ont établi (pie les déjections cholériques étaient le princijial agent de tiansmission du choléra. Les selles choléri(pies peuvent donner lieu à des émanations directes ou bien elles s’infiltrent dans le sol, elles souillent les eaux potables; les effets contaminés par les (h'jcclions peuvent aussi servira la transmission.

Les goimes cholériques, apres leur sortie de l’organisme malade, semblent pouvoir se reproduire et proliférer avec une grande rapidité (piand ils tombent dans un milieu favorable. Des expériences faites par le docteur Thiersch, de Munich, il résulte ipie le liipiide hiteslinal icjeté depuis plusieurs jours est jilus actif ipie le liquide frais (5); il existe donc une grande différence entre le choléra cl les maladies

(I) E. Huilier, Das Cholera-conla(jlum. Leipzig;, I8fi7.

P2) PaUioIotjisch - Analomischc Sludien üher dus Wesen des Choiera- Processes, Leipzi*;', 18G7.

(•■f) Cijlindrolœniiim choierai asialicœ, etc. (Archiv fur patholoriische, oie., vo:i Airchow. Lévrier 1807, p. 221.)

(l) Histoire chronologique du choléra, pur II. ScoiiIcKen. Paris, 1870.

{^) Comptes rendus de l’Acad. des sc., (. L\f, p. 1083.

CHOLÉRA

Virulentes : tandis que dans ces dernières l’organisme joue le rôle capital dans l’élaboration des produits morbides, tandis que les virus perdent de leur action après leur séparation de l’organisme malade, tandis que les croûtes de variole deviennent de moins en moins virulentes à mesure qu’elles vieillissent, et que le vaccin conservé ne garde pas longtemps l’eiïicacité du vaccin frais, on voit les déjections cholériques puiser dans le sol une activité plus grande qu’au moment même de leur émission, et c’est ainsi qu’on s’e.xpliquc pourquoi les influences de milieu sont bien plus considérables dans la ditfusion du choléra que dans celle des maladies virulentes. La variole se propage partout, peu importent la nature et la configuration du sol; le choléra ne prend pas racine partout, témoins : l’immunité de quelques localités dans toutes les épidémies cholériques, et la prédisposition de quelques autres qui daqs toutes les éqiidémics ont été frappées. Ce sont là des faits si bien connus aujourd’hui ([u’il est inutile de citer des exemples. L’organisme malade est dans les maladies virulentes le point de départ des émanations loxiipies, il peut répandre les particules virulentes dans l’atmosphère, mais ces particules ne se reproduisent pas, ne se multiplient pas après avoir quitté l’organisme et même elles ne lardent pas à déchoir; dans le choléra l’homme sert surtout au transport du germe morliitique, à sa dissémination de ville en ville, mais une fois importé dans un sol favorable, ce germe se multiplie en dehors de l’organisme et sans le secours de son élaboration. Sous ce rapport le choléra présente une certaine analogie avec la fièvre jaune, mais dans l’importation de la fièvre jaune l’homme joue un rôle moins important encore.

Il résulte des recherches de Lettenkofer qu’un sol sablonneux, un terrain d’alluvions perméable à l’eau et aux matières organiques est le sol préparé à la dilfusion é[)idémique du choléra (I); lorsque ce sol aura été imprégné par les déjections cholériques ou pénétré par des eaux souterraines infectées parles mêmes déjections, il s’en dégagera des exhalaisons méphiti(]ues qui transmettront le choléra à tous les habitants de la localité. « Lorsque le sous-sol dos hahilalions est compacte, le choléra iie se propage jamais épidémiipiement, il naît par importation et s’étend seulement par le méphitisme créé autour du malade par les évacuations cliolériipies. Dans des maisons voisines, des deux côtés d’une môme rue, la dilférence de constitution du sous-sol rend compte de l’élection singulière ipie fait le choléra des numéros pairs ou inqiairs d’une même rue (2). »

(Ij IVUciikofer, Pappeiilieim's monalsclirifl, 1850.

(2j I. Laveran, art. -cité, Diction, encijclop., t. XVI, p. 783.

Les faits observés clans les armées en campagne cléinonlrent bien lii grande importance du milieu dans leciuel se trouve jeté le germe cbolerif[ue : une plaine basse, encaissée, marécageuse, formée par dos terrains d’alluvions perméables, une température élevée, un air stagnant et chargé d’électricité, telles sont les circonstances qui ont présidé le plus souvent aux épidémies meurtrières dont nous avons parlé plus haut.

Un grand nombre de faits prouvent que l’eau est un des plus redoutables agents de transmission lorsqu’elle est souillée par les détritus provenant des déjections cholériques iuTdlrées dans le sol, ou versées directement dans les cours d’eau.

Les recherches de Snow, les emiuêles de Whisehead et de Lankester ont démontré que la terrible épidémie ((ui ravagea le district de Golden Square à Londres lut produite par l’eau d’une pompe publique située dans Broad Street : le choléra attaqua tous ceux qui avaient bu l’eau que déversait cette pompe (1). En 1854 la mortalité cà Londres fut de 13 sur 1000 habitants faisant usage de l’eau de la Tamise puisée dans l’intérieur de la ville, et seulement 3,7 pour ceux qui se servaient de l’eau prise en amont.

« La ville d Exeter puisait son eau dans une partie du fleuve contaminée par des cloa(iues ; le nombre des attaques de choléra en 183^ fut de 1000, dont 347 mortelles. Après cette épocpie on fit venir l’eau d’une distance de deux lieues au-dessus de la ville, et en 1849 il n’y eut que 44 cas de choléra. A Nottingham l’eau était mauvaise; en 1832 on observa 289 cas de choléra, on changea l’eau, et en 1849 il n’y eut que 13 cas de choléra, dont 7 mortels. A Dumfries, à llnll, à Oxford on constata les mêmes faits. Dans celte dernière ville, la prison de la ville, alimentée par de l’eau croupissante, avait des atteintes de choléra dans toutes les épidémies pendant que la ville eu était préservée. Il suffit de renoncer à l’usage de l’eau contaminée pour faire disparaître la prédisposition ac(|uise à la prison (2). »

Les fontaines peuvent donc être empoisonnées, mais là où les préjugés populaires voulaient voir le résultat de manœuvres criminelles, la science a démontré qu’il s’agissait d’un phénomène naturel, et elle a tiré de celle découverte les conséquences les plus utiles au point de vue de la prophylaxie du choléra.

Les effets, les linges souillés par les déjections cholériques peuvent être les agents de dissémination du choléra, aussi les femmes employées dans les buanderies, dans les lavoirs, sont elles tout particulièrement exposées en temps d’épidémie.

(D l^iinrrl, ÜH juilliA, cili' par L. Laveran, llp. cil.

li) I aiivi‘1, l'ili' par !.. Lau’ian, ar(, (!iiüu:ii.\. Iliclion. cnnjclup. ila.H' )iud.

CHOLÉRA

Les matières provenant de malades affectés de diarrhée prémointoire sont susceptibles de créer des foyers d’infection, c’est là un fait très-important; les malades atteints de diarrhée se déplacent facilement, et ils servent bien plus à la propagation de l’épidémie que les individus affectés de choléra grave, car ces derniers s’alitent et ils n’infectent que les lieux où ils se trouvent.

On a beaucoup discuté la question de savoir si le choléra est contagieux, les médecins se sont divisés eu deux camps et de part et d’autre on a apporté un grand nombre de faits contradicloires en apparence; on aurait évité, je crois, toutes ces discussions si chacun, avant de déclarer que le choléra est ou n’est pas contagieux, avait dit ce qu’il entendait par contagion; mais, chacun raisonnant en partant de prémisses qu’il n’indiquait pas et qui n’étaient pas les mômes que celles de ses atlversaires, arrivait à des conclusions différentes. Entendez-vous par maladie contagieuse une maladie qid se transmet toujours du malade à l’homme sain par l’intermédiaire d’un principe élaboré dans l’organisme malade? dans ce cas vous avez raison de dire que le choléra est peu ou pas contagieux. Entendez-vous au contraire par maladie contagieuse une maladie qui est transmissible, importable d’une ville dans une autre, d’un pays dans un autre par des individus qui en sont affectés, quel que soit du reste le mode de transmission du mal? alors vous avez raison de soutenir que le choléra est contagieux, car il ne se développe jamais que sous l’inlluence d’un germe spécifique que l’homme malade transporte avec lui. En somme le choléra est transmissible, mais il ne l’est pas de la même lagon que la variole ou le typhus par exemple : dans la variole, c’est le varioleux lui-même qui est à craindre, ce sont scs émanations directes, aussi l’isolement complet des varioleux est-il indispensable; dans le typhus, c’est l’air des salles con.sacrées aux malades, c’est l’atmosphère infectée par les typhi(|ues qui est à redouter; une fois disséminés, les typhiques perdent en grande partie le pouvoir de créer des foyers d’infection surtout si on les place tians des salles vastes et bien aérées; dans le choléra, les malades eux-mêmes ne sont pas tant à redouter que leurs déjections qui vont souiller le sol et les eaux alimentaires; un seul cholérique peut infectertout un quartier, toute une ville, tant la puissance de reproduction du germe cholérique est grande, si par malheur la funeste semence trouve un terrain, un milieu favorables; ici, ce qu’il faut surtout empêcher, c’est l’infection du sol et des eaux.

Prophylaxie. — Deux choses sont nécessaires au développement des épidémies cholériques : la graine et le terrain. Nous n’avons pas à parler ici des mesures (piarautenaii'es qid out été adoptées poni'

empêcher de nouvelles imporlalioiis du germe clu)lérK|ue en Europe, CCS mesures sont basées sur ce principe posé par la conférence internalionale de Constantinople : que le choléra ne naît pas spontanément en Europe, (pi’il est toujours importé.

La conférence sanitaire internationale de Vienne (1) a confirmé en 187 i les conclusions de la conférence de Constantinople. Nous ferons remarquer seulement (pi’il ne faut pas melire en ces mesures une tiop grande confiance, attendu que le choléra peut se réveiller sur place, comme il l’a fait à diverses reprises en 1858, en 1871.

Prévenir 1 importation du choléra dans rarmée est chose trèsdilticile quand 1 année est casernée au milieu d’une population atteinte par l’épidémie; dans les armées en campagne il n’en e.st pas toujours de même, on peut surveiller parfois les communications avec les points où règne le choléra; en Crimée par exemple on aurait pu essayer comme le proposait M. le docteur Eauvel, de prévenir l’imporlation ; mais au point de vue praliijue la question du leirain, des localités, prime ici la première, jiarce que nous avons bien plus d’action sur elle. Aux Indes, lorsque le choléra éclate dans une garnison, les troupes reçoivent l’ordre d’en sortir et d’aller camper à une certaine distance des lieux infectés; si le choléra les atteint dans leur premier campement, elles doivent le quitter jusqu’à ce qu’elles aient atteint une localité salubre. Eu 18G7 le choléra régnait à Diskra, les troupes allèrent s’installer dans un camp distant de quelques kilomètres et ce déplacement suffit pour mettre fin à l’épidémie.

L’émigration en masse à une certaine distance des foyers choléi iques est donc une excellente mesure pour protéger rarmée contre le choléra ou pour faire cesser une épidémie qui sévit dans un camp ou dans une garnison, mais il y a des précautions à prendre.

1“ Si le choléra a déjà commencé à régner sur les troupes, il ne faut pas songer à les disséminer, ce serait favoriser rextension des épidémies. Ce qui est faisable dans des pays peu habités, comme les Indes, l’Algérie, ne l’est pas toujours on Europe.

'il” Il ne suffit pas de fuir le foyer cholériipie, il faut choisir avec soin un lieu favorable à l’émigration, c’est-à-dire défavorable au développement du clioléra; et à ce point de vue l’expédition de la Dohrutscha est d’un grand enseignement, ün avait résolu cette expédition précisément ])our soustraire les troupes à l’influence cholérique, mais au lieu de les envoyer à quelque distance de Eranka, dans un camp bien choisi, sur les hauteurs, on les engagea dans une vallée basse, marécageuse, par un temps extrêmement chaud et orageux,

(jén. (le méd. Sejiteinbre 1871-

CH01.ÉKA.

et on leur fit accomplir de très-longues et très-faligantes étapes. In déplacement ainsi compris ne pouvait être que désastreux et c est^ en effet ce qui arriva; ce sont les troupes de la Dobrutsclia qui payèrent

de beaucoup le plus lourd tribut au choléra.

Les faits observés aux Indes, en Crimée, en Algérie, mollirent bien l'importance du choix des localités; nous avons déjà dit à plusieurs leprises que les endroits secs et élevés, dont le sol est dur et peu perméable, sont très-peu propices au développement du choléra, ce sont ces endroits qu’il faut choisir pour y établir les troupes. Il n est pas nécessaire de fuir bien loin et à marches forcées, d autant que les fatigues augmentent la prédisposition au choléra et que pendant ces marches m transport des cholériques est extrêmement difficile, on est obligé d’en mettre partout, on en arrive à porter les malades au milieu des troupes sur des brancards improvisés, et la contagion s’exerce alors dans les conditions les plus lavorables. Les malades seront isolés aussitôt que possible ; les fosses renfermant les matières fécales, surveillées avec le plus grand soin, seront souvent remplies avec de la terre sèche, à défaut de mcilleui désinfectant et placées loin des réservoirs qui servent à la boisson des troiqics. On pourra prescrire aux hommes de ne boire que de l’eau bouillie ; mais c’est là, je l’avoue, un ordre quil serait difficile de faiie exécutei, tant le soldat est insouciant et imprévoyant de sa nature.^

Si le choléra règne dans une garnison ou dans une armée, on s abstiendra autant que possible d’y envoyer de nouvelles troupes; malheureusement il faut compter ici avec les nécessites de la guéri e, c’est ainsi que l’arrivée de troupes fraîches entretint pendant deux ans le choléra à l’armée d’Orient.

A Constantinople, les cholériques venant de Crimée étaient séparés des autres malades et installes sous des tentes, dans des endroits bien aérés; M. le docteur laiivel constate les heuicux losnllats de celte mesure conseillée par Michel Lévy. Le premier résultat de ces précautions a été, dit-il {op. cit., p. ’i.'»), de mettre fin aux cas intérieurs que jusque-là on avait observés dans les hôpitaux... Ln autre résultat de l’isolement et de la dissémination des cholériques sous des tentes a été un avantage très-marqué pour ces malades euxmêmes... -Je puis affirmer, ajoute M. le docteur Fauvcl, d’après le dire des médecins traitants, que depuis lors la mortalité a beaucoup diminué, que les réactions sont plus franches, les guérisons plus rapides, les rechutes infiniment plus rares. »

L’instruction suivante rédigée par les soins du Conseil de santé des armées prescrit les mesures à prendre en temps d’épidémie cholérique dans les corps de troupes et dans les hôpitaux.

A. LAVEBAX. ‘lô

Instruction pour les Corps de troupes et les hôpitaux militaires

en prévision d’une épidémie de choléra. (1er décembre 18G3) (1).

Page 1