‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 126 sur 129 · I. cours DE TUOUPES · texte numérisé non relu

I. cours DE TUOUPES

Moyens puéseuvatifs. — I. — Dans les circonstances où l’on peut pré- \oir le retour prochain de répidémie de choléra, hien que celte épidémie paraisse devoir être moins grave (pie celles de 1832 et de I8i9, les règles hygiéniques recommandées en tout temps dans l’armée, et dont la vigilante application lui a été, en particulier, si jirotltahle aux époques précitées, doivent être rigoureusement observées. On insistera spécialement sur les dispositions suivantes :

II. — Eviter ou diminuer l’encombrement des habitations en réduisant, autant que possible, le nombre des chambres, et en les distribuant dans toutes les parties disponibles allectées au logement; même, au besoin, étendre celui-ci.

III. Renouveler, pendant le jour, l’air des chambres par l’ouverture permanente ou souvent répétée des fenêtres et des portes; défendre, toutefois d ouvrir les croisées le malin, et d’établir des courants d’air avant que les hommes soient complètement habillés. Entretenir constamment iieiulant la nuit et le jour, lorsque les fenêtres sont fermées, une ventilation modérée, sans trop grand refroidissement de la chambre et sans courant nuisible, a 1 aide de ventouses et de ventilateurs appropriés à cet usage, s’ils existent; établir ces moyens, s’ils n’iîxistent pas. Lorsque le temps sera froid et surtout froid et humide, multiplier, dans les chambres, les foyers particuliers, lesquels ont le triple avantage de donner une cbaleur tempérée, de détruire riuimidité, de faciliter l’aération, conditions |)articulièremenl essentielles pendant une épidémie de choléra, tandis que les cbauffoirs communs, installés dans une salle unique par caserne, souvent même dans une salle où couchent des hommes, peuvent devenir des sources d’in-

. fection, à raison de la profonde viciation de l’air qu’y occasionne une trop grande réunion de personnes. En tout état de choses, empêcher les soldats de s’assembler en trop grand nombre simultanément dans les chambres chauffées et défendre d’y fumer.

IV. — Ne conserver dans les chambres aucun homme qu’une indisposition, même légère, obligerait à garder le lit; le faire entrer, suivant le cas, à rinfirmerie ou à l’hêpital.

V. — Uélcrminer deux ou trois repos, d’une heure au moins chacun par jour, dans les ateliers d’ouvriers; pendant ces intervalles, faire évacuer le local et en tenir les fenêtres ouvertes.

VL — Éviter, autant que possible, le dépôt dans les chambres habitées, des objets d’équipement et de harnachement produisant et entretenant une odeur fétide et malsaine, tels que bottes, schabraqnes, etc.

(1) bidiül. Code des Officiei's de sanlé, p 871.

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VU. — Tenir la niaiu à l’e-xéculioii scrupuleuse des prescriptions relatives à la propreté des casernes et autres logements militaires.

VIII. — Faire blanchir à la chaux les murs des chambres, des corridors, des escaliers, si cette opération n’a pas été faite depuis un an.

IX. — Veiller à ce que le balayage soit fliit avec le plus grand soin, et que les ordures ne séjournent ni dans les chambres, ni dans les corridors, ni dans les cours.

X. — Faire enlever tous les trois jours les fumiers; ne pas les conserver en tas dans la cour, ni à proximité des casernes.

XI. — Pourvoir partout les latrines de portes battantes, se fermant d’ellesmémes. Réparer, s’il y a lieu, le dallage des cabinets ; remettre en bon état ou établir toutes les dispositions destinées à empêcher la stagnation des liquides et h faciliter le nettoiement ; à cet effet, entre autres, arrondir, au moyen d’un ciment convenable, tous les angles du bas, et peimlre les parois, à l’huile et au blanc de zinc : le blanc de plomb, dans ces lieux, s’altère très-promptement par l’action des émanations bydrosulfurées. Entretenir continuellement l’aération des latrines : les faire laver à grande eau deux fois par jour et les asperger ensuite d’une solution de sulfate de fer à 30 grammes de sel ferrique jiar litre d’eau.

XII. — Supprimer les baquets dans les lieux clos où ils sont employés, ou les faire confectionner de la manière la plus convenable, pour prévenir, autant que po.ssible, l’exhalation des gaz fétides; dans le même but, y verser tous les matins après le nettoyage, un demi-litre de la solution de sulfate de fer précitée.

XIII. — Placer, dans les latrinesqui ne seront pas suffisamment assainies par les moyens indiqués à l’article xi,dans les ateliers, salles de police, prisons, dans tous les lieux où l'infection peut se produire, de larges terrines pleines d’eau chlorurée obtenue d’après cette formule ;

llypochlorilc de cliaiix sec t partie.

Éau 12 parties.

Laissez déposer et décantez.

I.a solution sera renouvelée toutes les fois que les médecins le jugeront convenable.

XIV. — Faire opérer l’enlèvement immédiat des immondices ou en faciliter l’écoulement dans les égouts, fossés, canaux, cours d’eau, qui se trouvent dans le voisinage des logenients militaires.

XV. — Recommander aux hommes l’entretien de la plus grande propreté indiviiluelle, tant par le changement fréiiuent de linge que par les lotions do diverses parties du corps.

XVI. — Redoubler d’attention à l’égard des ordinaires : faire tourner à leur profit l’économie résultant de la substitution d'une partie du pain de munition au pain de soupe précédemment acheté chez les boulangers. Veiller particulièrement à ce que la viande soit de bonne qualité, mieux choisie, plus musculeuse; en augmenter la quantité; diminuer l’usage des légumes aqueux, qui sont généralement relâchants, celui des légumes secs;

faire alterner les légumes avec le riz, que l’on devra ne pas faire trop cuire, mais faire simplement crever; car, c’est parce qu’il est ordinairement trop cuit, réduit en véritable colle, que cet excellent aliment plaît peu aux soldats ; donner au bouillon plus de sapidité et de parfum, qualités essentielles pour la digestibilité, en y mettant quelques clous de girofle, un bouquet d’herbes aromatiques, etc. Interdire les végétaux crus, salade, concombre, radis, etc.; les salaisons, le lard. Du vin, qui pourra être accordé par des décisions spéciales, sera demandé chaque fois que la nécessité en sera reconnue.

XVII. — Uappeler aux hommes les dangers de l’ivrognerie et de l’intempérance, et insister d’autant plus sur ce point que l’expérience de 18i9 a démontré que le plus léger excès peut devenir l’occasion de la maladie; exercer une grande surveillance sur les boissons et les aliments solides débités dans les cantines et les cabarets fréquentés par les soldats, particuliérement sur les viandes de charcuterie, dont l’altération peut produire un véritable empoisonnement; empêcher formellement la vente de ces viandes dans les cantines.

XVIII. — Veiller rigoureusement à ce que les hommes soient en toutes circonstances, suffisamment vêtus pour se préserver du froid, do l’humidité, de l’effet de brusques transitions de température. Tenir la main à ce que, pendant la nuit, les militaires, obligés de se lever pour satisfaire quelques besoins, ne sortent de la chambre que le corps vêtu du pantalon et delà capote, la tête couverte et les pieds convenablement chaussés; instituer les gardes de chambrée pour exiger l’observation de ces précautions.

XIX. — Toute fatigue excessive, tout ce qui tendra à débiliter étant une condition de prédisposition à l’invasion de la maladie, il importe de ménager les forces des soldats par une diminution de travaux. Ne commencer les exercices des troupes que lorsque le froid des nuits est dissipé, et après le déjeuner, les suspendre ou les abréger quand le temps est froid et humide.

XX. — Diminuer autant que possible, le nombre des postes pendant la nuit; réduire aune heure le temps de faction de jour et de nuit; donner, en toute saison, la capote de guérite, pour qu’il en soit fait usage, selon le besoin, soit le jour et la nuit, soit la nuit seulement. Même en été, la fraîcheur des nuits pendant la faction peut être nuisible. Surveiller d’une manière toute expresse la tenue des corps de garde, sous le rapport du renouvellement de Tair et sous celui de la température, qui est trop souvent excessive ; laisser aux hommes qui descendent la garde la journée entière pour se reposer.

XXI. — Ne mettre, en cas de route, les troupes en marche qu’après le déjeuner.

XXII. — Le traitement de certaines maladies n’exige pas moins d’attention que toutes les parties de l’hygiène. On doit particulièrement apportei une grande discrétion dans l’emploi des moyens qui troublent les fonctions digestives, provoquent des évacuations et débilitent 1 économie, tels que les vomitifs, les purgatifs, les émissions sanguines. Dans la blennoirhagie.

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en parliculiei-, il convient d’ètrc réservé dans radministration du copahu et d’en surveiller les effets.

Premiers secours. — XXIII. — Rempli de confiance dans le savoir, re.xpérience et le zélé des médecins de l’année, le conseil de santé se bornera à de brèves indications sur le diagnostic, le traitement de la maladie dont il s’agit, et sur la conduite de ces médecins en face de 1 épidémie.

\\[V. — L’observation des épidémies précédentes de choléra a constamment démontré que cette affection présente des chances de guérison d autant plus grandes qu’elle a été traitée à une époque plus rapprochée de son début, et, plus que toute autre maladie, elle est annoncée par des phénomènes précurseurs. 11 est donc de la i»lus grande importance de prendre des dispositions telles que, dés les premières atteintes du mal, les militaires puissent réclamer et trouver auprès d’eux les secours de la médecine.

XXV. — cet effet, il y aura à organiser dans chaque corps de troupes un matériel, un personnel et l’administration des soins.

XXVI. — Relativement au matériel, on annexera aux infirmeries régimentaires, ou l’on désignera dans les quartiers où il n’y aura pas d infirmerie, une localité suffisamment spacieuse et salubre, d’accès facile, au rez-de-chaussée autant que possible; onia pourvoira des moyens nécessaires pour la chauffer et y faire toutes les préparations convenables, ainsi que de quelques chemises en laine, de brosses et de morceaux de flanelle pour frictions, de briques ou mieux de cruchons, de médicaments indiqués pour les premiers secours. Ces objets, à l’exception des moyens de chauffage, seront demandés sur bons et d’après les règles en vigueur en proportion des besoins prévus, soit dans les magasins centraux des hôpitaux militaires, soit dans les pharmacies militaires du lieu ou des villes environnantes, et, à Paris, Marseille et Alger, dans la pharmacie centrale, la réserve ou le dépôt des médicaments. Dans les casernes, les forts et les autres établissements éloignés de plus de deux kilomètres de 1 hôpital militaire le plus voisin, on donnera à cette localité un développement et un approvisionnement suffisants pour constituer un dépôt de premier secours,

XXVll. — En ce qui concerne le personnel, dès que la maladie aura éclaté dans une place, un service de garde, en médecins militaires et en plantons, sera établi par quartier ; si l’importance du service l’exige, des officiers de santé de l’hôpital militaire du lieu ou d’un hôpital militaire voisin pourront être détachés, ou des requis pourront être commissionnés sur place. Les uns et les autres seront mis sous les ordres du médecin chargé du service sanitaire du corps, celui-ci prendra lui-mème des mesures afin d’ètre averti à temps, soit de jour, soit de nuit, pour se rendre promptement auprès des hommes chez lesquels la maladie se serait déclarée.

XXVIII. — Les plantons consisteront en soldats dont le nombre sera indiqué par le médecin chef de service proportionnément aux cas qui exigeront des soins immédiats; ils seront adjoints au sous-officier ou au caporal ou brigadier d’infirmerie, là où il y aura une infirmerie, ou mis sous les ordres d’un sous-officier, ou d’un caporal, ou brigadier, là où il n’y aura pas d’infirmerie.

XXIX. Quant à 1 ailministralioii des soins, elle aura pour base les mesures suivantes :

XXX. IjCs visites des ofliciers de santé des corps se feront exactement deux fois par jour au moins, dans toutes les casernes.

XXXI. — En temps de choléra, la diarrhée est le premier symptôme de la maladie . on a d autant plus de chances de prévenir le développement de cette maladie, rju on traite la diarriiée dès le début. En consé({uencc, tout hoinme atteint de diarrhée si légère rpi’elle soit devra immédiatement se présenter ou être signalé aux officiers de santé ; mais ceux-ci, d’euxmènies, devront s’enc|uérir do l’état sanitaire à cet égard par tous les moyens à leur disposition; on ne saurait trop le leur recommander.

XXXII. — On fora d’ailleurs connaître, sans retard, aux officiers do santé toutes les indispositions dont les militaires s.eront atteints.

X.XXIII. — L’invasion de la maladie n’est pas toujours identique, et, par conséquent, on devra agir différemment, selon les particularités que cette invasion présentera. Ainsi :

a. Les diarrhées simples pourront être traitées à la caserne, dans la salle spéciale.

b. Si la diarrhée persiste, ou se manifeste, dès l’abord, avec intensité, qu’elle occasionne quinze à vingt selles par jour; si les selles sont blanches ryziformes, s’il y a vomissements et crampes, envoi immédiat à riiôpilal ; à plus forte raison si le caractère de la maladie est plus prononcé.

c. Dans les casernes éloignées de plus de 2 kilomètres d’un hôpital militaire, on traitera sur place, dans le dépôt précité, les cas déterminés de choléra, surtout si l’invasion est brusque, la marche rapide; à plus forte raison les cas foudroyants, tous ceux enfin dans lesquels l’interruption des soins et les causes d’aggravation, pendant un trajet tel que celui qui est indiqué, laisseraient inévitablement faire à la maladie, occasionneraient même un progrès irréparable.

X.XXIV. ■ — Dans les cas de diarrhée simple, l’expérience a démontré au Conseil de santé que la meilleure médication consiste à faire boire trèsmodérément, à administrer le premier jour, en deux fois, à deux heures d’intervalle, une potion contenant 15 à 20 gouttes de laudanum de Sydenham dans 90 grammes de véhicule; à faire prendre un quart de lavement avec 6 à 15 gouttes du même laudanum; à répéter celle injection deux, trois ou quatre fois le môme jour, selon que la précédente aura été gardée ou rendue. Le second jour, diminuer le laudanum à l'intérieur; en supprimer l’administration en lavement et y substituer l’extrait de ratanhia à la dose de 6 à 12 grammes par lavement. Pour boisson ordinaire, infusion de tilleul chaude à doses modérées.

XXXV. ■ — Dans le cas où l'homme doit être envoyé à l’hôpital, le transport s’effectuera en voiture ou sur un brancard couvert, le malade ayant été préalablement enveloppé de couvertures de laine sous lesquelles seront placés des cruchons pleins d’eau chaude ou des briques chaull'èes, particulièrement auprès des membres inférieurs et de la colonne vertébrale. Lorsipie le transport ne pourra être immédiat, on portera, en attendant, le malade

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à la salle indiquée à l’article 2G, et on lui administrera les premiers secours suivants : le coucher dans un lit chaud, lui mettre une chemise de laine préalahlemont chautrée, le frotter avec de la (lanelle chaude ou des brosses à frictions, lui faire boire une petite quantité d’une boisson uromatiiju ' chaude.

X>:\V1. Lorsqu’il y aura lieu de traiter le malade au quartier, conformément an paragraphe c de l’article 33, dans les cas foudroyants ou a marche ra[)idc oîi il s’agit de réchauffer le malade, de rétablir la circulation et les mouvements du cœur, de réprimer les évacuations qui 1 épuisent, des infusions de camomille, de sauge, de mélisse, des cruchons d’eau chaude aux pieds, des frictions avec la llanelle imprégnée d’alcool, d’eaude-vie ou d’huile camphrée, des quarts de lavement laudanisés, etc., remplissent les indications, et le succès est au prix de la persévérance dans l’emploi bien réglé de ces simples moyens auxquels il faut ajouter, dans les cas d’affaissement, d’adynamie, etc., l’usage intérieur de l’acétate d ammonia(iue à la dose de 10 à 30 grammes par jour, avec ou sans addition de laudanum, suivant le nombre des évacuations. La réaction obtenue, il inq)orte de la soutenir, car fréquemment elle oscille et tombe, il devient urgent de procéder, sans délai, à un nouveau réchauffement. Une fois cette réaction bien décidée, il faut diriger le malade sur 1 hôpital avec les précautions prescrites à l’article précédent.

X.\XY11. — Les dépenses exceptionnelles pour l’amélioration de l’ordinaire, l’achat de combustible, des vases ou ustensiles divers, feront l’objet d’un supplément de solde qui sera alloué, par décision spéciale, à raison de trois centimes par bomme et par jour pour Paris et la banlieue, et de deux centimes partout ailleurs.

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