‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 19 sur 129 · EN CAMPAGNE · texte numérisé non relu

EN CAMPAGNE

Causes de la mortalité en temps de paix. — Depuis les recherches de Benoislon(de Chûteauneuf) on s’est préoccupé en France de rechercher « pourquoi des hommes choisis avec soin, bien vêtus, régulièrement nourris, attentivement surveillés, payent à la mort un tribut plus lourd que les autres citoyens » (1).

De bonne heure on reconnut que la phthisie était très-commune dans l’armée, sans que l’on eût d’ailleurs de notions bien précises sur son degré de fréquence. Le conseil de santé mit au concours dès 1844 la question suivante : Rechercher les causes du fréquent développement de 1a phthisie pulmonaire parmi les soldats, et les moyens de prévenir et de traiter plus efficacement cette maladie. Dans un excellent mémoire en réponse à cette question, M. le professeur Godelier arriva pour la garnison de Strasbourg au chiffre de six phthisiques sur 1000 hommes d’effectif (2). Lorsque nous traiterons de la tuberculose dans l’armée, nous aurons à revenir longuement sur ce travail, qui méritait si bien d’être couronné par le conseil de santé.

M. le docteur Tholozau attribuait en 1859 à la phthisie pulmonaire la plus large part parmi les causes de l’excès de mortalité dans les armées (3); c’était aussi l’opinion défendue par les médecins anglais.

Les premières recherches sur les causes générales de la mortalité de l’armée française servant à l’intérieur ont été faites par mon père et publiées en 18G0 {mém . cilé). Depuis 1862 la statistique officielle permet une appréciation encore plus exacte de ces causes, mais les recherches de mon père n’en restent pas moins fort importantes, car elles s’appli([uent à une autre période qu’il est intéressant de comparer à celle comprise de 1862 à 1872.

Les Recherches sur les causes de la morlalité de l'armée servant à i’înfcn’eur résument l’analyse de 10000 décès de la garnison de

(1) L. Laveran, Recherches statistiques sur les causes de la mortalité de l’armée servant à l'intérieur, loc. cit.

■(2) Recueil de mém. de méd. et de chir. militaires, 1845, t. XXIX.

(3) De l’excès de morlalité dû à la profes^^ion militaire (Galette médicale, 1859)

Piiris envisagés au point de vue des âges, des saisons, des causes morbides et des relations épidémiques.

Il n’existait pas en 1800 de statistique sur les causes de la mortalité dans la population civile en France; pour avoir un point de comparaison, mon père dut se servir des recherches statistiques anglaises et de celles de Marc d’Espine à Genève ; comme ce dernier, il divisa les maladies, causes des décès, en trois groupes : maladies spécifiques, intlammatoires, tuberculeuses. D’après Marc d’Espine, sur 1000 décès dans la population civile de 20 à 30 ans, on comptait :

18G décùs par maladies spécifiques, ou moins de I o

130 décès par maladies inflammatoires, soit 1 8 environ.

498 décès par maladies tuberculeuses, ou 1 “1

Mon père trouve sur 1000 décès dans l’armée ;

307 décès par maladies spécifiques, ou 1 2.3

102 décès par maladies inflammatoires, ou 1/8

270 décès par maladies tuberculeuses, ou 13

D’où cette conclusion que dans l’armée ce sont les maladies spécifiques et non les maladies tuberculeuses qui donnent lieu à un excès de mortalité; la fièvre typhoïde, les fièvres éruptives, la méningite cérébro-spinale, forment le groupe des maladies spécifiques.

Les recherches précédentes ne fournissent que le rapport de la mortalité par une maladie donnée au chiffre des décès généraux et non au chiffre de l’effectif; c’est là une cause d’erreur facile à comprendre : soient deux troupes de nombre égal et ayant perdu le même nombre d’hommes par phthisie pulmonaire par exemple; supposons que pour une cause quelconque la mortalité ait été deux fois plus forte dans la première que dans la deuxième ; si l’on compare le chiffre des décès par phthisie à celui des décès généraux, on arrivera à cette conclusion qu’il y a eu deux fois moins de phthisiques dans la première troupe que dans la deuxième, bien qu’il y en ait eu autant des deux côtés, comme le montre le rapport à l’effectif. Marc d’Espine a pu rapporter le chiffre des décès à celui de la population, mais mon père a manqué pour cela de données suffisantes, et les résultats auxquels il arrive indirectement ne sont qu’approximatifs. (Voir le tableau ci-après).

D ne faut pas oublier que ces recherches, quoique publiées en , 18G0, sont relatives à une période bien antérieure (de 1832 à 1859) et qu’elles n’ont porté que sur la garnison de Paris. La composition de l’armée a subi depuis de très-importantes modifications. De 1832 à 1859, l’âge moyen du soldat était inférieur au chiffre qu’il a atteint de 1860 à 1869; pendant les dernières années de l’empire, les ren-

CAUSES DE LA MORTALITE

TABLEAU COMPARATIF DES CAUSES DE LA MORTALITÉ DANS LA POPULATION CIVILE

ET DANS l’armée.

POPULATIO.N CIVILE iMal'C d’Espiiic).

Moi'talilé

sur 1000 hommes.

POPUL.VTION MILIT.VIUE (L. Laveran).

Morlalili!

sur 1000 hommes.

gagés formaient, comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, près du tiers de rarmée; cela c.xpliquc comment les maladies spécifiques, dont mon père constatait la grande fréquence, ont diminué de nombre depuis 18ü0, tandis que la tuberculose devenait la principale cause de mortalité, ainsi que la statistique va nous le montrer. Peutclre sous rinfluencc de la nouvelle loi du recrutement, qui a abaissé notablement l’àge moyen du soldat, allons-nous voir les maladies spécifiques reprendre le pas sur les maladies tuberculeuses; la statistique de 1875 assigne encore à la tuberculose la première place parmi les causes de mortalité. Il faut aussi tenir compte de ce fait que les maladies spécifuiues ont des phases épidémiques après lesquelles elles semblent disparaître ; par suite leur mortalité n’a pas autant d’uniformité que celle des maladies tuberculeuses.

Les chiffres de la mortalité dans l’armée se décomposent ainsi qu’il suit :

Décès pour 1000

Décès pour 1000

Décès |)our 1000

Mortalité ijénérale

Par maladies

Par accident

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